Rouge Parallèle de Mr Stéphane Keller chez Toucan noir Edition

Janvier 1963, la police traque dans tout Paris un ancien officier putschiste, un ex-capitaine du 1er REP qui a rejoint l’OAS et la clandestinité. Ce tireur d’élite, qui n’a pas participé à l’attentat du Petit-Clamart, sinon de Gaulle serait un cadavre, suscite bien des convoitises. Les flics ne sont pas les seuls à suivre ses traces. Un officier américain, rencontré à Saïgon dans les années cinquante, cherche, lui aussi, le fugitif. Mais il ne veut pas l’arrêter, encore moins le supprimer, non, il voudrait plutôt l’engager. Il a un job à lui proposer. Un travail lucratif mais délicat car la cible est connue, connue du monde entier…

Sur le Divan cette semaine Né à Clichy dans les années 1960, Stéphane Keller est scénariste pour la télévision et le cinéma. Il a entre autres écrit bon nombre des épisodes de la série policière « Caïn » pour France 2.

C’est un honneur de recevoir Mr Stéphane Keller , Voici un thriller très sombre, aux confins des années soixante, entre France gaulliste et USA sous tensions. Des personnages extraordinaires, j’ai adoré ce roman, j’ai eu l’impression que découvrir une autre version de l’Histoire. Très réussi vraiment.

Je vous conseille énormément ce roman.

Bienvenue sur le divan du concierge 😎Ma première question pour mieux vous connaître : pouvez-vous vous présenter aux lectrices et lecteurs qui ne vous connaissent pas ?

Je suis né à Clichy, dans les Hauts de Seine, dans une famille germano-arméno-russo-française !!! Eh oui, c’est possible.

D’ailleurs Keller, c’est un pseudo, c’était le nom de famille de ma grand-mère qui m’a élevé. Je m’appelle Stéphane Papanian.

J’ai fait du théâtre durant une dizaine d’années, j’ai même fondé une compagnie théâtrale avec deux amis, compagnie qui s’appelait, le théâtre du Casse-Pipe, en hommage à LF Céline qui fut Clichois, lui aussi. D’ailleurs mon arrière grand tante était une de ses infirmières au dispensaire de Clichy. Après le théâtre j’ai fait de la télévision comme scénariste, accidentellement et indirectement, grâce à mon camarade Stéphane Brizé, qui n’avait pas encore réalisé son premier film. Je suis donc scénariste depuis plus de vingt ans. J’ai travaillé sur de nombreuses séries comme Caïn, H, Section de Recherche, la Vie devant nous, Jamais deux sans Toi…t, Mes amis, mes amours, mes emmerdes etc.etc. Autant de projets qui m’ont fait vivre mais qui ne correspondaient pas à mes aspirations. Sinon, je suis marié et j’ai un fils de 6 ans.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

C’est un sujet au fond assez privé. Disons que j’ai eu un père, totalement absent, qui écrivait. D’une certaine façon, me lancer dans l’écriture était le seul moyen pour moi, d’établir un dialogue imaginaire ou plutôt la seule façon de me mesurer à lui. J’ai donc toujours voulu écrire, disons depuis mes 15-16 ans. 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Rouge Parallèle ?

Étant fasciné par le mythe Kennedy et par l’attentat dont il a été victime, je me suis, depuis toujours, passionné pour cette histoire. J’ai eu donc l’idée, d’y introduire un personnage de militaire français impliqué dans l’assassinat. Il faut dire que certains journalistes ont reconnu à l’aéroport de Dallas, le lendemain du meurtre, un ancien tireur d’élite de l’armée, ouvertement membre de l’OAS. Ces allégations ont permis à James Ellroy d’inventer le personnage de Mesplède dans plusieurs de ses romans. Je m’étais laissé une totale liberté en écrivant le roman, pas de construction, pas de plan, pas de structure pré-définie. Quand on est scénariste, on passe par des étapes très normées. Synopsis ou traitement, séquencier, continuité dialoguée. Là, je voulais être libre, me foutre la paix. 

 

j’avais l’impression de lire un écrivain américain en lisant votre roman, tellement les détails de la journée du 22 novembre 1963 sont bien détaillé.

Comment se sont passées vos recherches pour ce roman ?

Mes influences littéraires sont très américaines. Ellroy et Hubert Selby Jr sont parmi mes auteurs fétiches. Sinon, j’ai lu, au fil des années, et bien avant d’avoir l’idée d’écrire ce roman, de nombreux livres consacrés à l’assassinat et au possible complot. Mais, j’ai, bien sûr, lu des ouvrages affirmant qu’il n’y avait qu’un seul tireur. Il m’a donc suffi de relire 4 ou 5 de ces ouvrages qui avaient été soulignés, par mes soins, quelques années auparavant. Après, grâce à internet, on peut consulter des photos de Dallas et des environs et pas seulement de Dealey Plaza, on peut avoir tous les détails sur les armes, les voitures, la météo de l’époque. Ainsi, le jour du 22 novembre, il fait doux mais il pleut durant la matinée, puis le ciel devient bleu, etc. Je suis donc, à la fois, de la vieille école, j’aime avoir de nombreux bouquins autour de moi dans lesquels je peux plonger mais ça ne m’empêche pas de consulter des documents sur le Net.

parler nous des personnages qui m’ont énormément plu : Étienne Jourdan, Peter Hollyman et Norbert Lentz.

Ce qui m’intéresse, mon sujet de prédilection, que j’aimerais développer dans de prochains ouvrages, c’est la chute. Le thème de la chute, la perte de l’âme. La plupart des hommes ont des illusions, des espoirs, des attentes et dans la plupart des cas, tout cela est balayé, par de mauvaises rencontres, par l’histoire, par les échecs professionnels ou amoureux. Mes trois hommes sont des animaux blessés mais aussi des prédateurs. Ils sont remplis de contradictions et de fêlures. Je crois qu’il faut énormément travailler la psychologie de ses personnages, fouiller tous les recoins de leur âme tourmentée. J’ai de la tendresse pour eux, je me suis attaché à tous mes personnages, ils appartiennent à la tragédie humaine. Et vous remarquerez que pour ce qui concerne Jourdan, Hollyman ou Lentz, ils n’ont pas des pères très recommandables.

 l’histoire politique vous passionne comme les intrigues d’état ?

L’histoire politique et ses dessous, ce qu’on nous laisse à voir et ce qu’on cache sous le tapis, tout cela me passionne bien évidemment. On parle aujourd’hui des complotistes et de leurs adversaires, ceux qui ne croient que ce qu’ils voient. Moi je pense que l’homme adore les secrets et donc qu’il échafaude toujours des plans tordus. Plans qu’il réalise ou pas.

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

https://www.youtube.com/watch?v=M73x3O7dhmg

J’aime les musiques de film comme celles que compose Philipp Glass. J’aime le travail de Mark Knopfler pour le film « Last Exit to Brooklyn » ou de Lele Marchitelli pour « La grande Bellezza ». Voilà des musiques qui pourraient accompagner le livre mais je ne crache pas sur les succès d’époque (chansons populaires ou moins connues comme le Little girl Blue de Nina Simone qui pourrait illustrer la toute fin du livre quand Lentz prend sa fille dans ses bras et éclate en sanglots.

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

J’écris la suite qui sera en fait le début. L’action du prochain roman se déroulant 7 ans auparavant, en pleine guerre d’Algérie. Je voulais retrouver mes personnages, les 3 principaux et dans ce contexte précis. J’en ai inventé bien d’autres qui resurgiront dans le 3e roman puisque j’espère écrire un triptyque. Lentz, dans le prochain, ne sera qu’un simple appelé du contingent et il croisera des personnages, notamment un flic véreux qu’il retrouvera 25 ans plus tard dans le dernier bouquin. Il sera alors temps de régler ses comptes.

Comment écrivez vous ?

 

J’écris le matin et l’après-midi. Le soir, avec un gamin, c’est plus difficile et je travaille très peu la nuit même si je suis un insomniaque. La nuit, je lis, il faut vraiment que j’ai une inspiration fulgurante et là effectivement, je la couche immédiatement sur le papier.

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

J’ai une correctrice qui est une vieille amie et une ancienne professeur de lettres.

Quels sont vos écrivains préférés ? Quel est votre livre de chevet actuellement ?

Outre Céline que je place au-dessus de tout, il y a donc, Mishima, Edgar Hilsenrath, Hubert Selby Jr, Ernst Jünger, Kundera, Lobo Antunes et donc James Ellroy. Actuellement je ne lis que des ouvrages historiques sur la guerre d’Algérie et notamment le bouquin de Jean Sevilla qui ne m’apprend pas grand chose.

Devient ont auteur roman noir pour exorciser ces envies de mettre ?

Nous avons tous des pulsions de meurtre, c’est l’évidence. Disons que chez moi, ces pulsions de violence ne sont pas nécessairement gommées par l’écriture. Hélas ! Plus sérieusement, le roman noir est l’écrin idéal pour décrire ce que je pense des hommes et de l’humanité. Hors sol, en dehors de ce contexte, mes idées passeraient moins facilement ou pas du tout. Je fais en sorte que le décor soit plus important que le reste mais le roman noir est une grosse caisse qui fait beaucoup de bruit mais c’est une autre musique que je joue. Ainsi j’ai l’habitude de dire, en forme de clin d’oeil, que j’ai écrit les 400 pages du roman pour avoir le droit d’écrire les 20 dernières lignes.

Si vous aviez eu la chance de rencontrer un personnage historique, lequel auriez vous aimer rencontrer ?

Hélie Denoix de St Marc, dont je parle dans le roman, résistant, déporté, prisonnier en Indochine, militaire putschiste, tant de contradictions et tant d’héroïsme…! Et s’il n’est pas libre, Galilée.

Quels sont vos films préférés ?

Ils sont nombreux, il y en a des dizaines et dans des genres différents. J’ai connu un certain âge d’or du cinéma de distraction, qui n’avait rien à voir avec les blockbusters débiles d’aujourd’hui. C’est pour quoi je ressuscite cette époque, dans le roman, en évoquant les salles de cinéma petites ou grandes d’autrefois. Disons que… j’ai une fascination absolue pour « Il était une fois en Amérique » de S. Leone, « La Grande Bellezza » de Paolo Sorrentino, déjà citée, « La prisonnière du désert » de John Ford, « Vertigo » d’Alfred Hitchcock, « Les diaboliques » de HG Clouzot, pour moi le plus grand réalisateur français, « L’armée des ombres » de Melville et « Radio Days » de Woody Allen.

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec nos lecteurs ?

 

C’est en écrivant le premier chapitre que j’ai eu l’idée du personnage de Norbert Lentz. Je me suis dit : »mais ce type que Jourdan vient de sauver… Que devient-il ? » Dès lors, j’ai construit mon livre avec ce parcours parallèle, cette alternance entre deux destins. J’avais mon roman. Il faut donc faire confiance à la providence, ou à l’inspiration. À signaler que dans sa première mouture, le roman s’intitulait : »Le tueur derrière la palissade »ça vous fait deux anecdotes :-)

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

J’espère avoir de plus en plus de lecteurs et pouvoir écrire enfin, ce que j’aime et ce pour quoi je suis venu à l’écriture.

 
Merci infiniment.
 
Cordialement
 
Stéphane Keller