Tuez-moi demain de Mr Dominique Terrier chez Éditions du Carnet à Spirale

Bonjour bienvenue sur le Divan après quelques mois de pause me voici de retour.

Et cette semaine nous acceuillions sur le divan Mr Dominique Terrier pour son premier roman « Tuez-moi demain » chez édition du Carnet à Spirale.

Le plus important dans ce roman ce n’est pas l’intrigue, emberlificotée et loufoque à souhait, mais bien le style de l’auteur que j’ai découvert grâce à Mr Pierre Faverolle. Avec un humour ravageur, quelquefois sa part à toute vitesse dans les grabuges, Dominique Terrier nous prend par la main et nous promène, ses personnages sont attachants et drôles et leurs aventures désopilantes. Les méchants sont croqués avec délectation, pathétiques et humains, ridicules et qui vous resteront en mémoire. On sent bien que l’auteur a pris du plaisir et qu’il veut nous le faire partager. Et ça marche. Ce premier roman est une réussite, on attend la suite avec impatience et délectation.

Pilier de bistrot à l’humeur nonchalante, Poulbot, voyou au grand cœur, va devoir faire quelques entorses à sa philosophie non-violente. Tout en gardant son sens de l’humour, il devra affronter un nazillon frustré, des kidnappeurs amateurs et une psychopathe à l’haleine fétide.

 

 Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

Je suis né en 1959 à Lyon. Je suis sorti du parcours scolaire trop vite alors que j’étais excellent en français : je me suis retrouvé apprenti à quinze ans. J’ai poursuivi mon éducation personnel avec les livres, en autodidacte, dans mon petit coin, et l’écriture m’a donné des ailes. Je n’ai jamais cessé de lire et d’écrire durant mes quarante années de travail en usine, je suis un prolétaire qui est devenu auteur au fil du temps. Coucher les mots sur le papier en faisant bouillonner son imagination est à la portée de toutes les classes sociales mais il faut oser le faire et briser les barrières, qu’elles soient invisibles ou bien concrètes. Il n’y a encore pas assez d’ouvriers et de concierges parmi les auteurs actuels, mais The Times They Are A Changing comme le chante Bob Dylan, l’humble troubadour devenu prix Nobel de littérature. Le plafond de verre commence à se fissurer, il ne tardera pas à péter, certains auteurs ont commencé le travail, Virginie Despentes en tête.
 

 Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

J’écris depuis l’enfance, c’est un moyen d’expression qui me convient, un outil merveilleux pour celui qui aime raconter des histoires. J’ai toujours ressenti un bien-être incroyable après m’être confié à la page blanche, ça fait du bien de vider son sac, même si cela devient très impudique de le vider devant des lecteurs que l’on ne connait pas. La véritable envie d’écrire tous les jours est venue lorsque j’ai eu un ordinateur à disposition, il y a douze ans environ. Un torrent de mots se déversait sur le clavier. J’ai publié pas mal de chroniques et de nouvelles sur mon blog et sur le site Atramenta sous le pseudo Jean Marcel. Internet m’a permis d’avoir un lectorat limité mais fidèle. J’ai eu de bons retours et beaucoup d’encouragements, cette notoriété microscopique, chaleureuse, m’a aidé à franchir le pas : j’ai écrit un roman et j’ai posté le manuscrit sans trop me faire d’illusions. Les Éditions du Carnet à Spirale, à Toulouse, m’ont répondu Banco et je tiens à les remercier pour leur confiance.

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Tuez-moi demain ?

L’envie de rendre hommage aux romanciers de l’après-guerre qui ont secoué le cocotier du politiquement correct, à ces auteurs qui employaient un nouveau langage, basé sur l’argot mais constamment inventif, quand la métaphore et le bon mot  fleurissaient entre les pavés de Paris. Je pense à Albert Simonin, Alphonse Boudard et Frédéric Dard, la crème du polar français de l’époque. Tous ces auteurs populaires ont été boudés par l’élite qui préférait mettre en avant Alain Robbe-Grillet ou Françoise Sagan, chroniqueurs mondains des problèmes existentiels de la bourgeoisie. Pour moi La Métamorphose des Cloportes et San-Antonio occupent une place importante dans la littérature du 20ème siècle, n’en déplaise aux esprits chagrins qui vénèrent Bonjour Tristesse et le nouveau roman. J’avais également envie de glisser dans mon polar des références aux films qui m’ont enthousiasmé. Quelquefois ils sont très connus, dans ce cas là tout le monde peut comprendre, mais parfois ce sont des films oubliés et seuls les spécialistes peuvent suivre. Quand je parle de Debra Paget dans Le Tombeau Hindou ou de Jean Marais dans Le Miracle des Loups, je sais que beaucoup de lecteurs vont devoir taper le titre du film dans Google, une petite recherche qui va les mettre en phase avec ma prose. Les films qui m’inspirent le plus sont ceux où Michel Audiard, scénariste et dialoguiste, mettait les cons au pilori. Enfant, je me souviens avoir vu Les Tontons Flingueurs dans un cinéma de quartier, à Lyon, en compagnie de mon père et de mon grand-père, je n’avais pas tout compris à l’époque mais ça reste un souvenir merveilleux pour moi. D’où le côté vintage de Tuez-Moi Demain. 

Écrire un roman policier humoristique est une arme à deux tranchants : le premier est celui de déplaire aux amateurs de polars classiques pour qui le mélange des genres est une hérésie, le second est celui de plaire au lecteur exaspéré par des romans qui se ressemblent tous. L’écrivain Fred Kassak en parle très bien : « L’humour dans le roman policier est dangereux : en achetant un roman policier, le lecteur s’attend plus à frissonner qu’à s’amuser. En général, le lecteur français supporte mal le second degré : il croit que l’auteur se moque de lui. Si l’on tremble et si l’on pleure des mêmes choses, on ne rit pas des mêmes choses. L’angoisse est objective, le rire subjectif. Un lecteur sensible à un certain humour ne le sera pas forcément au vôtre. »

J’aimerais beaucoup que vous nous parliez du Pilier de Bistrot Poulbot qui m’a énormément fait rire, vous prouvez que Humour et Polar vont très bien ensemble.

Poulbot est un anti-héros bien de chez nous, un croisement entre Bibi Fricotin et le Jean-Paul Belmondo d’À bout de Souffle. La clope au bec, il essaie de redresser un monde qui penche du mauvais côté, quitte à enfreindre quelques lois ou règles de bienséance. Il a quelques amis fidèles et beaucoup d’ennemis de passage mais, au bout du compte, il fait en sorte que la morale soit sauve. Dans certaines de ses réflexions on retrouve aussi Bardamu, le narrateur désabusé du Voyage au Bout de la Nuit de Céline, l’amertume en moins et l’humour en plus. C’est par hasard qu’il se retrouve dans un polar, sa vie quotidienne est simple, c’est plus un observateur qu’un acteur même si régler le compte d’un malfaisant ne lui fait pas peur. Ce qu’il souhaite avant tout c’est boire l’apéro en terrasse avec son pote Lolo et, accessoirement, voler au secours de la veuve et de l’orphelin si le besoin s’en fait sentir. Je sais tout de Poulbot car, pour paraphraser Flaubert et sa Madame Bovary, je dirais que Poulbot c’est moi.

 Votre roman est plein de références musicales rock, pour quelle raison ? Et si vous deviez ne choisir qu’un seul titre qui représenterait votre roman, quel serait-il ?

La pop et le rock, je baigne dedans depuis toujours. Quand j’avais quatre ans la radio passait en boucle Love me Do, le premier tube des Beatles. Je fais partie d’une génération de presque sexagénaires fans des Stones, de Santana, de Led Zeppelin et de Michael Jackson. Pour représenter mon roman je choisis Baker Street de Gerry Rafferty, merveilleuse chanson sur une artère mythique de Londres composée par un musicien écossais un peu sous-estimé par les spécialistes du rock. Chaque fois que j’entends le solo de saxo j’ai le frisson. Et le texte est tellement beau : « En remontant Baker Street, la tête en vrac et mort de fatigue, encore une journée de dingue, tu vas noyer la nuit prochaine dans l’alcool et oublier tout le reste. »  C’est la destinée du rocker, ne plus faire la différence entre le jour et la nuit et mourir jeune.

Nous voyageons beaucoup dans votre roman, Paris-Lyon-Londres-Ecosse et la Corse. Pour quel raisons ?

Ce sont des lieux que je connais et qui ont tous une signification affective et émotionnelle très forte pour moi. Lieux de bonheur, le plus souvent, mais aussi de grande tristesse parfois. Des villes et des pays où j’ai passé quelques jours ou quelques années mais qui ont tous compté dans ma vie, une géographie du souvenir en quelque sorte. Des endroits dont je devais absolument parler dans mon premier roman.

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

Le fils de Frédéric Dard, Patrice, excellent écrivain qui a repris les aventures de San-Antonio, m’a envoyé un mail élogieux et d’une grande gentillesse après avoir lu Tuez-moi Demain. D’ailleurs le livre débute par une citation de son père, immense écrivain qui a vécut près de chez moi, à Bourgoin-Jallieu : « L’échelle des valeurs est en train de perdre ses barreaux« . Je rajoute que le premier salon auquel j’ai participé, Sang pour Sang Polar, se tenait à Saint-Chef, dans l’Isère, le village où est enterré Frédéric Dard.

 

  Comment écrivez-vous ?

Aucune contrainte, aucun horaire particulier, j’ai tout mon temps, quand l’inspiration se présente je tape quelques lignes ou quelques pages sur mon clavier. Toujours en musique, élément indispensable pour moi. En réfléchissant bien je constate que je n’écris jamais la nuit. J’ai un tel retard de sommeil à rattraper….
 

 Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

Par ordre alphabétique, pour ne pas faire de jaloux : Céline, Dumas, Ellroy et King. Deux français, deux américains, des conteurs exceptionnels dont le dernier, Stephen King, mérite le prix Nobel pour tout le rêve et les frissons qu’il apporte à ses lecteurs depuis quarante ans. Mon livre de chevet est Le Dahlia Noir de James Ellroy, un polar bouleversant que je relis régulièrement, un chef d’oeuvre sans équivalent dans la littérature moderne.

Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

Le premier cercle, bien sur, ma femme et mes deux fils, puis une poignée de copains éparpillés sur le net qui me donnent leur avis avec beaucoup de sincérité.

Quels sont vos films préférés car dans votre roman plus d’une trentaines de référence cinématographiques ?

Les grands films sont indissociables de leurs metteurs en scène.
Pour moi ils vont souvent par deux. Apocalypse Now et Le Parrain de Coppola, 2001 L’Odyssée de l’Espace et Shining de Stanley Kubrick, Casino et Raging Bull de Martin Scorsese, Pulsions et L’Impasse de Brian De Palma, Il était une fois dans l’Ouest et Il était une fois l’Amérique de Sergio Leone, L’Horloger de Saint-Paul et Le Juge et l’Assassin de Bertrand Tavernier.
 

 Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

J’ai plusieurs manuscrits sous le coude qui attendent preneur, certains sont en lecture chez un éditeur. Deux récits autobiographiques, Quand j’étais gone et Mémoires d’un prolétaire, ainsi qu’un recueil de nouvelles intitulé Chroniques à usage unique. La suite de Tuez-moi Demain est en cours. J’ai collaboré au thriller de Benoite Nouet, Bloodflowers, qu’elle vient juste de terminer. Une expérience très intéressante, une sorte d’accompagnement à distance, un coaching amical avec une auteure dont le précédent roman intitulé Distorsions est remarquable. J’espère que tous ces projets aboutiront.

 

 Devient-on auteur de polar pour exorciser ses envies de meurtres ?

Non, pas du tout, je n’ai jamais eu envie de tuer quelqu’un. Je n’aime la violence, quand je la décris j’essaie de la dédramatiser au maximum car elle me fait peur, elle ne me fascine pas. Par contre je suis fasciné par certains auteurs qui eux, a mon avis, sont fascinés et savent décrire la violence avec froideur et virtuosité. Je pense par exemple à Brett Easton Ellis et à son American Psycho dont certaines pages sont absolument terrifiantes.

Qu’aimez-vous dans le polar ?

Pour être tout à fait honnête avec vous, cher concierge masqué, j’aime de moins en moins le polar. Pourquoi ? Tout d’abord j’aime sentir la présence de l’auteur derrière les mots et je trouve que certains auteurs disparaissent derrière l’histoire qu’il raconte. C’est trop impersonnel. C’est bien écrit, certes, mais mettez le bon algorithme dans le bon logiciel et le résultat sera le même. Des polars, j’en ai lu beaucoup, vraiment beaucoup et j’ai fini par détester ses clichés et ses passages obligés : la scène de la morgue, le flic divorcé ou veuf qui picole, le jeune policière bien roulée qui débarque et couche avec le vieux flic, le serial killer avec 250 de QI qui se fait serrer à cause d’un truc tiré par les cheveux et l’auteur embarrassé qui nous explique que le type avait envie de se faire arrêter, j’en passe et des meilleurs. J’ai l’impression que le polar est une ruée vers l’or, il à le vent en poupe, et que des centaines d’auteurs s’y précipitent pour faire fortune mais, au final, il y a peu de pépites. Si l’auteur arrive à éviter, à surmonter les poncifs ou à jouer avec et qu’il a un style personnel on est en présence d’une pépite. Ça arrive de temps en temps, heureusement.

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

Ravi d’avoir passé un moment dans ce divan confortable. Merci concierge masqué et à bientôt peut-être…