Corrosion de Mr Jon Bassoff

Voici pour moi cette semaine un énorme coup de cœur venu du Colorado.

Un roman que l’on dévore à vitesse grand v.

Cette semaine sur le divan et je suis très fièr d’accueillir Mr Jon Bassoff pour son premier roman paru en France « Corrosion » chez Gallmeister Edition.

Et l’auteur avec ce roman m’a réellement surpris et je me suis fait avoir, vraiment un petit bijou ce roman.

Nous plongeons dans la folie et l’auteur nous la décrit avec virtuosité d’un pianiste créant sa partition.

Je vous le recommande fortement.

Voici un résumé du roman :

 

Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac. L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat. Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte.

 

La semaine prochaine nous partons au Vatican.

 

Je vous souhaite une bonne semaine à tous.

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Bienvenue sur le divan du concierge, ma première question permet de vous connaître mieux, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de France qui ne vous connaissent pas, comment vous êtes venu à l’écriture ?

 

C’était soit devenir écrivain, soit vendre des aspirateurs en porte-à-porte. La vie a choisi pour moi. En fait, depuis tout morveux, j’écris. A l’âge de 9 ou 10 ans j’écrivais déjà des histoires de détective. Mais je me suis toujours plus intéressé aux méchants. Je préférais les sales gueules aux belles gueules, tu vois ? Et puis, à 20 ans, quelqu’un m’a donné un exemplaire du roman Le démon dans ma peau de Jim Thompson. J’ai accroché tout de suite, je n’avais jamais lu de roman dont le narrateur était un parfait psychopathe. Alors j’ai commencé à écrire mon premier roman. C’était un plagiat de Thompson, mais ça m’a mis le pied à l’étrier. Au début, j’ai beaucoup imité. Et quand tu imites suffisamment de gens, et que tu le fais mal, parfois ton propre style évolue.

 

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Photo Les Pictos

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire Corrosion ?

 

J’aimerais bien le savoir ! Je pense que ce roman est un assemblage. J’avais des idées de personnages et de lieux. J’avais en fait écrit un roman complétement différent, mais certains des personnages et des thèmes y étaient. Alors je l’ai réécrit, et c’est devenu Corrosion. L’endroit où je vis, le Colorado, m’a beaucoup inspiré, c’est certain. Nous avons beaucoup de villes de montagne et de petites villes en plaine pleines de personnages étranges et excentriques. Mais peut-être que la folie vient de quelque part à l’intérieur de moi.

 

cc by-nc-nd Bruno Monginoux www.photo-paysage.com & www.landscape-photo.net

cc by-nc-nd Bruno Monginoux

 

 

Vous montrez magistralement « La Folie » avec une descente en enfer. Qu’est ce que pour vous la Folie ?

 

Einstein n’a-t-il pas dit que la folie c’est faire et refaire encore et encore la même chose en espérant des résultats différents ? Je pense que c’est une très bonne description. Chacun de mes personnages a subi à un moment une forme de traumatisme. Et chacun d’entre eux est obsédé par l’idée de sauver quelqu’un ou quelque chose. Peut-être qu’ils ont besoin de sauver quelqu’un pour sauver leurs propres âmes. Mais chacun d’entre eux est entraîné dans les mêmes cercles de violence et de rage.

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Parlez nous du personnage principal, Benton Faulk super bien réussi.

 

Benton est un mec étrange, pour sûr. Il vit dans une petite ville de montagne, et il vit avec le traumatisme de voir sa mère dépérir à cause d’une maladie rare. Son père nourrit l’obsession de trouver un remède à cette maladie, allant jusqu’à faire des expériences sur des douzaines et des douzaines de rats qu’il garde dans son sous-sol. La folie de Benton est modelée par le monde dans lequel il vit. Il lit sans relâche tous les exemplaires d’un magazine intitulé The Soldier et s’imagine en héros de guerre, en train de sauver le monde. Bientôt ses fantasmes se mélangent à la réalité et ça devient un problème.

 

 

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

En plus d’écrire, j’ai enseigné en lycée pendant de nombreuses années. J’écrivais sous un pseudonyme. Après avoir écrit Corrosion, j’ai décidé d’utiliser mon vrai nom. Ma mère était furieuse après moi. Elle s’imaginait que les élèves, les parents et ma hiérarchie liraient ce livre et feraient pression pour que je sois renvoyé. Une histoire aussi grotesque ! Mais en fait, les choses se sont bien passées. Ma hiérarchie m’a soutenu. Ceux des élèves qui l’ont lu l’ont vraiment aimé. Et fort heureusement, peu de parents l’ont lu !

 

 

 

«  Imaginez du Chuck Palahniuk dilué dans du Tarantino, puis mélangé à du Jim Thompson, dans un livre fait pour être adapté par David Lynch » une phrase de Ken Bruen , ça doit vous faire plaisir ?

 

Ouais, c’est un sacré coup de pub ! Ken Bruen est un auteur formidable, alors ce qu’il dit compte beaucoup. Palahniuk, Tarantino, Thompson et Lynch m’ont tous énormément influencé. Je n’ai pas à me plaindre de cette description !

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Le concierge est curieux ! Est ce que vous êtes sur un nouveau projet littéraire ?

 

En fait j’ai 4 romans publiés aux Etats-Unis, et Gallmeister a commencé la traduction d’un de ces romans, intitulé The incurables . Il est très différent de Corrosion, mais aussi fou. On y voit un docteur qui pratique des lobotomies, un prédicateur convaincu que son fils est le Messie, et une prostituée psychopathe qui essaie de trouver l’argent que sa mère a caché. Je pense que tu vas l’adorer !

 

 

 

Les écrivains portent ‘il une responsabilité de montrer les disfonctionnements d’une société ?

 

Je suis sûr que certains auteurs se sentent investis de cette responsabilité, mais moi pas. Mon intérêt premier est de créer une histoire captivante. Il est certain que mes propres expériences, et la folie que je vois autour de moi, contribuent à mon écriture, mais il s’agit moins de la responsabilité d’écrire que d’un besoin d’écrire.

 

 

Quelle musique accompagnerait le mieux votre roman ?

 

Paris, Texas de Ry Cooder serait parfait. Où peut-être la bande son d’un film de David Lynch. Des guitares slide. Une musique sombre. L’obscurité.

Comment écrivez-vous ?

 

J’écris dès que je le peux. J’ai un emploi à plein temps et une famille alors ce n’est pas facile, mais je trouve le temps. Le week-end. Au boulot (ne dit rien à mon patron). C’est probablement en été que j’écris le plus. Je vais dans une petite ville de montagne appelée Leadville et j’écris un peu de mes romans là-bas. Je me prive un peu de sommeil. Laisse tomber la télévision. Mais ça fait tellement longtemps que j’écris maintenant, que je n’imagine pas ne pas le faire.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

J’adore beaucoup d’auteurs de polar des années 40 et 50 : Jim Thompson, David Goodis, James M. Cain. J’aime aussi les auteurs gothiques du sud comme Faulkner, Flannery O’Connor, etCormac McCarthy. C’est difficile de n’en citer que que quelques-uns. Ajoute à la liste Patrick McCabe, Kazuo Ishiguro, Albert Camus, Patrick McGrath, Ernest Hemingway.

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Quel est votre premier lecteur ou première lectrice quand vous avez terminé d’écrire votre roman?

 

Honnêtement je ne m’en souviens pas. Probablement mon père. Mon père est un critique assez sévère. Il peut être difficile à contenter- au moins quand il s’agit d’écriture. C’est le premier de mes romans qu’il a fini en disant « nom d’un chien, ça c’est bon ».Et ça ca m’a fait du bien.

 

 

Pensez-vous qu’il faille être un grand dépressif pour être un bon auteur ? ;-)

 

Pas du tout. Je connais beaucoup d’auteurs qui plongent dans la noirceur, mais personnellement je me sens excité quand j’écris. Pour moi en fait la dépression rend l’écriture difficile. La tristesse ça va, mais la dépression c’est difficile. Heureusement, quand j’écris sur des choses très noires, je tombe rarement dans ces puits d’obscurité. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde.

 

 

Quels sont vos Films préférés ?

 

Voici une liste qui me vient à l’esprit. Angel Heart, La balade sauvage, Les chevaliers de l’Arche Perdue, Le Charlatan, Détour, Mulholland Drive, The Shining, Le malin, Memento. J’aimerais pouvoir regarder plus de films en ce moment. Peut-être quand mes enfants seront tous grands?

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Vous avez participé à Quais du Polar, quel souvenir gardez-vous ?

 

C’était un festival incroyable et une expérience incroyable. J’ai été émerveillé par le nombre de lecteurs passionnés de polars venus au festival. Pouvoir discuter avec les lecteurs, les libraires et mon incroyable éditeur était tout simplement fantastique. Pouvoir rencontrer tant d’auteurs talentueux était un grand moment. La nourriture, le vin, tout était merveilleux. Et Lyon est une si belle ville. J’espère pouvoir y retourner encore et encore.

 

 

Quel sera votre mot de fin ?

 

Mon dernier mot sera pour te remercier pour cette interview, et pour remercier les lecteurs qui se risquent à lire mon livre. Ce n’est pas un roman facile, je le sais, mais j’espère qu’ils se sentent récompensés quand ils persévèrent. Attendez-vous à la sortie prochaine de nouveaux bouquins déjantés.

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