Mr Timothée Demeillers « Jusqu’à la bête » chez Asphalte Edition.

Bienvenue. Aujourd’hui, nous accueillons sur le divan, Mr Timothée Demeillers, pour son roman « Jusqu’à la bête » chez Asphalte Edition.

Voici un roman qui me restera en mémoire. Ne cherchez pas des litres et des litres de sang humain, mais plutôt, des litres de sang bovin. La vision infernale et tellement criante de vérité d’un abattoir, la descente en enfer d’un ouvrier jusqu’à l’irréparable.

Un roman simple et beau, car l’écrivain ne cherche pas les jeux d’effets, mais il montre plutôt, la vie d’un ouvrier, noyé dans des cadences abusives.

Un roman qui vous prend aux trippes et qui ne vous laisse pas intact.

Une voix et un style d’écriture rare, que je découvre avec ce roman, et que je vais suivre maintenant.

 

Voici un résumé du roman :

 

Erwan est ouvrier dans un abattoir près d’Angers. Il travaille aux frigos de ressuage, dans un froid mordant, au rythme des carcasses qui s’entrechoquent sur les rails. Une vie à la chaîne parmi tant d’autres, vouées à alimenter la grande distribution en barquettes et brochettes. Répétition des tâches, des gestes et des discussions, cadence qui ne cesse d’accélérer… Pour échapper à son quotidien, Erwan songe à sa jeunesse passée dans un lotissement en périphérie de la ville, à son histoire d’amour avec Laëtitia, saisonnière à l’abattoir, mais aussi à ses angoisses, ravivées par ses souvenirs. Et qui le conduiront à commettre irréparable.

 

La semaine prochaine nous partons à Belfast, je vous souhaite une bonne semaine.

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge ! Ma première question pour mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Eh bien j’ai 33 ans, je viens d’Angers et je vis en région parisienne. Je gère une petite entreprise de visites guidées culinaires à Paris qui me permet de gagner ma vie et en parallèle j’écris et je réalise des films documentaires.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

J’ai commencé à écrire assez jeune. Tout d’abord de terribles petits poèmes torturés (que j’espère ne jamais retrouver) et puis, progressivement, des choses plus « sérieuses », quelques nouvelles, des pièces de théâtre et puis mon premier roman publié en 2004.

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre premier roman « Jusqu’à la bête » ?

 

Jusqu’à la Bête est mon deuxième roman. J’ai écrit Prague, faubourgs est, mon premier roman publié en 2014, déjà par Asphalte. Mais l’idée d’écrire Jusqu’à la bête m’est venue assez tôt. J’ai travaillé l’été 2007 en abattoir, dans le même abattoir que je décris dans le livre et j’ai trouvé cette expérience suffisamment marquante pour vouloir écrire dessus. A l’époque j’avais simplement publié un petit texte, une courte nouvelle, dans le fanzine littéraire de mon université et suite à la publication de mon premier roman, j’ai voulu poursuivre ce petit texte pour en faire quelque-chose de plus conséquent.

 

Parlez-nous de votre personnage que j’ai énormément aimé et qui va me rester longtemps en mémoire : Erwan.

 

Erwan est un ouvrier d’abattoir. Il travaille dans les frigos de ressuage qui se situent juste après la chaîne d’abattage, un travail dur, monotone et particulièrement éprouvant. C’est quelqu’un d’assez torturé et de solitaire. Il a eu une enfance difficile avec un père autoritaire et une mère effacée, même s’il est proche de son frère, mais dans une relation silencieuse. Il se trouve dans une misère affective totale, où ses seules relations se limitent à sa proche famille et ses collègues. Sa vie amoureuse est tout aussi morne. Il ressasse une histoire ancienne qui a duré quelques mois avec une jeune saisonnière qui est venue travailler à l’abattoir, Laëtitia. On sent que c’est quelqu’un de particulièrement fragile, psychologiquement instable, sur la tangente et en effet, il va basculer.

Les Abattoirs, la cadence du travail et le traitement de l’humain, vous avez mit le doigt sur un sujet sensible actuellement. Le traitement des animaux semble également un sujet qui vous touche énormément. Le romancier doit-il montrer les failles de la société actuelle ?

 

Je ne sais pas si le romancier doit nécessairement montrer les failles de la société, après oui, je pense que ces thèmes me tiennent à cœur. D’ailleurs plus que celui de la souffrance animale, c’est véritablement aborder le thème de ces emplois déconsidérés socialement, décousus de sens, où l’on se trouve totalement à la merci de l’usine, de la chaîne, de la cadence qui m’intéresse et que j’ai tenté de réaliser à travers les descriptions du lieu et le rythme de la langue.

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

Je sèche ici…

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

Asphalte ma maison d’édition à cette excellente initiative de toujours demander à ses auteurs de composer une playlist pour leurs textes, alors voici la mienne sur le site d’Asphalte !

Jusqu’à la bête

Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtres ?

 

Haha ! Absolument ! Je crois que j’aurais fini comme Erwan si je n’avais pas écrit ce livre !

Comment écrivez-vous ?

 

Je suis plutôt efficace le matin et en soirée, j’écris par plages de deux heures généralement. C’est un travail comme un autre finalement.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

Je viens de terminer l’excellent Juste avant l’Oubli d’Alice Zeniter et commence la Blonde et le Bunker de Jakuta Alikavazovic. Quant à mes écrivains préférés, ils sont trop nombreux pour être tous cités ici mais dans un total désordre et sans aucun lien entre eux, je pourrais nommer Jean Rollin, Mathias Enard, Andrzej Stasziuk, Eric Chevillard, Jack Kerouac, Hubert Selby Jr, Franz Kafka, Joseph Roth, Louis-Ferdinand Céline, John Fante ou encore Ivo Andric.

Quel est votre premier lecteur, ou première lectrice quand votre roman est terminé ?

 

Marine, avec qui je partage ma vie.

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Mmm, je sèche ici aussi un peu. Il faudrait que je fasse une liste sur le moment…

 

Le concierge est curieux ! Êtes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

 

Je travaille actuellement aux recherches de mon prochain roman qui se déroulera dans les Balkans.

 

Quel sera le mot de fin de cette interview ?

 

Eh bien j’espère que ces quelques mots donneront aux lecteurs l’envie de lire Jusqu’à la Bête !