Requiem pour une république de Mr Thomas Cantaloube chez La Série Noire Gallimard

Bienvenue sur le divan cette semaine Mr Thomas Cantaloube pour son roman « Requiem pour une république » chez la Série Noire Gallimard.

Voici un roman qui va vous rester en mémoire car il retrace des années sombre de notre république, le roman noir et le polar ont également vocation à nous rappeler une tranche d’Histoire, de France ou d’ailleurs. Celui-ci non seulement nous parle d’une période noire de notre pays mais révèle un scénario de polar exceptionnel.

Un énorme coup de coeur pour moi que ce polar historique que je vous recommande fortement et un auteur que je suivrais absolument car ces un futur grand écrivain.

4ème de couverture :

« Je connais bien la question algérienne. Je connais bien la police. Je ne veux pas être désobligeant avec vous, mais il y a des choses qui vous dépassent. L’intérêt supérieur du pays nécessite souvent que l’on passe certains événements, certaines personnes, par pertes et profits. » Automne 1959. L’élimination d’un avocat algérien lié au FLN tourne au carnage. Toute sa famille est décimée. Antoine Carrega, ancien résistant corse qui a ses entrées dans le Milieu, Sirius Volkstrom, ancien collabo devenu exécuteur des basses œuvres du Préfet Papon, et Luc Blanchard, jeune flic naïf, sont à la recherche de l’assassin. Une chasse à l’homme qui va mener ces trois individus aux convictions et aux intérêts radicalement opposés à se croiser et, bien malgré eux, à joindre leurs forces dans cette traque dont les enjeux profonds les dépassent.

Bienvenue sur le divan du concierge Mr Cantaloube  . Ma première question pour mieux vous connaître : pouvez-vous vous présenter aux lectrices et lecteurs qui ne vous connaissent pas.

J’ai 47 ans, je suis Parisien après une enfance en banlieue. Je suis journaliste depuis 25 ans, principalement sur l’actualité internationale. J’ai été correspondant aux Etats-Unis et j’ai pas mal bourlingué un peu partout dans le monde pour des reportages. Je travaille actuellement à Mediapart.

Thomas Cantaloube – Photo DENOËL

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Je suis devenu journaliste parce que j’aimais écrire. Simplement, je n’avais jamais envisagé qu’écrivain pouvait être un métier lorsque j’étais adolescent. Mais j’ai toujours eu le goût de la fiction : il m’a simplement fallu pas mal de temps pour me résoudre à écrire un roman !

D’où vous est venue l’idée de ce roman noir Requiem pour une république?

J’avais deux envies. Tout d’abord le désir d’appliquer à la France ce qu’a fait James Ellroy avec Los Angeles et les Etats-Unis, à savoir une relecture décapante d’une période historique où l’on traîne plutôt du côté des poubelles de l’Histoire que des manuels scolaires. La seconde envie était d’examiner, par le roman, les origines de notre République actuelle au moment où elle est contestée, en démontant l’image d’Épinal qui entoure sa naissance.

James Ellroy – le quatuor de Los Angeles

Votre roman retrace les années de 1959 à 1962, les âges sombres de la la police à Paris, comment se sont passés vos recherches pour écrire ce magnifique roman?

Je me suis appuyé sur les recherches d’historiens comme Jean-Luc Einaudi, Benjamin Stora ou Pascal Blanchard qui ont effectué un formidable travail sur cette période. Ensuite, j’ai lu des ouvrages plus généraux sur la Cinquième République et certaines de ses figures : De Gaulle, Mitterrand, Le Pen. Et puis j’ai complété, surtout pour les descriptions, en regardant des images d’archives, principalement sur Internet.

Discours du general Charles De Gaulle au palais d’Orsay pendant la conference de presse le 19 mai 1958 : il se revele critique a l’egard de la IVe republique, tout en defendant les libertes publiques (« Croit-on qu’a 67 ans je vais commencer une carriere de dictateur? »), il se declare a la disposition du pays. Il sera appele a la presidence du Conseil quelques jours plus tard le 25 mai 1958. (epoque de la guerre d’Algerie)

j’ai aimé énormément vos personnages : Antoine Carrega, Sirius Volkstrom et Luc Blanchard, pouvez vous nous en parler et qui fut le plus dur à créer ?

Je suis parti de personnages assez archétypiques du polar : Luc Blanchard le jeune flic naïf et idéaliste, Antoine Carrega le truand avec un sens de l’honneur, et Sirius Volkstrom le tueur-mercenaire sans scrupule. Ensuite, j’ai essayé d’instiller des zones de gris dans chacun de ces personnages afin qu’ils ne soient ni tout noir, ni tout blanc, afin de les rendre plus intéressants et plus humains. Chacun d’entre eux a présenté une difficulté particulière. Blanchard parce qu’il évolue beaucoup pendant le roman : il est à la fois déniaisé et décillé et je devais rendre cela naturel, que ça ne ressemble pas à un caprice de l’auteur. Volkstrom parce que je ne pouvais pas m’empêcher de le trouver attachant bien qu’il soit un vrai salaud. Carrega enfin parce qu’il est un peu « en dehors », les événements glissent sur lui et je devais néanmoins trouver comment l’impliquer dans cette enquête sur le meurtre d’un avocat algérien.

Guerre d’Algérie. Manifestation sur la place de la Concorde, pendant l’émeute à Alger. Paris, 13 mai 1958.

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec nous ?

J’ai décidé dès le départ que mes personnages croiseraient des événements historiques, en particulier l’attentat contre le train Strasbourg-Paris du 18 juin 1961. Or c’est un événement totalement méconnu en dépit du fait qu’il représente l’attentat le plus meurtrier sur le sol hexagonal jusqu’à ceux de novembre 2015. J’interrogeais régulièrement mes amis ou mes collègues, et personne n’en avait entendu parler. Cela m’a encouragé à en faire un élément pivot de mon roman en faisant en quelque sorte œuvre pédagogique !

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

Aucune, à mon grand malheur ! J’écoute énormément de musique dans la vie quotidienne, principalement du rock, sous toutes ses formes, de la pop au punk. Mais, hélas, la période que j’ai choisie, 1959-1961, est très pauvre en matière musicale, surtout en France : je n’aime pas vraiment la variété française !

Comment écrivez-vous ?

Un peu n’importe quand et n’importe où. J’ai la chance, en tant que reporter, d’avoir pris l’habitude d’écrire dans n’importe quelle circonstance : sur un coin de table, dans un bar, dans le calme ou le bruit…

Un Algérien blessé est emmené par le photographe Elie Kagan et un journaliste américain à l’hôpital de Nanterre, le 17 octobre 1961. Elie Kagan

On a du mal à croire qu’un homme comme Papon aie pu être si protégé par De Gaulle .

On a du mal à croire tout simplement qu’un homme comme Papon ait pu faire une telle carrière : déporter des milliers de juifs vers les camps de la mort durant la seconde guerre mondiale en tant que fonctionnaire de l’État français, échapper à l’épuration, devenir préfet en Algérie pour lutter contre l’indépendance, puis Préfet de police de Paris où il a organisé la répression contre les travailleurs algériens en en balançant des centaines à la Seine le 17 octobre 1961, puis finir sa carrière comme ministre du Budget sous Valéry Giscard d’Estaing avant de prendre sa retraite pour être finalement rattrapé par les accusations de crimes contre l’Humanité. Cela en dit beaucoup sur la cécité dont ont fait preuve de nombreux gouvernants français.

© AD33 Papon

Quels sont vos écrivains préférés ? Quel est votre livre de chevet actuellement ?

J’en ai beaucoup trop pour les citer tous, et surtout une toute petite mémoire. Pour me prêter au jeu, je citerai néanmoins Blaise Cendrars en littérature et James Ellroy pour le polar. Ces derniers temps, j’ai été assez marqué par Nicolas Mathieu et la découverte tardive des livres de Colin Niel sur la Guyane.

Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtre ?

Heureusement que non ! Imaginez le taux de criminalité si tous les écrivains ratés et tout ceux qui arrêtent d’écrire devenaient des meurtriers !

Quelles sont vos références cinématographiques préférées?

Je voue une admiration inconditionnelle à Howard Hawks et, de manière générale aux grands classiques américains, en particulier ceux qui ont œuvré dans le film noir : Welles, Mankiewicz, Wilder, Huston et en France Jean-Pierre Melville. Pour la période récente, j’aime beaucoup John Carpenter, Quentin Tarantino, Olivier Assayas et les séries de David Simon à la télévision.

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

Oui, absolument. J’ai entamé la suite de « Requiem pour une République ». Les mêmes personnages, quelques mois plus tard, mais dans un contexte différent cette fois-ci, celui de la naissance de la « Françafrique ».

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

Ma compagne, qui lit énormément et ne mâche pas ses critiques !

l’intérêt supérieur du pays nécessite souvent que l’on passe certains événements, certaines personnes, par pertes et profits, quand pensez vous ?

C’est effectivement le thème central de mon roman, ce qu’on appelle communément « la raison d’État ». En tant que citoyen, cela me révulse au plus haut point. Je crois avant tout aux principes, autant pour régir son existence que pour gouverner ses concitoyens.

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

FIN

Massacre du 17 Octobre 1961, la République française a reconnu les faits