« Étoile Morte» de Mr Ivan Zinberg

Bonjour à vous tous, cette semaine sur le divan du concierge nous accueillions Mr Ivan Zinberg pour son roman Etoile Morte.

« Los Angeles regorgeait de détraqués en tous genres. Cette ville offrait un panorama complet de la nature humaine, de la plus noble à la plus perverse. »

Los Angeles. Chasseur de scoops, Michael Singer enquête sur l’agression sexuelle d’une présentatrice vedette du journal télé. Pendant ce temps, les inspecteurs Sean Madden et Carlos Gomez héritent d’une affaire brûlante : le cadavre d’un riche homme d’affaires est découvert dans un luxueux hôtel, poignardé à de multiple reprises. Alors que le journaliste s’immerge dans le monde de la pornographie underground, les deux policiers remontent la piste d’un tueur redoutable, qui n’hésitera pas à s’en prendre à eux. Mais les trois hommes ne traquent-ils pas le même gibier ?

Comme Raymond Chandler, Ross Macdonald, Joseph Wambaugh, James Ellroy et Mickael Connelly, Ivan Zinberg choisi Los Angeles pour cadre de son Roman.

Je lui tire mon chapeau car vraiment cru que j’avais à faire à un grand écrivain américain tellement les détails était exact.

On plonge dans un monde ultra noir, et en même temps assez peu à ma connaissance décrite dans l’univers du polar, et de la littérature tout simplement. Peu à peu, Ivan Zinberg (lui-même lieutenant de police) donne chair à ses personnages (la passion de Sean pour le cinéma des années 80 avec un faible pour 37.2 le matin), créant des seconds rôles suffisamment étoffés (une psy asiatique blessée par balles, une starlette du porno et sa compagne…) pour que l’on s’y attache et que le doute s’installe quand à leur implication éventuelle dans cette double enquête. Le vrai plaisir est d’être manipulé jusqu’à la fin et de ne jamais avoir deviné qui était le, la ou les coupables… Un polar féroce dans sa construction, epoustouflant dans sa conclusion.

Je tiens aussi à remercier Muriel Leroy de m’avoir fait découvrir cet auteur.

Si vous, lecteurs, vous ne connaissez pas Ivan Zinberg, ne passez pas à côté de ce brillant écrivain vous le regretterez amèrement.

http://editions.critic.fr/nos-auteurs/ivan-zinberg.html

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge ! Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

Je suis originaire de région Rhône-Alpes, policier de métier et romancier sur mon temps libre. J’ai écrit trois thrillers depuis 2014, parus chez Critic en grand format et chez Points Thriller en poche. Les trois sont des « serial killer thrillers » dont les intrigues se situent aux USA. Le fil conducteur de ces textes est toujours le suspense, la tension et les rebondissements, à travers des enquêtes policières et journalistiques. J’ai terminé un cycle avec ces trois romans « américains », de même que j’ai honoré mon engagement pour trois livres chez Critic. Mes prochains thrillers seront « made in France », localisés ici, les intrigues n’en seront que plus réalistes et documentées. Je ne sais pas encore avec quel éditeur je vais travailler. Le plus important pour l’heure est de bâtir un projet solide.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Je lisais beaucoup à l’adolescence, bien plus qu’aujourd’hui. Je me surprenais à lire tous ces romans de façon analytique, en observant leur construction, les techniques utilisées par l’auteur, les mots choisis, les transitions, les dialogues, etc. Puis j’ai assez naturellement commencé à écrire mon premier roman. J’ai mis plusieurs années à l’achever, je crois que le premier roman est vraiment celui qui permet d’apprendre à devenir romancier. C’est plus rapide et facile avec les romans suivants, même si ça reste un travail de longue haleine qui nécessite de la technique, surtout en thriller, des efforts et une certaine facilité d’expression écrite. J’ai toujours aimé écrire et jongler avec les mots, je sais que j’écrirai toujours.

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman « Étoile Morte» ?

J’avais lu un article racontant le triste sort d’une actrice de X américaine contaminée par le virus du sida sur les plateaux de tournage. Je me suis dit pourquoi pas imaginer un thriller décrivant ce milieu avec des personnages réalistes tels qu’ils peuvent y évoluer. J’avais aussi envie d’aborder plus largement la question des violentes faites aux femmes, qui sont un problème mondial et largement sous-évalué. Avec les campagnes « balance ton porc » et ses équivalents à l’étranger, on dirait que ce problème de société majeur sort un peu de l’ombre. C’est une bonne chose. En tant que policier, je suis aux premières loges pour observer la délinquance et la criminalité. Et je ne peux que constater combien ces viols, violences et agressions sexuelles sont nombreux, et surtout combien les victimes en ressortent brisées, parfois à vie.

Quand j’ai lu votre roman, j’avais l’impression que c’était un écrivain américain qui l’avait écrit tellement Los Angeles est bien décrit. Je suis allé à Los Angeles.

Pour mes deux romans qui se situent à Los Angeles, Étoile Morte et Miroir Obscur, j’ai particulièrement soigné la justesse des univers et des décors traversés. Tous les lieux ou presque existent vraiment dans le réel et sont décrits avec exactitude. Avec internet et ses multiples outils, il est assez simple d’y parvenir. J’ai aussi beaucoup lu Robert Crais, Michael Connelly, Jonathan Kellerman, Chris Carter, etc. Ces auteurs situent la plupart de leurs intrigues à L.A. donc j’avais déjà tout un imaginaire en tête autour de cette ville. Sans compter tous les films et séries qui se passent là-bas et qui nous familiarisent avec elle.

 

Trois personnages m’ont énormément marqué, Michael Singer, Sean Madden et Carlos Gomez. Pouvezvous nous en parler ?

J’ai écrit Étoile Morte il y a assez longtemps et j’avoue ne plus avoir tous les éléments en tête, d’autant que je travaille sur d’autres personnages aujourd’hui. Madden et Gomez forment un duo d’inspecteurs tels qu’ils existent vraiment au LAPD. Ce sont deux hommes assez différents, l’un à l’hygiène de vie discutable, l’autre beaucoup plus sérieux. Ils ont le point commun d’être passionnés par leur métier et de vouloir faire triompher la vérité. Singer est un journaliste people en pleine remise en question. J’aime les personnages de journalistes, je vais réutiliser prochainement ce genre de profil. D’une façon générale, les personnages sont essentiels dans un roman, il faut soigner leur construction, leur personnalité et leurs motivations pour donner du corps à l’histoire.

Vous nous montrez l’univers des studios cinématographiques du porno à Los Angeles, qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce milieu ? L’univers pourri de ce milieu ?

C’est tout à fait ça. C’est un milieu assez sordide où les femmes sont généralement malmenées et peu considérées, quoi qu’on puisse en dire. Ce milieu tente laborieusement de défendre son image, mais dans les faits la plupart des actrices en ressortent usées, mises à la marge et à jamais cataloguées comme actrices de X. Le porno, amateur comme professionnel, profite de femmes en souffrance, un peu perdues ou en difficulté financière, qui s’engagent contractuellement sans avoir conscience des conséquences de leurs actes. Elles se retrouvent à vie sur internet dans des scènes dégradantes et parfois pointées du doigt par leurs collègues, leur famille, leurs amis, etc, qui ont eu connaissance de l’existence de ces vidéos. Les plus connues ont beaucoup de mal à se réinsérer professionnellement.

 

 

Avezvous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

Étoile Morte est le roman le plus apprécié par mes lectrices et lecteurs. De tous les retours que je reçois sur mes livres, il arrive souvent en tête. Pourtant, je sais aussi qu’il a rebuté du monde en librairie à cause de son thème, la pornographie. C’est pourtant un terrain intéressant pour écrire un bon thriller. On peut croire que les fans de thriller habitués au sang sont capables de tout lire, mais ce n’est pas le cas. J’ai reçu plusieurs messages de lectrices qui ont été écœurées par la scène de gang-bang où une actrice est brutalisée sexuellement par plusieurs dizaines d’hommes en même temps sous l’œil des caméras. Cette séquence est malheureusement très réaliste, ce genre de choses abjectes est aussi couramment tourné en France.

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

J’aime beaucoup la musique, surtout le rock et le heavy-metal. Je glisse souvent des références musicales dans mes romans, qui dans les trois quarts des cas correspondent à mes goûts. On peut donc jeter une oreille sur ces groupes et morceaux. Si je devais proposer cinq disques majeurs qu’il faut absolument avoir écouté dans sa vie, selon moi, ce serait : Nirvana « Nevermind », Rage against the Machine (l’album du même nom), « Core » de Stone Temple Pilots, « Dirt » d’Alice in Chains et le « Black Album » de Metallica. Des classiques des années 90, exceptionnels. Il y a une cinquantaine de disques des années 90 qui sont incontournables en rock et en metal. Cette décennie est pour moi la plus riche de l’histoire du rock.

Comment écrivez-vous ?

Quand je trouve le temps. Les soirs, les week-ends et pendant mes congés. En phase d’écriture active, j’écris tous les jours. Je travaille sur mes romans uniquement dans mon bureau, chez moi, face à ma bibliothèque, avec mes plans et ma documentation, dans le silence ou avec un fond musical ou un film, selon mon humeur. Le plus dur quand on ne fait pas ça à plein temps, c’est de trouver l’énergie, le soir, pour être efficace après une journée de travail.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

Pour les auteurs français, j’ai lu quasiment tous les Descosse et les Grangé, mes deux plus grosses influences. En plus de leurs intrigues et personnages très travaillés, ce sont de vrais stylistes, avec de jolies plumes. Le style est important, bien trop de polars qui sortent en librairie sont écrits avec les pieds. Sur un premier roman, ça se comprend aisément, mais quand c’est mal écrit en permanence… Il n’est pas question de faire du Chateaubriand ou du Flaubert, mais seulement de travailler sur les mots pour obtenir quelque chose d’esthétique, de fluide et qui évite les clichés de style. Plus de la moitié des polars au minimum pèchent par leur style douteux. Pour les auteurs étrangers, j’apprécie Michael Connelly, un maître du polar par sa très grande maîtrise de l’écriture, Stephen King, un vrai génie, certains romans de James Ellroy, ceux de Joseph Finder, de Robert Crais, de Dean Koontz… Je lis en ce moment « Disparues » de Thibaut Solano. C’est un document sur les disparues de Perpignan, une affaire criminelle marquante d’il y a 20 ans. Je m’intéresse aux faits divers et aux grandes affaires judiciaires.

Quel est votre premier lecteur, ou première lectrice, quand votre roman est terminé ?

C’est moi-même. Je me lis et me relis des dizaines de fois, sans exagérer, avant d’arriver à la version que je vais montrer à l’extérieur. Ensuite, c’est l’éditeur qui est le premier destinataire du texte. On l’améliore ensemble, on discute, on le pousse pour obtenir la meilleure version possible. Puis, quand le roman est achevé et définitif, il commence sa vie auprès des lecteurs. Il ne pourra plus changer, donc pour ne pas avoir de regrets, il faut tout donner en amont.

 

Devient-on auteur de thrillers pour exorciser ses envies de meurtres ?

Je n’ai pas d’envies de meurtres particulières (rires). Mais écrire des thrillers est le résultat d’un questionnement sur le mal et la violence que peuvent porter en elles certaines personnes. Évoluer dans ce genre littéraire est une façon d’explorer cette part sombre des individus et peut-être aussi d’accepter plus facilement cette violence qui gangrène le monde. Mais je suis optimiste, je pense que l’humanité s’assagit, se civilise et gagne en expérience au fil du temps, même s’il y a encore beaucoup de boulot.

 

Quels sont vos films préférés ?

Je ne suis pas un grand cinéphile, mais j’aime regarder des films. Mon préféré est « Body Double » de Brian de Palma, un suspense Hitchockien, j’en parle dans l’un de mes romans. D’ailleurs, la maison dans laquelle vit l’inspecteur Sean Madden, dans Étoile Morte et Miroir Obscur, est la Chemosphere House, maison d’architecte très connue à Los Angeles et également décor principal de « Body Double ». J’aime « Basic Instinct » de Paul Verhoeven, « Angel Heart » d’Alan Parker ou les sagas SF ou fantastiques des années 80 comme « Terminator », « Robocop » ou « Retour vers le Futur ». Je regarde aussi beaucoup de films d’horreur et de thrillers. En slasher horrifique, j’ai bien aimé dernièrement « Happy Birthdead », très original.

Pouvez-vous nous parler de vos deux autres romans : Jeu d’ombres et Miroir obscur ?

Le premier, Jeu d’ombres, aborde les thèmes de la psychose, de l’ambition et de la corruption, à travers la traque d’un serial killer d’un genre particulier. J’ai adapté la pathologie mentale qu’est la fugue dissociative pour créer cette histoire. Exercice très stimulant. Jeu d’ombres est plutôt spectaculaire dans son intrigue, là où le deuxième, Étoile Morte, est plutôt un polar très sombre, plus réaliste, qu’on peut classer dans le genre « rape and revenge ». Le troisième, Miroir Obscur, plus coloré et original, traite les questions du buzz médiatique, de la presse people, des chaînes d’information en continu et de la course aux scoops dans le monde des médias. Miroir Obscur est une déferlante de meurtres assemblés dans une structure de récit que je n’avais pas utilisée jusque-là. Je me suis bien amusé avec ce texte. Je considère que c’est mon roman le mieux écrit. À chaque fois, je recherche le dynamisme narratif, un texte compact et efficace, sans oublier la part d’immersion et de description indispensable à toute bonne histoire.

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

Oui, je suis en train d’en commencer l’écriture. Il s’agira, sauf changement, d’un thriller policier ancré dans ma région, sur l’axe St-Etienne/Lyon/Savoie/Suisse, dans une ambiance très noire et urbaine. On suivra une double enquête : d’un côté, un ancien flic des RG, retraité, reconverti dans le fait-divers, parisien, tentera d’éclaircir une affaire très médiatique de joggeuse retrouvée morte près d’un lac. De l’autre, un flic de terrain, issu des cités, chef d’une Brigade anti-criminalité à St-Étienne, sera appelé à la rescousse par une amie d’enfance dont la fille a disparu. Les deux hommes et leurs enquêtes respectives seront amenés à se croiser.

 

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

Merci beaucoup pour cette interview. C’est toujours agréable de répondre à quelques questions. J’en profite pour saluer, comme souvent, les lecteurs, blogueurs, libraires, éditeurs, représentants, etc, tous les acteurs du livre, pour ce qu’ils accomplissent au quotidien pour soutenir la lecture. Celle-ci ne doit pas mourir. C’est une arme de construction massive pour faire évoluer positivement l’humanité.