Mr Valentin Musso Le Murmure de L’Ogre chez Seuil Edition

Cette semaine nous accueillons Mr Valentin Musso pour son roman Le Murmure de L’Ogre chez Seuil Edition.

Le sujet dans le résumé du livre était déjà attrayant mais dès que j’ai commencé à lire ce roman je n’ai pas pu m’arrêter jusqu’à la fin de l’histoire et quelle histoire !

L’action va crescendo, les révélations sont astucieusement distillées au cours de l’histoire, j’ai bien aimé aussi découvrir comment le tueur en est devenu un et le dénouement final est époustouflant.

Cet écrivain m’a conquis par sa plume tellement le talent est là.

Bravo!!!! Un roman captivant et que je recommande fortement.

Voici un résumé du roman :

 

Nice, 1922. Deux prostituées sont assassinées, le crâne rasé et le corps recouvert d’étranges symboles. Bientôt, ce sont des enfants qui disparaissent et qui sont retrouvés égorgés aux quatre coins de la ville dans une mise en scène macabre.

Louis Forestier, un commissaire des brigades mobiles créées par Clemenceau, se lance sur les traces de celui que les journaux ont surnommé l’« Ogre ». Il est épaulé par Frédéric Berthellon, un spécialiste des pathologies mentales de l’hôpital Sainte-Anne venu exprès de Paris, et par Raphaël Mathesson, un richissime érudit, aviateur à ses heures perdues. Très vite, ils découvrent que le tueur observe un rituel inspiré de récits de l’Antiquité sur la descente des mortels dans le monde des Enfers. L’affaire prend une dimension nouvelle quand le fils d’un millionnaire américain est enlevé par le tueur. Le compte à rebours commence : des ruelles miséreuses du vieux Nice aux luxueuses villas des hivernants, chaque indice est interprété pour tenter de saisir les motivations de l’Ogre, et de remonter sa piste.

 

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge! Ma première question pour mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Je suis à l’origine enseignant, agrégé de lettres classiques, et je suis l’auteur de six romans qui ont la particularité d’explorer des univers, des époques et des lieux très différents. Mes livres sont en général classés en polar ou thriller mais j’ai demandé à ce que ne figure que le mot « roman » sur les couvertures des grands formats, parce que je n’aime pas être enfermé dans des cases ou des genres trop restrictifs.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

Par mes lectures d’adolescent. Ma mère était bibliothécaire et il y a toujours eu énormément de livres à la maison. Quelques livres lus à l’âge de 14 ou 15 ans ont été un véritable déclencheur dans mon envie d’écrire : Le grand Meaulnes, Les Hauts de Hurlevent, les nouvelles d’Edgar Allan Poe, les roman de Conan Doyle…

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire « Le Murmure de L’Ogre » ?

 

Ce livre doit beaucoup à mon grand-père. Il était né au tout début du XXe siècle et avait grandi près des premiers terrains d’aviation de la Côte d’Azur dont je parle dans le roman. Quand j’étais petit, il me racontait plein d’anecdotes sur son enfance et son adolescence. C’est cette période des années 20 qu’il m’a donné envie de faire revivre. Je voulais également écrire depuis longtemps un roman sur la vie d’un tueur en série. L’immédiat après-guerre constituait un cadre parfait car c’est une période de grande mutation dans la police : les enquêteurs, dont les méthodes étaient jusque-là assez archaïques, commencent à utiliser des techniques scientifiques.

 

Vous abordez des sujets toujours d’actualité comme le déterminisme social, la récidive, l’expertise psychiatrique, les méandres de la justice…et à bien y regarder, les motifs et les questionnements de cette époque d’après-guerre ne sont pas si différents de ceux auxquels nous sommes confrontés à l’heure actuelle non ?

 

Absolument. J’aime dresser des parallèles entre les époques. Le XIXe siècle et le début du XXe ont été traversés par de grands débats sur la récidive, la notion de libre arbitre et des réflexions sur l’acquis et l’inné. La science a depuis balayé certaines thèses absurdes, mais la question de la responsabilité pénale continue d’agiter les milieux psychiatriques et les tribunaux comme l’ont montré plusieurs faits divers récents. Pour moi, l’un des intérêts de la littérature est de pouvoir parler de notre époque de manière indirecte, moins polémique, à travers une histoire d’un autre temps.

 

Parlez-nous de deux de vos personnages qui m’on marqué «Louis Forestier et L’Ogre  » que j’ai énormément aimé.

 

 Louis Forestier m’a été en grande partie inspiré par Jules Belin, un policier de légende un peu oublié qui fut l’un des premiers mobilards de Clémenceau et qui arrêta Landru. Comme je l’indique à la fin du roman, ses Mémoires m’ont été très utiles pour recréer l’atmosphère des Brigades du Tigre. Louis est un flic au grand cœur, un peu bourru, qui ne s’embarrasse pas de manières, mais qui place l’amitié plus haut que tout. De l’équipe des enquêteurs, il est celui auquel je suis le plus attaché.

 

Quant à l’ogre, j’aurais plus de mal à vous dire d’où vient ce personnage. Il s’est construit au fur et à mesure de l’écriture, comme si je n’avais pas de prise sur lui, alors que d’habitude j’aime tout contrôler dans mes romans. Je voulais, à travers une série de flashbacks, montrer comment un enfant innocent peut devenir un tueur, même s’il reste chez ce personnage de nombreuses zones d’ombre que j’ai choisi de ne pas élucider.

 

Vous faite référence du poème « Roi des Aulnes » de Goethe dans votre roman qui commence ainsi :

« Qui chevauche si tard dans la nuit ? C’est le père avec son enfant. Il serre le jeune garçon dans ses bras. Il le tient au chaud, il le protège. Mon fils, pourquoi cacher avec tant d’effroi ton visage ? Père, père, n’entends-tu pas ce que le Roi des Aulnes doucement me promet ? Sois calme, sois calme, mon enfant, c’est le vent qui murmure dans les feuilles mortes ». D’ou est venu cette idée ?

J’ai étudié l’allemand au collège et au lycée. J’avais appris ce poème par cœur et je ne l’ai jamais oublié. Le roi des Aulnes, figure maléfique qui ravit un enfant à son père, fait écho à mon personnage de l’ogre qui kidnappe des enfants mais dont les motivations sont énigmatiques durant une grande partie du livre. Cette citation est aussi une allusion au roman de Michel Tournier qui m’a énormément marqué.

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

J’ai vécu plusieurs années à Nice où se déroule l’intrigue mais je crois que l’écriture de ce livre m’a permis de voir cette ville d’un œil neuf. J’ai passé tant de temps au milieu d’archives, de cartes postales, de récits de l’époque qu’aujourd’hui, quand je me balade à Nice, je ne peux m’empêcher de repenser à l’histoire de chaque rue, de chaque place que je traverse. Je me suis rendu compte qu’on connaît finalement très mal les lieux où l’on vit.

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

J’écris en général en écoutant des musiques à structures répétitives, comme celles de Philipp Glass, qui a d’ailleurs écrit de très belles BO. Je crois que sa musique collerait bien à mon roman.

 

Devient-on auteur de Thrillers pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

Pas dans mon cas ! En réalité, Le murmure de l’ogre est le seul de mes livres qui mette en scène un tueur en série. En général, mes romans tendent plus vers le thriller psychologique. Ils reposent sur une enquête policière mais aussi et surtout, pour les personnages, sur une quête de leurs propres origines. Il y a souvent une dimension oedipienne dans mes histoires.

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

Je n’ai presque aucun rituel d’écriture, mais je préfère quand même écrire le matin. Contrairement à Stephen King qui explique qu’il faut toujours « fermer la porte » quand on commence à écrire, je n’aime pas tellement m’enfermer dans une pièce.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

Il y en a tellement ! Je citerais les grands classiques que j’ai découverts à l’adolescence : Flaubert, Proust, Giono, Aragon ainsi que les romanciers russes… Parmi les auteurs contemporains, je dirais Philip Roth, Ian McEwan, Donna Tartt, Thomas H. Cook, Tristan Egolf… Les deux derniers livres qui m’aient marqué : New York Odyssée de Kristopher Jansma et Les Furies de Lauren Groff.

 

Quel est votre premier lecteur, ou première lectrice quand votre roman est terminé ?

 

Mon éditeur au Seuil bien sûr et ma famille à laquelle je demande des critiques sans concession.

 

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Bis repetita : il y en a tellement ! La plupart du temps, je n’aime pas un film en particulier mais des filmographies complètes : celles de Kubrick, de Hitchcock, de Welles, de Scorsese, de Coppola, de De Palma… J’ai vu tous leurs films, même ceux qui sont quasi introuvables. Quelques autres films que je revois souvent : Laura d’Otto Preminger, Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, Zodiac de David Fincher. Pour le cinéma français, les films de Truffaut, de Sautet, de Rappeneau…

 

Le concierge est curieux ! Quelle est votre actualité Littéraire, si vous préférez, parlez nous de votre dernier roman paru.

 

 

Mon dernier roman s’intitule La femme à droite sur la photo. Ce livre est justement  un hommage au cinéma des années 50. Nous sommes en 1959 à Hollywood, à la fin d’une décennie qui a marqué l’âge d’or du cinéma américain : une jeune actrice du nom d’Elizabeth Badina disparaît mystérieusement au cours du tournage du film qui devait faire d’elle une star. Elle ne sera jamais retrouvée. 40 ans plus tard son fils, David, un scénariste qui a connu des hauts et des bas, va être amené à enquêter sur sa disparition et à dénicher des secrets de famille…

 

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?

 

Merci pour tes questions, cher concierge ! J’espère que cette petite interview aura donné l’envie aux lecteurs d’entrer dans mon univers. Je souhaite aux amis de ton blog d’excellentes lectures estivales (les meilleures à mon goût) !