La Sirène qui fume de Benjamin Diersten chez Nouveau Monde éditions

Sur le divan cette semaine Mr Benjamin Diersten pour son premier roman La Sirène qui fume chez Nouveau Monde éditions.

Un premier roman récompensé par le prix Sang Froid et loué par Caryl Férey rien que ça !

Benjamin Diersten, un tout jeune auteur qui n’a pas froid aux yeux, il tape très très fort avec son premier roman.

L’enquête ne sera qu’un décor, un prétexte au thème principal du roman.
Le duel et à la descente aux enfers de deux flics. Deux personnages forts que vous n’oublierez pas de sitôt. Gabriel Prigent, le méticuleux, l’obsédé de l’éthique et Christian Kertesz, le dépressif corrompu de haut en bas.
Deux flics torturés par leur lourd passé, poursuivis par leurs démons et rattrapés par leurs obsessions. Deux flics que tout oppose en apparence jusqu’à ce que les masques tombent.

Pour un premier roman je suis vraiment impressionné !

Je vous le conseille fortement non d’un balai !

 

 

 

Mars 2011. La campagne présidentielle bat son plein, plus d’un an avant les élections. Le capitaine Gabriel Prigent débarque à la brigade criminelle de Paris après avoir vécu un drame à Rennes. Obsédé par l’éthique, il croise sur son chemin le lieutenant Christian Kertesz de la brigade de répression du proxénétisme, compromis avec la mafia corse et tourmenté par un amour perdu.

Alors qu’éclate une sordide histoire d’assassinats de prostituées mineures, ils plongent tous les deux dans une affaire qui rapidement les dépasse. Poursuivis par leurs propres obsessions et les fantômes qui les hantent, Prigent et Kertesz vont se livrer un duel sans merci, au coeur de la barbariue et des faux-semblants du monde contemporain.

 

 

 

 

 

Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Je suis né en 1983 dans les Côtes d’Armor, et après un passage par Paris je suis désormais établi à Rennes, où j’ai déjà vécu quand j’y ai fait mes études en Recherches Cinématographiques au début des années 2000. Je travaille désormais dans les musiques électroniques en tant que directeur artistique de label, agent d’artistes et organisateur d’événements. En plus du cinéma et de la musique, la littérature est mon autre passion, que je redécouvre depuis quelques années après avoir dû l’abandonner faute de temps pendant longtemps.

 

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

Enfant, j’étais d’abord un fondu de BD et de cinéma. Je créais des BD, des magazines de ciné, et toutes sortes de choses qu’on peut faire avec un crayon et un papier. Un jour ma grand-mère m’a offert une machine à écrire, et j’ai commencé à écrire des nouvelles en m’insipirant des films que je regardais à la pelle. Et puis vers 12-13 ans, j’ai enfin découvert ce qu’était la vraie littérature avec Lune Sanglante de James Ellroy. Ca m’a mis une claque monumentale, et forcément ça m’a donné envie de faire pareil, alors petit à petit j’ai commencé à écrire des textes de plus en plus longs.

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman La Sirène qui fume?

 

J’ai eu les premières idées qui sont à la base de ce roman vers 17 ans. La première était celle d’un homme amoureux d’une femme qu’il connaît uniquement via des photos d’elle. J’aimais cette idée de personnage qui prend énormément de place, mais qui est fondamentalement absent pendant presque tout le roman. La deuxième idée était celle d’un duel entre deux hommes qu’a priori tout oppose, mais qui vont se révéler très proches face à l’horreur.

 

J’aimerais beaucoup que vous nous parliez de vos personnage principaux que j’ai beaucoup aimé : Gabriel Prigent, Christian Kertesz.

 

Gabriel Prigent est un flic de la Brigade Criminelle, ancien militaire, ancien militant de gauche, très rationnel, et qui a vision absolutiste de la loi. Pour lui, la justice passe avant tout le reste. Christian Kertesz, c’est tout le contraire : c’est un personnage romantique, rimbaldien, qui vit complètement en-dehors des codes et qui n’a peur de rien. Il profite de sa situation à la Brigade de Répression du Proxénétisme pour organiser un rackett qui finance une dette qu’il a avec des voyous corses. Malgré ces différences, ce qui rapproche les deux hommes est qu’ils sont fortement perturbés par un passé très lourd. Le premier est hanté par des souvenirs de guerre, et par une de ses filles jumelles qui a disparu il y a cinq ans et qui reste introuvable. Le deuxième souffre d’avoir perdu la femme qu’il aimait et un  collègue qui est mort par sa faute. Les deux sont des hommes qui vivent avec leurs démons du passé, et qui vont avoir un comportement jusqu’au-boutiste avec une nouvelle affaire qui réveille les fantômes de chacun.

 

Paris ou ce passe le roman, on est dans un décor propice à la noirceur, que représente cette ville pour votre écriture ?

 

La vision de Paris qui ressort du livre est clairement celle d’une représentation de la capitale comme cité du vice. Ca n’est pas forcément le Paris que j’ai connu ! Mais Paris regorge de mondes fondamentalement différents, de la grande richesse à l’extrême pauvreté, de la culture mainstream aux niches underground, des tours de la Défense aux mondes souterrains. J’ai voulu représenter différents aspects de la capitale avec des séquences dans le VIIIème, à Barbès, à Montreuil, dans le XVème… Il s’agissait de dépeindre plusieurs réalités de Paris, mais toujours avec ce prisme très noir.

 

 

Plongée dans l’univers malsain des psychologies, dans les liens troubles avec la pègre et la prostitution Parisienne, votre monde est si noir ?

Mon monde à moi est tout sauf noir ! Je travaille dans les musiques électroniques de niche, là où il n’y pas beaucoup d’argent, mais juste une culture hédoniste de la fête et une définition exigente de la culture. Dès que je me plonge dans un livre ou dans un film, c’est tout le contraire : j’aime quand ça va très loin dans les rapports humains compliqués, dans le drame, dans la violence psychologique.

 

Si je vous dis qu’il y a du James Ellroy dans votre écriture ?

 

Ca me fait très plaisir ! Je suis un lecteur assidu d’Ellroy, c’est pour moi un des plus grands et c’est certainement celui qui m’a le plus inspiré. J’ai été très influencé par ses personnages obsédés, par ses intrigues à tiroir complexes, mais surtout par sa rigueur implacable concernant la focalisation, qui est une des grandes forces d’Ellroy et de tous ceux qui savent utiliser ce qui est pour moi un enjeu majeur du style. Autre influence, sa concision parfois poussée à l’extrême, comme dans White Jazz qui est une véritable révolution stylistique au-delà des questions de genre : on touche là à la pure fulgurance littéraire !

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

 

J’étais arrivé à un gros tiers de l’écriture du roman quand j’ai vu passer l’annonce de Sang Froid concernant la naissance de leur Prix Découverte Polar. Il me restait un peu moins de huit mois pour fignoler le tout, avec une deadline au 15 octobre 2017. J’ai envoyé le manuscrit le 15 octobre à 23h, après plusieurs semaines marathon de réécriture, pendant lesquelles j’avais l’impression que je n’aurais jamais le temps de rendre une copie présentable. Et pourtant, ça a payé…

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

J’écris chez moi, sur un petit bureau installé dans notre chambre. J’essaye généralement de me libérer tous les vendredis après-midis pour écrire, et j’utilise aussi tous les créneaux libres en semaine. J’écris parfois le soir, mais je préfère en profiter pour lire.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

Selby, Bukowski, Ellroy, McCarthy, London, Céline, Burroughs, Faulkner, Larry Brown et David Peace pour en citer dix. Là je viens de commencer Libra de Don DeLillo.

 

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

 

C’est ma copine qui est systématiquement la première à lire mes manuscrits. Elle a un sens aigu de l’écriture et de l’orthographe, elle aime les personnages dramatiques, et surtout elle est très exigente quant à certain travers comme la gratuité ou l’obscenité de certaines scènes.

 

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Je suis avant tout passionné par les grandes oeuvres formelles qui ont radicalement transformé le cinéma, comme 2001 de Kubrick ou Andreï Roublev de Tarkovski. Et puis je suis aussi un fan inconditionnel du Nouvel Hollywood au sens large du terme, de La Horde Sauvage de Peckinpah à Voyage au bout de l’enfer de Cimino, en passant par Les Affranchis de Scorsese. Dans le cinema actuel, je citerais Inarritu et Paul Thomas Anderson qui ont eux aussi un génie absolu de la forme et du fond.

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

 

Oui, je suis même sur plusieurs projets à la fois. Je fignole un roman d’anticipation baroque, potache, psychédélique et ultra-violent, écrit sous la forme d’un journal de guerre d’un anarchiste, en plein milieu de la guerre civile qui dévaste la France en 2033. Et puis j’écris en parallèle une suite à La Sirène Qui Fume, avec une intrigue complétement différente mais le même décor (la campagne présidentielle de 2012) et les mêmes personnages.

 

 

Devient-on auteur de Polar pour exorciser ses envies de meurtres ?

 

J’espère que non ! Le polar est avant tout un réceptacle parfaitement adapté aux drames de notre société contemporaine. Il agit sur l’homme comme agissait la tragédie il y a plusieurs siècles, via le principe de catharsis. Pour moi, les grandes oeuvres sont celles qui sont empreintes de fondements dramaturgiques puissants, les mêmes que Sophocle ou Corneille ont poussé jusqu’à l’extrême. S’ils écrivaient aujourd’hui, je suis à peu prêt sûr qu’ils feraient du noir.

 

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

Si c’était un film, je verrais de la musique industrielle, sombre, froide, pour toutes les scènes d’extérieur. Et de la techno commerciale et crade pour les scènes de club… On peut faire des scènes géniales avec de la mauvaise musique mainstream, regardez Xavier Dolan !

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

 

Un grand merci à toi Richard pour le soutien, très heureux que tu aies apprécié La Sirène Qui Fume !