KabuKicho de Mme Dominique Sylvain chez Viviane Hamy Edition

Voici cette semaine sur le divan une auteur pour qui j’ai beaucoup d’admiration et qui est à chaque fois un pure bonheur à lire .

Et elle nous revient avec un roman qui va vous manipuler avec délice.

KabuKicho de Mme Dominique Sylvain chez Viviane Hamy Edition

10 ans d’amour pour le japon ça se ressent dans ce roman, Ce n’est pas qu’un polar mais aussi une belle histoire d’amour.

Un seul regret, c’est qu’il est tellement bien qu’on le dévore trop vite !

Dans cette interview vous allez découvrir une auteure de talent qui se dévoile rien que pour vous.

 

Voici un résumé de son roman :

À la nuit tombée, Kabukicho, sous les néons, devient le quartier le plus sulfureux de la capitale nipponne. Au cœur de ce théâtre, les faux-semblants sont rois, et l’art de séduire se paye à coup de gros billets et de coupes de champagne. Deux personnalités dominent la scène : le très élégant Yudai, dont les clientes goûtent la distinction et l’oreille attentive, et Kate Sanders, l’Anglaise fascinante, la plus recherchée des hôtesses du Club Gaïa, l’un des derniers lieux où les fidèles apprécient plus le charme et l’exquise compagnie féminine que les plaisirs charnels.

 

Pourtant, sans prévenir, la jeune femme disparaît. Le piège de Kabukicho s’est-il refermé ? À Londres, son père reçoit sur son téléphone portable une photo oùelle apparaît, les yeux clos, suivie de ce message : « Elle dort ici. » Bouleversé, mais déterminé à retrouver sa fille, Sanders prend le premier avion pour Tokyo, où Marie, colocataire et amie de Kate, l’aidera dans sa recherche. Yamada, l’imperturbable capitaine de police du quartier de Shinjuku, mènera quant à lui l’enquête officielle.

 

Entre mensonges et pseudo-vérités, il sera difficile de démêler les fils d’une manipulation démoniaque.

 

Vous pouvez également retrouvez la première interview de Mme Dominique Sylvain ici

 

http://www.concierge-masque.com/2015/04/30/larchange-du-chaos-de-dominique-sylvain-chez-viviane-hamy-edition/

 

 

La semaine prochaine nous partons en écosse, je vous souhaite une bonne semaine.

 

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Bienvenue sur le divan ! Comment t’es venue l’idée de ce nouveau roman « Kabukicho » ?

 

 

Merci.

Je pense souvent au Japon où j’ai vécu dix ans et commencé à écrire (mon premier roman, « Baka ! » s’y déroule). Pendant plus de vingt ans, j’ai écrit des séries, mais depuis peu je ressens le besoin d’explorer d’autres chemins. Plus exactement, il m’arrivait souvent d’avoir des idées qui ne correspondaient pas à mes personnages récurrents et, du coup, je ne les exploitais pas. Maintenant, je les exploite. Et depuis « L’Archange du chaos » paru en janvier 2015, cela se concrétise par des unitaires et non plus des séries.

C’est toujours difficile de savoir réellement d’où viennent les idées. L’imagination est un étang où vivotent différentes petites bêtes. Elles remontent lentement à la surface (ou pas) et finissent (ou non) par se rencontrer. Lorsque deux ou trois de ces idées/animaux se croisent, l’étincelle peut jaillir. Disons que mes souvenirs et mon manque du Japon, mes lointains mais puissants souvenirs de la lecture des romans de Patricia Highsmith et la découverte d’un documentaire sur la vie d’un « hôte » japonais travaillant à Osaka se sont combinés pour faire émerger une histoire que j’ai eu passionnément envie de raconter. C’était irrésistible. Ensuite, je me suis documentée et j’ai découvert d’autres pistes très intéressantes. Comme l’affaire Lucie Blackman, une jeune Anglaise, hôtesse de bar à Tokyo, assassinée en 2000 par un tueur en série japonais d’origine coréenne, Joji Obara. Et mes découvertes m’ont confortée dans l’idée que je tenais là une histoire forte.

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Dans ce roman, l’intrigue a lieu dans le quartier de Kabukicho, quartier des plaisirs (http://www.kanpai.fr/tokyo/kabukicho) Comment t’es venue l’idée de parler de ce quartier ?

 

 

Quand je vivais à Tokyo, j’habitais dans l’arrondissement de Shinjuku. A plusieurs reprises, je suis allée me balader à Kabukicho qui se situe dans ce même arrondissement. Le jour, c’est un quartier morne et comme endormi, mais la nuit il se métamorphose radicalement. Comme un vieux chien qui devient un dragon. Ça éclate de néons, de musique et la foule s’y presse. C’est Pigalle puissance 10 parce que les clubs, love hôtels, salons de massage et bars y pullulent dans une orgie de néons, et ce, jusqu’aux petites heures de l’aube quand l’armée des travailleurs de la nuit rentre chez elle, comateuse et épuisée. Ce qui m’avait fascinée, c’était l’existence des hôtes, de jeunes hommes coiffés et vêtus comme des rock stars version punk glam. Leurs clientes sont des femmes. Elles viennent là pour être écoutées, choyées, flattées. Et dépenser beaucoup d’argent à coup de bouteilles de champagne hors de prix. C’est un vaste théâtre de la séduction où personne (ou presque) n’est dupe. Et ça reste beaucoup plus en vogue que de s’allonger sur le divan d’un psychanalyste. Le sexe peut faire partie de l’équation, mais c’est loin d’être systématique, et, curieusement pour nos esprits occidentaux, ce n’est pas ça qui compte vraiment. Ces femmes (qui sont souvent des travailleuses de la nuit elles aussi) viennent pour évacuer la vapeur et se sentir enfin valorisées. Mais bien sûr, des sentiments plus complexes peuvent émerger. Et c’est ce qui m’a intéressée. Même si cette histoire se déroule au Japon, dans un quartier précis et au sein d’une « population » particulière, je crois qu’elle évoque des émotions universelles. La première étant la quête de l’identité.

 

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J’adore tes personnages de ton roman tellement ils m’ont marqué, j’aimerais que tu nous parles de trois personnages de ton roman : Yudai, Le Capitaine Yamada et Marie.

 

 

Yudai, la trentaine élégante et désabusée, est le gérant d’un bar appartenant comme la plupart de ces établissements à la mafia japonaise. Il est aussi et surtout l’hôte numéro un du quartier de Kabukicho. Ce n’est pas forcément le plus beau des hôtes, mais il est le plus séduisant au point que son histoire a inspiré la création d’un manga. Il a une réputation, un mystère, une aura et une clientèle fidèle et sous le charme. Mais Yudai a une fissure. Il commence secrètement à être lassé de cette vie, qui impose de mentir chaque nuit à ses clientes et d’ingurgiter des rivières d’alcool avant de se forcer à vomir. Le placide capitaine Yamada travaille quant à lui au commissariat de Shinjuku, depuis toujours. C’est un policier d’une cinquantaine d’années, qui revient de loin. Jadis blessé par balle et plongé dans le coma, il s’est retrouvé amputé d’une partie de sa mémoire. Et il tente vaillamment de faire son métier malgré tout. Sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’il reçoit le témoignage de Marie, une Française venue signaler la disparition de l’Anglaise Kate Sanders, sa colocataire. Les deux amies sont hôtesses dans le même bar de Kabukicho, le club Gaia. Marie est une jeune femme fragile qui a utilisé ses économies pour s’envoler vers le Japon en quête d’aventure et d’un sens à donner à sa vie. La disparition de Kate va la perturber d’autant plus. Ces trois personnages sont les narrateurs de l’histoire. Chaque chapitre est écrit du point de vue de l’un des éléments de ce trio.

 

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J’avais lu dans une interview que ce roman était en hommage à Patricia Highsmith, parle-nous de cette écrivain que je ne connais pas.

 

 

J’ai découvert l’œuvre de Patricia Highsmith il y a longtemps. Elle a créé le personnage de Tom Ripley dans les années 50 (The Talented Mister Ripley). C’était un coup de maître, surtout pour l’époque, puisque Ripley a un gros problème d’identité. Sous des dehors calmes voire raffinés, il est en réalité un tueur psychopathe. Mais on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour lui ou du moins de la fascination. Depuis, il y a eu Dexter et d’autres héros perturbés et complexes, mais Ripley est un peu leur père à tous, et avec une force incroyable. La force de la douceur. René Clément a adapté le roman et confié le rôle à Delon dans « Plein soleil », et il y a eu un remake avec Matt Damon. Ripley est troublant et indémodable.

Il me semble que le problème de l’identité se retrouve à divers degrés dans toutes mes histoires. Il s’agit sans doute d’une obsession, le carburant des auteurs paraît-il.

 

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Le Japon et Tokyo est ta ville de cœur, décris-moi ce que tu aimes dans cette mégalopole.

 

 

Tout. Ce qui est le plus frappant, c’est le mélange de la modernité et des traditions. Les Japonais n’ont pas peur du changement parce qu’ils restent fidèles à leur culture. C’est très intéressant à observer dans les petits détails du quotidien. Ce que j’aime aussi, c’est l’humilité de la beauté. La plupart des habitants de Tokyo cultivent des plantes vertes et les installent devant leurs portes, dans les interstices de cette gigantesque mégapole. Le résultat est beau et poétique. Ces milliers d’intentions spontanées et modestes finissent par s’unir pour construire une ville assez verte. J’aime aussi la dinguerie architecturale de Tokyo. Il n’y pas ni plan d’urbanisme ni strictes régulations comme chez nous, et la ville pousse de manière chaotique ou plutôt organique. Un minuscule temple peut côtoyer un gigantesque building sans que ça ne pose de problèmes à quiconque. Certains immeubles sont d’une grande audace architecturale, d’une grande beauté. On a la sensation de vivre dans une ville du 21e siècle et non pas dans un musée comme à Paris ou Rome. Et contrairement à New York, qui semble figé dans une modernité du début du 20e siècle, Tokyo est en métamorphose permanente. Ce que j’aime aussi, c’est la façon dont travaillent les Japonais. Avec sérieux, concentration et humilité. En fait, il y a une fierté à être humbles. Le résultat, c’est que tout fonctionne. La ville est surpeuplée mais les foules sont fluides et sans agressivité. Les transports fonctionnent au mieux. Les restaurants sont peu chers (même les établissements gastronomiques) et le moindre petit boui-boui propose une cuisine honnête. Evidemment, le tableau n’est pas complètement idyllique. Il y a du racisme, des problèmes économiques, un vieillissement de la population, une forte pression sociale sur l’individu, c’est-à-dire une obligation de se conformer à un modèle, etc. Mais globalement, le Japon est un pays attachant et Tokyo une ville extraordinaire.

 

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As tu une anecdote sur ce roman à nous raconter ?

 

 

Non, rien ne me vient à l’esprit. J’ai tout mis dans le texte.

 

 

 

Devient-on auteur de polars pour exorciser ses envies de meurtre ?

 

 

Hé, hé, non, bien sûr (ou du moins pas en ce qui me concerne). Généralement, lorsque j’ai des envies de meurtre, elles ne durent pas et je les exorcise avec des mots ou une envolée de mon imagination. Je n’aime pas ressasser. Or, un roman est un marathon, il exige du temps, de la constance, du souffle, de l’obstination. Je crois plutôt que l’écriture est une tentative d’exorciser la peur de la mort. Mais c’est aussi un désir de communiquer. Pour moi, un roman (aussi bien en tant qu’auteur que lectrice) est la meilleure occasion possible d’avoir une longue et subtile et sincère et amusante et troublante conversation avec quelqu’un. C’est un échange, et de qualité. Et c’est pour cette raison que les gens qui ne lisent pas passent à côté de quelque chose d’essentiel. Il paraît aussi que lire des romans augmente l’empathie. De fait, en écrire peut difficilement s’apparenter à une pulsion mortifère.

 

 

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Quel est ton premier lecteur ou lectrice quand ton roman est terminé ?

 

 

J’ai donné « Kabukicho » à lire à un ami qui avait lu tous mes romans. C’est lui qui m’a proposé de faire ce gros travail qui demande du temps et beaucoup de concentration et d’instinct. Je n’aurais jamais osé lui demander. Du coup, j’ai tenté l’expérience pour la première fois avec lui, et ses remarques, franches, directes, celle d’un lecteur sincère, m’ont été vraiment très utiles.

 

 

 

 

Le concierge est curieux ! Tu le sais ;-) Déjà en train d’en écrire un autre roman ?

 

 

Oui. J’ai écrit le premier jet et suis en train de retravailler. Car il y a beaucoup à faire. C’est une histoire qui ne s’inscrira pas dans une série. Elle se déroule en France. Le seul point commun avec Kabukicho, c’est qu’elle est racontée par trois narrateurs. Et il y est aussi question de mensonges. J’aime le titre, mais ne veut pas le révéler car je ne voudrais pas qu’on me le pique !

 

 

 

En lisant ce roman, je me suit dit « Est-ce qu’un jour Dominique écrira pour le théâtre ? » Car dans ton dernier roman ça pourrait très bien se jouer en théâtre. Aimerais-tu écrire pour le théâtre ?

 

 

Je suis d’accord avec toi. Il y a une ressemblance avec le théâtre sans doute parce que contrairement à mes autres romans, celui-ci compte moins de personnages. L’intrigue est plus resserrée et se déroule quasiment dans le même lieu et au fil de la même temporalité. Cela faisait un moment que je rêvais d’écrire un texte plus épuré, plus direct, moins nourri en péripéties. J’ai voulu aller à l’essentiel. M’attarder sur mes quelques personnages, les voir dans toute leur complexité, leur donner le temps d’exister. Je cherche la sincérité, le cœur de l’émotion.

Pour revenir à ta question, je ne suis pas sûre que je serais capable d’écrire pour le théâtre, mais pourquoi pas ? Il y a une pièce que je trouve sublime, c’est « Trahisons conjugales » d’Harold Pinter. Elle raconte une histoire d’amour (et de trahison) en inversant la temporalité. La pièce commence par la rupture et se finit par la déclaration d’amour. Les dialogues sont d’une incroyable beauté. Economie de moyens, peu de personnages mais traités avec force, justesse de l’émotion. C’est une œuvre qui fait partie de ma bibliothèque idéale. Et qui me nourrit.

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  Tu es traduite dans énormément de langues, comment vois-tu ton parcours d’écrivain ?

 

 

Je ne vois rien à l’horizon. Nous vivons tous une période un peu compliquée. Depuis 2008, la crise n’en finit pas de finir. Et les lecteurs sont plus prudents. Dans ce contexte, je me laisse guider par mon désir et mon instinct.

 

 

 

 

Quel est ton livre de chevet actuellement ?

 

 

« Un Homme amoureux » de Karl Ove Knausgaard. C’est de l’autofiction (tout le contraire de ce que je fais) et c’est hypnotisant. On entre dans la tête d’un contemporain. Sa vie de tous les jours. Ses petites lâchetés, ses moments de tendresse, ses souffrances, ses joies, les moments absurdes et drôles. Cette vie qui est aussi la nôtre. C’est tout le problème de la recherche de l’émotion véritable pour un auteur. Faut-il inventer des histoires et en inventer encore d’autres, et encore et encore, dans une spirale infinie. Ou faut-il approcher autrement l’écriture ?

 

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Quelle musique accompagnerait le mieux ton nouveau roman ?

 

 

De la pop japonaise au shamisen électrique. Ou alors tout autre chose. « Oblivion » d’Astor Piazzolla interprété par Guidon Kremer…

 

https://www.youtube.com/watch?v=Gg__yDK-0rk

 

 

 

 

 

Quel sera ton mot de fin à cette interview

 

 

Je te remercie de m’avoir invitée une fois encore sur ton divan, Richard. Si cette interview se déroulait à Kabukicho, toi et moi serions en train de vider des litres de champagne dans la lumière des néons.

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