Guillaume Richez « Blackstone » chez Fleur Sauvage Edition.

Cette semaine sur le divan nous accueillons Guillaume Richez pour son roman « Blackstone » chez Fleur Sauvage Edition.

Et quel roman !

Georges Duhamel disait : « Le romancier est l’historien du présent, alors que l’historien est le romancier du passé »

Mr Guillaume Richez m’a envoyé un uppercut avec son roman, une maîtrise totale tel un boxeur qui cherche le KO.

Un thriller où la géopolitique a une grande place, bien ancré dans notre réalité, Blackstone fait un exposé des situations tendues dans une région en éternel conflit sans être compliqué à lire.

J’ai aimé la puissance de l’intrigue et ses rebondissements un énorme plaisir de lecture.

Je vous recommande ce très bon roman les yeux fermés tellement c’est bon.

Voici un résumé du roman :

Vous ne parvenez plus à détacher vos yeux de ces images diffusées en boucle sur toutes les chaînes de télévision, celles d’un bâtiment en ruine au-dessus duquel s’élève un long panache de fumée noire, ni de ces quatre caractères chinois en bas de l’écran, kǒng bù xí jī, « attentat terroriste »… Un Boeing 737 vient de s’écraser sur l’ambassade des États-Unis d’Amérique à Pékin.

Tel est le point de départ de Blackstone, un thriller paranoïaque sur fond de conflit entre deux superpuissances, les États-Unis et la République populaire de Chine.

Confrontés au risque d’une nouvelle guerre froide, l’officier de la CIA Malone, l’agent spécial du FBI Rodriguez, la directrice du Service national clandestin Sanders et la sénatrice McGovern sont entraînés dans le tourbillon de l’Histoire en quête d’une vérité qui se dérobe sans cesse.

Je vous souhaite une bonne semaine et bonne lecture à tous.

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge ! Ma première question pour mieux te connaître : peux-tu te présenter aux lecteurs et lectrices qui ne te connaissent pas ?

Merci pour ton accueil si chaleureux, mon cher Richard ! Très confortable ce divan… Et quel plaisir de m’y installer après des écrivains aussi talentueux que Johana Gustawsson et Chris Womersley !

J’ai quarante-deux ans, je vis près de Marseille avec ma femme et nos deux jeunes enfants. Je suis diplômé de Lettres Modernes de la faculté d’Aix-en-Provence, un diplôme qui ne m’a strictement servi à rien puisque je ne voulais pas enseigner. Si j’ai choisi cette voie, c’était par amour pour la littérature et sans aucun projet de carrière. J’ai eu d’excellents professeurs, notamment Roger Ripoll, un spécialiste de l’œuvre d’Emile Zola. Un homme d’une grande humilité.

Après mes études, j’ai enchaîné des jobs alimentaires avant de passer un concours pour entrer dans la fonction publique territoriale. Je voulais me sentir utile, ce qui n’était pas franchement le cas en vendant des fringues ou des burgers… Je suis aujourd’hui chef de projet dans le domaine de l’éducation au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Blackstone est mon deuxième roman. Le premier, Opération Khéops, a été publié chez J’ai Lu en 2012.

Comment es-tu venu à l’écriture ?

Plusieurs auteurs t’ont certainement répondu qu’ils écrivaient depuis leur plus tendre enfance. Ce n’est pas mon cas. Et pour tout dire, je ne me suis intéressé à la littérature qu’assez tard, au lycée en fait. Ma première passion a été pour le cinéma, très jeune. De là me vient mon envie de raconter mes propres histoires. Je devais avoir neuf ou dix ans et je voulais réaliser des films. Ce qui peut expliquer l’aspect « cinématographique », visuel, qui semble caractériser mon écriture.

J’écrivais des petits bouts de scénario au collège. J’allais une à deux fois par semaine au cinéma (je voyais parfois deux fois le même film, la même semaine) et j’enregistrais sur le magnétoscope de mes parents tout un tas de films qui passaient tard à la télévision. J’étais un adepte de l’émission La Dernière séance qui m’a permis de découvrir d’excellents films américains. Je crayonnais des story-boards et je dévorais aussi des bandes-dessinées (notamment Buck Danny, ce qui peut expliquer que j’aime autant les avions de chasse !) et les comics Marvel.

C’est en classe de seconde que j’ai vraiment commencé à lire des romans et du théâtre. Je fréquentais assidûment la magnifique bibliothèque municipale Ceccano d’Avignon, la ville où j’ai grandi. C’est un lieu magique, un superbe bâtiment du XIVème siècle. Je flânais dans les rayons, je prenais des livres, presque au hasard. C’est ainsi que j’ai découvert l’œuvre du dramaturge américain Eugène O’Neill qui m’a profondément marqué.

En classe de première, mon professeur de français m’a inscrit à un concours de nouvelles. J’avais déjà été primé au collège pour deux poèmes. Je me souviens qu’il s’agissait d’une nouvelle fantastique, l’histoire d’un sculpteur qui ne parvient pas à achever la statue d’une femme très belle, par manque d’inspiration. Mais la nuit, la statue prend vie et l’artiste en tombe amoureux.

L’intérêt de cet enseignant pour ma nouvelle m’a donné confiance en moi. J’étais un élève timide. Il disait que j’avais mon jardin secret. Mon esprit fourmillait d’histoires. Il y a tant d’histoires à raconter !

Mais pour en revenir plus précisément à ta question, Richard, c’est très exactement à la suite d’un événement terriblement douloureux que j’ai commencé à écrire mon premier roman. Je l’ai alors ressenti comme un besoin vital. Je ne pouvais pas rester avec cette terrible peine sans rien faire. C’est donc venu assez naturellement. Je me suis mis à écrire un roman fantastique qui s’intitulait Saint-James. Ce roman est resté inachevé.

J’ai ensuite entrepris d’écrire un roman noir, L’Ogre de Schulack. Là encore c’est un manuscrit étrange, où se mêle enquête policière et fantastique : un romancier se réveille chaque matin et découvre ce qu’il a écrit dans la nuit, sans en avoir gardé le moindre souvenir, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que son roman relate très exactement les terrifiants méfaits d’un tueur en série… avant qu’ils ne se produisent ! Après quatre versions successives, je n’étais toujours pas satisfait du résultat. Je n’ai donc envoyé mon manuscrit à aucun éditeur.

J’en étais là quand j’ai su que Florence Lottin, alors éditrice chez J’ai Lu, cherchait des auteurs pour créer une série romanesque inspirée des célèbres romans de gare de Gérard de Villiers, les fameux SAS. J’ai fourni un synopsis, un portrait de l’héroïne et deux chapitres (une scène d’action et une scène érotique) et j’ai été retenu. Il me restait seulement trois mois pour écrire ce qui allait devenir Opération Khéops !… Autant dire que le délai était court ! Mais j’ai tenu les délais et je suis assez satisfait du résultat. Le livre s’est plutôt bien vendu lors de sa parution au printemps 2012, sans aucune publicité, alors que j’étais totalement inconnu. Je ne connaissais pas encore à ce moment-là l’incroyable dynamisme de la blogosphère et des réseaux sociaux.

Comment t’es venue l’idée d’écrire Blackstone ?

Après la parution d’Opération Khéops, j’ai d’abord envisagé de donner une suite aux aventures de mon héroïne Kate Moore. L’action de ce nouveau thriller devait se dérouler en Chine. J’avais déjà commencé à élaborer la trame principale et à me documenter sur la République populaire, les services de renseignements chinois et américains, l’armée, etc.

Quand j’ai compris qu’il n’y aurait finalement pas de suite à ce premier roman, j’ai utilisé tous les matériaux dont je disposais alors pour bâtir un nouveau scénario, plus complexe que celui d’Opération Khéops. Je n’étais pas limité en nombre de signes, je n’avais pas d’éditeur, j’étais donc libre d’écrire le pavé dont je rêvais. J’étais très avancé dans mes recherches et je tenais un sujet qui m’intéressait. C’est le point de départ pour me lancer. Ensuite, je façonne les personnages. Je vais raconter mon histoire en l’écrivant avec eux, à leur hauteur, avec leur personnalité. J’élabore également un synopsis. Celui de Blackstone tenait sur trois pages seulement. Autant dire qu’il n’était pas très détaillé, mais j’avais la trame, chapitre par chapitre, jusqu’à l’épilogue.

J’ai maintenant quarante-deux ans, écrire un roman me prend beaucoup de temps (surtout un roman tel que Blackstone). Je sais avant même de me lancer que je vais y consacrer des années. Il faut donc que je sois sûr de moi avant de me jeter à l’eau. La seule question que je me pose alors c’est : « Est-ce que tu as envie de passer les prochaines années à bosser comme un forçat sur ce bouquin ? Est-ce que ça en vaut la peine ? » Si la réponse à cette double question est « oui », alors aucune hésitation : je fonce ! Un bon sujet, de bons personnages et une trame bien construite, tout est là.

Le récit est étayé de faits réels et d’actualité, ce qui le rend crédible et nous fait prendre conscience qu’il s’en passe des choses dans les hautes sphères, choses dont nous ne soupçonnons pas l’existence. Un signal que tu as voulu lancer ?

Le roman d’espionnage est par essence un roman politique puisque l’on aborde la question de la politique étrangère. Il y a la version officielle des événements, celle qui est relatée dans la presse et les livres d’histoire, et il y a l’histoire plus secrète, les dessous des relations internationales, ce que les États cachent, pour protéger leurs intérêts. Les services de renseignements sont alors en première ligne.

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos, Blackstone n’est absolument pas un livre à charge contre l’univers du renseignement. Bien au contraire. Je me méfie des théories délirantes des complotistes. J’en joue d’ailleurs dans ce roman.

Disposer de services de renseignements pour un pays est une nécessité vitale. Je me définis moi-même comme patriote (à ne pas confondre avec le nationalisme). Nous pouvons être fiers de notre pays et de ses valeurs universelles. Et nous devons nous défendre. Ce qui passe par la surveillance. Nos services de renseignements manquent cruellement de moyens.

Pour expliquer mon point de vue, je vais te donner un exemple : lorsqu’il était président des États-Unis, Bill Clinton a décidé de tout miser sur la surveillance électronique (domaine de la National Security Agency aux États-Unis) au détriment de la Central Intelligence Agency. Conséquence : les stations de l’Agence américaine au Proche-Orient ont été fermées et les officiers rappelés. De nombreux agents sur le terrain ont été abandonnés à leur sort (une situation dénoncée dans l’excellent film Fair Game de Doug Liman, avec Sean Pen et Naomi Watts, inspiré de l’affaire Plame-Wilson). Dommages collatéraux… Or que s’est-il passé au cours des années 90 ? Les terroristes islamistes se sont adaptés pour échapper à la surveillance des « grandes oreilles » de l’Oncle Sam. Ils n’échangeaient plus par email, n’utilisaient plus de téléphone. Des émissaires circulaient de ville en ville pour transmettre leur message, oralement.

Les attentats du 11-Septembre ont ainsi pu être planifiés, sous les radars de la NSA. La CIA a bien essayé d’alerter George Bush… Qu’a fait le président Bush pour répliquer ? Il a appliqué la méthode brutale : invasion de l’Irak, enlèvements, arrestations arbitraires, torture, exécutions « ciblées »… Forcément, quand la plus grande agence de renseignements au monde ne dispose plus d’agents infiltrés, le seul moyen qui semble rester pour obtenir des informations semble être la torture !…

Le cœur du métier d’un officier de renseignement doit être la surveillance, ce qui signifie qu’il faut infiltrer les rangs ennemis. C’est un travail lent qui nécessite des moyens humains et financiers importants. Mais c’est un travail qui paie. Ce qui s’est passé dans la prison d’Abu Ghraib en Irak, l’existence de Guantánamo, les enlèvements, tout cela est moralement inacceptable et salit nos démocraties.

Cependant, je ne voudrais pas que ceux qui lisent cette interview pensent que je me sers de Blackstone pour délivrer un message politique. Je déteste le prêt-à-penser. Je me méfie de l’idéologie. Avec ce roman j’ai voulu que le lecteur prenne avant tout du plaisir à suivre les aventures de mes personnages, tout en se posant des questions. Je n’apporte pas de réponses toutes faites. C’est au lecteur d’y réfléchir, s’il le souhaite, car Blackstone peut très bien s’apprécier pour ce qu’il est en premier lieu, à savoir un techno-thriller bourré de scènes d’action avec son lot de rebondissements !

Parle-nous des personnages de ton roman : Malone, Rodríguez, Sanders et McGovern.

Jack Malone est un officier traitant de la CIA en poste à Pékin. Il traite directement une source infiltrée en profondeur dans l’appareil sécuritaire chinois. Il est l’homme le mieux placé pour enquêter sur l’attentat de Qing Ming. J’avais envie d’un personnage qui ne soit pas un super espion. Ce n’est ni Jason Bourne ni James Bond. Malone est un homme dépassé par la situation qui se retrouve bien malgré lui impliqué dans une enquête dont il ne comprend rien. En créant ce personnage, je voyais l’imposante silhouette de l’acteur Ben Affleck dans son excellent film d’espionnage Argo. C’est d’ailleurs pour cela que Malone est barbu (comme Ben Affleck dans son film).

L’agent spécial Nina Rodríguez est une ancienne profileuse du FBI affectée à l’unité antiterroriste par mesure disciplinaire. C’est l’un de mes personnages préférés dans ce thriller. Une écorchée vive. J’ai beaucoup d’affection pour elle. J’ai dû supprimer un chapitre entier dans lequel j’évoquais son enfance. Pour construire ce personnage, je me suis inspiré des ouvrages de John Douglas, le premier profileur du FBI. Physiquement, j’avais en tête l’actrice Michelle Rodríguez.

Pamela Sanders est directrice adjointe du Service National Clandestin (l’ex-Direction des Opérations Clandestines de la CIA), et la sénatrice Sheryl McGovern est la présidente républicaine de la très influente commission sénatoriale du renseignement. Elles sont toutes deux rivales, deux personnages échappés de La Foire aux vanités. J’aime beaucoup ces femmes de pouvoir, dévorées par l’ambition, surtout Sanders. D’une manière générale, j’ai un faible pour tous mes personnages féminins dans mes romans. Un des chapitres que je préfère est celui qui commence par la visite de Sanders à sa mère à Salem. Il ne se passe pas grand-chose. Tout repose en fait sur Sanders.

On le cite peu, mais j’aime beaucoup le personnage outrancier de Gordon Wade. Il est absolument odieux, mais il me fait rire !

J’attache une grande importante à la construction de mes personnages, mêmes les personnages secondaires (et ils sont nombreux dans Blackstone), comme par exemple le père et la sœur du major Bennett, Vernon Hale, l’officier Tate de la police de Bâton-Rouge, l’officier du Gonganbu Qiao Daxing, l’officier du SWAT Shao Ping, les Navy SEALs Byrd et Harris, le commandant de l’USS Jimmy Carter Jon Hyland, Harry Stanton, « Ed » l’informateur de la sénatrice…

Pour les nombreux personnages existants (le président Barack Obama, le vice-président Joe Biden, le Secrétaire d’État John Kerry, etc.), j’ai effectué des recherches minutieuses pour plus d’authenticité. De nombreuses anecdotes sont d’ailleurs authentiques et j’ai également utilisé certains passages de discours que le président Obama a réellement prononcés au cours de son mandat à la Maison Blanche.

Ton roman me fait penser à ceux de Tom Clancy et de John le Carré car tu montres les déficiences des États. As-tu lu leurs romans ?

C’est un très beau compliment que tu me fais là, Richard ! J’aime énormément John le Carré, c’est un immense écrivain. Quant à Tom Clancy, je ne l’ai lu qu’assez récemment. Je trouve que ses techno-thrillers sont très bien faits.

Politiquement, Tom Clancy et John le Carré sont aux antipodes l’un de l’autre. Clancy est un républicain convaincu, ce qui ne me dérange pas, le tout étant de savoir ce qu’on lit. C’est le père du techno-thriller, un genre très peu à la mode en France, malheureusement.

Je vais ajouter les noms d’autres très bons auteurs de romans d’espionnage : Robert Littell, James Grady, Henry Porter, David Ignatius et Stephen Coonts.

As-tu une anecdote à partager avec nous sur ton roman ?

J’en ai même plusieurs.

Le chapitre 19 relate une opération aérienne menée par le major Bennett contre un groupe naval chinois. Il s’agit d’une simulation d’attaque qui a pour objectif de montrer à la République populaire que les États-Unis d’Amérique n’ont pas l’intention de se laisser impressionner par le déploiement de navires chinois en mer de Chine méridionale. Le Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, qui m’a apporté de nombreux conseils (notamment pour les F-22 Raptor), a réagi à la lecture de ce chapitre en me disant que cette simulation d’attaque ne lui paraissait pas crédible. Quelques mois plus tard, j’ai lu un article du journal Le Monde qui relatait très exactement la même opération menée par l’aviation russe : la réalité venait de rejoindre la fiction !

Une lectrice m’a dit que la scène d’autopsie du chapitre 37 l’avait vivement impressionnée. Lorsqu’elle était jurée d’assises, elle avait visionné une autopsie et ma description l’a totalement bluffée par son hyperréalisme.

Il y a quelques jours, un ami qui voyage très souvent en avion pour son travail, m’a également raconté qu’il avait vécu une scène d’interception comparable à celle que je décris dans Blackstone au chapitre 8.

Un autre lecteur a livré sur Facebook, au fur et à mesure de sa lecture, ses impressions. Il a par exemple écrit avoir entendu le son du erhu (une vièle à deux cordes appelée « violon chinois ») en lisant le chapitre 36 et s’est également lancé dans des recherches sur Robert Hill, pensant qu’il s’agissait d’un tueur en série qui avait réellement existé !

J’aime beaucoup ces anecdotes que me rapportent des lecteurs. Cela signifie qu’ils sont vraiment entrés dans mon livre.

Quelle musique accompagnerait le mieux ton roman ?

Je n’ai pas pensé à une bande-son pour Blackstone. Je sais que certains auteurs aiment donneur leur playlist.

Je vais néanmoins citer deux compositeurs dont les œuvres m’ont souvent accompagné durant la phase d’écriture : Philip Glass (Glassworks et Metamorphosis essentiellement) et Arvo Pärt (Spiegel im Spiegel, Salve Regina, Tabula Rasa, Fratres, De Profundis).

J’écris surtout le soir. Je m’installe vers vingt heures à mon bureau. Après une journée de travail, je ressens parfois le besoin de me couper du monde extérieur pour me concentrer sur mon histoire. La musique de Philip Glass ou d’Arvo Pärt m’aide à me concentrer. La concentration est essentielle pour écrire.

Devient-on auteur de thrillers pour exorciser ses envies de meurtre ?

Des envies de meurtres, non, du moins pas en ce qui me concerne (mais je n’en dirais pas autant pour d’autres auteurs qui sont de véritables psychopathes !…).

Il y a sans doute une part de catharsis dans la création, mais je crois surtout que j’ai besoin de faire quelque chose de toutes les émotions que je ressens plus ou moins intensément, de les transformer, selon un processus quasi alchimique, la joie, la tristesse, la colère, etc. Je ne peux pas les garder pour moi seul, je m’en sers donc pour écrire.

Comment écris-tu ?

Pendant des années, je me suis levé à cinq heures du matin, tous les matins, pour écrire une bonne heure avant de partir au travail. Mais je ne suis pas très matinal et je n’étais donc pas très productif. Pour Opération Khéops, je n’avais que trois mois pour écrire. Il fallait donc que je travaille d’arrache-pied pour livrer mon manuscrit à mon éditrice dans les temps.

J’écris d’abord au stylo, et lorsque je termine un chapitre, je me mets devant mon ordinateur pour tout reprendre. C’est un travail long, mais j’ai besoin de voir les ratures noircir ma page, ce que ne permet pas un travail direct au clavier, bien trop propre à mon goût.

Quels sont tes écrivains préférés ? Et quel est ton livre de chevet actuellement ?

James Ellroy (que j’ai eu la chance de rencontrer il y a deux ans à Marseille), Stephen King, Dostoïevki, Faulkner, Lautréamont, Dumas, Jules Verne, Céline… Ce sont des auteurs dont les œuvres m’ont profondément marqué.

Je suis en train de lire la formidable saga The Big Sky d’A.B. Guthrie. C’est une série de westerns pour laquelle Guthrie a obtenu le prestigieux Prix Pulitzer en 1950 pour le deuxième roman de la série, La Route de l’Ouest que je lis en ce moment. J’adore le western. Malheureusement, tout comme le techno-thriller, c’est un genre très peu en vogue dans notre pays. Par chance, Bertrand Tavernier dirige une magnifique collection chez Actes Sud consacrée à ce genre et les éditions Gallmeister publient également des westerns, notamment les magnifiques romans de Larry McMurtry (la série culte Lonesome Dove récompensée par le Prix Pulitzer). Pour les amateurs du genre, je conseille vivement la lecture de l’excellent Dusk de Sébastien Bouchery, publié comme Blackstone chez Fleur Sauvage.

Après La Route de l’Ouest, j’ai prévu de relire Ça, le premier roman que j’ai lu de Stephen King, il y a près de 20 ans !

Sinon, ma PAL comprend : La Vie devant soi de Roman Gary, 2666 de Roberto Bolaño, Troupe 52 de Nick Culter, Du barbelé sur le cœur de mon compadre Cédric Cham, et Brève histoire de sept meurtres de Marlon James.

Quel est ton premier lecteur, ou ta première lectrice, quand ton roman est terminé ?

Pour Opération Khéops, c’était mon éditrice. Je lui envoyais trois ou quatre chapitres au fur et à mesure que je les bouclais. J’aime beaucoup cette façon de travailler.

Pour Blackstone personne n’a relu mon manuscrit avant le comité de lecture des éditions Fleur Sauvage. David Lecomte m’a rapidement confirmé que mon roman lui plaisait, il m’a alors donné quelques pistes à suivre pour l’améliorer. J’ai ensuite confié mon manuscrit à une bêta lectrice qui m’a fait de nombreuses remarques. Au final, j’ai supprimé de nombreux passages et quelques chapitres entiers.

Quels sont tes films préférés ?

Je vais citer des films qui m’ont marqué, pour différentes raisons, tels qu’Angel Heart d’Alan Parker, Les Dents de la mer de Spielberg, The Killer de John Woo, Smoking / No smoking d’Alain Resnais, Blue Velvet, Lost Higway et Mulholand Drive de David Lynch, Sueurs froides, La Mort aux trousses et Psychose d’Alfred Hitchcock, Shining de Stanley Kubrick, The Dark Knight de Christopher Nolan, la saga Star Wars, Incendies, Sicario et Prisoners de Denis Villeneuve, Mystic River de Clint Eastwood, Top Gun de Tony Scott, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, la saga des Scream de Wes Craven ou encore l’excellente franchise Mission Impossible.

En écrivant Blackstone, l’approche du cinéaste Paul Greengrass (notamment pour son film Green Zone) était très présente dans mon esprit : signer un thriller hyperréaliste qui fait réfléchir. Les derniers films de Peter Berg sont dans la même lignée (Deepwater et Traque à Boston). C’est ce que je voulais faire avec Blackstone. N’oublie pas que ma première passion allait au cinéma ! Cela influence forcément ma conception même du travail d’écriture.

Le concierge est curieux ! Es-tu en train d’écrire un nouveau roman ?

Je ne suis pas encore entré dans la phase d’écriture de mon nouveau roman. Je suis encore en train de tordre dans tous les sens dans ma tête les fils qui vont composer la trame de ce nouveau thriller qui sera très différent de mes deux précédents romans. Tout ce que je peux te dire c’est qu’il s’agira d’un thriller fantastique, un genre que j’affectionne tout particulièrement. Il sera question d’un groupe d’enfants aux prises avec un démon et de vétérans de la guerre contre le terrorisme. Mais chuuuuuut ! je n’en dis pas plus !

Peux-tu nous parler de ton premier roman Opération Khéops ?

Opération Khéops est un « SAS au féminin » qui répond à un cahier des charges précis : je devais faire alterner les scènes d’action et les chapitres érotiques. J’ai joué le jeu à fond. C’est un roman que j’ai écrit vite mais je ne suis pas trop mécontent du résultat. Plusieurs lecteurs attendaient d’ailleurs la suite des aventures de la belle Kate Moore…

Une sélection pour le Grand Prix de la Littérature Policière 2017, M. Philip Le Roy qui fait des éloges sur ton roman, c’est génial. Quelles furent tes impressions sur ces événements ?

Il n’y a pas de mots pour décrire ce que j’ai ressenti quand j’ai appris que Blackstone était sélectionné pour le Grand Prix de la Littérature Policière 2017. C’était incroyable ! Comme le dit Philip Le Roy, le GPLP c’est le Goncourt du polar.

J’étais très fier que ce techno-thriller, publié par une petite maison d’édition (qui vient de traverser de grosses difficultés financières), se retrouve parmi les onze romans français retenus.

Et quelle n’a pas été mon émotion quand j’ai entendu l’auteur du Dernier testament et de Marilyn X parler de Blackstone sur Noobs TV! Nous avons regardé l’émission en direct avec ma femme et mes enfants. Je n’en revenais pas ! Aujourd’hui encore, tout ça me paraît fou !

Quel sera ton mot de fin pour cette interview ?

Je souhaite te remercier sincèrement de m’avoir proposé cet entretien, Richard. Les interviews, l’organisation du Prix du Balai d’Or, tout cela requiert beaucoup d’énergie. Certains mauvais esprits diront que je te passe la brosse à reluire. Je suis pourtant on ne peut plus sincère lorsque je te tire mon chapeau pour tout ce que tu fais pour la littérature noire. Merci du fond du cœur !