Planète Vide de Mr Clément Milian chez la Série Noire Gallimard

Cette semaine de nouveau nous partons dans l’univers de la série noire, qui prouve que c’est une maison d’édition de qualité.

Sur le divan cette semaine nous accueillions Mr Clément Milian pour son roman Planète Vide.

Un court roman mais une écriture qui présage une carrière d’écrivain brillant pour ce jeune auteur.

L’histoire d’un jeune fugueur rêveur d’étoile dans la descente d’un Paris Noir.

«Patrice Gbemba, dit Papa, était né sur Terre, mais il s’y sentait étranger. Au ciel bleu pollué de la ville, il préférait les étoiles. Aux voitures, il préférait les fusées. Aux hommes enfin, qu’il appelait les autres, il préférait les bêtes.

Depuis tout enfant, timide, il avait souffert des groupes. Il en avait tant souffert, même, qu’il se sentait maudit.

Papa ne croyait pourtant pas aux malédictions. Il ne croyait pas au destin.

Il ne pouvait se douter qu’un jour prochain, il tuerait.»

Jeune garçon décalé, Papa est harcelé au collège. Il tient le coup grâce à son livre sur les étoiles, par lequel il s’évade, préférant vivre loin des autres qui le persécutent. Il voudrait se rendre invisible, mais cette attitude de fuite attise la fureur des caïds de l’école et décuple leur violence. La cible est sans défense, ils peuvent s’en donner à cœur joie sans risque ! Papa terrorisé est incapable d’en parler à sa mère qui vit seule et a du mal à joindre les deux bouts : il ne veut pas lui causer de soucis supplémentaires. On ressent l’implacable violence du harcèlement au collège où la tolérance n’est pas la vertu principale, la différence mal vécue et l’instinct grégaire à son plus haut niveau.

C’est pour cela que je vous recommande ce roman et cet écrivain prometteur.

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Bienvenue sur le divan du concierge. Ma première question me permet de mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ? Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

 

Je m’appelle Clément Milian. J’ai 35 ans. J’écris depuis que je suis très jeune, donc il est difficile pour moi d’expliquer comment j’en suis arrivé là. C’est très lointain, j’ai toujours écrit. Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais c’est un besoin quasi naturel. Quand j’écris, je me sens bien, voilà.

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Comment vous est venue l’idée d’écrire «Planète Vide » ?

 

J’ai commencé à écrire le livre il y a cinq ans, et il n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était à l’époque, donc j’avoue que j’ai sincèrement oublié les motivations premières. L’envie d’écrire une histoire simple et directe. J’aime les petits livres, denses et concis.

 

 

Je voudrais que vous nous parliez de votre personnage principal que vous avez réussi magistralement « Papa », comment l’avez-vous créé ?

 

Question difficile. Il y a un point de départ, évidemment. Mais à la base, Papa avait 16 ans. En retravaillant avec Aurélien (Masson), ça a changé. C’est lui qui a proposé de le rajeunir, ce qui était une très bonne idée. J’ai toujours voulu que Planète vide soit une sorte de conte, donc ça marche nettement mieux avec un personnage très jeune. Aussi la vision d’un gamin rend plus crédible la tension entre le trivial (la réalité) et le cosmique (ses projections à lui) qui habite tout le livre.

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C’est l’Odyssée d’une fugue mais pas que c’est aussi un beau poème sur l’espoir non?

 

J’aurais publié plus jeune, je pense que j’aurais écrit des choses assez nihilistes, mais avec l’âge, je ne vois plus la vie de la même manière. « Espoir », je ne sais pas. Ce qui est certain, c’est que la vie n’est pas que noire, elle est changeante… Et j’avoue que les livres purement nihilistes me fatiguent un peu, à moins d’être très poétiques comme chez Lovecraft. Ca peut paraître idiot de dire cela, mais j’aime la vie, même si je n’en ai pas forcément une vision très gaie.

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à nous raconter ?

 

Une en particulier. J’étais, un soir, à un concert de Dead in the Dirt – un groupe américain – à la Miroiterie. Au cœur du public il y a avait un très jeune adolescent d’origine africaine, assis en train de plier des feuilles de papier blanc, entouré de jeunes adultes qui hurlaient et agitaient les bras sur du métal extrême. C’était assez fou, touchant et en même temps un peu triste. Tout cela s’est passé en 2013, donc ça a forcément nourri le roman. Je remercie au passage mes amis Thomas L. et Nico L. de m’avoir traîné à ce concert…

 

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

La liste est trop longue, donc je citerais seulement deux groupes qui sont directement cités dans le roman : Esplendor Geometrico, un groupe de musique électronique espagnol, à qui je rends hommage via une phrase (« splendeur géométrique »). C’est de la musique très dure, très répétitive, hyper urbaine. Et un autre groupe, Agoraphobic Nosebleed, dont je m’inspire directement pour le groupe de la fin. La « petite chanteuse » blonde qui « hurle comme une voiture qui freine », le style de la musique, tout cela réfère directement au groupe. A noter que dans le livre, le groupe est anglais, alors que les membres d’Agoraphobic Nosebleed sont américains.

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Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

Ah ah, sans doute un peu. Au moins pour nettoyer le bruit qui encombre le cerveau et qui empêche parfois d’être au calme, c’est sûr.

 

Comment écrivez-vous ?

 

La nuit, uniquement, dans mon bureau/cuisine/salle à manger. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’écris que la nuit. J’ai essayé le jour, rien ne vient. Le jour, je peux me relire, corriger les fautes, mais rentrer dans l’écriture, impossible. J’ai besoin de silence et d’obscurité. C’est comme une salle de cinéma. Noir total, communion. Le rituel, c’est très important.

 

Le concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? Juste pour nous mettre l’eau à la bouche.

 

C’est un peu difficile de se prononcer. Il y a plusieurs projets, on en parle avec Aurélien (Masson). Ce que je peux dire, c’est qu’il y en a un de très avancé, et qui n’a pas grand chose à voir avec Planète Vide, au moins en apparence.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet ?

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Mon livre préféré, c’est très banal, c’est Le Seigneur des anneaux, c’est par là que je suis arrivé sérieusement à la lecture, et j’y reviens toujours, je le relis d’ailleurs en ce moment même. Quarante ans de maturation, un poème d’une puissance inégalée, un chef d’oeuvre encore bizarrement sous estimé. Sinon, il y a foule : Cocteau, Michaux, Goodis, Thompson, Lovecraft, K.Dick, Moorcock, Barker, Christopher Priest, Barry Gifford… je suis aussi très nostalgique du noir français des années 50/60 : Lesou/Vial, Meckert/Amila, Giovanni, Héléna, Le Breton… Une très grande période littéraire, elle aussi clairement sous estimée. Le Doulos, Le Trou, Les Flics ont toujours raison, Je suis un monstre, ce sont de grands romans qui ne demandent qu’à être réévalués, même si tout le monde (ou presque) s’en fout.

 

 

Quel est votre premier lecteur ou lectrice quand votre roman est terminé ?

 

Aurélien Masson, le boss. Je préfère un avis professionnel.

 

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Phantom of the paradise, The Exorcist, Deep End, Les Sept Samouraïs, Wake in Fright, Naked, Goyokin, Massacre à la tronçonneuse, Turkish Delight, Sailor et Lula, Balada Triste de trompeta. 

 

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Que représente pour vous d’être publié dans la célèbre collection de la Série Noire Gallimard ?

 

A tous les niveaux, c’est une opportunité géniale. Je connais la collection depuis que je suis gamin parce qu’il y en avait chez mes parents, et être publié à la même enseigne que Jim Thompson et David Goodis, Pierre Lesou ou José Giovanni, forcément ça fait quelque chose, même si c’est plus pour moi que pour eux, évidemment…

Aussi travailler avec Aurélien Masson, ça a été fort, je dis ça sans calcul, il a vraiment été nécessaire à la maturation du livre. Et son équipe est super : Benoit, Christelle… Donc, à tous les niveaux, c’est une très grande chance…

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Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

 

Profitez au maximum de la vie, vous n’en avez qu’une (jusqu’à preuve du contraire).