Boccanera de Michèle Pedinielli chez L’Aube Noire Edition

Aujourd’hui sur le divan nous acceuillons Mme Pedinielli pour son premier roman « Boccanera » chez L’Aube noire Edition.

Si l’on en croit le reste de l’Hexagone, à Nice il y a le soleil, la mer, des touristes, des vieux et des fachos. Mais pas que, il y a aussi Ghjulia – Diou – Boccanera, quinqua sans enfant et avec colocataire, buveuse de café et insomniaque. Détective privée en Doc Martens. Un homme à la gueule d’ange lui demande d’enquêter sur la mort de son compagnon, avant d’être lui-même assassiné. Diou va sillonner la ville pour retrouver le coupable. Une ville en chantier où des drapeaux arc-en-ciel flottent fièrement alors que la solidarité envers les étrangers s’exerce en milieu hostile… Au milieu de ce western sudiste, Diou peut compter sur un voisin bricoleur, un shérif inspecteur du travail, et surtout une bonne dose d’inconscience face au danger.

À la fois plein d’humour, d’action, de réflexion, mais aussi de sordide et d’amour, ce premier roman est une totale réussite.

Un premier polar emballant, bigrement bien ficelé, drôle parfois… On suit les haletantes aventures de Boccanera dans les rues de Nice sans relâche jusqu’à l’épilogue. Ouf ! Et on attend la suite…
Michèle Pedinielli a, donc, créé un personnage de détective privé sortant des sentiers battus avec sa cohorte de failles . En nous assénant des vertus, que l’on pourrait penser non contemporaines, elle construit vertement un roman noir de belle facture.
Je recommande absolument ce premier roman qui nous fait découvrir une auteur de talent.
Un grand merci pour cette belle découverte grâce à Mr Pierre Faverolle

Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

Ça y est, j’ai 50 ans et c’est bien ! J’ai été journaliste, puis conceptrice de sites web et formatrice. Je suis revenu à la rédaction pour le site retronews.fr (site d’actualités historiques de la BNF). Je vis à Nice et j’aime le Prosecco.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

J’ai été journaliste pendant un bout de temps, mais je pense que ça a bridé mon imagination : j’écrivais sur des faits et dans un cadre précis. Loin d’un roman. En 2015 j’ai participé pour rire au concours de nouvelles organisé par le festival Polars du Sud de Toulouse et je suis arrivée troisième. Je me suis mise à croire que je pouvais écrire « plus long », comme plein de gens me le demandaient.

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Boccanera?

J’avais envie de trois choses :

  • Un polar quasiment dans les règles de l’art, avec tous les codes et les références, mais légèrement décalés.
  • Une histoire à Nice pour démonter les idées reçues et les clichés sur cette ville (j’ai vécu 22 ans à Paris, j’ai tout entendu sur Nice et les Niçois).
  • Un personnage féminin décalé. Marre de la place traditionnelle des femmes dans le polar et le noir : pute, potiche et surtout victime découpée en morceaux. Même si ça change avec de nouveaux auteurs comme Valentine Imhof et Hannelore Cayre en France ou Jax Miller et Christa Faust aux Etats-Unis (liste non exhaustive).

J’aimerais beaucoup que vous nous parliez de votre personnage principal que j’ai beaucoup aimé : Boccanera

 

Elle est presque quinqua, détective privée, sans enfants volontairement (c’est encore un tabou en France, tout le monde se préoccupe du ventre des femmes, qu’il soit plein ou vide). Ce n’est pas une superwoman, elle agit souvent par instinct avant de raisonner pour se poser les bonnes questions. On partage les mêmes indignations et énervements face au monde tel qu’il ne tourne pas rond.

 

Nice, où ce passe le roman, on est dans un décor, certes, ensoleillé mais propice à la noirceur, que représente cette ville pour votre écriture ?

 

C’est une ville très romanesque, on peut jouer entre l’ombre et la lumière. Son identité ne se résume pas à ses différents maires médiatiques, ni à ses résultats électoraux calamiteux. J’avais vraiment envie d’en donner une autre vision.

Pouvez vous nous parler de la création de votre personnage « Shérif » intransigeant inspecteur du travail que j’ai beaucoup aimé.

 

C’est une combinaison de différentes personnes qui existent vraiment, inspecteurs du travail et syndicalistes que je connais. Ce sont des gens qui, effectivement, ne transigent pas avec les lois qui protègent les plus faibles. Ils sont essentiels et malheureusement en voie de disparition, puisqu’on essaye de nous faire croire que tout est perdu. Je me suis fait plaisir en l’appelant Shérif.

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

 

Une des librairies de Nice le propose aux personnes qui veulent découvrir la ville. Ça me plaît.

 

Comment écrivez-vous ?

 

Sans aucune méthode ni routine, ça me surprend la nuit pendant mes insomnies. Je gribouille sur un carnet et j’essaie de me relire le matin.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

La question la plus dure du monde. Je cite certains de mes écrivains favoris dans Boccanera : Chester Himes, Jim Harrison, Craig Johnson… Mais je pourrais parler d’Andrea Camilleri, Sorj Chalandon, Denis Lehane, Henning Mankell et tant d’autres.

J’ai fini « My absolute darling » de Gabriel Tallent qui m’a mis une claque et je suis en train de lire « On the brinks » de Sam Millar qui m’allonge des uppercuts.

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

 

Mon compagnon, à qui Boccanera est dédié, et une amie, Natacha, qui m’a poussée chapitre après chapitre à finir cette histoire.

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Ça tombe bien, je me suis pliée à l’exercice récemment. Alors, dans le désordre : MASH, Butch Cassidy et le Kid, Pride, les Belles Bacchantes, Les sentiers de la gloire, La Strada, Freaks…

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

 

Oui, la suite de Boccanera est en cours.

 

Devient-on auteur de Polar pour exorciser ses envies de meurtres ?

 

Non, mais depuis que j’ai écrit Boccanera, quand quelqu’un me gonfle, je me dis « toi, je t’assaisonne dans le prochain ». Chacun son petit pouvoir…

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

Celle qu’on veut. Je suis plutôt punk et rock indé mais si quelqu’un veut écouter du Bach ou du didgeridoo en lisant ce livre, ça me va très bien.

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

 

Ecrire est une drôle d’aventure.