Ma vie sera pire que la tienne de Williams Exbrayat

Cette semaine sur le divan nous accueillons Mr Williams Exbrayat pour son roman Ma vie sera pire que la tienne .

Quel est le point commun entre un  looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile: des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tué, telle est désormais leur seule alternative.

 

Ce livre, honnêtement, c’est juste un COUP DE COEUR ! Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais le résumé m’attirait énormément, je ne pouvais pas ne pas le découvrir. Maintenant que c’est fait, wow je suis restée scotché du début à la fin, impossible de le lâcher, même si parfois il le faut, mais j’y replongeait presque aussi vite. Franchement, il faudrait être difficile pour ne pas apprécier, c’est un mélange d’humour noir, de polar, et si je dois être honnête, je l’ai classé dans les Polars mais il faudrait une section à part rien que pour lui, il est carrément inclassable !

Et que l’on ne vienne pas me dire que dans l’autoédition il n’y a que du mauvais ! Ce n’est pas la dernière fois que je lis des livres en autoédition, parce que ces livres ont parfois énormément plus à offrir que ceux que l’on trouve chez les éditeurs.

 

Merci à Williams Exbrayat pour sa confiance

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge Ma première question pour mieux vous connaître : pouvez-vous vous présenter aux lectrices et lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

 

Bonjour, je m’appelle Williams Exbrayat. Je suis bibliothécaire et auteur de romans policiers. J’ai écrit 2 micro polars : Chiennes fidèles et Chasse à l’épaulard publiés chez Storylab en 2013 et 2014. Chasse à l’épaulard a remporté le prix lecteur du livre numérique en 2014. En 2018, j’ai publié en autoédition Ma vie sera pire que la tienne, un roman noir un peu OLNI.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

J’ai toujours voulu écrire et c’est qu’à la trentaine que j’ai commencé à le faire. Disons que j’ai été un peu lent à la détente. Je voulais aussi répondre à cette question : « Suis-je fait pour l’écriture ou est-ce qu’une idée, un fantasme comme ça dans ma tête ? »

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Ma vie sera pire que la tienne ?

 

Je suis tombé un jour sur cette phrase de Paco Ignacio Taibo II : « Le roman n’est pas né pour plaire aux amoureux de l’ordre, il est là pour distraire par le vertige, pour mettre le bordel… » C’est ce que j’ai voulu faire avec Ma vie sera pire que la tienne. C’est un peu une réaction à ce que j’écrivais et à ce que je lisais. J’ai voulu sortir d’une certaine forme de routine. J’ai voulu dynamiter mon récit, donner la parole à de loosers magnifiques qui sont embringués dans des aventures tragi-comiques et traiter de la violence.

J’ai aimé la façon d’écrire votre roman en trois parties ; il en ressort un roman avec plein de personnages que l’on reconnaît immédiatement, qui courent après un espoir de vie, et pour qui, la seule réponse est la violence, je me trompe ou pas ?

 

Je suis content que ma proposition narrative vous ait plu. Mon récit, je l’ai voulu éclaté en réaction à mes bouquins précédents qui avaient un développement plus linéaires. C’est comme s’il y avait 3 livres dans Ma vie sera pire que la tienne, 3 histoires qui peuvent se lire indépendamment, mais qui se complètent et forment un tout cohérent avec deux personnages principaux : Sauveur et Sahora, qui vivent le même enfer sans le savoir : une séquestration violente et qui sont habités par le désir d’abord de survivre, puis après de vivre leurs rêves tout simplement. Dans mon roman, la violence engendre les situations et provoque toujours plus de violence. C’est un cercle vicieux. D’ailleurs, mon livre est un peu vicieux. C’est un bouquet de nerfs que j’offre aux lecteurs en écho à notre société qui est à bien des égards dure et violente. Mais il y a un peu d’humour et de la distanciation ironique pour ne pas être trop chiant ;).

Peut-être faut-il y voir une image de notre société qui n’a pour seule réponse à l’absence d’espoir que la violence et la mort. Vous donnez cette impression

 

Je pars du postulat que le désespoir et le mépris entrainent la violence (la violence physique, psychologique, tournée vers soi-même, vers les autres). La société française fonctionne un peu comme cela. Elle est maussade (je suppose qu’à une époque on était plus légers et on riait plus) et se comporte trop souvent en machine à exclure alors que d’un autre côté, elle a tout d’un paradis social. C’est le paradoxe français. La plupart de mes personnages sont des exclus de la société ou des marginaux qui se sont exclus du game par eux-mêmes. La réaction la plus naturelle pour eux, c’est la violence. C’est d’ailleurs le thème principal de mon livre. La violence y est excessive comme dans Reservoir Dogs de Tarantino par exemple.

 

De vos différents personnages lequel fut le plus difficile à écrire ?

Sahora parce que dans mon dispositif narratif, je voulais dévoiler son caractère petit à petit. Ne pas trop montrer pour mieux surprendre. Comme Sauveur, elle n’est pas monolithe. Elle se bat ; elle doute ; elle fait des conneries ; elle a des remords. Avec elle, la frontière entre le bien et le mal est parfois floue. C’est un personnage archétypal du roman noir, mais je pense qu’elle n’est jamais caricaturale.

 

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec nos lecteurs ?

 

Je décris les lieux de mon enfance en Ardèche, mais je n’ai pas souhaité appuyer la description, car je voulais une campagne dans laquelle tout le monde puisse s’identifier. Disco Boy, mon clébard alcoolique est un vil emprunt à Dernier Baiser de James Crumley avec son génial chien aviné et acariâtre Fireball Roberts.

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

La musique est extrêmement importante pour moi. Mon roman a une énergie brute, punk, un soupçon de psychédélisme et de candeur pop. Je propose Sudden Ray of Hope de Mercury Rev. Le titre est bien entendu ironique en rapport à celui de mon livre.

 

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

Actuellement, j’écris des nouvelles parce que je souhaite travailler l’intensité et la densité dans mon écriture avant de m’attaquer à un nouveau roman qui mélangera nature writing et polar. Je souhaite laisser une grande place à la psychologie des personnages. On me réclame aussi du Maddog. J’ai créé un monstre ! C’est un détective privé immoral et gouailleur. Il est catastrophique comme humain, et pourtant, il est très apprécié des lecteurs. J’ai plusieurs histoires dans les cartons, mais je manque de temps.

 

 

Comment écrivez-vous ?

J’écris le matin et le soir, pendant les vacances et beaucoup dans ma tête. J’attends que ce soit intenable et paf j’écris d’une traite un bout de trame et après j’ajuste, je sculpte, je change. À bien des égards, je trouve que mon expérience d’auteur ressemble à celle d’un plasticien. Ma matière, ce sont les mots et vu que je fais du noir : les maux.

 

 

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

 

Ils sont deux. Il y a Nicolas Barbey, mon grand ami scénariste. Il a toujours un excellent regard sur mon travail et me connaît par cœur. Il y a aussi Christian Vair. C’est un traducteur génial. C’est aussi un incroyable correcteur. Il a une acuité exceptionnelle. Il ne laisse jamais rien laisser que cela soit au niveau des coquilles que de la trame.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Quel est votre livre de chevet actuellement ?

Jim Harrison pour la psychologie des personnages, la culture, la densité et la boulimie d’alcool et de victuailles qu’il y a dans ses livres. Je suis même allé dans le Montana voir sa maison. C’était un très beau jour d’été et je suis tombé amoureux du lieu. Je lis très peu de nouveautés. J’ai beaucoup lu les auteurs de romans noirs américains Hammet, Thompson, Fante, Goodis, Ellroy. Bukowski aussi. Je lis surtout en fonction de ce que je vais écrire. Depuis des années, j’ai une passion pour les auteurs du Montana. Sur ma table de chevet, il y a L’hiver dans le sang de James Welsh.

 

Devient ont auteur roman noir pour exorciser ces envies de meurtre ?

Le monde dans lequel nous vivons est complexe et nous sommes constamment dans l’hyper sollicitation et dans l’injonction d’avoir et de faire (bien si possible). Être se résume souvent à une tyrannie du bien-être et du bonheur. C’est chouette de pouvoir digérer tout ce que nous voyions et tout ce qui nous arrive dans notre vie par un biais artistique. J’ai une vision inquiète, voire pessimiste, de l’homme. Ce n’est pas pour rien que je convie Bernanos ou Dostoïevski dans Ma vie sera pire que la tienne. Disons qu’écrire est une nécessité pour moi. Pas les meurtres (rire)

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Je n’arrive pas à départager deux films de Pialat : Sous le soleil de Satan et Van Gogh. D’ailleurs ces deux films se répondent étrangement. D’un côté, il y a la grâce impossible de l’abbé Donissan et de l’autre, le talent incompris de Van Gogh. Dans les deux cas, c’est une charge trop lourde pour celui qui la porte.

 

L’autoédition, quel est votre point de vue sur le sujet ?

 

C’est d’abord une nouveauté pour moi. Mes deux premiers livres sont sortis chez un éditeur. Pour Ma vie sera pire que la tienne, mon manuscrit n’a pas tapé dans l’œil d’un éditeur, mais vu que mon bouquin est impitchable, c’est pas étonnant ! Il a fallu donc tout apprendre. J’ai eu plein de conseils de la part d’autres auteurs indés comme Chris Simon ou Virginie Llyod. L’autoédition ne connaît pas la concurrence entre les auteurs, mais repose plutôt sur une belle entraide et une franche camaraderie. À titre personnel, j’ai le sentiment d’être aujourd’hui un auteur plus accompli et plus à même de comprendre le travail d’édition dans son ensemble. Mon bouquin n’a certes pas la patine d’un livre édité traditionnellement, mais c’est du direct. Du créateur au consommateur. Il est fresh, fantaisiste et libre. Sortir un livre est de toute façon un acte déraisonnable. J’ai fait un livre déraisonnable. Il y a beaucoup de livres déraisonnables qui méritent d’être lus. Ça tombe bien. Il y en a pas mal dans l’autoédition.

 

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

 

MERCI. Merci à mes bêta lecteurs. Sans eux pas de livres. Merci à celles et ceux qui d’une façon ou d’une autre ont participé à la fabrication et à la promotion de Ma vie sera pire que la tienne. Merci aux nombreux blogueurs/chroniqueurs/lecteurs qui se sont intéressés à Ma vie sera pire que la tienne et qui m’ont fait des retours chaleureux. Merci à vous de mettre en lumière les autoédités.

 

Amitié polardesque