Par les rafales de Mme Valentine Imhof chez Rouergue Noir Édition

Bonjour à vous tous. Cette semaine, sur le divan du concierge, Mme Valentine Imhof pour son premier roman Par les rafales chez Rouergue noir édition .

D’abord un grand merci à la petite souris du sud , qui se reconnaîtra, pour m’avoir offert ce magnifique roman en me le recommandant fortement.

Et quelle force d’écriture pour un premier roman ! Dévoré en quelques jours tellement pris dans l’intrigue.

Un véritable coup de coeur. Un roman magnifique que l’on aimerait avoir écrit.

La détresse à fleur de peau vous prendra à la gorge,une écriture qui vous donnera la chair de poule .

Un roman destructeur avec des beaux moments de poésie.

Un roman noir de haute facture ,digne des plus grands maîtres du genre .

Rappelez vous de son nom :Valentine Imhof.

Je vous le dis, une future grande, du roman noir.

Je suis curieux de lire son prochain, car elle a mis la barre très haute.

Un sacré défi je vous le dis.

Voici le résumé du roman :

Ils avaient réussi à la retrouver. Alex l’avait compris. Le type inventait des souvenirs bidon, il a proposé de s’arrêter dans un café de campagne pour boire un pot. Pour le plaisir d’être en France, parce que c’est si différent des États-Unis… Ça, elle le savait. Quand il a enserré ses jambes entre les siennes, elle n’a rien fait pour se dégager. Au contraire. Elle a envoyé tous les signaux pour lui faire entendre qu’elle n’attendait que ça depuis le début… Elle le tenait… Elle saurait disparaître ensuite. C’est du moins ce qu’elle pensait. Mais on laisse toujours quelque chose derrière soi. Et au moment où Alex s’apprête à tuer un homme, pour la troisième fois, Kelly MacLeish, jeune sergent juste sortie de l’école de police et mutée aux Shetland, décide de changer complètement d’angle dans l’enquête sur le meurtre de Richard MacGowan le soir du Up Helly Aa, la fête des Vikings, lorsque tout le monde se rassemble pour la crémation du drakkar. Le seul indice retrouvé sur le cadavre, c’est un long cheveu noir. Alors sans le savoir, Kelly rejoint le camp des poursuivants. Ceux qui courent après Alex, ceux qu’elle fuit, toujours plus vite, toujours plus au nord.

Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

Je me suis établie en 2000 à Saint-Pierre-et-Miquelon, où j’ai d’abord travaillé dans l’institut de langues local avant de rallier le lycée, en tant que prof de lettres depuis maintenant 15 ans. Avant ça, j’ai vécu, travaillé, voyagé pendant deux ans aux États-Unis, et puis j’ai aussi été pigiste dans la Presse quotidienne régionale dans l’est de la France. Encore avant, j’ai fait des études de langues et littérature américaines après deux années de classes prépa… J’ai passé une grande partie de mon adolescence en Lorraine, après avoir grandi à Lyon. J’ai parcouru, avec mes parents, la Scandinavie en 4L, été après été. Et c’est à Nancy que je suis née, c’était en 1970.

Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Sans y penser. Je n’ai jamais envisagé d’écrire et encore moins d’être publiée. L’idée de ne rien laisser derrière moi était satisfaisante, voire rassurante. Une apparition-disparition, la plus discrète possible, et puis plus rien… ça m’allait tout à fait. Et un soir où je discutais avec un copain écrivain qui était le énième à me demander si j’avais écrit ou envisageais de le faire, et après que je lui eus sorti mon chapitre sur ma volonté de ne laisser aucune trace de mon passage, il m’a juste dit : « Si ça peut te rassurer, avoir écrit un roman, voire deux, ou rien, ça fait, somme toute, assez peu de différence… ». Ce qui est vrai. Mais je ne me suis pas pour autant jetée dans l’écriture car je n’avais rien de précis à dire, et pas l’envie de projeter quoi que ce soit hors de moi. Par les Rafales a littéralement surgi, quelques mois après cette conversation, sans crier gare.

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Par les rafales ?

Je n’ai jamais eu l’idée d’écrire un roman. Je me suis juste levée un matin avec une phrase, en boucles, dans la tête : « un goût écœurant de vase dans la bouche », que l’on retrouve, d’ailleurs, à deux reprises dans le récit. Et j’avais aussi une image assez étrange, celle d’une femme, nue, dans une chambre d’hôtel, avec sur elle le corps d’un homme, nu lui aussi, et mort. Je savais qu’elle l’avait tué, mais absolument pas par plaisir ni parce qu’elle éliminait tous ses amants après usage. Elle avait dû le faire, c’est tout. Comment ? Je n’en avais aucune idée, mais il n’y avait pas de sang, rien de très spectaculaire ni élaboré. Et pourquoi ? Alors là, c’était encore plus flou. Et j’ai donc écrit ce qui, depuis, est devenu le chapitre trois, sa sortie de la chambre d’hôtel et la descente jusqu’à la gare de Nancy. J’avais une dizaine de pages, tapée en un jet, un souffle. Et voilà. Et j’en étais bien surprise et ne comptais pas aller au-delà de ce premier surgissement. Et pourtant, cette fille qui était un simple pronom, « elle », a continué à me trotter dans la tête, au cours de la journée qui a suivi et le lendemain, et j’ai ajouté des pages, et, de jour en jour, je me suis littéralement prise au jeu de l’écriture et j’ai eu envie de savoir jusqu’où je pouvais aller, sans jamais me dire que j’écrivais un roman ou un roman noir. C’était juste une histoire dont je découvrais les épisodes et les rebondissements en les écrivant. Ça a donc commencé comme ça, sans y penser. J’ai rapidement décidé, arbitrairement, que cette course se terminerait à Terre-Neuve, et plus précisément à Salvage qui est un endroit magnifique et dont le nom a une sonorité qui m’intéressait. Et je n’avais à ce moment-là aucune idée de comment Alex finirait par s’y rendre. À nouveau, plus une sorte de jeu, de fantaisie, et aussi peut-être une contrainte, et l’envie d’aller là-bas. Voilà, c’est tout.


J’aimerais beaucoup que vous nous parliez d’Alex qui m’a énormément touché, ce destin d’une femme meurtrie dans la chair.

Ce personnage m’est d’abord apparue dans une scène où elle est celle qui exerce la violence, même si, comme je le disais, ce n’était pas l’expression d’une perversion. Et j’ai continué à l’observer, pendant quelques chapitres, en essayant de comprendre pourquoi elle était à la fois dans cette colère, cette rage, mais aussi cette peur d’être rattrapée par ces « ils » qui étaient à ses trousses, et cela a duré jusqu’à l’épisode du pogo dans la boîte techno-indus de Gand… Là, j’ai mesuré, dans son désir de disparaître, d’être réduite en pulpe, essorée à la serpillière et vidée dans un caniveau ou des toilettes, la profondeur de son mal-être, de son désespoir, de sa trouille, et il fallait vraiment que quelque chose de bien violent se soit produit pour qu’elle soit dans cet état-là. Et j’ai dû, pour pouvoir continuer à écrire, envisager ce qu’avait été ce fracas, et commencer à réfléchir à qui elle était et à celle qu’elle avait été. De la même manière, la nécessité du tatouage qui couvre son corps s’est imposée, un matin, alors que j’avais déjà une dizaine de chapitres. La première chose que j’ai faite en me levant a été d’écrire la description de ce tatouage, et d’encrer le corps d’Alex dans les pages existantes où elle apparaissait dénudée. C’est aussi ce matin là qu’est arrivé le 2e personnage masculin, Bernd, le tatoueur. Et ainsi de suite. Alex s’est révélée et incarnée au fil de l’écriture, je l’ai découverte peu à peu. Elle a eu une filiation, une ascendance norvégienne, un nom (un oxymore que je lui ai forgé en associant les mots norvégiens signifiant « plume » et « pierre » et qui manifeste la tension constante entre la pesanteur et la légèreté, la force et la fragilité, la rudesse et la douceur). J’ai également maintenu pendant un certain temps la possibilité de la traque, et l’ambivalence d’Anton, dont je ne savais pas initialement s’il était un « vrai gentil » ou l’un des hommes de main commandités pour la tuer…

Votre roman est plein de références musicales, pour quelle raison ? Et si vous deviez ne choisir qu’un seul titre qui représenterait votre roman, quel serait-il ?

La musique fait partie intégrante de ma vie, elle est indissociable de qui je suis, elle est constitutive, une sorte d’ADN complexe avec plein de spirales. J’en ai toujours beaucoup écouté, et il m’arrive aussi d’en jouer à l’occasion (j’ai dans mon bureau, à portée de main, et toujours branché, un petit Trace Elliot, deux basses, et aussi une guitare classique). La playlist s’est révélée au fil de l’écriture. Ce sont certaines atmosphères, certains lieux, certains états d’âme qui en ont appelé les morceaux. Ces musiques ont accompagné l’écriture, certaines des paroles entraient parfaitement en résonance, dialoguaient avec les personnages, et je n’ai pas cherché un quelconque effet en les incorporant au fil de la narration. Ils me semblaient juste nécessaires à ces moment-là, comme peut me sembler indispensable, impérieux, à certains moments, d’écouter tel ou tel morceau.
Quant au titre pour illustrer ce roman, ce pourrait être (en évitant de réfléchir trop, je vais prendre la première référence qui me vient à la lecture de la question) un morceau qui n’est pas dedans, peut-être « Raw Power » des Stooges (Iggy Pop est absent de la playlist, comme tellement d’autres…). J’aime l’expressivité de ce titre, cette énergie brute et brutale, qui pourrait être celle qui a alimenté les deux mois de l’écriture de ce premier roman. Il y a eu un élan, une pulsion, je me suis engouffrée dans la trajectoire du personnage, la découvrant au fil de cette histoire qui s’est écrite d’une traite, sans apprêt, sans contraintes, avec tous les jours la curiosité et le plaisir renouvelés, impatients, d’en découvrir de nouveaux éléments. On peut y trouver donc quelque chose de « brut » comme dans « l’art brut », une histoire dont la cohérence n’est pas astreinte à une construction a priori ni à des ingrédients ni à la mise en œuvres de techniques narratives particulières, une histoire que j’ai écrite pour moi seule, sans penser à un éventuel lecteur, sans en envisager la publication, et avec, surtout, un certain étonnement…

D’où vous vient l’idée de la Mythologie Nordique dans votre roman ?

Cet intérêt pour la Scandinavie est né très tôt chez moi, parce que la Norvège notamment, a été la destination des vacances familiales pendant des années, durant mon enfance et mon adolescence. Nous y passions cinq semaines par an, nous campions, et avons parcouru ces paysages fabuleux qui ont ancré chez moi un tropisme fort pour les régions boréales. J’ai ensuite, pour le plaisir, et après avoir conclu un premier cursus en langue et littérature américaines, repris à la fac des cours de langue danoise et de littérature scandinave. Cette mythologie nordique fait partie de mes références intimes, parmi beaucoup d’autres, et en imprégner Alex a donc été chose facile, et, à nouveau, pas forcément délibérée. Alex a été nourrie d’un certain nombre de références qui sont les miennes, en littérature aussi, et en musique, évidemment.
Par ailleurs puisqu’elle aspire à la fin du monde (pas par le biais d’une destruction massive dont elle serait l’instigatrice mais en jouant avec l’idée de la mort, de sa propre mort, ce qui peut s’assimiler, et pour chacun de nous aussi, à la fin du monde), le personnage de Loki s’est rapidement imposé car lui aussi à des colères, des désirs de vengeance, et c’est lui qui provoque dans la mythologie nordique, le grand bouleversement, le Ragnarök, avec la chute des dieux Ases, et l’effondrement des neuf mondes contenus dans l’arbre Yggdrasil…
Alex et Loki se sont donc un peu superposés, mais Alex n’a absolument pas les moyens de la destruction totale que Loki met en œuvre, et elle est déjà bien détruite elle-même au moment où on la découvre dans le roman. Épuisée, elle n’aspire peut-être plus qu’à être définitivement délivrée de cette course, de cette fuite en avant, si absurdes.

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

Là, je sèche complètement…

Comment écrivez-vous ?

Vite et tôt, le matin, pendant les petite heures, quand tout dort encore autour de moi. J’aime vraiment ces moments d’avant le lever du jour et cette possibilité d’avoir une autre vie avant d’aller bosser. C’est un peu comparable, pour moi, à la conduite de nuit avec, à bord, des passagers endormis. L’idée d’être totalement alerte, attentif à tout, et aussi très seul, une solitude confortable, sereine. Par les Rafales s’est écrit en deux mois, essentiellement entre 4h et 8h du matin, à la cadence d’un chapitre par jour, en moyenne. Le deuxième roman s’est écrit au même rythme et aux mêmes heures, tout comme la biographie que j’ai consacrée à Henry Miller.


Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

Question très difficile à nouveau. Il est toujours délicat d’établir une short-list qui ne va donner qu’une idée très limité de ce que j’aime lire. Alors, toujours en évitant de trop y penser, et pêle-mêle, sans ordre de préférence, j’aime beaucoup Philip Kerr, Gunnar Staalesen, Murakami Ryû, Gilles Stassart, Jo Nesbø, Miguel Torga, Rohinton Mistry, Sylvain Tesson, Cendrars, Céline, Henry Miller, Caryl Férey, Brigitte Fontaine, Jack Kerouac, Jack London, Jean-Bernard Pouy, James Lee Burke, Tennessee Williams, Antonin Varenne, Luis Sepulveda, Francisco Coloane, Salman Rushdie, Umberto Eco, etcetera, etcetera (j’ai une bibliothèque très hétéroclite, pas mal fournie, dans laquelle j’estime qu’il n’y a pas grand-chose à jeter…)
Quant à ce qui se trouve en ce moment dans ma pile de chevet, Une Histoire populaire des États-Unis d’Howard Zinn, Les Bébés de la consigne automatique et Chansons populaires de l’ère Showa, de Murakami Ryû, Les Belle endormies et Les Servantes d’auberge, de Yasunari Kawabata, Downton Diaries, de Jim Carroll, Au Sud de nulle part de Bukowski, et Farallon Islands, d’Abby Geni… (une des piles, les livres débordent des étagères, il y en a un peu partout dans la chambre…)



Quel est votre premier lecteur, ou lectrice, quand votre roman est terminé ?

J’ai eu deux lecteurs en cours d’écriture, ma mère et un ami, à qui j’envoyais ou lisais les chapitres un par un, chaque jour, un peu à la manière d’un feuilleton quotidien. Et puis quand ce qui est devenu un roman a été bouclé, je l’ai fait lire autour de moi à quelques copains et copines, avec lesquels j’avais déjà partagé des enthousiasmes de lectures, échangé des livres, et dont les avis de lecteurs m’importaient…

Quels sont vos films préférés ?

Oh la la !! Question très difficile encore. Je pourrais en citer plusieurs dizaines, le cinéma a été ma première passion (je me suis longtemps imaginée réalisatrice) et ai donc été cinéphile et cinévore, (et le suis toujours). Je vais me contenter à nouveau, de citer ceux qui me passent par la tête, là, maintenant, à savoir La Nuit du Chasseur, La Soif du mal, Sunset Boulevard, Blade Runner, Les Damnés, Le Tambour, Le Jour se lève, Le Décalogue, 1900, Voyage au bout de l’Enfer, Accattone, Théorème, Tampopo, Dead Man, Only Lovers Left Alive, Leningrad Cowboys Go America, Gallipoli, Arizona Dreams, Le Temps des Gitans, Underground, Amadeus, Le Vol au-dessus d’un nid de coucou, The Unbelievable Truth, Hunger, Killer Joe, Shotgun Stories, Mud, Only God Forgives, Macadam Cowboy… Cette question est vraiment terrible car les quelques titres que je viens d’égrener sont une infime partie des films qui m’ont fait vibrer… Je pourrais continuer pendant des pages, alors mieux vaut arrêter…

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

Le deuxième roman est déjà écrit et à paraître au Rouergue noir, à l’automne 2019. Je me suis lancée dans cette 2e intrigue quinze jours après avoir conclu Par les rafales, parce que je me sentais un peu seule, pas mal triste, privée d’Alex, Anton et Bernd, avec lesquels je venais de passer des semaines intenses, et aussi parce que l’écriture est une activité à accoutumance, je venais de le découvrir. J’ai depuis commencé plusieurs histoires. J’en ai quatre en route, toutes en plan pour le moment, dont une, la dernière en date, à laquelle je compte m’atteler sérieusement. Un roman qui s’annonce noir (j’ai l’impression que le pli est pris !) et pour lequel j’ai décidé de me décaler dans le temps, avec une intrigue qui se déroulera en gros de 1900 à 1940 et sur trois continents (c’est l’idée d’ensemble, encore extrêmement vague, parce que, comme pour les deux premiers, je n’ai absolument ni plan ni progression et souhaite me laisser surprendre tous les jours en écrivant). J’ai les 50 premières pages, et je compte consacrer un peu de temps à la recherche documentaire, tant sur certains événements que sur certains lieux. Et ce qui va me plaire aussi c’est de m’amuser à éviter les anachronismes langagiers… on verra. Et comme j’imagine que ce bouquin va être un chantier un peu ambitieux, il se peut que j’ai une autre histoire sous le coude, simultanément, très différente, et qui elle s’écrive comme les deux premières, très vite.

 

Qu’aimez-vous dans la naissance d’une tueuse ?

J’ai du mal à envisager le personnage d’Alex comme une tueuse, même si elle a quelques cadavres à son passif et je ne me suis dit à aucun moment, lorsqu’elle est apparue, un matin, que j’aillais explorer la personnalité d’une femme qui commet des meurtres. Je savais dès le début, intuitivement, sans encore la connaître, que si elle tuait ce n’était pas par plaisir, ou parce qu’elle était tordue, mais que sa violence était dictée par une sombre colère, par une peur panique dont j’ignorais alors encore les causes… Je préfère plutôt penser à ce roman comme l’histoire d’un basculement et une exploration de comment la brutalité de certains événements retourne une vie, voire plusieurs. Je pense également que personne jamais ne peut prétendre que la violence lui est étrangère… Sans aller jusqu’au meurtre, et en l’envisageant sous la forme de paroles ou de gestes brutaux, je pense que cette violence est intrinsèque et le plus souvent latente, et qu’un déclencheur, parfois presque anodin, peut l’activer en chacun de nous… C’est plutôt le tour qu’a pris cette histoire, écrite sans que j’ai l’intention initiale d’exposer, de démontrer, d’observer quoi que ce soit.

Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtres ?

Je n’ai jamais pensé devenir « auteur de roman noir », mais cette noirceur est probablement inspirée par ma vision du monde. L’histoire de l’humanité et l’actualité ne m’ont jamais permis d’être du côté des optimistes, des bienheureux, et même des heureux tout court… Il ne s’agit donc pas ici d’exorciser des envies de meurtres, mais peut-être quand même de donner à voir comment la brutalité du monde peut broyer des gens, et comment cette violence qui s’exerce sur eux les poussent parfois à y opposer force et violence à leur tour et les entraîne dans le chaos collectif. L’image d’un monde dans lequel la douceur et la gentillesse ne sont plus envisagées comme des qualités, mais comme des faiblesses, un monde dans lequel on entretient la compétition, l’individualisme, les clivages, le culte de la force, celui des armes, un monde qui, tel que je l’entrevois, va droit dans le mur…

Pouvez-vous nous parlez de votre Biographie sur Henry Miller ?

C’est une petite biographie voyageuse parue aux Éditions Transboréal dans une collection intitulée « Compagnons de route » et dans laquelle le biographe évoque la relation particulière qu’il entretient avec un auteur, et la manière dont ce personnage a pu l’accompagner au cours de sa vie. Même si cette bio est dense et très documentée, il ne s’agissait pas de produire un travail d’érudition (j’ai rédigé, par le passé, plusieurs travaux universitaires sur Miller et d’autres biographies, bien plus conséquentes, lui sont consacrées), mais plutôt d’écrire le parcours d’un homme, d’un artiste, en toute subjectivité, avec ses œuvres pour matériaux, et que le tout se lise comme un roman…


Quel sera le mot de fin de cette interview ?

Merci Richard, pour votre lecture de Par les Rafales, et aussi pour cet entretien. Vivent les livres et les rencontres qui nous émeuvent, nous bousculent, et nous permettent de vivre plus intensément, sans jamais se prendre au sérieux…