Le nom du père de Sébastien Meier chez Zoe Edition

Voici mon énorme coup de cœur pour ce début d’année 2016, Mr  Sébastien Meier écrivain Suisse a écrit deux magnifiques romans chez Zoe Edition : Les Ombres du métis et Le nom du père.

Nous voyons la naissance d’un personnage « Paul Bréguet » ancien inspecteur de police qui me restera longtemps en mémoire.

Retenez ce nom j’en suis sûr qu’il sera l’un des brillants écrivains Suisses de sa génération.

Sa façon d’écrire vous kidnappe et ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page.

Et il nous montre une autre vision de la Suisse.

Ce fut un énorme plaisir de l’interviewer et vous remarquerez ses réponses ou il se dévoile complètement à ses lecteurs.

Vous pourrez rencontrer l’auteur cette année à Quais du Polar à Lyon le 1ier -2 et 3 Avril.

Et je suis impatient de lire son prochain roman.

Je vous recommande pour faire connaissance avec le personnage principal par commencer par Les Ombres du métis.

Voici un résumé de ces deux romans :

 

Les Ombres du métis :

 

les-ombres-du-metis-par-sebastien-meier_4942681« Paul Bréguet, ancien flic ». C’est ainsi que l’ex-inspecteur se présente au Pasteur Manuel à qui il s’apprête à parler pendant de longues heures. Il tentera de tout lui raconter, de se souvenir de tout, de comprendre lui-même ce qui lui est arrivé depuis un an : pourquoi, aujourd’hui, il se retrouve derrière les barreaux. La vérité est difficile à dire, le pasteur vite captivé, trop captivé, finira par se protéger lui aussi de son interlocuteur attachant, mais un peu effrayant à force de retournements, contradictions et engouements.

 

 

 

 

 

Le nom du père :

 

Capture-d_____cran-2016-01-07-__-15.51.11Paul Bréguet, ancien inspecteur de police, sort de prison après plus de deux ans de détention. Avec l’aide de la séduisante procureure Emilie Rosetti, l’ex-flic torturé décide d’élucider le mystère qui entoure la mort étrange de son amant Romain Baptiste. Réseaux de prostitution, évasion fiscale et corruption vont donner du fil à retordre aux deux détectives, qui découvrent des affaires gênantes, voire dangereuses pour la survie de la Confédération helvétique. Et pour eux.

 

 

 

 

 

 

Je vous souhaite une bonne semaine.

 

 

 

 

Bienvenu sur le divan, ma première question consiste à vous connaître mieux, Comment les livres sont rentrés dans votre vie, vous avez crée une maison d’édition à 22 ans je crois?

 

 

Meier Les livres ont toujours été présents dans ma vie, dès l’enfance ; et pour cause : mes deux parents travaillaient dans l’imprimerie – ainsi que mes grands-parents. Je me souviens de l’odeur de l’encre et du bruit des grosses machines offset de l’imprimerie que ma mère dirigeait, qui produisait de magnifiques livres d’Art dont quelques exemplaires se retrouvaient souvent sur la table du salon.

La lecture de romans, elle, débute plus tard. Assez tardivement, même. A l’école, je me contentais souvent de lire les quatrièmes de couverture et de broder des histoires à partir de ces quelques lignes. Ça suffisait. Jusqu’au jour où une professeure moins dupe que les autres a réussi à me faire goûter à l’intérieur d’un livre. Révélation. La lecture est alors devenue intensive, et j’ai rattrapé un peu de mon retard.  Dans le même mouvement, l’écriture débute, maladroitement, par grandes vagues.

 

J’ai fondé en 2008 une petite maison d’édition, Paulette, que j’ai dirigée pendant 5 ans avant d’en laisser les rênes à un duo d’amis proches : Noemi Schaub et Guy Chevalley, dont le travail est extraordinaire. Cette maison d’édition était un peu mon université à moi – puisque l’autre université, la vraie, c’était très peu pour moi.

 

Etant l’héritier d’une longue tradition d’artisans du livres, d’imprimeurs passionnés, fabriquer des livre à l’échelle de l’édition n’était pas pour moi quelque chose d’improbable : cela me semblait logique et naturel. Là encore, aller chercher les cartons chez l’imprimeur était un moment magique.

Mais en fin de compte, c’est tout de même l’écriture qui a gagné, peut-être un moyen de réinventer le rapport au livre hérité de ma famille.

 

 

Nous allons parler de vos deux romans, d’abord « Les Ombres du métis » chez Zoe Edition votre premier roman.

Comment vous est venue l’idée de cette descente infernale de Paul Bréguet et si vous pouvez nous présenter ce personnage.

 

Je ne sais pas très bien comment m’est venue cette idée-là. Comme souvent lorsque j’écris, je n’ai pas d’idée préconçue de mon travail, le texte se dessine un peu de lui-même, prend forme au fil du temps, et sa logique se dévoile d’elle-même. Cependant, il est clair que j’ai toujours été intéressé, fasciné, par ce qui fait que l’on craque – et qu’est-ce qui craque? Pourquoi certaines personnes, entrées dans des spirales bien plus fortes qu’elles, voient s’effondrer en un tour de main une vie qu’il avait fallu des décennies pour construire? Quelles sont donc ces forces qui nous animent, sourdent, profondément, et qui rejaillissent un jour, au point que l’on se dise, non plus « qui suis-je? », mais « qui ai-je été? ».

C’est le cas de Paul Bréguet. Bon flic, du moins le pense-t-il, marié et divorcé, remarié, père d’un fils avec lequel la relation est distante et difficile, Paul est un homme qui a toujours cru se connaître. Dans Les ombres du métis, il sera toutefois confronté à une situation absolument nouvelle pour lui, une situation si violente que ses repères voleront en éclats, il sera donc contraint d’essayer de se comprendre à nouveau. Paul est un homme qui a cru un jour qu’il était possible d’avoir des certitudes.

 

 

« C’est drôle quand même de se faire enfermer comme un animal quand justement, c’qu’on nous reproche c’est d’avoir manqué humanité » ce qui fait l’originalité de votre roman c’est que le lieux principal de votre roman c’est la prison de la plaine de l’Orbe, comment vous est venu cette idée et j’aimerais que vous nous parliez de la relation entre Paul Bréguet et un pasteur que je trouve vraiment très fort.

 

Dans Les Ombres, Paul se retrouve en effet en détention préventive. Pourquoi? Le sait-il lui même?

Ce huis-clos avec le pasteur est une forme d’immobilité nécessaire pour plonger dans les méandres de la mémoire de l’ex-inspecteur. Car ce roman est un arrêt, une pause, dans la vie du flic. L’action est derrière lui. Cela me permettait justement d’interroger cette descente infernale grâce aux yeux de mon personnage principal, d’être au coeur même de la crise qu’il traverse, d’entrer dans son intimité, ses doutes. Comment a-t-il pu en arriver là? Comment a-t-il pu ignorer tant de choses tant de temps, lui qui pensait en connaître un rayon, lui qui pensait en avoir vu beaucoup, en avoir bavé pas mal?

Le séisme qui a secoué sa vie aura atteint jusqu’à sa foi, peu questionnée jusqu’alors. Le Pasteur Manuel est cette figure que Paul voudrait rassurante, mais qui ne le sera pas. L’enfer de Paul est ici : ce pasteur, si intelligent, compatissant soit-il, ne pourra lui apporter aucune réponse. Dans l’aumônerie de la prison où se dérouleront toutes les conversations entre Manuel et Paul Bréguet, il y a, derrière le pasteur, une croix. Comme si entre Paul et Dieu il y avait un homme qui, malheureusement pour Paul, n’est pas un lien. Leur relation est donc très investie par l’ex-flic, qui déverse rage et frustration sur ce pauvre pasteur qui, lui, tentera de faire ce qu’il peut.

 

 

   «  Moi, j’ai cru en la vérité, c’est con à dire, hein ? La vérité. Il n’y a sans doute pas un mot plus vide que celui là. Ah, si peut-être l’Amour »

Si je vous dis également que votre roman n’est pas qu’un roman noir mais aussi une très belle histoire d’amour, ai-je faux ?

 

Non, je ne crois pas, ce qui sous-tend effectivement une bonne partie du roman est une histoire d’amour. Ou plutôt, des histoires d’amour. Là encore, Paul a pensé connaître quelque chose de l’amour : marié deux fois. Mais jamais il ne s’est rendu compte qu’aucune de ces relations n’était réellement investie. Pourquoi les a-t-il vécues? Pour reproduire commodément un schéma? Même sa relation avec son fils semble ratée, et pourtant Paul ne s’était jamais demandé s’il n’y aurait pas quelque chose à en comprendre? S’il ne serait pas un tout petit peu à côté de lui-même.

Puis débarque dans sa vie un élément perturbateur. Inattendu. On pourrait parler d’un coup de foudre. Je crois que c’est beaucoup plus que cela – le terme est galvaudé. Cet élément inattendu, c’est une victime : un jeune homme tabassé et laissé pour mort dans un bois, dont Paul est chargé de prendre la déposition. Lorsqu’il le voit pour la première fois, Paul est subitement envahi de quelque chose de bien trop grand pour lui. Un peu comme quand on voit LE tableau, celui qui est fait pour nous, qui nous emporte, qui provoque, au premier coup d’oeil, une sorte de déflagration intérieure, et qu’on serait bien incapable de décrire – dire « j’aime » serait tellement insuffisant.

Bref, Paul Bréguet va subitement découvrir, la cinquantaine bien sonnée, ce que cela signifie d’être amoureux, mélangeant alors tout, se laissant emporter par ses émotions et par cet étrange métis dans des retranchement qu’il ne soupçonnait même pas. Sa vue se brouille. A en devenir littéralement fou, et finir en prison.

 

Dans votre second roman « Le nom du père » nous retrouvons les personnages principaux confrontés à la Suisse des banques et à la corruption, comment vous est venu l’idée de ce roman ?

 

edd9028863_Lake_Geneva_after_stormIl y avait dans Les Ombres quelques portes que je n’avais volontairement pas refermées. J’avais dès le départ envie d’écrire une suite, mais je n’avais, à la sortie du premier roman, aucun scénario digne de ce nom. J’ai donc beaucoup travaillé à la construction de cette suite et, très vite, m’est venue l’envie d’ancrer mon histoire dans une réalité économique.

De manière générale, notre époque voue un culte assez étrange à cette notion, souvent très abstraite, d’économie, sorte de dieu un peu mal défini. Mon histoire se déroulant en Suisse, j’ai mené mes recherches à partir de là. Et, question économie/magouilles/crises, la Suisse n’est pas en reste! Quelle matière pour un polar! La concentration formidable de toutes les sphères de l’économie dans un si petit bout de pays – entre Genève et Lausanne – est une aubaine pour un écrivain (et un désastre pour tout un tas d’autres gens). J’avais envie de lever une infime partie du voile qui entoure souvent la grande économie mondiale, et parce que c’est un sujet également qui me préoccupe, j’ai choisi de parler plus précisément du négoce des matières premières. Beaucoup de gens, dans mon entourage, ignoraient complètement que la Suisse Romande est l’une de plus importantes places mondiales du négoce, notamment pour le pétrole du marché libre. Que dans les bureaux des rives du Léman transitent des milliards. J’ai donc beaucoup creusé cette question, mené un travail d’investigation romanesque, rencontré beaucoup de gens, pour construire un scénario qui soit le plus vraisemblable possible. Dans Le Nom du Père, je me sers de la fiction pour tenter de reconstituer les dynamiques qui sous-tendent l’opaque milieu du négoce, ses ramifications, ses enjeux.

 

Les écrivains portent ‘il une responsabilité de montrer les disfonctionnements de leur pays ?

 

 

Je ne crois pas que cela soit une responsabilité. C’est un choix.

11975369J’ai consciemment choisi d’écrire un roman fortement ancré dans la réalité ; les dynamiques économiques que j’évoque sont réalistes, documentées. C’était une volonté ferme : non pas dénoncer, mais poser, à travers mon livre, des questions engagées, plus nécessaires que jamais en cette période de crise où le bon sens de l’économie semble avoir complètement foutu le camp, où toute notion de responsabilité sociale est souvent balayée par les multinationales avides de profits, etc.

Ce que permet l’écriture romanesque, c’est de décaler le point de vue, par rapport aux médias, ou à la justice, par exemple. Dans Le Nom du père, je fais dialoguer plusieurs opinions tranchées, je permets un débat sur ces questions ; et je tente de mettre au jour le squelette de ce qui motive ces dysfonctionnements : appâts du gain, nationalisme, peur, opportunisme, etc. avec ce luxe formidable de pouvoir leur donner de la chair, à ces questions. Disons qu’il s’agit là de la manière la plus judicieuse que j’ai trouvée de m’engager en tant qu’écrivain : parvenir à marier un roman à suspense avec un éclairage véritable sur des pratiques qui méritent qu’on s’interroge.

Et puis, à un titre helvético-suisse, je constate qu’il est rare que les écrivains ici s’emparent de sujets économiques et fouillent un peu la question. Il me semblait nécessaire de tendre à mon pays ce miroir romanesque.

 

Avez-vous une anecdote sur votre second roman à partager avec vos lecteurs et lectrices du blog ?

 

Des-exiles-fiscaux-francais-attaquent-leur-banque-suisseEnviron une année après avoir commencé à travailler sur ce texte, c’est-à-dire vers la moitié du travail, je ramais tellement pour trouver un scénario qui tienne la route, pour réussir à reconstituer les montages économiques du négoce, de l’évasion fiscale, du blanchiment d’argent, croulant sous les livres de droit et les essais économiques, j’ai bien failli laisser tomber. Je me souviens que ce fut une crise assez terrible, j’avais l’impression de patauger dans la semoule, de ne parvenir à rien. Puis, je suis reparti presque de zéro et j’ai réécrit tout le livre. Une année plus tard, je parvenais à quelque chose de satisfaisant.

 

 

Quelle musique accompagnerait vos deux romans ?

 

Aucune idée précise. Je dirais que pour Les Ombres, on oscille entre des violons romantiques mais stridents et une musique électronique pleine de basses assez violentes. Du genre qui vous fait vibrer le ventre, en boîtes de nuit.

Pour Le Nom du père, le début serait plutôt accompagné par une musique d’ambiance, lancinante et froide. La fin, ce serait des tambours, ou un concert de percussions.

Tiens, en écrivant ça je me rends compte d’une chose : comme si mélodie et rythmes ne se mélangeaient pas vraiment dans ces livres.

 

Le concierge est curieux ! Retrouverons nous un troisième roman avec Paul Bréguet et Emilie Rossetti ?

 

Je préfère ne pas trop m’avancer pour le moment, car je suis dans la même situation qu’après Les Ombres. Aucun scénario n’est prêt. Mais l’envie de refaire parler ces deux personnages, auxquels je me suis fortement attaché, est bien là, forte. Nous verrons si l’inspiration vient, et si elle est à la hauteur.

 

Comment écrivez-vous ?

 

D’abord, je scénarise, crée un squelette. Ensuite, j’imagine chaque scène, c’est-à-dire : couleur, rythme, liens avec les scènes précédentes et suivantes, force. Puis, dès que j’ai bien en tête la texture, la musicalité et le dessin de la scène, je l’écris. N’importe quand – avec une petite préférence pour le matin. Souvent, j’ai besoin d’un immense travail de relecture/réécriture, et alors ce sont des horaires de bureau. Et ça, c’est très barbant.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet actuellement ?

 

801029Nicolas Bouvier, Romain Gary, Fred Vergas, Simenon sont des auteurs que j’ai particulièrement lus. Mais il n’y a aucun auteur dont j’aie lu toute l’oeuvre et que je relise sans cesse. Je préfère cultiver un certain éclectisme et éclater mes lectures entre les essais, la philo, la littérature, le théâtre, etc.

Actuellement, je lis Pour en finir avec Eddy Bellegueule, d’Edouard Louis, et enchaînerai sur son nouvel opus.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Le temps qui reste, de François Ozon, me touche à chaque fois.

Wall-E, pure petite merveille (surtout le début, la fin redevient plus banal).

Dream Of Life (Documentaire formidable sur Patti Smith).

 

 

Vos deux romans se passent à Lausanne, que représente pour vous cette ville et quel est l’endroit que vous préférez de cette ville ?

 

lausanne_650_365Cette ville est très simplement l’endroit où je vis, où j’ai grandi (ou presque). Je me sens beaucoup plus juste de parler de cette ville, de tenter d’en restituer l’énergie, l’étrange topographie, les paradoxes, les beautés et les coins sombres, plutôt que de placer arbitrairement mon histoire dans une quelconque grande ville.

Mon endroit préféré n’est ni tout à fait en ville, ni vraiment accessible toute l’année : c’est être dans l’eau du Lac Léman, par une belle soirée de Juillet, alors que le soleil se couche. Sinon, c’est mon balcon.

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

A bientôt!