Mr James Osmont pour son roman « Régis » chez Editions Librinova

Aujourd’hui nous accueillons sur le divan un tout jeune lauréat du Prix du Polar Découverte Les petits mots des libraires 2017 Mr James Osmont pour son roman « Régis » chez Editions Librinova.

Premier thriller psychiatrique que je lis et c’est une formidable découverte et une belle surprise !

J’aime être surpris et c’est le cas. A travers une histoire ô combien prenante, l’auteur nous fait vivre ici une époustouflante immersion au cœur de la psychiatrie et de ses hôpitaux spécialisés. Travaillant dans ce domaine, l’auteur nous livre ici un récit au réalisme épatant.

Pour un premier roman je suis même surpris par tant de talent et de force dans l’écriture.

Les personnages sont complexes et super bien construits, je vous conseille énormément cet écrivain de talent tellement c’est bon !

J’en redemande de suite.

Voici le résumé du roman :

Interné depuis 2007 après avoir commis l’irréparable alors qu’il était dans un délire psychotique, Régis est une âme perdue au plus profond de lui-même. A 32 ans, ce passionné de musique et de littérature a bien des difficultés à se sentir vivant et à apprivoiser la réalité. Maltraité par des parents alcooliques et anéanti psychologiquement après un viol subi à 15 ans, l’univers de Régis se réduit au Docteur D’Arc, son médecin référent mais distant, à Sandrine, son infirmière désabusée et aigrie, proche du burn out, et à Amine, son seul ami qui lui rend visite. Mais alors que les dramatiques attentats du 13 novembre 2015 s’abattent sur la France, Régis voit encore son fragile équilibre vaciller avec l’arrivée au sein de l’hôpital de l’inquiétant Prédateur et de la perturbante Etudiante…

Je vous souhaite une bonne fin de semaine et de très bonne lecture.

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge, ont ma dit que votre roman c’était un truc de fou alors Ma première question pour vous analyser me permet de mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ? Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Salut à tous ! James Osmont, 34 ans, brestois, infirmier en psychiatrie depuis plus de dix ans, papa, blagueur et taciturne, créatif et solitaire, ouvert et sombre… Tempéré et contrasté je crois. L’écriture m’a toujours accompagné, même mes devoirs de maths étaient littéraires, je crois ! J’ai tenu un webzine musical pendant une dizaine d’années, mettre des mots sur des émotions, c’est quelque chose que je fais depuis longtemps, et que je continue a faire quotidiennement dans mon travail finalement. L’exercice de fiction, c’est différent, plus méthodique, moins dans le ressenti, mais je crois que ce qui a plu aux lecteurs, c’est aussi l’urgence et le ressenti pur que j’ai essayé de transmettre dans mes deux romans.

Comment vous est venu l’idée d’écrire «Régis » ?

Il y a forcément plusieurs facteurs, mais mon expérience professionnelle et mon goût pour les thrillers ont forcément joué. J’ai souvent été frustré en tant que professionnel par la superficialité avec laquelle la psychiatrie était traitée dans certains romans (hey on est en 2017 !). La schizophrénie par exemple est souvent caricaturée, les hôpitaux psychiatriques aussi, prétexte à monter de toutes pièces des contes pour adultes, jouer à se faire peur avec des poncifs comme l’hôpital-prison perdu au fond des bois et renfermant des monstres sanguinaires… Ce n’est pas un monde à part, c’est plus proche de nous que l’on veut bien le croire, plus inscrit dans la société réelle, c’en est donc d’autant plus flippant, je crois. On s’en protège, quelque part, en cherchant à se persuader que c’est loin, anormal, inatteignable, fascinant…

 

Je voudrais que vous nous parliez d’un de votre personnage que vous avez réussi magistralement « Régis », comment l’avez-vous créé ?

C’est un personnage totalement fictif. On me fait parfois le procès d’intention : « dis-donc c’est pas très déontologique d’utiliser les malheurs d’un malade ?! », on me demande si c’est un documentaire, une histoire vraie etc. Finalement c’est bon signe, c’est que ça sonne juste et même si le lecteur n’est pas spécialement au fait de tout ou un psychologue initié, il sent quand on ne le prend pas pour un idiot. Vulgarisation intelligente, poétique, c’était l’idée, exigeante aussi. Après, évidemment, c’est une synthèse, à la fois aucun patient et sans doute un bout de tous les patients que j’ai croisés… Il pourrait exister, c’était mon leitmotiv.

 

Peut-on priver à vie à un être humain de sa lucidité ?

Le peut-on techniquement ? Probablement que oui. Doit-on le faire ? Sans doute que non. Mais la société exerce une pression sécuritaire de plus en plus forte sur les malades psychiques. La faute aux caricatures qu’on évoquait plus haut, entre autres. Les statistiques sont là pourtant : les schizophrènes sont les premières victimes de violences, une part ultra-minoritaire des actes violents et des meurtres. Les bipolaires se suicident immensément plus que la moyenne. L’espérance de vie, par négligence ou défaut de soins, est très réduite pour les malades psychiatriques etc. Ce qui a frappé les lecteurs aussi dans REGIS, c’est son intelligence : les gens imaginent parfois les schizophrènes comme des idiots qui délirent en permanence, le profil type du schizophrène en début de maladie est au contraire un jeune de vingt ans, renfermé, érudit, s’intéressant à l’ésotérisme, les mathématiques, l’histoire, etc. Ce sont des choses que l’on retrouve de manière très prégnante dans le roman : REGIS ne délire pas en permanence, il lutte contre ses tendances interprétatives, ses doutes, il traverse des phases d’abattement, de contemplation, de vie intérieure très riche, et aussi de fortes angoisses et un sentiment de persécution généralisé, etc. La maladie ne le prive donc pas en permanence de toute sa lucidité, et c’est ce qui est sans doute le plus douloureux.

 

« Si un contemplatif se jette à l’eau, il n’essaiera pas de nager, il essaiera d’abord de comprendre l’eau. Et il se noiera. » Et il en allait de même pour la liberté… Est-ce que votre métier de soignant en psychiatrie vous a aidé à écrire ce roman ?

Aphorisme d’Henri Michaux, je précise… Oui bien sûr. C’est évident que ce degré de documentation et de précision clinique, je le dois à mon expérience professionnelle en bonne partie. J’espère avoir pu transmettre quelque chose en termes émotionnels mais aussi pédagogiques, c’est quelque chose que j’assume et en ce sens les retours des professionnels sont précieux également. Je ne voulais pas écrire un livre « retour d’expérience » ou un livre trop médical, mais apporter un éclairage pertinent via une fiction était un véritable exercice de funambulisme…

 

Avez vous une anecdote à nous raconter sur votre roman ?

Il y aurait mille histoires… Du racontable et du pas racontable. Des retours extrêmes de lecteurs, extrêmes par leur émotion, leur degré d’intimité ou d’incompréhension… Ce sont des romans avec des partis pris forts, clivant, je m’étais préparé à ne pas faire l’unanimité. Y compris avec ces couvertures là, c’est parfois la soupe à la grimace parmi les passants quand je fais des dédicaces en librairie. C’est drôle la réaction innocente des enfants à ce sujet : « oh le drôle de bonhomme en pyjama ! », rien de macabre, dans leur spontanéité ils ont accès à davantage de nuances que leurs parents parfois…

 

Dans tout votre roman la musique a un rôle important, la musique tient quelle place dans votre vie ?

Essentielle. Quotidienne. Inspirante. Défouloir. Apaisante. Expressive. Jamais gratuite. Porteuse de sens. C’est évidemment une fierté d’avoir pu amener les lecteurs, via la bande-son des deux romans, à découvrir des groupes bruitistes, criards, sombres en apparence, des groupes totalement confidentiels, avec les décibels parfois en paravent, mais derrière lesquels on a la surprise de trouver beaucoup de poésie et de force. Ce concept d’expérience globale, de connexion plus intime avec les personnages en a décontenancé plus d’un, mais ceux qui ont adhéré ont vécu quelque chose de fort je crois, quels que soient leurs goûts musicaux par ailleurs…

Parlez-nous de vos deux autres personnages important de votre roman : Sandrine et le Prédateur ?

J’essaie de ne pas spoiler : SANDRINE est l’infirmière de REGIS, elle comble les échecs de sa vie par un surinvestissement dans son travail, elle est maternante, soucieuse, dévouée, c’est un être souffrant, ambivalent, contradictoire parfois complaisant, névrosé en tout cas, et qui y laissera des plumes… Prédateur lui, est une sorte de Némésis, un persécuteur dont on ne vient jamais à bout et qui suit REGIS tout au long de sa vie, comme les deux faces d’une même pièce, un sociopathe solitaire, inaccessible à la culpabilité, binaire, violent, pour qui l’autre est un objet, les règles, le système, un moyen de parvenir à ses fins…

 

Devient-on auteur de thrillers pour exorciser ses envies de meurtre ?

Ah ah ! Non, je ne pense pas. Pour exorciser des peurs, des questionnements ou des dégoûts vis à vis de la nature humaine peut-être. Bien sûr que dans ces deux romans, il est largement question de la société dans laquelle on vit, de ses limites, de ses injonctions paradoxales. Ils sont totalement inscrits dans l’actualité, manière de ne pas couper, encore une fois, la psychiatrie du monde réel. Mais le thriller, c’est aussi un exercice de style, il y a des codes à respecter, des archétypes, que les lecteurs recherchent mais qui enferment aussi le genre… J’ai justement essayé d’en sortir un peu, dans la forme quand dans le fond. Forcément, ça ne peut pas plaire à tout le monde. Mais non, niveau envie de meurtre, ça va, je suis quelqu’un qui dialogue plutôt…

Pouvez-vous nous parlez du second opus « Sandrine » ?

C’est la suite immédiate. L’histoire aurait pu s’arrêter après REGIS, au sens où il se suffit à lui-même, mais moi j’ai immédiatement senti qu’il y avait encore quelque chose à dire autour de ce personnage fort et dramatique qu’est SANDRINE, aussi à sa manière. La suite s’est donc écrit en six/huit mois pour une sortie en novembre 2016. Le processus a été moins « douloureux » pour moi, moins absolu, plus naturel, je savais où je mettais les pieds, avec quels risques pour ma propre implication mentale et les sacrifices à faire et à gérer quand on est en pleine phase d’écriture (le mot n’est pas trop fort je crois). REGIS aborde la schizophrénie et les personnalités dyssociales, SANDRINE se penche sur la dépression, la vraie, et sur la perversion au travers d’un nouveau personnage en gestation, dont je ne vous dévoile rien…

Comment écrivez-vous ?

Pour REGIS cela a été plutôt nocturne, voire permanent, pour SANDRINE j’étais mieux organisé, plus à l’aise avec l’aspect « urgent », la crainte que l’idée s’en aille, échappe, se tarisse… J’ai par contre tendance à mettre du temps avant d’écrire une ligne… Il me faut quelques cafés et une heure de musique et de mise en condition… Je laisse traîner, filer le temps, et ensuite ça vient comme un déferlante. C’est quelque chose d’assez exaltant à vivre.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

J’ai répondu dernièrement à une interview qui allait dans ce sens pour le blog d’Helène Culturall. Honnêtement je ne sais pas quoi répondre à ça, il en irait de même pour la musique. C’est tellement fluctuant, cyclique, fonction de mes humeurs. Du coup je lui ai plutôt parlé des livres qui m’avaient marqué, qui avaient forgé l’enfant et l’adolescent, le lecteur et l’auteur en devenir. J’ai cité Hypérion de Dan Simmons, Les Fourmis de Bernard Werber, Germinal d’Emile Zola, Au-Delà Du Mal de Shane Stevens et la saga de La Tour Sombre de Stephen King… Actuellement je termine Meurtres Pour Redemption de Karine Giebel…

Quel a été votre premier lecteur ou lectrice quand vos romans furent terminés ?

Je travaille avec des bêtas-lecteurs, souvent un trio constitué d’un fan, d’un auteur et d’un technicien. Et ma femme.

 

Quels sont vos films préférés ?

Je n’ai pas de film préféré, au sens où je n’ai pas d’histoire préférée. J’ai par contre des acteurs et des réalisateurs que je suis, pour leur singularité, leur personnalité, ce quelque chose de constant qu’ils apportent même si le film est chaque fois différent. J’adore Ryan Gosling, Michael Shannon, des réalisateurs comme Jeff Nichols ou Nicolas Winding Refn… Dernièrement j’ai vu « Premier Contact » que j’ai beaucoup aimé, un faux film de science-fiction qui en fait aborde de manière assez fine le langage, la tolérance, la compréhension de l’autre…

La photographie est aussi une de vos passions, pouvez-vous nous en parlez ?

Oui j’expose mes travaux, parfois assez abstraits ou sujets à interprétations, depuis 2013. Une vingtaine d’expos jusque-là, et un livre édité grâce au financement participatif et intitulé « Divagations ». J’y ai souvent mêlé la musique aussi, du texte, des réflexions sur la notion d’errance, de passage, de condition humaine, de vie intérieure etc. Pour moi c’est donc le même sillon que je creuse avec l’écriture, mais avec un angle, un prisme différent… La prochaine expo aura lieu ce mois-ci, de nouveaux visuels réalisés avec une troupe de danseurs dans le cadre d’un projet collectif baptisé « Therapy ? ».

Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?

Je voudrais remercier tous les lecteurs, les curieux, les enthousiastes qui ont porté mes romans tout au long de cette année. L’autoédition c’est aussi cela, cette proximité, ce partage, l’envie de s’emparer d’un roman pour se l’approprier davantage qu’un produit de supermarché, et tout simplement le faire exister… Ah, et il se pourrait qu’un troisième roman soit déjà en chantier !…