«Au 5e étage de la faculté de droit » de Mr Christos Markogiannakis

Bonjour à tous. Cette semaine, sur le Divan du concierge, nous partons en Grèce à la rencontre de Mr Christos Markogiannakis pour son roman «Au 5e étage de la faculté de droit » chez Albin Michel.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un vrai roman policier, un pur bonheur !

Intrigue-suspense, tout est là pour constituer un bon roman policier.

Les suspects sont devant nos yeux, appartenant au département de criminologie. Dans n’importe quel groupe de personnes, des rivalités naissent, des jalousies existent. Justifiées ou non, il arrive que certaines relations hostiles prennent une ampleur regrettable, peut-être jusqu’au passage à l’acte meurtrier. Ici, nous sommes au milieu d’experts en crimes, même si leur savoir est largement plus théorique que concret, selon le policier Markou. Mais qu’est-ce qui pourrait pousser l’un ou l’autre de ces dignes universitaires à éliminer deux victimes ?

Je vous recommande fortement ce petit bijou.

Voici un extrait du roman :

— Qu’est-ce qui pousse un individu au meurtre ? Pour quelle raison, d’après vous, quelqu’un commet-il le pire des crimes ?
— Vous savez comme moi, capitaine – nous sommes d’ailleurs plusieurs à proposer un cours là-dessus dans notre programme de master –, qu’il n’y a pas une, mais de multiples réponses à votre question. Les vieilles théories qui mettaient en avant un unique facteur criminogène, de préférence l’hérédité, l’atavisme ou un développement biologique anormal, l’environnement social, le manque de chance, etc., tout cela est dépassé. La tendance, depuis des années, est de considérer qu’on a affaire à de multiples facteurs concomitants et associés les uns aux autres, par exemple la présence du gène de la criminalité dans un contexte social défavorable […] D’après mon expérience personnelle et mes travaux théoriques, quelqu’un peut passer à l’acte ou en arriver à tuer quand il se sent menacé dans ce qui est vital pour lui. Non pas au sens littéral, dans sa vie même, car nous parlerions d’un réflexe d’auto-défense. Je parle plutôt de quelque chose de fondateur pour son existence sociale

Cinquième étage de la faculté de droit d’Athènes, section de criminologie. Anghélos Kondylis, doctorant en criminologie, découvre le corps sans vie de la professeure Irini Siomou… avant d’être tué à son tour. Chargé d’enquêter sur ce double meurtre, Christophoros Markou, jeune capitaine fraîchement diplômé, entre dans l’univers secret de l’Université : un effrayant dédale où s’entrelacent ambitions professionnelles, compromissions, lâchetés et vanités. Markou trouvera-t-il la lumière ?

 

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge. Ma première question pour mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Merci pour l’accueil Cher concierge!

Je m’appelle Christos Markogiannakis, je suis Grec, je suis criminologue et je travaillais comme avocat pénaliste en Grèce, pendant des années. Je vis en France depuis 7 ans et je me sens chez moi ici. J’écris des polars et des livres « criminartistiques » qui mélangent l’art et le crime, mes deux passions !

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

            J’aime depuis mon enfance raconter des histoires – et parfois des salades – à mes amis pour les fasciner, ou les faire avoir peur. J’ai toujours aimé créer des univers noirs et des personnages sombres. A cause de mes études d’abord et mon travail après, je n’avais pas le temps pour écrire quelque chose d’autre que des mémoires scientifiques ou des documents juridiques.

Quand je suis arrivé en France j’ai enfin trouvé le temps pour écrire mon premier polar -que vous avez entre vos mains- et je n’ai jamais arrêté depuis ! C’est la France qui m’a donné le temps, la liberté et l’inspiration à écrire, même si mes intrigues se passent en Grèce.

Je vous avoue quand même qu’entre les documents juridiques et un roman la seule différence est l’imagination. Car, sinon, les deux doivent être bien structurés, et équilibrés, il faut de la discipline pour écrire les deux, et les deux sont construits de la même façon : une introduction, le corpus et une conclusion claire, satisfaisante et… cathartique.

 

 

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre premier roman «Au 5e Etage de la faculté de droit » ?

 

           L’idée de ce livre m’est venu pendant une discussion avec une amie grecque qui faisait à l’époque, comme moi, la recherche pour sa thèse à Paris (elle en histoire d’art moi en criminologie). Elle m’avait parlé d’une professeure de son département, qui était détestée par tous ses collègues et ses étudiants. J’en avais fait le commentaire d’un criminologue « Donc, si elle est tuée on aura un grand nombre des suspects… » Et voici ma victime idéale: une professeure surnommée la Vipère.

J’ai construit l’histoire autour d’elle, dans le microcosme du département de criminologie que je connais bien, entre l’actualité grecque, et aussi un scandale politique allemand de cette époque (il y a 6 ans) dont les détails je ne peux pas vous révéler ! Mais vous aller tout savoir à la fin de mon roman !

 

Le Crime peut t’il être parfait ?

 

Quelle grande discussion ! Pour que je ne vous fatigue pas avec les théories criminologiques, je vous réponds avec les mots d’un de mes personnages « Même si l’acte est mal réfléchi, même s’il est mal exécuté, il reste toujours la possibilité de crimes impunis ou non élucidés. […] Pour conclure, le crime parfait, c’est celui dont l’instigateur ne sera jamais découvert, arrêté ou puni. » Donc, oui un crime peut être parfait, de ce point de vue là.

 

J’aime votre personnage « Le capitaine Markou » pouvez-vous nous parlez de lui et comment vous l’avez créé ?

 

            J’ai eu une idée générale de mon policier et puis en écrivant, son caractère c’est construit grâce à l’histoire autour des traits que j’avais dans ma tète pour lui. Je savais d’abord que je ne voulais pas avoir encore un policier junkie, trop torturé ou alcoolique, comme dans plusieurs séries de polars.

Je voulais un personnage « normal » qui nous rappelle des amis, mais au même temps, un peu distant et solitaire. Il est juste, il a un code moral fort –vous le voyez à la fin, et comment il gère son enquête après sa fin officielle- et il s’amuse se voir comme un autre Holmes ou Poirot.

Il faut dire qu’on voit son personnage évoluer dans les prochains romans. On apprend qu’il est un fanatique de polars –raison pour laquelle il a choisit de devenir policier- il vit dans un appartement très austère, presque pas meublé, car il passe sa vie dans son bureau et il adore La Callas. Avec chaque intrigue, une pièce de plus de sa vie, de son passé, de sa personnalité se met en place.

 

Ce n’est jamais évident d’écrire un bon roman policier, mais là, je suis bluffé ! Pourquoi avoir choisi comme lieu de crime une faculté ?

 

            Merci !

Je crois que le choix du lieu de l’intrigue est aussi un élément crucial pour un bon polar. J’ai choisi le 5e étage de la faculté de droit, le secteur de criminologie pour une raison qui donne l’esprit de cette enquête et des ses personnages: on se demande pourquoi un lieu de l’étude théorique du phénomène criminel est devenu une vraie scène de crime, la scène d’un double meurtre. Et on se demande aussi si un connaisseur du crime en théorie, un criminologue ou un étudiant en criminologie peut commettre un crime parfait…

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

            Le livre a été écrit pour moi, comme un pari personnel. Je voulais écrire un polar comme moi même, j’aimerais le lire. Donc le manuscrit est resté dans mon tiroir pour quelques mois, jusque qu’un jour je l’ai partagé avec un ami, un grand écrivain de romans historiques et un grand lecteur de polars, Michel de Grèce. Il l’a aimé et il a envoyé le manuscrit à son éditeur en Grèce, sans que je le sache. Et l’histoire commence avec une publication presque malgré moi et un succès inattendu! Car – heureusement- il y a des lecteurs qui aiment lire des romans policiers comme je les aime!

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

            Quand j’écris j’ai toujours comme background de la musique classique. Par contre quand je lis je préfère le silence total pour pouvoir écouter dans ma tête les voix des personnages et les sons que je lis, comme « un raclement de chaussures sur le sol ». Donc la musique idéale serait… le silence !

Devient-on auteur de roman policier pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

           On devient auteur en général pour exprimer nos pensées, pour les faire sortir de notre tête, de notre âme. C’est un processus psychothérapeutique, au moins pour moi. Je n’ai pas des envies de meurtre (encore !!) mais avec l’écriture noire j’exorcise mon coté noir d’une façon créative et productive, pas destructive.

 

Votre roman, est un hommage à Mme Agatha Christie non ?

 

Je suis depuis mon enfance un fanatique d’Agatha Christie. Donc je voulais écrire un polar sans trop de sang, sans trop de violence, mais avec une intrigue très bien construite, qui nous montre la nature humaine, la nature criminelle et qui à la fin – la vraie fin- après des twists et des déceptions nous donne enfin le coupable.

Et le capitaine Markou, lui aussi fanatique de Christie, fini son enquête à la Poirot, avec tous les suspect dans une salle de réunion. Toutes les pièces de ce puzzle sont à la disposition du lecteur pendant le livre, comme pour Markou –je ne trouve pas honnête de cacher des choses de nos lecteurs, à la Christie aussi. Et en relisant le livre après la fin, on voit les petits détails, qui nous ont semblé sans importance au début, en leur vraie mesure !

 

Une primeur pour le blog du concierge masqué ? Une autre histoire avec le capitaine Markou ?

 

Apres le secteur de criminologie et son double meurtre, Markou revient dans un an, toujours chez Albin Michel, avec une enquête dans l’univers noir du showbiz: qui a tué la plus grande Pop Diva Grecque pendant son concert d’adieu à la rivière Athénienne… ?

 

Comment écrivez-vous ?

 

J’écris sur mon ordinateur, chez moi, dans la matinée et l’après-midi, avec la musique classique comme background, et la seule tour médiévale de Paris comme vue : la Tour de Jean sans Peur, cet assassin qui a été assassiné. Et quand je n’écris pas, je fais de la recherche, je lis, ou je cherche des solutions aux problèmes d’une intrigue ! Ecrire et arriver à écrire est un 24/7 job !

 

Quel est votre livre de chevet actuellement ?

           

            Je viens de découvrir une écrivaine américaine des années ‘40-‘70, dont le style j’aime beaucoup ! Elle s’appelle Margaret Millar, et mon livre de chevet actuellement et son roman noir, qui a gagné le Prix Edgar de 1956, « Beast in View ».

Quels sont vos films préférés ?

 

            Mon film préféré est « La Corde » d’ Alfred Hitchcock. J’aime beaucoup les films noirs des années 40’s et aussi l’univers de frères Cohen, dont le premier film « Sang pour Sang » de 1984 j’ai eu l’immense plaisir d’introduire pendant les Quais du Polar, au cinéma Lumière Lyon à ses spectateurs.

 

Pouvez-vous nous parler de votre Essai « Scènes de crime au Louvre » ?

 

            « Scènes de crime au Louvre » (Editions Le Passage, 2017) est le mélange absolu de mes deux passions : l’art et le meurtre. Pour ce livre illustré, j’ai pris une trentaine d’œuvres qui se trouvent dans ce musée, des amphores grecques, des tableaux, des sculptures etc., qui représentent des meurtres historiques, mythologiques et bibliques et j’applique les principes de criminologie. Dans cette enquête criminartistique je prends le lecteur par la main et je l’amène comme un témoin privilégié devant des scènes de crimes, afin de découvrir ensemble les indices de chaque meurtre et d’en profiter comme De Quincey disait « de l’assassinat comme un des beaux arts ».

On cherche qui est la victime, qui est le tueur, son mobile, ses alibis et à la fin on découvre la vérité, qui est parfois très surprenante. Est ce que Médée a vraiment tué ses enfants ? Salomé est une femme fatale ou juste une fille obéissante à sa mère ? A Richard III ordonné le meurtre de son neveu, le roi enfant Edward V ? Le massacre des Innocents, a t’il vraiment existé et combien d’enfants ont été tués ?

Suite à son succès, je sors en octobre (chez Le Passage) une nouvelle enquête sur les « Scènes de Crime au Musée d’Orsay » avec des nouveau représentations criminartistiques …

Pouvez-vous nous parler de votre vision sur la Grèce actuelle, car dans votre roman, elle est au bord du Chaos.

 

Il y a 4 ans, quand le livre est apparu en Grèce, les situations décrites sur l’état du pays et des universités pourraient sembler exagérées. Malheureusement depuis 2 ans, à cause des politiques du gouvernement actuel, la réalité criminelle – même dans les bâtiments universitaires- dépasse la plus sombre fiction…

 

 

 

 

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?

 

Une citation d’ Agatha Christie, me semble idéale pour conclure cette interview pour mes chers confrères, lecteurs fanatiques de polars : « Un meurtre est le point culminant d’une série d’éléments circonstanciels, qui, tous, convergent vers un moment donné, en un lieu donné. Des gens venus de tous les horizons, et souvent pour des motifs fortuits s’y trouvent impliqués […]. Le meurtre en lui-même n’est que le couronnement de l’histoire. C’est l’heure zéro ». (Agatha Christie, L’heure zéro).

Donc, de vous souhaiter (comme lecteurs) et me souhaiter (comme écrivain) beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP d’heures zéros !