La Dame de Pierre de Xavier-Marie Bonnot chez Belfond Edition

La_dame_de_pierreDe la famille Verdier, il ne reste plus qu’eux, Pierre et Claire, le frère et la sœur. Lui, a repris la ferme familiale, dans la vallée de Saint-Vincent, auprès de leur montagne. Elle, vit à Paris. De l’existence de sa sœur, il ne sait rien, ou si peu de choses. Simplement qu’elle lui rendra toujours visite, immanquablement, deux fois l’an, dans cette maison de famille où rien n’a changé. Mais cette fois-là, c’est différent. Claire a des cauchemars. Toutes les nuits, elle a peur pour une certaine Vicky, et prétend qu’elle-même sera bientôt morte. Pour Pierre, l’homme de la terre, les secrets et les névroses de sa sœur ne sont que des faiblesses. Un matin d’hiver pourtant, Claire part et ne revient pas. Lorsqu’on retrouve son corps sans vie, étrangement vêtu, c’est Pierre qui est désigné comme le coupable. Pierre est seul à présent. Lui, le taciturne qui vit reclus depuis le drame qui a brisé sa carrière d’alpiniste, aurait-il pu commettre l’irréparable ? Tant il est vrai que dans la famille Verdier les mystères et les secrets sont légions. Et qui est cette Vicky dont personne dans l’entourage de Claire ne semble connaître l’existence ? Pierre comprendra bien tard qu’elle était le secret le mieux caché de sa sœur… 

 

Magistral et émouvant voici les deux mots qui symbolisent ce roman «La Dame de Pierre » chez Belfond Edition.

Mr Xavier-Marie Bonnot a réussi un coup de maitre avec ce roman car il arrive à rendre l’atmosphère irrespirable et une émotion dans son écriture qui m’a fait craquer tellement c’était beau.

Rares sont les romans qui me font verser une larme mais ce grand roman a tout du roman abouti.

Les personnages de ce roman sont dorénavant gravés dans ma mémoire à jamais et ça c’est une marque de qualité.

Le recommande absolument, un roman qui est pour moi un très bon bol d’air des montagnes.

 

La semaine prochaine nous partons soutenir un caïman.

Je vous souhaite une très bonne semaine.

 

 

 

 

Bonjour Mr Bonnot, bienvenue sur le Divan du Concierge, ma première question : Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

 

 

BONNOTxaviermarie0113JLV_11 Mon enfance s’est déroulée dans le quartier populaire de la Capelette, dans une grande mixité d’origines, surtout italienne et maghrébine. Un quartier difficile comme on dirait aujourd’hui. Pour nous, il s’agissait de notre quotidien et il n’avait rien de dur. Parfois, la police venait chercher un ou deux voyous, plus rarement l’un d’entre prenait du plomb. Mais nous, nous vivions à l’abri de toute délinquance et du racisme qu’on connaît aujourd’hui. À chaque vacance, on prenait la route des Alpes dans la Ford que conduisait mon père. Une petite maison, au milieu d’un champ, au pied des montagnes.

 

 

 

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire La Dame de Pierre, ce magnifique roman ?

 

 

L’idée est partie d’un documentaire que j’ai tourné sur l’homophobie aux Antilles, où elle est particulièrement virulente. J’ai voulu montrer que malgré les grandes avancées en matière de lutte contre l’homophobie, il restait encore des situations dramatiques. Dans beaucoup de famille, on tait ses orientations, on joue un jeu trouble. Et cela peut conduire à des drames, des situations de meurtres. À côté de ce documentaire, j’ai imaginé un roman qui raconterait ce drame vécu à l’intérieur d’une famille.

 

Vos personnages ont une forte personnalité et sont très bien réussis, parlez nous de Pierre Verdier que j’ai beaucoup aimé.

 

 

le-pays-oublie-du-temps Pierre Verdier est un peu comme une gravure de héros. Il fait partie de ces aventuriers que j’admirais quand j’étais enfant – et que j’admire toujours. C’est un grand alpiniste, c’est-à-dire un homme qui a réalisé ce que peu d’entre nous sont capables de faire, tant dans les Alpes qu’en Himalaya. Un homme de l’extrême, habitué aux situations les plus dangereuses. Pour vivre cette vie de vertige et de dangers, il faut avoir un caractère nécessairement très fort, une volonté qu’on imagine mal si l’on n’a pas pratiqué la montagne. Mais Verdier a aussi de vraies faiblesses. Un alpiniste de son niveau me disait un jour qu’il était un grand dépressif et que la montagne avait été son meilleur remède. Braver la mort était sa drogue, plus puissante que la meilleure des héroïnes. Parmi les faiblesses de Verdier, il y a l’orgueil qui lui fait gravir l’impossible mais qui l’empêche de se dévoiler, de dire le fond de son coeur et de son âme.

 

 

 

 

Il y a un personnage qui me fait penser à Javert des misérables, l’Adjudant Portal, il est terrible ce Gendarme.

 

 

 Je n’ai pas pensé à Javert mais je réalise que Portal tient de lui, vous avez raison. Un type qui ne lâche jamais, retors, capable du pire, à l’orgueil démesuré lui aussi.

 

 

J’adore l’atmosphère du roman, les montagnes hostiles et le milieu de l’alpinisme. Comment vous est venue l’idée ?

 

 

wpid-img_20140125_020008L’idée est venue de confronter un homme tel que Verdier avec ce qu’il refoule, ses secrets, ce qu’il ne veut pas voir car la montagne absorbe chaque minute de sa vie.

C’est un milieu que je connais bien. Les alpinistes, hommes ou femmes, et leurs légendes ont peuplé mon enfance. J’ai pratiqué, il y a quelques années et j’essaie de m’y remettre. Un milieu clos dans lequel les passions amoureuses n’ont pas vraiment de place. Surtout pas quand elles sont « différentes. »

 

 

 

Votre roman est aussi une dure et belle histoire d’amour : l’amour est une rose, chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité.

 

 

Oui et j’ai voulu que ce soit avant tout une histoire d’amour et de passion. La plus belle et la plus forte mais une histoire qui finit mal… L’épine.

 

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec vos lecteurs ?

 

 

IMG_7123nbLe bandeau de Karine Giebel. Elle m’avait juste dit après avoir lu le manuscrit : « tu auras une surprise… » Je ne m’y attendais pas du tout et cela m’a fait un plaisir énorme car elle a adoré ce livre. C’est un cadeau merveilleux car il est sincère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans vos romans on parle de préhistoire, d’opéra, de druidisme ou des arts premiers, comment vous choisissez les thèmes de vos romans ?

 

 

1385 C’est une question très difficile. J’ai toujours mis dans mes livres ce qui me passionne. Par exemple, j’ai travaillé 11 ans à l’opéra de Marseille, une expérience qui m’a profondément marqué. Je faisais un peu d’éclairage, de la figuration… J’étais dans l’ombre mais toujours en coulisses, si proches des géants du lyrique… J’aime beaucoup les arts dits premiers et la préhistoire, les origines lointaines que l’on refoule un peu trop. En faire des sujets de romans noirs n’est pas banal, je préfère parler de ce que je connais le mieux.

 

 

 

Réalisateur de films documentaires, pouvez-vous nous en parler (c’est impressionnant le nombre de films à votre actif) ?

 

 

Plus de 40, du bon et du moins bon. C’est le métier que j’ai choisi il y a 30 et je continuerai jusqu’à mon dernier souffle. Je ne suis pas journaliste et j’insiste là-dessus même si ce métier est pour moi très noble et qu’il m’arrive parfois de le pratiquer. Réaliser un film documentaire c’est faire du cinéma, le cinéma du réel comme on dit. Choisir la forme qui traduira le mieux le fond.

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

 

J’écris un peu n’importe quand. La nuit souvent et le plus fréquemment allongé. Je suis un écrivain horizontal comme disait Capote.

 

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et votre livre de chevet actuellement ?

 

 

FC_Proust-Du cote.indd Il y a très peu d’auteur de polars, désolé. Je lis beaucoup de livres d’histoire… Sinon dans le roman : Proust, Dos Passos, Faulkner, Émily Brontë, Cendrars, Giono, Céline, Dostoïevski, El Aswani, Mahfouz… Et pour le polar : Thomas Cook,  Ellroy, Jonquet, Giebel, Daeninckx… Il y en a beaucoup d’autres bien sûr, ce sont ceux et celles qui me viennent à l’esprit à cet instant. Mes livres de chevet actuellement sont « Civils dans la guerre » d’Alexandre Alary, le « Dernier convoi » de Roger Martin (très bon), la bio de Cendrars par sa fille Miriam, « Chicago » d’Alaa El Aswani.

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont vos films préférés ?

 

 

La_Prisonniere_du_desertIl y en a beaucoup ! La « Prisonnière du désert » de Ford, « Dodeskaden » de Kurozawa, les « Maîtres fous » de Rouch, « Route One USA » de Robert Kramer, « 8 et demi » de Fellini et bien d’autres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est l’actualité qui vous énerve actuellement ?

 

 L’affaire Syrienne. La bêtise et l’aveuglement des dirigeants de ce monde. Leur cynisme face à la souffrance de millions d’êtres humains. À côté de cela, la pauvreté intellectuelle qui abaisse notre société chaque jour. Ce qui est dit sur les migrants… Je suis un optimiste de nature… et je le reste malgré tout.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

 

 Un mot de Claude Levi-Strauss: « Le barbare c’est d’abord celui qui croit en la barbarie. »