Les Limbes de Olivier Bal

Pour la dernière interview de l’année 2015 ce sera un jeune auteur français d’un premier roman Mr Olivier Bal pour son roman « Les Limbes » qui sera sur le divan.

Une interview fleuve pour connaître cet écrivain.

Et quelle belle surprise !

Les Limbes est un roman au personnage principal attachant, James, une jeune recrue au destin condamné qui nous entraine dans une aventure palpitante.

Si vous n’aimez pas lire, ce roman vous rendra addictif à la lecture c’est garantie !

Le style est efficace et sans concession. Certaines images décrites sont à peine supportables.

Un premier roman, un coup de maitre simplement et hâte de lire le prochain car cet écrivain mérite qu’on le suive de plus près.

Voici le résumé du roman :

 

Limbes_Couv Vietnam, 1970. James Hawkins est une jeune recrue. Durant un assaut, il prend une balle dans la tête et croit mourir. Après un mois de coma, et tandis qu’il essaie de se rétablir dans un hôpital de Saigon, il découvre que quelque chose s’est éveillé en lui. Ses nuits deviennent des épreuves, son sommeil et ses rêves ne lui appartiennent plus. Désormais, lorsqu’il dort, il visite les songes des autres… Seuls les médicaments l’empêchent de rêver. Un an plus tard, un ancien frère d’armes, Nate Irving, vient frapper à sa porte. Il est venu le chercher pour participer à un projet secret : les Limbes. Direction une base perdue au fin fond de l’Alaska pour une aventure aux frontières de la peur et de la folie, une aventure qui les entraînera au cœur des rêves pour percer le mystère des Limbes.

 

 

 

Pour bien commencer l’année prochaine nous irons à Bruges, je vous souhaite un bon réveillon, n’abusez pas des huîtres et du foie gras.

 

 

 

 

Bienvenue sur le Divan du Concierge ;-) Ma première question : Pouvez-vous nous dire comment vous êtes venu à écrire votre premier roman ?

 

 

Olivier BalAvant toute chose, merci de m’accueillir sur ce divan ! Je succède à de nombreux auteurs que je respecte et admire, et c’est un sacré honneur. Pour en revenir aux Limbes, c’est un projet auquel je songe depuis très longtemps. J’ai toujours été fasciné par les rêves, leurs interprétations bien entendu, mais aussi les nombreux mystères qu’ils recèlent encore. Durant de nombreuses années, j’ai cherché mon écriture. Je me suis essayé à des pièces de théâtre, des scénarii. Les Limbes, à la base, vient d’un scénario de court-métrage : Les Yeux Clos, l’histoire d’une femme qui, toutes les nuits, reçoit la visite dans ses rêves d’un jeune homme. Elle va alors enquêter au cœur même de ses songes pour essayer de le retrouver. Même si Les Limbes n’a plus grand chose à voir avec cette romance fantastique (et un peu fleur bleue) on retrouve ce personnage qui développe la faculté de visiter les rêves des autres.

 

 

 

 

Comment s’est passée la construction de votre roman « Les Limbes » ?

 

 

maxresdefaultPour chaque projet sur lequel je travaille, j’ai à peu près la même approche. Je laisse se dessiner une image mentale de l’ossature du roman. Rapidement, j’ai des “séquences” qui se dégagent, des scènes qui me semblent essentielles. J’essaie de trouver le bon rythme narratif, le bon équilibre, la psychologie des personnages. Je pose ensuite ce plan basique à l’écrit. Il me servira de repère tout au long du process de l’écriture. Bien sûr, je l’aménage sans cesse, le modifie, mais il reste un repère essentiel. Dans le cas des Limbes, j’ai également passé énormément de temps à faire des recherches notamment sur les cultures, rites primitifs et cosmogonies qui entretiennent un rapport particulier au rêve. J’avais envie que les Limbes soit un livre fantastique certes, mais ancré dans une certaine réalité. Par exemple, le personnage de Géronimo de Aguilar, frère franciscain capturé par les Mayas, central à l’intrigue, a vraiment existé. Après ces phases préparatoires, je me lance dans un second temps dans l’écriture à proprement parler. Là, je me ménage aussi une vraie liberté. J’aime laisser courir ma plume, voir où mon récit m’entraîne. Car j’ai remarqué que, dans mon cas, il arrive que certaines scènes imprévues, qui naissent au gré de l’écriture, deviennent les plus réussies et les plus marquantes du roman. Il m’arrive donc souvent de lâcher la bride et de voir où mes mots m’emmènent.

 

 

 

Parlez-moi de ce personnage de James Hawkins qui m’a énormément plu.

 

 

James est un jeune militaire d’abord assez candide, qui suite à une blessure durant un assaut au Vietnam va développer la faculté de visiter les rêves des autres. James, qui est le narrateur et personnage principal du livre a un rôle double. C’est d’abord l’oeil du lecteur. Il partage avec ce dernier ses sensations, tandis qu’il découvre l’étendue de ses pouvoirs. Je voulais que le lecteur vive l’aventure de manière viscérale avec James d’où le choix d’un récit à la première personne. Ceci afin que le lecteur vive lui-même intensément à la fois l’émerveillement comme l’horreur suscités par ce voyage qu’entreprennent les personnages au coeur des Limbes. Au delà de ça, James est un personnage qui m’intéressait beaucoup. C’est un homme simple, sans ambition ni talent particulier. Un quidam. Le don qu’il va recevoir et qui sera aussi sa malédiction change soudain complètement sa vie. Dans le cadre du projet scientifique, il devient soudain essentiel. Il a un rôle, il est important. Pourtant, ce pouvoir le fascine autant qu’il l’effraie. Car il sait, au fond de lui, que sa faculté le dépasse complètement et pourrait le transformer à jamais. Et il y a ces flashs persistants, qui le ramènent sans cesse, le jour de sa blessure au Vietnam. Il s’est passé quelque chose là bas qu’il se refuse à accepter.

 

 

Voyage dans le sommeil vraiment surprenant, qu’est qui vous plait dans les rêves ?

 

 

Comme je le disais, j’ai toujours été fasciné par les rêves, et ce depuis ma plus tendre enfance. On oublie parfois que l’être humain passe la moitié de sa vie à dormir. Mais que se passe-t-il réellement lorsqu’il rêve ? Où part son esprit ? D’où vient cette sensation bizarre de visiter parfois une autre réalité ? Cette mélancolie au réveil, comme si on laissait une autre vie derrière soi ? Et cette folie, cette frénésie créatrice de l’esprit quand on dort ? Tout cela est bien entendu fascinant et très intriguant. Il y a une phrase du Professeur Kleiner dans le livre qui résume assez bien ce que je pense : “Le rêve, c’est la dernière frontière. L’homme a conquis la mer, la terre, l’espace… et maintenant, enfin, il conquiert son propre esprit. Il lui aura fallu des milliers d’années pour comprendre que les plus grands mystères ne se cachaient pas dans les profondeurs des océans, ou aux confins de l’univers mais bien au cœur de son être.”

Au delà de ca, Les Limbes est pour moi un projet exutoire. Après des années passées à écrire des projets assez sérieux, assez ancrés dans la réalité, j’avais envie de me lâcher, de laisser libre cours à mon imagination. Les Limbes était le projet rêvé pour cela, c’est le cas de le dire !

 

 

 

J’ai retrouvé l’univers de Lovecraft dans votre roman, un hommage ?

 

 

5596967eabc10848140894Oui. Absolument. J’ai bien entendu beaucoup pensé à Lovecraft en écrivant, notamment dans la description d’un lieu essentiel au livre, Les Terres Mortes. C’est un de mes auteurs de chevet, particulièrement avec des livres comme L’affaire Charles Dexter Ward mais aussi Le monstre sur le seuil et les Montagnes Hallucinées. J’admire son écriture, cette retenue particulière dans ses descriptions, cette faculté de raconter l’indicible en peu de mots. Pour moi, Lovecraft se lit entre les lignes, dans les absences. C’est ce qu’il ne dit pas, ce qu’il tait qui rend ses livres aussi terrifiants. Comme si les horreurs auxquelles faisaient face ces héros étaient si terribles, si inimaginables que l’on ne pourrait les décrire avec des mots. J’aime également cette sensation d’attente, de malaise que l’on a en lisant ses livres. On sait, on sent bien, que quelque chose de terrible se prépare. Enfin, Lovecraft a donné naissance à une incroyable mythologie de créatures dantesques, une autre dimension à la fois onirique et terrifiante. Bref, en effet, vous le voyez, j’ai énormément de respect pour cet auteur ! Mais plus largement, Les Limbes se veut comme un hommage à toute une frange de littérature et de cinéma qui m’a construit et fait de moi celui que je suis : on y retrouve pêle-mêle des hommages à John Carpenter, Stephen King ou à la série La Quatrième Dimension.

 

 

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec nous lecteurs ?

 

 

Oui, il y a une anecdote intéressante. A pas mal de reprises, j’ai rencontré des gens ayant lu le bouquin qui me disaient que ma théories des Limbes était assez crédible, que le livre les avait un peu questionné sur ce qui se passe réellement durant leur sommeil. C’est la plus belle des récompenses pour moi ! Me dire que mon monde, l’univers auquel j’ai donné vie, puisse trouver un écho chez les lecteurs. Moi-même, pour être honnête, en faisant mes recherches ait été assez troublé par certaines lectures, notamment sur l’importance du rêve dans certaines cultures comme chez les Aborigènes et les Séminoles et tous les rites qui y étaient liés. Comme si, tous les hommes, à travers les cultures et les âges étaient en quelque sorte reliés par leurs rêves.

 

 

Le concierge est curieux ! A quand la suite  de ce roman?

 

 

Héhé… En effet, la fin des Limbes est assez ouverte. Bien entendu, une suite est en préparation. J’ai déjà posé une bonne partie du plan, la structure globale se dessine. Le roman se déroule en 2008. On y retrouvera des personnages connus. Ceux ayant fini le livre devraient avoir de solides indices. Mais le personnage central du livre est nouveau, c’est un ado de 16 ans. Atteint de narcolepsie, il s’endort involontairement en permanence. Malgré lui, il va découvrir les Limbes et la faculté d’explorer les rêves des autres. Mais il est traqué, et doit sans cesse fuir. En parallèle, on retrouvera Aguilar, enfermé dans une prison du Vatican en 1525. Mais il faudra être un peu patient pour cette suite ! Je travaille pour le moment sur un tout autre projet, un thriller psychologique autour de deux personnages. Quelque chose qui me tient vraiment à cœur.

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

 

J’écris en deux temps. D’abord à la main, sur un carnet, puis je recopie ensuite mes notes sur ordinateur. Ce qui me permet d’emblée d’avoir une double lecture. J’ai la chance de rentrer rapidement dans mes personnages, de retrouver mes marques dans mon histoire. Du coup, j’écris le matin et le soir dans les transports en commun. Habitant en banlieue et travaillant à Paris, cela me laisse tous les jours un peu de temps. Puis, je me ménage des soirées pour recopier et modifier, sculpter mon récit, lors de la retranscription sur ordinateur.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quel est votre livre de chevet ?

 

 

ENTER_TV-TINSEL_1_MCT_17816604 Oulala… question terrible. J’aime beaucoup lire et j’ai des goûts assez variés. Cependant, j’avoue aimer particulièrement quelques grands auteurs de polars comme James Ellroy, évidemment. Je suis également un grand fan de Dennis Lehane et particulièrement le début du cycle Kenzie/Gennaro. Gone baby gone est un grand livre. Je suis moins amateur de ses derniers ouvrages, trop classiques à mon goût. Mais il a quelques merveilles à son actif. J’aime aussi des auteurs français comme Jean-Claude Izzo. Total Kheops, Chourmo et Solea représentent une magnifique trilogie. Je pense également aux romans de Franck Thilliez et Patrick Bauwen bien évidemment, mais on y reviendra. Mais là, je ne parle que de polars… Il faudrait que je parle également du choc que j’ai ressenti en découvrant Tim Willocks et La Religion, les frissons éprouvés en lisant Terreur de Dan Simmons… Mon livre de chevet ? J’en prendrais deux. Je dirais Voyage au bout de la nuit de Céline et La route de Cormac McCarthy. Des chefs d’oeuvres absolus, sombres et désenchantés, où les rares percées de lumières sont parmi les plus belles choses que j’ai jamais lu.

 

 

Vous avez une écriture très cinématographique, des références à partager avec nous ?

 
58-ESchneider-portraits-1913x1280Oui, évidemment ! Je suis personnellement un grand fan des réalisateurs du Nouvel Hollywood, ces réalisateurs américains qui, dans les années 60/70 se sont émancipés des majors toutes puissantes pour imposer leur vision : Martin Scorsese, Brian de Palma (L’impasse est certainement mon film favori), Coppola, William Friedkin, mais aussi Steven Spielberg. Plus récemment, j’aime beaucoup le cinéma de James Gray. La nuit nous appartient est un bijou ! Je suis aussi de très prés la carrière de Jeff Nichols dont j’ai beaucoup aimé les films Take Shelter et Mud. Plus proche de chez nous, j’aime globalement beaucoup le cinéma de Jacques Audiard. Et un dernier coup de coeur pour un film bouleversant : Alabama Monroe de Felix Van Groeningen.

 

 

 

Vous travailliez pour un magazine de jeux vidéos, pouvez-vous nous en parler ?

 

Je suis rédacteur en chef de Jeux Vidéo Magazine. C’est le premier magazine français de jeu vidéo. Un magazine qui assume complètement sa mission grand public. Nous nous efforçons chaque mois d’informer nos lecteurs sur l’actualité du jeu vidéo dans sa globalité mais aussi de leur proposer des sujets de fond sur l’évolution du marché, les nouvelles tendances. Je travaille depuis pas mal d’années maintenant dans le domaine du jeu vidéo. C’est un milieu, qui même s’il s’industrialise pas mal, reste très sympathique. Ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’il me permet d’aller à la rencontre des équipes de création des jeux, de par le monde. Le jeu vidéo a ainsi cette particularité de réunir en son sein des métiers très différents : on y rencontre des purs techniciens, les programmeurs, véritables génies du code, mais aussi des artistes, designers, scénaristes, directeurs artistiques, réalisateurs… bref, chaque rencontre est souvent enrichissante. En parallèle de mon activité en tant que rédacteur en chef, je suis en charge de l’animation d’un très bel événement : les Master class Jeux vidéo, organisées en partenariat avec La Cité des sciences. Tous les deux, trois mois, on reçoit un grand créateur de jeu vidéo afin qu’il revienne en détail sur sa carrière. C’est, à chaque fois, l’occasion de passer une très belle soirée et de découvrir des parcours, des vies fascinantes.

Il y a deux auteurs qui vous tiennent à cœur : Franck Thilliez et Patrick Bauwen, pouvez-vous nous en parler ?

 

 

Ce sont un peu mes deux parrains pour Les Limbes. J’ai ainsi pas mal échangé avec Franck et Patrick durant l’écriture des Limbes. Ce qu’il faut souligner ici et ce qui m’a marqué, c’est qu’en plus d’être d’excellents auteurs, ces deux-là sont des personnes adorables, très simples et disponibles. Je n’en reviens toujours pas qu’ils aient pris le temps de me répondre avec leurs agendas chargés et accepté de me soutenir. J’ai évidemment beaucoup, beaucoup d’admiration pour eux deux.

Quelles sont vos passions dans la vie ?

Vous vous en doutez, j’aime écrire et lire. Et vous l’aurez compris si vous avez tenu jusque là dans cette interview (quel courage !), j’aime également le cinéma, les séries, les jeux vidéo… Mais ma passion première reste ma famille. J’ai deux enfants qui sont tout pour moi et une femme extraordinaire, à la fois coach, agent et éditeur qui m’offre un soutien de tous les instants. J’ai beaucoup de chance.

 

 

Quel sera votre mot de fin ?

 

 

Un grand merci tout simplement ! Merci à vous, Concierge Masqué de m’avoir invité ici et de faire vivre ce beau lieu d’échange, de partager sans cesse votre passion. De faire découvrir des auteurs dans toute leur diversité. De parler des livres avec cœur, simplicité et sans préjugé. C’est assez rare pour être signalé. J’espère vraiment que nos routes se recroiseront vite.