L’Icône de Mr Thierry Marignac chez Les Arènes Edition

bonjour à tous, cette semaine sur le Divan Mr Thierry Marignac pour son roman L’Icône chez les arènes édition.

Un grand merci à Sandrine pour son aide primordial et un grand merci à l’auteur :-)

Une interview réalisé dans l’Oural

Thierry Marignac, né en 1958, est un écrivain et traducteur français

il y a du talent, beaucoup de talent !! chez ce romancier dans son nouveau roman, Qui nous fait naviguer dans l’éffondrement de l’Urss et le New York de maintenant.

Une écriture unique qui vous fait tourner les pages de ce roman avec envie.

Deux histoires d’amour qui vous restera en mémoire

Thierry Marignac souvenez-vous de ce nom, ces pour moi ce qui me donne plaisir de lire des romans.

Voici un résumé du roman:

Exilé d’Europe dans un Brooklyn russe déchiré par des rivalités aux lisières de la pègre, un homme reconstitue la mosaïque d’une violente histoire d’amour. Entre Paris, Londres et Kiev, une passion s’était nouée et dénouée avec l’icône, une passionaria anti-soviétique. Leur amour avait un goût de fin de monde sur fond d’effondrement de l’URSS. A Odessa Beach, la guerre criminelle suit son cours. Mais quelle force l’a conduit vers une autre femme, sur l’autre rive de l’Atlantique ? Un roman aux couleurs crues comme l’Histoire.

Comment est née l’intrigue de L’icône ?

J’ai bénéficié d’un excellent accueil de la critique pour mon précédent roman Morphine Monojet, notamment parce qu’il n’était pas dans le cadre formel du « polar », dont le format et les habitudes de conformité ne me conviennent guère, j’y suis un intrus. J’ai donc décidé d’écrire une histoire d’amour, sachant de surcroît que le lecteur est le plus souvent une lectrice — vous dire si je suis vénal. Mais je ne sais pas écrire les histoires d’amour au sens des péripéties, subtilités et tourments du sentiment pur. J’ai téléphoné à un ami spécialiste, ce qu’il m’a dit était extrêmement casse-pieds. Ça m’a convaincu qu’il fallait que je m’y prenne autrement. Et tout naturellement… un cadre « géopolitique » s’est imposé à moi. Mon ex-éditeur François Guérif disait avec humour : « Thierry a besoin du théâtre du monde ».

Nous assistons dans votre roman à la fin d’un monde, l’effondrement de l’URSS. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant cette période ?

Pour les gens de ma génération, et pour les autres mais ils le savent moins, c’est une période charnière, un moment clé. Il entraîne non seulement la fin du monde communiste, mais la fin du monde occidental tel qu’il était pendant la Guerre Froide. Internet, qui est à présent notre biberon, était par exemple une arme secrète des transmissions de l’Armée américaine pour parer à la   menace soviétique grâce à des moyens de communication ultra-rapides. Une fois la menace évaporée, il est devenu lui-même un instrument de conquête du monde et de surveillance globale. Toute lutte idéologique disparaît alors au profit d’une planète entièrement livrée à la seule idéologie du marché. C’est ce dernier élément qui m’a « le plus marqué ».

            Et l’inattendu… En 1984, pour le mensuel Zoulou, où je travaillais, mon vieux copain Limonov avait écrit un article de politique-fiction (pour l’époque) où l’URSS s’effondrait brutalement, prévoyant presque toutes les guerres qui s’ensuivraient. On l’avait publié parce que c’était drôle, mais on pensait tous, à la rédaction, qu’il était cinglé, que ça n’arriverait jamais… L’après-guerre était éternelle !…

Vous peignez le portrait d’une diaspora d’exilés soviétiques, très désenchantés .Ce fut réellement comme ça ?

            Toutes les diasporas sont par nature désenchantées « Oublié chez lui, inconnu ailleurs, tel est le destin du voyageur… ». Les émigrés de la 3e Vague, comme on l’appelle, celle des années 70-80, n’étaient pas désenchantés — ils étaient ravis d’avoir foutu le camp. Limonov, encore lui, s’était esclaffé un jour où je lui parlais de son « exil ». « Exilé à Paris ? » — il en pleurait de rire…

            Le milieu que je décris se consacre à la lutte antisoviétique. C’est un peu différent. Ils vivent l’amertume d’un combat qui paraît impossible à gagner. Mais même cette diaspora-là jouit du confort de l’Occident, et de la beauté de Paris…

Parlez nous des principaux personnages de cette histoire. Ils ne portent aucun prénom, pourquoi ?

            Je me sens toujours assez ridicule en baptisant mes personnages d’un nom de coiffeuse ou de charcutier, Alphonse, Janine, David, Karim, Mamadou, Alexandra, Boris et j’en passe… C’est dans À quai, roman sur l’immigration que j’ai inauguré ce système de les appeler par leur fonction, l’interprète de l’Union Européenne s’appelait l’Occidental, ce qui lui donnait, dans le contexte du bateau-ponton centre de rétention de clandestins où se déroulait l’action, une présence symbolique toute particulière. Un imbécile politcorrect, critique du genre dont le polar regorge, s’en était du reste indigné. L’avais-je fait exprès ?… Quelle indignité !…

            Ici, où les divers personnages, le dissident historique, figure de proue de l’anticommunisme, sa superbe fille, objet de tant de convoitises, son secrétaire, humble second couteau, et ce libraire traumatisé rentré de Chine communiste, sont autant de symboles, le procédé s’imposait d’autant plus. Un de mes amis, Christian Vilà, excellent écrivain de science-fiction, prétend que c’est une hérésie littéraire, il ne faut selon lui jamais faire ça. Il a la faiblesse coupable d’ajouter que, chez moi, ça passe…

Votre roman est  un roman noir, un récit historique, mais c’est avant tout une très belle histoire d’amour, non ?

            « Roman noir » est une expression dont j’ai positivement horreur dans son usage contemporain, sauf si elle s’applique aux romans gothiques anglais du XVIIIe siècle, qui sont historiquement les « romans noirs ». Sinon, je pense que c’est une présomptueuse coquetterie d’auteurs de polar frustrés de ne pas être à l’académie. J’écris des romans, tout simplement. Je me fous bien de leur couleur…

            Récit historique ?… Je n’irais pas jusque-là, parce que dans un roman —

et contrairement aux cuistres contemporains, je crois que le roman est un art à part entière injustement décrié de nos jours — l’Histoire, les idées, la politique sont simplement les matériaux de la fiction, des moyens de créer l’émotion. C’est Céline qui disait que le style, c’est l’émotion.

            J’ai commencé cette interview en précisant que j’avais voulu écrire une histoire d’amour, je suis donc ravi de vous entendre dire qu’elle est très belle, c’était mon ambition. Un autre de mes amis, mon premier éditeur il y a 40 ans, prétend qu’il s’agit de deux histoires d’amour, et que la seconde, à Brooklyn, quoique moins passionnelle que la première, est la plus poignante, parce que la plus réelle…

Avez vous une anecdote sur ce roman à partager avec nous ?

            Je l’ai écrit au Havre où j’habitais à l’époque, et j’ai prêté à Sheepshead Bay, Brooklyn, des traits du port que je voyais tous les jours de ma fenêtre, et qui n’existent pas dans ce coin de New York que je décris. Un matin, sur la droite d’où je voyais le « Terminal Croisière » au réveil, un vaisseau de la ligne Cunard, une ligne de luxe, avait fait escale. Peu de gens aujourd’hui se souviennent de Nancy Cunard, héritière de cette famille d’armateurs, maîtresse de nombreux poètes surréalistes et d’Ezra Pound dans les années 1920, avant de devenir une pasionaria antifasciste à l’époque de la Guerre d’Espagne. Je l’ai pris comme une bénédiction pour mon projet. Philippe Soupault, Drieu, Desnos et tout le mouvement Dada étaient avec moi !…

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

« Cubist Blues » de Alan Vega, d’une beauté réfractaire, irréductible.

Quel personnage fut le plus difficile à créer ?

            Incontestablement celui de l’Icône d’alcôve, personnage central. Tout d’abord parce que les personnages de femme offrent une difficulté particulière, ensuite parce qu’elle se métamorphose au fil du roman, mais que le récit doit rester cohérent et la métamorphose logique. Les évènements historiques lui donnent une continuité à laquelle il fallait ajouter un caractère singulier. J’ai bénéficié de diverses lectures, celles de mes amis et de mon éditeur, qui m’ont permis de comprendre dans quelles directions orienter la présence de l’Icône.

Quel est votre livre de chevet actuellement ?

            Les poésies complètes de Sergueï Tchoudakov, recueil intitulé (en français dans le texte) : « Couleur locale ». Un poète de l’ère Kroutschev-Brejniev que j’ai beaucoup traduit, suprêmement ironique et sans-parti :

« (…) Ultralumpenprolétaire,

À part les chocottes et la trique,

Je n’ai aucun sentiment civique. »

Vous qui connaissez bien le milieu du roman noir, pensez-vous que certains auteurs écrivent ce genre d’histoire pour exorciser une pulsion meurtrière ?

            Peut-être que je connaissais ce milieu il y a une vingtaine d’années, époque où j’ai beaucoup collaboré avec Rivages/Noir notamment comme traducteur, quoique j’évitais de le fréquenter ce qui agaçait l’échelon supérieur de Rivages/Noir, mais je ne le connais plus et le fréquente encore moins qu’autrefois. Avec Jérôme Leroy, Serge Quadruppani, Pierric Guittaut, vous avez fait le tour de mes amis dans ce milieu qui ne m’a jamais accepté — et c’est tout à fait réciproque. Qu’exorcisent-ils dans leurs généralement navrantes productions, je n’en sais rien. Si je dois absolument donner une opinion, je dirai : leur impuissance créatrice.

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

            Le Concierge doit bignoler !… Ça tombe sous le sens !… Comment ferait-il sans bruits de couloir, comme on dit à l’Assemblée Nationale !… Alors, sous le sceau du secret le plus absolu, je lui confirai que j’ai tout récemment, coincé à l’aéroport de Moscou pendant douze heures, en partance pour l’Oural, trouvé la clé de mon prochain !… Que je cherchais depuis des mois !… J’avais un projet sans avoir trouvé la structure, à savoir le défi supplémentaire que je m’impose à chaque roman. Dans « Morphine Monojet » c’était d’écrire une histoire se déroulant en vingt-quatre heures, dans « L’Icône » c’était ce récit kaléidoscopique où la chronologie n’était pas toujours respectée sans perdre le lecteur — toujours faire quelque chose que je ne sais pas encore faire, parce que je ne l’ai jamais fait. J’ai trouvé la structure inattendue !… C’est superstitieux, je n’aime pas parler avant d’avoir accompli, mais ce roman sera fondé sur mes expériences de traducteur-interprète pour le tribunal de 1ère instance de Bruxelles, il y a déjà cinq ans…

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

            Celle/celui qui sera le plus critique à tel ou tel moment. Ça n’est pas toujours la même personne, il faut qu’elle n’ait aucune complaisance. Deux de mes amis ont dû relire À quai au moins douze fois au fur et à mesure que je l’écrivais. Ils étaient alors d’une valeur inestimable — acides, critiques, acerbes. Dix ans plus tard, pour L’icône, ils ne pouvaient plus servir à rien, il n’y avait plus de confrontation. Aurélien Masson, mon éditeur, m’a secoué, Benoît Laudier, éditeur de Vagabonde a joué son rôle, Jérôme Leroy m’a fait des remarques intéressantes. Quant aux femmes, je ne vous dirai rien, elles sont classées secret-défense, bien que lectrices suprêmement nécessaires lorsqu’on écrit une histoire d’amour.

Pour vous quel événement a le plus marqué le monde ? La chute du mur de Berlin, par exemple ?

            La Chute du Mur de Berlin peut-être, mais uniquement parce qu’elle signifiait la fin de l’URSS, le véritable événement déterminant qui balayait toute la construction d’une après-guerre traînant en longueur. Et entraînait à sa suite un monde où la seule objection possible à l’Empire du Bien post-moderne — c’est à dire la marchandise triomphante et sa rhétorique angélique-mondialiste aux conséquences d’une cruauté sans merci — serait hélas à nouveau religieuse, de quelque bord que ce soit.

Quel sera votre mot de la fin pour terminer cet interview ?

            Assez banalement de vous remercier de votre attention à mes petits drames de mots et à leur construction. Je compose des romans pour faire quelque chose de beau, pas plus, pas moins. Si j’ai distrait mes lecteurs, voire les ai faits rêver ou réfléchir, leur ai permis d’oublier leurs soucis, j’ai rempli ma mission. Je ne me sens pas chargé du destin de l’humanité. Lorsque quelqu’un remarque mon effort, je lui en suis reconnaissant.

Amitiés à vous deux Sandrine et Richard,