Mme Cloé Mehdi pour son roman « Rien ne se perd » chez Jigal edition

Sur le Divan cette semaine Mme Cloé Mehdi pour son roman « Rien ne se perd » chez Jigal edition.

une écriture emplie de désespérance, de pudeur et de silences que l’auteur nous emmène dans le monde de l’injustice, des injustices. Celles, toute simples, qui, pourtant, changent le cours d’une vie….

Un véritable coup de cœur pour moi et je comprends que ce roman a eu du succès.

c’est un récit puissant, d’une grande sobriété, qui laisse une trace, de celle, durable, que l’on n’est pas prêt d’oublier…..

Voici un résumé du roman :

 

Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation… Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice ! C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les soeurs, les amis… Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste…

 

Je vous souhaite une très bonne semaine .

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge! Ma première question pour mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ?

 

Je m’appelle Cloé Mehdi, 25 ans, mon premier roman Monstres en cavale est sorti en 2014 aux éditions du Masque, le second, Rien ne se perd, en 2016 chez JigalPolar.

 

Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

 

J’ai toujours beaucoup lu, c’était un peu la suite logique. Petite, j’étais à fond sur la SFFF (Science-Fiction Fantasy Fantastique), les littératures de l’imaginaire, et à l’époque il n’y avait pas beaucoup d’héroïnes. Quand il y en avait elles étaient toujours en grande partie définie par leur beauté (à la notable exception, d’après mes souvenirs, de Lyra dans A la croisée des mondes de Philip Pullman, une trilogie vraiment à part qu’il faut absolument lire). Ça m’énervait. J’ai commencé à passer beaucoup de temps à écrire à partir de douze ans et j’écrivais uniquement de la SFFF avec des héroïnes qui n’étaient pas décrites physiquement. Mon premier roman impliquait une gamine guerrière qui maniait une épée plus grande qu’elle. Je suppose que l’envie d’écrire vient en partie du fait qu’on n’est pas satisfait-e de ce qu’on lit.

Comment vous est venue l’idée d’écrire « Rien ne se perd » ?

 

A la base j’avais juste en tête la scène d’ouverture, une chambre d’hôpital avec une femme alitée, et un homme et un enfant qui la veillaient sans parler. Je voulais parler des galères sociales sans avoir de trame définie. Le thème en toile de fond, les crimes policiers, en a découlé logiquement, car qui dit galère sociale dit surexposition aux violences institutionnelles.

 

Prix Mystere de la Critique 2017-Prix Etudiant du Polar 2016 et Prix Dora Suarez 2017 Quelles sont vos impressions de ce succès énorme de votre roman ?

 

Je n’ai pas bien compris ce qui s’est passé avec ce livre mais d’après les commentaires des lecteur-ices c’est dû en grande partie au fait qu’on s’attache facilement aux personnages. Encore une fois j’écris que ce que j’ai envie de lire, ma réflexion ne va pas beaucoup plus loin et je ne suis pas capable d’analyser les rouages qui ont permis à Rien ne se perd de toucher un certain nombre de personnes.

Parlez-nous de Mattia 11 ans que j’ai énormément aimé.

 

Mattia n’est pas un personnage d’enfant réaliste, il fait preuve d’une compréhension des choses qui dépasse la capacité d’un enfant (jusqu’à preuve du contraire). Malgré son âge il a été marqué par plusieurs drames. Son père a été interné en HP avant sa naissance et finira par s’y pendre quand Mattia a cinq ans. Sa mère, usée par les tragédies quotidiennes, ne s’est plus sentie capable d’assurer son bien-être et l’a confié à Zé, 24 ans, et sa compagne Gabrielle qui enchaîne les tentatives de suicide. Mattia ne voit que du malheur autour de lui, des gens en galère qui tentent de le tenir éloigné de leurs problèmes alors qu’ils le concernent aussi. Sa révolte contre ce statut subi d’enfant occidental qu’il faut protéger à tout prix le pousse à aiguiser sa compréhension et à chercher lui-même les petits bouts de vérité qui les ont menés là, lui et ses proches… et qui ne sont en fait que les symptômes d’une maladie bien plus vaste.

 

Si je vous dit que votre roman est un Polar Social .Une part de poésie, comme quand Mattia et sa sœur grimpent sur une grue pour regarder la ville. De la tendresse protectrice, dans la relation entre Zé et Gabrielle.

 

Ce n’est pas une question !

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

Il a été refusé par une douzaine d’éditeurs.

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

Un truc bien déprimant avec quand même l’envie violente de faire face aux saloperies quotidiennes, comme les titres de La Canaille.

Devient-on auteur de Polar pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

Ha ha celle-là c’est la première fois qu’on me la pose ! Non, chaque livre part d’une envie différente. Dans Rien se ne perd je voulais, entre autre, pousser jusqu’au bout la logique judiciaire actuelle, à savoir la relaxe obligatoire pour tout gardien de la paix qui a commis un meurtre, et de l’autre côté une peine de prison ferme pour un gamin de seize ans qui a jeté une pierre pendant un rassemblement.

Ecrire ne me permet pas d’exorciser quoi que ce soit. Je prends des choses qui tournent dans ma tête et je les pose ailleurs, et un temps elles y restent, c’est tout, mais ça ne résout rien.

 

Comment écrivez-vous ?

 

C’est très variable. En ce moment j’ai beaucoup de longs trajets avec les salons littéraires donc j’écris souvent dans le train (avec des boules quiès sinon je ne peux pas me concentrer). Je n’ai pas d’heure de prédilection et la plupart du temps j’écris chez moi.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

Il n’y a pas d’auteur-e dont j’aime toute la production. Des titres qui m’ont marquée récemment : Zoo City de Lauren Beukes, Eboueur sur échafaud de Hafed Benotman, Chroniques du Radch d’Ann Leckie… là je me tape l’intégrale de la Romance de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley. Sur ces milliers de pages il y a de l’excellent et du passable (selon mes goûts !) mais elle a du génie dans sa façon de construire une intrigue et de développer les personnages.

Abdel-Hafed Benotman au salon Polars du Sud Toulouse

Quel est votre premier lecteur, ou première lectrice quand votre roman est terminé ?

 

Il y a trois ou quatre personnes dans mon entourage à qui je demande de lire la plupart de mes textes mais il m’arrive d’envoyer un manuscrit à des éditeurs sans l’avoir fait relire. C’est un exercice très compliqué qui implique une mise à distance du texte, puisqu’il faut pouvoir déterminer sa qualité au-delà des considérations personnelles, ce serait presque un métier en soi (celui d’éditeur j’imagine, moins la logique purement commerciale).

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Ceux qui me reviennent là maintenant : Les Bêtes du sud sauvage, La fille du train, 4 minutes.

Le concierge est curieux ! Etes vous en train d’écrire un nouveau roman ?

 

Oui, en SF-anticipation, mais pas de publication prévue pour le moment.

 

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?

 

Ahem… Lisez Rien ne se perd ?