« Cabossé » de Mr Benoît Philippon chez Série Noire Gallimard.

Et bien je sors tout bouleversé de ce magnifique roman de Mr Benoît Philippon « Cabossé » chez Série Noire Gallimard.

Un premier roman vraiment très fort et qui me restera en mémoire très longtemps.

Roman noir et Roman d’amour qui vous percera le cœur et qui j’en suis sûr vous marquera.

Un roman sans gadget ni chichi mais plutôt un diamant brut qui vient d’être découvert.

Voici un résumé du roman avant de vous laissez lire cette belle interview :

Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de «tomate écrasée»… Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas…

Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but. Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

Je vous souhaite une bonne fin de semaine à tous .

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Bienvenue sur le divan du concierge. Ma première question me permet de mieux vous connaître. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs et lectrices qui ne vous connaissent pas ? Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

Je suis passionné de cinéma, scénariste et réalisateur, j’ai réalisé mon premier film, Lullaby, avec Forest Whitaker et Clémence Poésy en 2010, puis mon deuxième, Mune le gardien de la Lune, qui est un film d’animation, avec les voix d’Omar Sy et Michael Gregorio qui a rencontré un beau succès l’année dernière.

Je pratique l’écriture scénaristique depuis 20 ans, j’avais envie de me confronter à l’écriture littéraire. Trouver mon style, mon ton, ne pas me censurer dans les thèmes abordés, dans le chemin narratif pris et créer une œuvre en solitaire sans passer par le circuit plus lourd du cinéma.

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Comment vous est venu l’idée d’écrire «Cabossé » ?

C’est toujours difficile de repenser à la première idée. Plutôt la première image : ce colosse buriné souffrant de solitude, de par son physique et son vécu, assis sur un Chesterfield. Et là, je me suis dit : « Et si ce mec, homme de main de série B, se met sur Tinder, il se passe quoi ? »

Après ce sont les personnages qui m’ont raconté leur histoire.

 

Je voudrais que vous nous parliez de votre personnage principal que vous avez réussi magistralement « Roy », comment l’avez-vous crée ?

Roy c’est un mélange de tous les ingrédients que j’affectionne. Le colosse au grand cœur, l’homme de main à l’argot acéré (Bertrand Blier si tu m’entends), le côté super-héros avec lequel j’ai grandi, les codes du film noir à la Scorcese, un côté graphique de comics et du bagout. Mais la touche qui fait la différence, c’est la sensibilité. Je voulais montrer l’humain derrière l’a priori d’une caricature, et surtout derrière la bête. Jouer sur la première impression, le code d’un genre « bourrin » et montrer en fait que ce personnage est beaucoup plus subtil, fin et sensible qu’il n’y paraît.

 

C’est l’Odyssée d’une cavale Auvergnate mais pas que c’est aussi une belle histoire d’amour non ?

C’est même principalement une histoire d’amour. La cavale n’est qu’une excuse pour creuser la psychologie et l’émotion de ces deux amoureux que je qualifie régulièrement de mythologiques. Un peu par jeu, mais surtout parce que, justement, la littérature permet d’aller très loin dans une certaine emphase allégorique. Sans trop se prendre au sérieux, le ton du roman fait régulièrement des clins d’œil aux clichés, je voulais peindre l’histoire du plus grand couple « depuis que Roméo et Juliette se sont mis une race au mojito arsenic »

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Avez-vous une anecdote sur votre roman à nous raconter ?

On peut lire Cabossé comme une romance (ce qu’il est), un roman noir (ce qu’il est également) mais aussi un guide de développement personnel (ce qui est plus surprenant). On y parle de résilience, de dompter son mental, de lâcher prise, d’apaisement et de gratitude. On est dans la quête du héros et son parcours initiatique dans un ton plus… rugueux que d’habitude

 

Y aura t’il une suite à votre roman car on a envie de revoir Roy et Guillemette.

Pas vraiment une suite. Mais disons que le personnage de Berthe, dit Mamie Luger, pourrait avoir son roman à elle.

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

Ça dépend des chapitres. Soul pour les scènes d’amour, du plus noir pour les scènes noires. Les musiques de Trent Reznor pour les derniers films de David Fincher sont un bon exemple de ce qu’on pourrait faire pour illustrer le roman.

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Vous êtes également scénariste, aimeriez vous voir votre roman en film et vous même le réaliser ?

Ce n’était pas l’idée quand j’ai écrit, mais maintenant que le roman est fini, je brûle effectivement dans faire un film.

 

Devient-on auteur de roman noir pour exorciser ses envies de meurtre ?

On devient auteur en général pour vivre des vies fantasmées, voyager dans des univers fantasmagoriques et des situations hors du quotidien. Ça faut pour les univers féériques de Mune ou les scènes de baston de Cabossé. N’étant pas moi-même ni meurtrier ni même bastonneur, c’est amusant de jouer avec un personnage qui l’est de façon outrancière. Tant qu’on n’est pas dans la provocation gratuite, c’est assez jubilatoire de donner mots donc vie à ces situations. C’est comme le faux sang au cinéma. Tout n’est qu’illusion. Mais si l’immersion est réussie, la sensation est forte, et c’est ce que je cherche dans la narration, quelle qu’elle soit.

 

Comment écrivez-vous ?

Chez moi ou au café. Et je suis très discipliné, je m’impose des horaires de bureaux (disons de 10 à 20h), je veux éviter tant que je peux de bosser le soir ou le WE. Quand on est son propre patron, on peut vite se laisser dépasser par un emploi du temps mouvant. Ma vie sociale et culturelle est fondamentale, pour moi, mais aussi pour l’inspiration.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet ?

Lolita de Nabokov reste ma claque ultime. Dernièrement j’ai beaucoup aimé Karoo de Steve Tesich. Mais mon bouquin de chevet a été Cabossé tout l’année dernière, dont je relisais les versions le soir pour peaufiner et corriger. Ce qui me fait mentir sur la question précédente, il m’arrive de travailler le soir…

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Quel est votre premier lecteur ou lectrice quand votre roman est terminé ?

Ma femme. Elle lit tout ce que j’écris. Et je sais quand elle aime et quand elle n’aime pas, même quand elle essaie d’enrober avec des mots positifs. Si elle n’a pas les yeux qui brillent, c’est qu’il faut encore bosser. Si elle sourit, c’est gagné

 

Quels sont vos films préférés ?

La liste est trop longue. Spontanément, je répondrais Magnolia, de Paul Thomas Anderson, qui est le film que j’aurais voulu réaliser. Mais Certains l’aiment chaud est un monument qui a bercé mon enfance et Amadeus un film que je revois régulièrement avec la même fascination. Dernièrement j’ai pris une grosse grosse claque avec Shame de Steve Mc Queen et Whiplash de Damien Chazelle.

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J’aimerais beaucoup si bien sûr vous le voulez, que vous nous parliez de votre premier long métrage Lullaby for Pi avec un Casting international « Forest Whitaker,Clémence Poesy et Rupert Friend » que retenez-vous de cette très belle expérience ?

Qu’il ne faut pas avoir peur de réaliser ces rêves les plus fous. Depuis toujours je voulais faire un film « américain ». Je me disais qu’il faudrait en faire plusieurs en France avant d’avoir l’expérience et l’opportunité. Finalement, c’est parce que toutes les portes étaient fermées en France et que j’étais à deux doigts de jeter l’éponge sur une carrière qui n’avait même pas démarré que j’ai décidé de faire un coup de bluff et tenter le tout pour le tout en essayant de faire mon film en anglais, dans une production internationale. J’avais rien à perdre. J’ai balancé l’énergie. J’y ai cru. Et ça a marché. Comme disent les « ricains » : sky is the limit.

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Que représente pour vous d’être publié dans la célèbre collection de la Série Noire Gallimard  ?

Être publié tout court est une immense victoire. J’ai écrit Cabossé pour moi à l’origine. Pour exprimer ces choses. Je ne pensais pas que le livre trouverait sa place dans le circuit de l’édition. Alors chez Gallimard et avec les retours critiques qu’on a, je ne suis que gratitude. J’ai encore du mal à réaliser en fait.

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Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

To be continued

 

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