Rouge armé de Mr Maxime Gillio chez Ombres Noires Editions

Bonjour à vous tous, aujourd’hui je vais vous parler d’un énorme coup de cœur Rouge armé de Mr Maxime Gillio chez Ombres Noires éditions.

Mais pas qu’un simple coup de cœur, mais pour moi un des plus beaux romans que j’ai lu ces derniers mois.

Et je suis très étonné que ce roman n’es pas plus d’écho dans la presse.

Ce roman a tout pour plaire, passion-action-histoire-suspense.

Et ne passez pas à côté de cette lecture d’un roman qui m’a touché, bravo Mr Gillio.

Voici un résumé du roman :

Patricia, journaliste au Spiegel, enquête sur les personnes qui, dans les années soixante, ont fui l’Allemagne de l’Est au péril de leur vie. Inge est passée de l’autre côté du Mur quarante ans plus tôt et accepte de lui raconter son enfance, son arrivée à l’Ouest, son engagement? Mais certains épisodes de la vie d’Inge confrontent Patricia à ses propres démons, à son errance. Leur rencontre n’est pas le fruit du hasard. Dans les méandres de la grande Histoire, victimes et bourreaux souvent se croisent. Ils ont la même discrétion, la même énergie à se faire oublier, mais aspirent rarement au pardon.

La semaine prochaine nous partirons sur la trace de la folie, je vous souhaite une très bonne semaine.

 

 

 

Bienvenue sur le divan pour une seconde thérapie ;-) Comment t’es venue l’idée d’écrire Rouge armé ?

 

Salut Richard, content de revenir. Tu as refait la déco ?

Rouge armé m’est venu complétement par hasard. Mon beau-frère est allemand. Né en 1975, il a grandi en ex-Allemagne de l’Est. Ça, bien sûr, je le savais. Mais un été, il m’a raconté l’histoire de sa mère, née en 1944, en ex-Tchécoslovaquie, dans la région où se trouvaient les Sudètes (grosso modo, la Bohême et la Moravie). Il ne m’a pas raconté l’histoire de l’Allemagne, mais juste celle – personnelle et incroyable – de sa mère. Au fur et à mesure qu’il me la narrait, j’avais les poils qui se dressaient. Le destin de cette femme épousait à ce point celui de son pays (avec son lot romanesque de drames et de révélations) que j’ai su qu’il me fallait le raconter. J’ai donc rencontré ses parents, qui m’ont raconté leur vie, et après, je n’ai eu qu’à enrober l’ensemble avec un peu de fiction.

Maxime Gillio

Je ne connaissais pas l’histoire des Sudètes, peux-tu nous en parler sans dévoiler l’intrigue ?

 

De façon très grossière, alors, car – et j’insiste sur ce point – je ne suis pas historien, et Rouge armé n’est pas un roman historique. C’est un roman noir avec un arrière-plan historique.

Comme le Français moyen, j’avais vaguement entendu parler des Sudètes au lycée, mais sans plus. Pour moi, jusqu’alors, les Sudètes, c’étaient ces Allemands envoyés en Tchécoslovaquie pour occuper les territoires et annexer des régions au profit du IIIe Reich. Ça, c’était avant que je me documente. En réalité, les luttes pour la reconnaissance de cette région remontent au moins jusqu’en 1919 et la création de la Tchécoslovaquie suite au traité de Versailles. Donc pour faire vraiment simple, les Allemands des Sudètes sont une population installée en Bohême et en Moravie depuis le Moyen Âge, et l’objet d’enjeux géopolitiques au gré des conflits. En 1945, suite à un traité tchèque, il a été décidé que toutes les populations allemandes de cette région seraient renvoyées chez elles manu militari. Mais « chez elles », c’était où ? Bien des familles étaient implantées là-bas depuis des générations, certaines ne parlaient même pas allemand ! Mais elles étaient perçues comme les colons, le peuple vaincu qu’il fallait expulser. Ce qui fait qu’après la capitulation, a eu lieu le plus gros mouvement de population du XXe siècle, plus de treize millions d’Allemands sur les routes d’Europe de l’Est, devant rejoindre une Allemagne dévastée, dans des conditions sanitaires et humanitaires déplorables, victimes de la vindicte populaire des pays libérés, et dans le silence le plus complet.

Tu as dû avoir énormément de travail niveau recherches historiques ?

Bizarrement, pas plus que ça… Sur la période évoquée avant, et le fil narratif de mon roman qui se passe en 1944-1945, oui, là, je me suis documenté. Il n’existe à ma connaissance qu’un seul ouvrage sur cette question de l’exode des populations allemandes, écrit par un universitaire allemand.

Pour les autres périodes du roman (de 1960 à 2006), ce sont essentiellement des témoignages recueillis à la source, des anecdotes, des interviews que j’ai effectuées. Bien sûr, quelques lectures, mais comme je te le disais, je ne voulais pas écrire un roman historique stricto sensu, mais un livre avec des trajets humains. J’ai donc préféré aborder l’Histoire par le petit bout de la lorgnette (même si je l’ai fait relire par un universitaire spécialiste de l’histoire allemande, bien sûr !)

 

Dans ton roman, on est sur trois époques : fin 1945-1977-2006, j’ai eu peur un moment de m’embrouiller dans chaque époque, mais pas du tout, une totale réussite. Comment s’est passé ton travail d’écriture pour gérer ces trois époques ?

 

Merci beaucoup, j’avais en effet très peur de cet écueil. Déjà, il faut savoir que la structure de mon roman est un hommage revendiqué à un livre d’un de mes auteurs contemporains préférés, La mort n’oublie personne, de Didier Daeninckx. Ma construction et mes choix narratifs sont directement inspirés de cet excellent ouvrage.

Ensuite, pour la première fois, j’ai travaillé ma structure de façon impressionniste. J’avais un grand document Excel avec des codes couleurs très précis : par époque, par personnage, par personnage par époque, etc. Environ dix couleurs différentes. Au fur et à mesure que j’avançais dans mon synopsis, je consultais mon tableau et me disais : « Là, ça va manquer de jaune, le lecteur risque d’oublier qui est ce personnage. Ici, trop de rouge, je risque de lasser, il faut que je change de période, etc. ». C’était vraiment un travail de composition, comme une esquisse de tableau.

Maintenant, je voudrais que tu nous parles de tes personnages principaux : Patricia et Inge.

 

Patricia à une quarantaine d’années, est journaliste dans un quotidien national allemand. C’est elle qui entre en contact avec Inge, officiellement afin d’écrire un article sur les ex-Allemands de l’Est qui sont passés à l’Ouest dans la clandestinité, mais qui sont revenus à l’Est après, déçus par le modèle occidental. Ce qui fut le cas d’Inge. Son approche est donc, a priori, professionnelle. Mais nous la suivons en dehors des moments d’entretiens, pour nous rendre compte qu’elle est traumatisée, qu’elle cherche à fuir ses démons dans l’errance et les aventures d’un soir, et que ses motivations à rencontrer Inge sont autres.

Inge a environ soixante ans. Née sur les chemins de l’exode après la capitulation de l’Allemagne nazie (ses parents étaient des Sudètes), elle est arrivée bébé dans un petit village d’Allemagne qui, par la suite, s’est retrouvé du côté est du Mur. Au fil des entretiens, elle raconte son enfance, le Mur, son passage à l’Ouest, son embrigadement. Elle a décidé de se confier à Patricia, alors qu’elle menait une vie tranquille de retraitée, mais dès le début, elle sait que Patricia vient la voir pour une autre raison que celle de l’article évoqué. Elle rentre pourtant dans son jeu, désireuse de connaître les vraies motivations de la journaliste. C’est une femme très forte, placide en apparence, qui a vécu tellement de choses…

Entre les deux femmes s’instaure un jeu de faux-semblants, en même temps qu’une étrange relation presque maternelle, alors qu’elles s’en défendent. Ce sont deux très forts caractères qui s’affrontent.

As-tu une anecdote sur ton roman à nous raconter ?

À part une avant-première à Dunkerque, la première sortie de ce roman a eu lieu… en Allemagne, en Bavière, à l’occasion d’un séminaire universitaire. Le soir, j’effectuais une lecture publique, suivie d’un débat-rencontre. J’avais très peur pour deux raisons : je suis un illustre inconnu, et qui plus est, moi, petit Français d’une quarantaine d’années, je venais leur parler d’un roman noir évoquant leur pays, leur histoire, leurs drames. Qui étais-je pour oser venir vendre ma soupe ?

À l’arrivée, la salle était comble, la rencontre a duré près de deux heures, tous les livres sont partis, et j’ai pu échanger avec des Allemands francophones passionnants, ouverts et qui n’hésitent pas à regarder leur passé en face…

Dans les remerciements de ton livre, tu t’exprimes en allemand. Peux-tu nous dire qui tu remercies ? ;-)

 

Ces remerciements en allemand sont bien sûr adressés à mon beau-frère, Dirk, et surtout à ses parents, Karl et Inge. C’est leurs vies qu’ils m’ont confiées et que j’ai volées, malmenées, déguisées, avec lesquelles j’ai triché. Je les remercie donc de leur confiance, et leur demande pardon pour toutes les libertés que j’ai prises.

Le concierge est curieux ! Déjà en train d’écrire un autre roman ?

 

Le livre suivant est déjà en phase de finalisation, mais ce n’est pas un roman. C’est un livre de témoignages sur ma fille aînée, qui est autiste. Il s’appelle Ma fille voulait mettre son doigt dans le nez des autres, et sort en mars aux éditions Pygmalion.

Sinon, ressort en juillet un ancien polar, pour lequel j’ai une certaine affection, La fracture de Coxyde, à l’Atelier Mosésu.

Quant à l’écriture elle-même, le projet suivant est sur les rails, mais je ne suis pas tout seul, car il s’agira d’un quatre mains avec ma camarade Sophie Jomain.

 

Devient-on auteur de romans policiers pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

Mais je n’ai aucune envie de meurtre ! Je ne suis qu’une boule de tendresse et de bonté sirupeuse. Le genre policier est à ma connaissance l’un des seuls où l’on peut exprimer autant de tendances, de sensibilités différentes, de messages, de jeux, bref, c’est une gigantesque boîte à outils dans laquelle chacun, auteur comme lecteur, vient piocher au gré de mes envies.

Mais pour être franc, l’expérience Rouge armé me donne envie de me tourner vers d’autres expériences d’écriture, peut-être moins marquées « policier ».

 

Comment s’est passée la rencontre avec la maison d’édition Ombres Noires ?

 

C’est d’abord une rencontre avec l’éditrice de chez Pygmalion, croisée à l’occasion des salons que ma société organise, qui a eu le projet entre les mains et qui l’a ensuite confié à sa collègue d’Ombres Noires (ce sont deux départements du même groupe, Flammarion).

Les Disparus de l’A16 est sorti en poche chez J’ai lu, une deuxième vie ?

 

Et la preuve que tu as eu le nez creux en 2011 ! Oui, c’est plus qu’une deuxième vie, puisque dans la foulée, il est également ressorti chez France Loisirs, et qu’il a l’air de bien fonctionner. Du coup, tout le monde peut maintenant savoir qui sont Virginia Valmain et sa bande de bras cassés. Et accessoirement, ça m’a redonné envie de reprendre l’écriture du tome 2 !

Quelle chanson accompagnerait le mieux ton roman Rouge armé ?

 

Hum, pas facile, l’action se déroulant sur près de soixante ans… De la musique allemande, bien sûre. J’hésite entre Rammstein et le « O zittre nicht, mein lieber Sohn » dans La Flûte enchantée.

 

 

 

Quel est ton livre de chevet actuellement ?

 

J’ai particulièrement aimé celui à venir d’un auteur que tu connais, mais je ne sais pas si je peux en parler. Je peux juste dire qu’il est belge et qu’il a eu le prix du Balai d’or. Une fois.

Sinon, rien à voir, mais je me régale d’un pavé sur l’histoire de la création de l’univers Marvel (Marvel, l’histoire secrète), étant un fan absolu de comics.

Quel est ton premier lecteur ou lectrice quand ton roman est terminé ?

 

Depuis deux ans, je travaille en collaboration avec la romancière Sophie Jomain. Sans son aide, Rouge armé n’aurait pas la forme qu’il a aujourd’hui. Je lui fais lire mes textes, elle me fait lire les siens, on est très exigeants, pour la bonne cause. Et comme on va écrire ensemble, ça nous permet de trouver nos marques, et on saura tout de suite quand et pourquoi s’engueuler.

Quel sera ton mot de la fin pour cette interview ?

 

Déjà un grand merci pour ton enthousiasme, Richard, et à tous ceux qui liront Rouge armé : viel Spaß!

 

Maxime Gillio