« Candyland » de madame Jax Miller

 

Bienvenue sur le divan. Aujourd’hui nous accueillons madame Jax Miller pour son roman « Candyland ».

Quel roman ! Pourtant ce n’est que son deuxième. Quelle force d’écriture !

Atmosphère et personnages très bien faits. Je n’ai trouvé aucun défaut.

Je me suis sincèrement régalé. Le meilleur roman que j’ai lu cette année.

Un coup de cœur total pour ce magnifique roman. Faites moi confiance, il vous prendra aux trippes.

Voici le résumé :

Pennsylvanie de nos jours. Plongée au coeur des Appalaches, dans la communauté Amish. Pauvreté, villes fantômes, secrets de famille. Sadie Gingerich est en lutte constante contre la société américaine moderne dans laquelle elle tente aujourd’hui de vivre. Ce fragile équilibre s’effondre lorsque son fils est assassiné par sa petite-amie. Danny Kendricks, le père de la meurtrière est aux prises avec son passé de criminel qu’il tente de faire oublier.Sadie et Danny se rencontrent, unis par leur souffrance mais leur passé revient en force.Roman noir dans une Amérique en crise, Candyland ou un prequel moderne au conte d’Hansel et Gretel .

A la semaine prochaine pour une nouvelle rencontre sur le Divan.

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge ! Ma première question pour mieux vous connaître, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Bien sûr ! Mon nom est Jax Miller, et je suis juste une new yorkaise moyenne qui vit dans la campagne irlandaise. Je suis un peu fofolle, mais je suis passionnée par ce que je fais. Merci de m’accueillir !

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Ecrire n’a jamais été dans mes projets, en fait, j’ai découvert l’écriture alors que je voyais un conseiller à une époque sombre de ma vie. Je pense qu’il en a eu assez de m’entendre jurer et décharger ma colère alors il m’a dit d’essayer d’écrire. Ça m’a paru être une idée absurde ( je pensais que c’était un truc pour les intellectuels et les universitaires, ce que je n’étais pas). Mais j’ai essayé quand même et quand il a dit « putain c’est le meilleur truc que j’ai jamais lu » , il n’y a plus eu de retour possible . J’ai écrit pour cet homme, un nouveau chapitre chaque semaine pour nos séances. Je n’ai jamais arrêté depuis.

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman « Candyland » ?

 Personnellement je pense que le cadre est toujours mon personnage le plus fort. Et j’aime écrire sur des environnements qui sont peu abordés dans la littérature, le cinéma ou la télévision américains. Je me suis dit, il y a tant de choses à dire sur les régions industrielles en déclin et les régions minières, et pourtant on n’en parle pas souvent, alors pourquoi pas ? Alors que les personnages étaient au centre de mon premier roman , le cadre et le lieu seraient au centre de celui-ci. Et je voulais vraiment que les lecteurs aient l’impression d’y être.

 

La communauté amish, omniprésente dans votre roman, tout en étant à part de cette société américaine profonde. Pouvez-vous nous en parler ?

 J’ai le plus grand respect pour les Amish, je trouve que ce sont des gens fascinants. Quand je suis allée chez eux, pas l’été dernier mais le précédent, pour faire des recherches, j’ai adoré parler avec eux et manger leur nourriture (qui est excellente, soit dit en passant). Je voulais un personnage qui serait totalement à l’opposé de celui de mon premier livre, aussi ai-je choisi une culture dans laquelle on ne peut pas jurer, boire, etc. Je voulais surtout vous montrer une femme qui de toute sa vie n’avait jamais été témoin de la moindre violence (elle n’a jamais regardé la télé , les Amish n’ont pas le droit de se défendre physiquement, etc) et la confronter à une forme brutale de violence.

 

Des personnages qui m’ont énormément marqué, tous marqués dans leurs chair, pouvez-vous nous parler de Braxton, Sadie Gingerich et Danny ?

 

Sadie est une confiseuse naïve et en pleine confusion qui vit dans un milieu avec lequel elle n’a jamais vraiment été en phase. Elle a reçu une éducation Amish, elle ne s’est jamais vraiment sentie à l’aise dans le monde réel. Quand son fils est brutalement assassiné, le monde autour d’elle s’écroule.

Braxton est un cliché, un flic alcoolique, et il le sait. Il est fruste, il est cynique, mais au fond de lui, il a peur de son passé et de la vérité.Il préférerait succomber à son amertume plutôt que découvrir une vérité qu’il sait toute proche.

En ce qui concerne Danny, il est je crois le plus incompris. Il est d’un abord dur et bourru, mais je pense qu’il a un cœur de romantique, qu’il aspire à l’amour et au bonheur, mais qu’il croit ne pas les mériter.

 

Avez vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

 Non, je n’en ai aucune. J’ai lutté pour ce livre, aussi bien mentalement que financièrement. J’aimerais avoir quelque chose de plus amusant à vous dire ! Mais savez-vous que Candyland est   n’est publié qu’en français, et en exclusivité en France ?

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 Bien que je sois généralement très rock’n’roll, voici ce que j’ai écouté pendant l’écriture du livre : Max Richter, Dave Gahan and The Soulsavers (Angels and Ghosts), Dick Hinchliffe, Nick Cave, Leonard Cohen … J’ai choisi une playlist plus folk, plus tranquille, parce que je voulais vraiment ralentir les choses, contrairement à mon habitude d’écrire énergiquement et hyper rapidement.

Pouvez-vous nous parler de votre premier roman : Les infâmes ?

Les Infâmes est ,comme je viens de le dire, plein d’énergie, très speed. C’est l’histoire d’une femme perturbée qui ne reculera devant rien pour retrouver sa fille avec qui elle est brouillée. De tous mes romans, c’est celui qui est le plus cher à mon cœur. J’ai beaucoup mis de mon âme dans ce livre. Je ne dirais pas que c’est mon meilleur livre (je ne le pense pas, j’ai beaucoup gagné en maturité en tant qu’écrivain depuis), mais je pense que c’est mon récit le plus brut, le plus honnête.

 

 

Vous montrez les Etats Unis en pleine Déchéance, un cri d’alarme que vous lancez ?

Pas nécessairement. Je  pense qu’il est important de différencier la vision que les gens on en général de l’Amérique de la mienne. Ce que j’ai décrit n’est que ma vision étroite du monde. Cependant, je pense vraiment que le rêve américain tel qu’il était est sévèrement fracturé et ce depuis des années. Ceci étant dit, je peux donner plein de raisons qui font de l’Amérique une nation meilleure que toute autre. Bien que mes livres montrent en effet la face sombre de l’Amérique, je pourrais aussi montrer un aspect plus beau et plus riche de sa culture. Seulement je ne veux pas le faire dans mes livres.

 

Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtre ?

 Pas en ce qui me concerne, tout du moins , j’ai toujours été fascinée par le crime, même quand j’étais très jeune (le premier livre que j’ai lu qui n’était pas de la littérature jeunesse fut La tuerie d’Hollywood de Vincent Bugliosi à 12 ans). Cependant la littérature pour moi est un moyen de revanche, car je crois que le succès est la meilleure vengeance qu’une personne puisse obtenir. Mais je peux aussi écrire de beaux poèmes. C’est juste que mes romans policiers sont ce que les gens aiment le mieux lire de moi.

 

Comment écrivez-vous ?

Je n’ai pas d’organisation précise. J’écris quand je me sens d’humeur. Alors, j’écris frénétiquement, sans dormir. Je trouve qu’écrire jour après jour est monotone. Il y a des auteurs qui aiment avoir une routine. Je n’en fais pas partie.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 Le croiriez-vous si je vous disais que je refuse de lire en période d’écriture active ? Et je suis toujours en phase d’écriture active. Je me laisse beaucoup trop influencer par les voix narratives des autres si je le fais, et leur voix se transfuse beaucoup trop dans la mienne. Si je suis en train de décrire une bagarre de bar dans Les Infâmes, et que je lis du Stephen King, j’aurai subitement envie d’ insérer un clown assassin dans mon histoire. Il a fallu que je fasse un choix, j’aime les classiques. Le dernier que j’ai lu est L’art de la guerre de Sun Tzu.

 

Quel est votre premier lecteur, ou première lectrice quand votre roman est terminé ?

Ma sœur, et ma complice Sarah.

 

Quels sont vos films préférés ?

C’est comme me demander lequel des cheveux plantés sur ma tête je préfère ! Je suis complètement accro aux films. J’ai une plus grande passion pour les films que pour les livres (vous le croyez ça?). Quelques-uns comme Les évadés, The Crow, Les sentiers de la perdition, Trainspotting, Voyage au bout de l’Enfer, Les affranchis … Je pourrais continuer pendant des jours !

 

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un troisième roman ?

Et bien oui. Un nouveau « second roman » ? Entre Les Infâmes et Candyland, il y a eu un deuxième roman que je n’ai jamais publié. J’envisage de le faire publier en France. C’est l’histoire d’une fille de14 ans dans la région autour de l’estuaire de Virginie Elle met sa vie en jeu pour laver le nom de son père et trouver le vrai tueur en série responsable de la mort de sa sœur jumelle et d’une série d’autres jeunes filles.

De plus, le roman sur lequel je travaille en ce moment s’inspire d’un crime réel , et je trouve ça très excitant! C’est au sujet de vrais meurtres qui ont été perpétrés à Welch, en Oklahoma, en décembre 1999, le double meurtre d’un couple et, de la disparition de leur fille adolescente et de sa meilleure amie, la même nuit. C’est une histoire pleine de rebondissements et je suis contente de dire que la télévision américaine a acheté les droits pour faire une série documentaire sur cette histoire. J’espère pouvoir en dire plus bientôt.

 

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

Votre divan est très confortable.