Les Disparus du Phare De Mr Peter May chez Rouergue Noir Edition.

Cette semaine sur le divan nous accueillons un écrivain écossais qui me ravit dès que j’ouvre un de ces romans.

Mr Peter May pour son roman Les Disparus du Phare chez Rouergue Noir Edition.

Quand on part avec Peter May sur les Hébrides, on s’attend à ce qu’il nous raconte la vie des habitants de ces îles battues par les vents de l’Atlantique, sous couvert de fiction.

On sent toujours le journaliste tapi derrière l’écrivain Peter May : une enquête minutieuse auprès des milieux scientifiques universitaires pour donner une base solide à son roman sur la réalité actuelle. Une belle dénonciation des lobbies qui gouvernent le monde, avec des dents qui rayent le parquet pour le fric et rien que le fric, des gens prêts à tuer père, mère et le reste de l’humanité en exterminant les abeilles, juste par cupidité sauvage et une mentalité dégueulasse qui donne envie de les asperger nuit et jour avec leurs produits hautement toxiques, histoire qu’ils comprennent que quand ils seront morts eux-mêmes, c’est trop tard !

Peter May vous racontera ce que font ces produits sur les abeilles, alors que l’industrie agro-chimique s’évertue à démontrer au monde que leurs produits ne tuent pas ces précieux insectes.

Une intrigue parfaite et bien ficelée, je vous conseille énormément ce roman passionnant et qui vous donnera envie de connaître en vrai les Hébrides.

Voici le résumé du roman :

Rejeté par les vagues, un homme reprend connaissance sur une plage. Tétanisé par le froid, le cœur au bord des lèvres, frôlant dangereusement le collapsus. Il ignore où il se trouve et surtout qui il est ; seul affleure à sa conscience un sentiment d’horreur, insaisissable, obscur, terrifiant. Mais si les raisons de sa présence sur cette île sauvage des Hébrides balayée par les vents lui échappent, d’autres les connaissent fort bien. Alors qu’il s’accroche à toutes les informations qui lui permettraient de percer le mystère de sa propre identité, qu’il s’interroge sur l’absence d’objets personnels dans une maison qu’il semble avoir habitée depuis plus d’un an, la certitude d’une menace diffuse ne cesse de l’oppresser. Muni, pour seuls indices, d’une carte de la route du Cercueil qu’empruntaient jadis les insulaires pour enterrer leurs morts, et d’un livre sur les îles Flannan, une petite chaîne d’îlots perdus dans l’océan marquée par la disparition jamais élucidée, un siècle plus tôt, de trois gardiens de phare, il se lance dans une quête aveugle avec un sentiment d’urgence vitale.

Voici le lien de la précédente interview de Mr Peter May sur le blog :

http://www.concierge-masque.com/2011/05/11/interview-de-peter-may-lile-des-chasseurs-doiseaux/

Je vous souhaite une bonne semaine et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine à Melun.

 

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Bienvenue sur le divan ! Comment vous est venue l’idée de ce roman «Les Disparus du phare »?

 

J’ai longtemps eu à l’esprit l’image d’un homme rejeté par la mer sur la plage de Luskentyre, sur l’île d’Harris- une des plages les plus belles mais également les plus désertiques au monde. Mon idée était qu’il n’aurait plus aucune idée de qui il est ni où il se trouve, et que ce serait le point de départ de l’histoire. Mais ce n’est que lorsque j’ai décidé d’écrire au sujet de l’alarmante disparition de la population mondiale d’abeilles, que j’ai trouvé l’histoire qui pourrait coller avec ce début.

Pourquoi ça collait ? Parce que la science a découverte qu’une certaine catégorie de pesticides étaient responsable de la disparition des abeilles, car ils détruisent leurs cellules cérébrales et leur ôte leur capacité de mémoire (les abeilles ne peuvent fonctionner sans mémoire), et l’idée d’un homme échoué sur une plage souffrant d’amnésie me paraissait une parfaite métaphore. Si on ajoute à tout ça le mystère véridique de la disparition des trois gardiens du phare situé à 30 kilomètres de la côte en 1900, et Les disparus du phare était né.

Peter May pendant le salon Polars du Sud à Toulouse en 2013

Peter May pendant le salon Polars du Sud à Toulouse en 2013

Il est question d’écologie, de recherches ultraconfidentielles, d’abeilles et de saloperies industrielles, est-ce un cri d’alarme que vous avez lancé ?

 

En effet ! La plupart des gens ont entendu parler de la disparition des abeilles, mais n’ont pas idée de son importance pour l’avenir de l’humanité. Les abeilles pollinisent 70% des cultures qui nous nourrissent – environ un tiers de tout ce que nous mangeons. Elles pollinisent aussi les vignes- imaginez la catastrophe pour l’économie française s’il n’y avait plus de vin ! Il n’y aurait ni fruits, ni légumes, ni même de café.

Et comme les abeilles pollinisent aussi les végétaux dont se nourrit le bétail, la production de viande et de produits laitiers s’écrouleraient. Sans les abeilles il n’y aurait ni coton, ni lin. Les industries du textile et de la mode seraient sévèrement affectées. Il est reconnu maintenant que les pesticides appelés neonicotinoïdes sont responsables du problème des abeilles, et pourtant les compagnies chimiques continuent de les produire, parce que c’est une industrie qui pèse des dizaines de milliards d’euros, et que les politiciens corrompus refusent de les interdire. Il est important de le faire savoir aux gens pour qu’ils puissent voter pour des politiciens responsables et agir pour empêcher l’usage de ces pesticides. Heureusement la France est à l’avant-garde des gouvernements européens qui essaient d’interdire ces pesticides, alors que le gouvernement britannique essaie de lever l’interdiction européenne.

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Les écrivains portent ‘il une responsabilité de montrer les disfonctionnements d’une société ?

 

Je pense que les auteurs à succès, qui touchent des millions de lecteurs et ont de ce fait une très forte influence, ont le devoir d’écrire au sujet des sujets d’actualité importants – à la fois pour informer et divertir.

 

 

Les paysages sont magnifiques dans vos romans, ramenant l’homme à sa ridicule dimension, comment se passe votre méthode pour décrire ces superbes paysages D’Ecosse ?

 

J’écris juste sur ce que je vois et ressens quand je passe du temps sur les îles Hébrides écossaises. J’ai vécu là-bas 5 ans alors que je filmais une série télé, alors les paysages et la météo ont eu une très grande influence sur moi. Et oui, une terre et des paysages marins aussi magnifiques ont certainement ramené l’homme à sa propre dimension.

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Ce roman est réellement fascinant par sa construction méticuleuse, comme une toile d’araignée, petit à petit nous sommes capté par l’intrigue, c’est combien de mois de recherches pour ce roman ?

 

Je passe toujours 3 ou 4 mois sur mes recherches et le développement de mes idées. Pour ce roman j’ai beaucoup lu avant de me rendre sur l’île d’Harris pour faire des recherches sur le terrain et discuter avec des apiculteurs des Hébrides. J’ai aussi eu la chance que le même professeur qui a prouvé le lien entre les dommages cérébraux chez les abeilles et l’usage des neonicotinoïdes me donne lui-même des conseils, et j’ai passé beaucoup de temps à discuter avec lui.

 

Pouvez-vous nous parlez des deux personnages principaux sans dévoiler l’intrigue : L’homme qui se réveille sur la plage au début de votre roman et de Karen également qui recherche son identité.

 

Le principal personnage masculin est échoué sur la plage de Luskentyre. C’est un homme qui a la trentaine bien tassée, mais comme il a perdu la mémoire, et que j’écris de son point de vue à la première personne, on s’embarque avec lui pour un voyage à la découverte de son moi (ou sa redécouverte). A partir de petits bouts d’information il commence à se forger une image de lui-même- mais, nous comme lui ne sommes jamais certain de la véracité de cette image. Et quand il découvre le corps d’un homme assassiné sur l’île du phare où il sait avoir passé beaucoup de temps, il doit faire face à la très réelle possibilité qu’il soit lui-même le meurtrier.

Le principal personnage féminin est une gamine de 16 ans dont le père s’est suicidé deux ans auparavant. Ecrasée sous le poids de la culpabilité, car elle se sent responsable de la mort de son père, elle se lance dans une quête pour en savoir plus sur lui, et sur la raison de son suicide. C’est une exploration en profondeur des angoisses et de la culpabilité adolescentes.

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Avez- vous une anecdote sur ce roman à partager avec vos lecteurs ?

 

Mon intérêt pour ce qui arrive aux abeilles a été attisé par un scientifique qui me conseille pour les aspects scientifiques de mes livres depuis des années. C’est un professeur émérite en génétique à l’université Western Ontario au Canada, Joe Cummins. Bien qu’il soit spécialiste en génétique, il a développé un profond intérêt pour les abeilles et les pesticides depuis des années, et ce sont des articles qu’il a écrits qui ont attiré mon attention sur ce sujet. Malheureusement, Joe est malade, en phase terminale, et j’ai eu le sentiment qu’il était de ma responsabilité de faire connaître son excellent travail dans ce roman.

 

Quelle Musique accompagnerais le mieux votre roman ?

 

 

N’importe quelle musique par le groupe de musique celtique Capercaillie. Mais il y a un groupe anglais très influencé par mes livres qui a écrit une chanson d’après Les disparus du phare. J’ai fait un montage vidéo d’images stupéfiantes des paysages où se déroule l’action du roman, sur l’île d’Harris, pour accompagner la chanson, et on peut voir le résultat en suivant ce lien :

https://m.youtube.com/watch?autoplay=1&v=p0ilqQkmemY

 

 

Devient-on auteur de Thrillers pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

Hahaha ! Pas moi en tout cas ! Je suis devenu auteur de romans policiers par accident. Alors que j’écrivais le premier de mes romans du cycle chinois, au sujet des manipulations génétiques sur la nourriture. J »avais besoin de trouver une trame pour raconter mon histoire. Cette trame m’a été inspirée par une enquête policière sur le meurtre d’un homme trouvé mort dans le parc Beijing. J’ai dû créer un enquêteur chinois, et un médecin légiste occidental. C’est ainsi que mon histoire est devenu un roman policier. Devant le succès du livre, mon éditeur et mes lecteurs en ont voulu plus dans le même genre, et je me suis retrouvé plongé dans le polar. Cependant, le meurtre et tous ses détails sanglants sont devenus de moins en moins importants dans mes romans et j’ai repoussé les frontières du genre pour explorer la condition humaine plutôt que de faire couler le sang.

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Pouvez-vous nous parler également de votre précédent roman que j’avais également adoré « L’île du serment » ?

 

J’ai écrit ce roman parce que je voulais écrire sur le phénomène historique écossais de la déportation des habitants des Highlands, quand des gens étaient forcés de quitter leur terre par des propriétaires terriens sans scrupules et entassés sur des navires, comme des esclaves, pour les envoyer vers le nouveau monde. Mais je ne suis pas auteur de romans historiques, alors j’ai du faire le lien entre le passé et une histoire de crime contemporain au Canada. Le fait que mon voisin en France est un québécois m’a amené à son lieu de naissance, les îles de la Madeleine, devenu les décors pour l’histoire contemporaine. Puis j’ai dû tisser la trame d’une histoire qui s’étalerait sur 150 ans. Cela m’a donné beaucoup de plaisir et d’émotions, et je pense que c’est un de mes meilleurs romans.

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Le concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? Juste pour nous mettre l’eau à la bouche.

 

J’ai signé un contrat pour trois livres, donc je vais écrire une nouvelle trilogie. Tout ce que je peux en dire à ce stade c’est que l’intrigue aura de nouveau pour décors les îles Hébrides, et que ce sera une saga familiale autour d’un meurtre, qui s’étendra sur toute une génération.

 

Quelle est votre lecture de chevet actuellement ?

 

Je viens de terminer l’épreuve du nouveau roman d’un collègue écrivain britannique, et également un excellent ami, Graham Hurley. C’est un polar dont le titre est Finisterre dont l’action se déroule pendant les dernières semaines de la deuxième guerre mondiale. Graham est un grand francophile, et sa série sur deux détectives basés à Portsmouth a été adaptée pour la série Deux flics sur les docks sur France 2.

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A la suite des romans de votre trilogie de Lewis, qui a conquis les lecteurs de polars du monde entier, vous nous invitez à parcourir avec vous les îles de Lewis, ce petit royaume écossais des landes sauvages et des côtes tempétueuses, sur de très belles photographies de David Wilson. Comment s’est passée cette aventure photographique ?

 

L’écriture de ce livre m’a été suggérée par mon éditeur britannique, et j’ai été ravi de travailler à nouveau avec mon vieil ami, le photographe David Wilson, qui avait travaillé avec moi comme décorateur sur la série Machair, sur la chaîne de TV gaélique, qui se passait sur l’île de Lewis. David vit maintenant sur l’île, et a visité tous les lieux mentionnés dans la trilogie. Lui et moi avons fait une sélection finale, et j’ai écrit un texte pour expliquer l’histoire géologique et humaine des Hébrides, ainsi que ma relation avec ces îles, et comment j’ai fini par écrire sur elles.

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Quel sera votre mot de fin pour cette interview ?

 

A bientôt!

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