Les rapaces de Thierry Brun chez Le passage Edition

Voici sur le Divan cette semaine Mr Thierry Brun pour son roman « Les rapaces » chez Le passage Edition.

Pour tout vous dire c’est grâce à Mr Pierre Faverolle que j’ai lu ce roman, il me l’a fortement conseillé.

Et je ne fus pas déçu du tout et même j’ai pris un pied total.

Directement vous êtes happé par cette descente dans l’univers de la drogue, et il y a aussi le rythme soutenu qui est superbement réussi.

Un vrai moment de bonheur que je vous recommande absolument !

Voici un résumé du roman :

9782847423327_1_75À sa sortie de prison, Alexandra Blaque, ancien bras droit d’un narcotrafiquant, décide de tirer un trait sur son passé. Appartements transformés en ateliers de production de pains de coke, caves et escaliers gangrenés par le deal, policiers désabusés, caïds à peine échappés de l’enfance… celle qui n’hésitait pas à faire usage des armes pour s’imposer veut maintenant s’extraire de toute cette violence.

Mais on ne trahit pas impunément son clan. Alexandra va vite l’apprendre à ses dépens.

Avec l’aide d’une journaliste d’investigation farouchement déterminée à faire toute la lumière sur ce monde interlope, elle va s’affronter à la brutalité des gangs et tenter de retrouver Nicolas, son ancien compagnon d’armes, celui qui lui a appris l’amour, le seul à qui elle n’a rien à cacher, le seul à être craint de tous. Traquée, acculée, Alexandra se lance dans cette quête avec la détermination de celle qui n’a plus rien à perdre.

 

 

Je vous recommande l’article de mon ami Pierre faverolle : https://blacknovel1.wordpress.com/2016/04/10/les-rapaces-de-thierry-brun/

La semaine prochaine nous partons au Etats Unis rencontrer un jeune écrivain de talent.

Je vous souhaite une bonne semaine.

 

Bienvenue sur le Divan du Concierge, ma première question consiste à vous connaître mieux, pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

 

325865115Merci de me recevoir dans cette loge.

J’ai pas mal bourlingué enfant, mes parents avaient une bougeotte chronique dirais-je. Scolarité sporadique et résultats moyenâgeux, imaginaire Ronbinson Crusoesque. Terrains vagues en guise de Cité Des Sciences… Toutefois, je lisais tous les bouquins qui passaient à portée de main jusqu’à mon adolescence, période à laquelle j’ai commencé à noircir des cahiers, des feuilles volantes, sans trop comprendre ce qu’il m’arrivait. Je n’avais aucune idée de ce qu’il adviendrait de ces histoires qui jaillissaient. Ca sortait. J’ignore comment c’est venu. C’était là. Je ne sais rien d’autre.

 

 

 

 

 

 

Comment vous est venue l’idée de votre roman « Les Rapaces » ?

478354108_ID7623014_ce_dealer_2_165830_H3TJRF_0Le déclencheur fut la chanson Le Départ de Maissiat. Ca faisait aussi dix ans que je voulais parler de certaines périodes de mon adolescence, blanche comme une page où on pourrait tout ré écrire… de la haine, la rage, les rapports de forces, d’amitiés, des parcours de vie. J’ai vu des potes s’embrigader dans des trafics, d’autres sauvés in extremis par un retour au pays ou de bonnes rencontres ( je pense à un certain prof de musique et à une prof de français…. ) Tout ce que j’avais connu, et que je n’avais jamais abordé, ou alors sous des formes déguisées, comme dans Surhumain ou La ligne de tir, mes précédents romans. Maissiat chantait et c’est venu d’un coup. J’ai vu une femme qui tenterait de rattraper ce qui pouvait l’être de sa vie, sans rien renier de ce qu’elle avait fait, mais se disant, bon, il est temps maintenant. Parler de la trahison m’intéressait aussi, de ses différentes déclinaisons.

 

Dans votre roman ont rentre dans la production et tout le circuit de la coke dans une ville. Avez-vous fait des recherches car on s’y croit réellement dans ce milieu ?

saisie-de-cannabis-en-aout-2010-a-lille_4556494Plusieurs mois de recherches et d’interviews, en effet. Je les ai multipliés parce que je voulais bien comprendre les techniques, les motivations. Les réelles. Creuser, gratter le vernis du fric et du pouvoir. Quelqu’un de motivé devient très ingénieux. Attention, ceux que j’ai rencontrés n’avaient rien à voir avec les supers narcos intuitifs et quasiment en réalité augmentée du soir au matin que le cinéma nous montre. J’ai écouté des types accrochés à leurs familles (pour un temps, après les rapports se compliquent) et surtout prêts à toutes les saloperies pour faire rentrer du cash. Des enfoirés, mais des enfoirés salement humains. Certainement pas les incarnations d’une intelligence hors du commun ou d’une réussite financière installée. J’ai tenu à ne pas les glorifier. Tous revendraient du cyanure si les acheteurs se bousculaient. Il y a une part du boulot d’écrivain, aussi. Ce qui est important c’est que ça sonne réel.

 

J’ai aimé votre personnage principal, une femme dans un monde de brute « Alexandra Blaque », pouvez-vous nous en parler ?

 

C’est un fantôme, une d’ado blessé, une fleur qui a essayé de pousser, de faire son chemin entre les dalles de béton pour trouver le soleil. Elle est devenue vénéneuse sur le tard. Une enfant en quête d’amour paternel, mais attention, véritablement dangereuse sous des dehors civilisés. Beaucoup se trompe en la rencontrant pour la première fois, pense pouvoir la traiter en individu lambda. Elle exige bien plus que cela. C’est une survivante, elle ne pleure plus depuis longtemps.

 

Quelle musique irait bien avec votre roman ?

Lera Lynn, Lately.

“The mystery that no one knows

Where does love go when it goes?”

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur ce roman ?

Deux :

AVT_Thierry-Brun_4281Il y a de ça quelques années, on m’a présenté une femme charmante, la conjointe d’un pote, d’un pote d’un pote… Une parisienne, la trentaine, DJ et aussi entrepreneuse dans une activité licite ET aussi revendeuse qui commençait à « peser »… CV et parcours improbable mais bien réel et qui n’a rien à voir avec celui de l’héroïne des Rapaces (Même si…) Une personne avenante, visiblement intelligente et généreuse, très entourée, plein d’amis parfaitement intégrés dans la société… Elle aidait des proches dans la difficulté, ces sortes de choses. Le truc qui pourrait te faire douter. Mais non. C’était assez déstabilisant, totalement détaché de la réalité. L’excuse de «  si ce n’est pas moi qui revend, ce serait une autre »  ne marchait pas. On a parlé. Lui ai dit que son activité était tout sauf anodine et qu’elle devrait plutôt venir avec moi, pousser la porte de certaines unités psychiatriques pour prendre conscience de la réalité. La plasticité du cerveau est une inconnue sur laquelle des gens que je voulais lui présenter travaillaient, patients et médecins…. Le mec chiant, quoi. Dialogues de sourds. Me suis coupé de quelques connaissances. Un matin, j’ai reçu un appel de ce pote d’un pote d’un pote d’un pote. Perquisitions et tout le toutim ! Ses amis, sa famille proche. Elle venait d’être interpellée. Elle s’était effondrée, prête à tout pour ne pas aller en prison. Tout le monde y passait… Beaucoup de malheur. Les masques étaient tombés.

 

La seconde anecdote ; je me suis retrouvé dans un lieu privatisé par des gamins d’à peine 18 balais au profit de leur business, et là, j’en ai eu marre. (M’en suis servi pour le chapitre caves et matelas) J’ai fermé ma gueule et me suis barré. Plus tard, j’ai appris que la moitié du groupe avait tout arrêté, ceux qui semblaient pourtant les plus déterminés. Ils ont quitté le truc parce qu’ils en ont eu l’opportunité après une grosse descente de police. En fait, quand je les avais rencontrés, ils flippaient et continuaient sous la pression de plus méchants. Certains sont retournés bosser et oublier tout ça. J’espère, du moins. Mais je n’y crois pas, en fait. S’ils résident toujours au même endroit, ils ne pourront pas échapper aux méchants qui ont besoin de bras et de jambes.

Si je vous dis que votre roman noir est aussi une histoire d’amour ?

Comme dans beaucoup de romans noirs, non ? Si tu les mets à plat, la plupart racontent des histoires d’amours, d’amitiés contrariées. Les personnages courent après, sous toutes ses formes. Tous ont à régler un traumatisme de leur passé qui les empêchent de vivre pleinement, tous ont dans le crâne une histoire d’amour mythologique confrontée au réalisme trivial de la vie. On est dans la tragédie, dans les parcours chaotiques de chacun.

 

Quand savez-vous que vous tenez un roman ? (À quel moment savez-vous que c’est bon ?)

 

A aucun moment.

 

Pensez-vous qu’il faille être un grand dépressif pour être un bon écrivain de Noir? ;-)

 

J’ignore si ceux que j’aime lire sont de grands dépressifs.

 

Si vous deviez rencontrer un de vos personnages que vous avez créé dans vos romans (depuis le début), lequel voudriez-vous rencontrer ?

 

9782847421934Je sèche. Je ne sais pas répondre à cette question.

Mais elle appelle un souvenir ; ce film avec Serge Reggiani et Yves Montand (un film de Claude Sautet je crois). Montand explique à une femme que Reggiani est un écrivain et sous entendant écrivain raté parce qu’il est resté bloqué au milieu d’un manuscrit et ce depuis dix ans. Bloqué sur un chapitre où un soldat tient un ennemi au bout de son fusil. J’ai encore l’image du mouvement fataliste de tête du personnage que joue Reggiani qui n’avait jamais osé finir ce chapitre et donc le roman de sa vie. Quand j’y pense….

 

 

 

 

 

Comment écrivez-vous ?

Enfermé dans un bureau. Face à un mur. Autrement, pas plus de rituel que ça.

 

Quel sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet ?

 

Les fauvesPrincipalement des bouquins techniques et des auteurs français de roman. Tous les horizons confondus.   Mon dernier bouquin lu : Les Fauves, d’Ingrid Desjours. Un excellent roman qui explore les mécanismes complexes des traumatismes gravés en ceux qui ont vécu des expériences ultimes. Guerres ou autres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai lu que vous étiez un amoureux des films de mauvais genres, pouvez-vous nous parler de votre passion ?

 

Il y aurait tant à dire ! Mais, depuis que j’écris plus régulièrement, j’ai moins de temps à consacrer à ce qui fut une succession d’envies plus qu’une passion. Mais je reste un éternel fan de ce qui se rapproche de ce qu’on nomme mauvais genre. Noir, western, fantastique, science-fiction, angoisse. Je suis plus un admirateur qu’un connaisseur ou un analyste, comme certains. Je peux être très bon public. Tout passe par le filtre de l’émotion. J’ai eu la chance de rencontrer Jean Pierre Deloux, décédé en 2009, du temps où il s’occupait de la revue Polar, première mouture, et des séances que lui ou ses proches organisaient au cinéma l’Escurial et ailleurs…. Il avait lu un de mes manuscrits. A l’époque, il m’avait gentiment conseillé de lire ou relire Balzac et surtout de continuer. Ce que je n’ai pas fait, (lire Balzac) à tort. Il avait tout lu, ou presque ! A l’époque, j’ai été présenté à M Guerif. Mais, il ne doit pas s’en souvenir…J’ai hanté les bouquinistes et les cinés de quartier. Je n’ai pas ce qu’on nomme une « culture littéraire et cinématographique », j’oublie les titres, les années, je dois lire, relire, visionner et re visionner pour comprendre et éclairer ce qui m’avait scotché, mais j’ai dévoré Siniac, Fréderic Dard, Michel Lebrun, George G Arnaud, Dashiell Hammett, vu et revu les Sam Peckinpah, Samuel Fuller, Jean-Pierre Melville, Abel Ferrara, Ridley Scott, Sergio Leone, Claude Sautet, et tant d’autres… Je reste un inconditionnel du Samouraï de Melville alors que le scénar ne tient pas la route une seconde. Le truc est ailleurs. J’aime quand le truc est ailleurs.

 

 

 

Le concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ? Juste pour nous mettre l’eau à la bouche.

Une suite aux Rapaces, peut être. Peut-être pas.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

On est bien dans cette loge. Pourquoi fin ?

Merci beaucoup pour cette invitation.