Le Monde d’en-bas de Alain Bron chez In Octavo Editions

Ettore, ancien des Brigades Rouges, se cache dans les sous-sols du Palais-Royal. Il est recherché simultanément par un éditeur entiché de ses mémoires, par la Brigade Criminelle, et par Federico, lui aussi très actif durant les années de plomb en Italie. Des lueurs menaçantes vont alors surgir au détour des couloirs, des égouts et des conduites. Le monde d’en bas, celui de l’obscurité, celui des pauvres parmi les pauvres, en perdra, pour un temps, son ordre attendu.

 

CouvBron3.inddPeut-on acheter son passé ? L’Histoire peut-elle se fier à la mémoire d’un homme ? Une vie, une fois publiée, devient-elle plus vraie ?

Voici toutes les questions et bien d’autres que l’on se pose en finissant le dernier roman de Mr Alain Bron « Le Monde d’en-bas » chez In Octavo Editions.

Un roman remarquable tout simplement car il arrive à nous captiver des les premières pages.

Et l’on apprend plein d’informations et l’on voit également tout le travail de recherche sur les Brigades Rouges et les Egouts de Paris.

Un roman où l’ont s’attache aux personnages tellement ils sont bien construits, un seul conseil que je peux vous donner :

Courez chez votre libraire et ne manquez pas ce petit bijou !

 

 

La semaine prochaine nous partons en Haute Montagne.

Je vous souhaite une très bonne semaine.

  

 

 

 

Bienvenue sur le Divan du Concierge, ma première question consiste à vous connaître, parlez-nous de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

maxresdefaultJe suis né à Tunis, d’un père franc-comtois et d’une mère italienne. J’ai passé une enfance heureuse dans un quartier très coloré. Il n’y avait pas de catholiques, d’orthodoxes, de juifs, de musulmans, il n’y avait que des copains. En 1957 — j’avais 9 ans –, j’ai quitté la Tunisie avec ma famille et des dizaines de milliers de migrants (déjà, oui). Dès lors, j’ai pu voir plus souvent mes grands-parents dans le Doubs, notamment mon grand-père Emilio, chassé d’Italie par le fascisme dans les années 20. Pendant le repas du dimanche, Emilio racontait des histoires de la vie quotidienne. Il riait tellement de ses propres blagues qu’il n’a jamais pu terminer ses histoires. Moi, j’étais sous la table et j’écoutais, fasciné par le pouvoir des mots. Emilio rendait heureux tous les convives avec des personnages truculents et des répliques inattendues. Les graines étaient semées. J’ai écrit ma première nouvelle à 14 ans, et les suivantes jusqu’à ce jour. Des centaines de nouvelles, sans jamais les rendre publiques. C’est seulement en 1995 que j’ai publié mon premier essai de psychosociologie, puis un deuxième. J’ai alors réalisé qu’on pouvait dire beaucoup plus dans un roman sans asséner au lecteur le jargon sociologique. Mon premier roman (« Concert pour Asmodée ») date de 1998. Il sera édité plusieurs fois et vendu pendant… 13 ans.

 

 Comment vous est venue l’idée d’écrire « Le monde d’en-bas » ?

egouts-8d99-diaporamaEn 1968, j’avais 20 ans, j’étais à l’UNEF et je prônais des idées d’autogestion qui font sourire maintenant. À l’époque, les étudiants s’essayaient à des pratiques politiques. Les maoïstes, les néo-spontex, les staliniens, l’extrême droite, les anars, les gauchistes… Une palette immense. Certains, très violents, semaient la terreur dans la fac. S’ils avaient eu des armes, ils auraient sans aucun doute imité les Brigades Rouges. J’ai donc voulu décrire dans ce roman comment un jeune peut se laisser entraîner dans la lutte armée (quelle qu’en soit l’obédience, politique ou religieuse). Les ingrédients sont toujours les mêmes. Idée simple, cause à défendre, déracinement, autojustification, mépris pour la vie des autres et pour sa propre mort.

 

 

 

 

J’ai bien aimé atmosphère des égouts dans votre roman. Les avez vous visités ?

Musee_des_Egouts_de_Paris_FRA_009Oui. J’ai visité comme nombre de touristes la partie publique des égouts près du pont de l’Alma. Mais je voulais en savoir plus et j’ai sollicité un ami qui travaille dans une société d’assainissement. Avec casque et bottes, cette plongée dans les profondeurs de Paris (1er et 3e arrondissements) a été indispensable pour décrire l’atmosphère du roman. Pour ceux que l’expérience tente, je leur conseille d’y pénétrer qu’avec un sérieux sens de l’équilibre.

 

 

 

 

On découvre dans votre roman les moments sombres de l’Italie avec les Brigades Rouges, comment se sont passées vos recherches de documentation ?

On commence seulement à pouvoir lire des études sérieuses sur le sujet. Par sérieux, j’entends non marqué par le militantisme. La lumière n’est pas encore faite sur des événements majeurs (la séquestration et l’exécution d’Aldo Moro, par exemple), mais on approche de la vérité. Les plaies ne se sont pas fermées. En juillet de cette année (2015, soit plus de quarante ans après les faits), deux anciens activistes d’extrême droite ont été condamnés pour l’attentat de Brescia qui a fait beaucoup de morts et de blessés. La Bibliothèque Nationale regorge donc de très bons documents. Mais ce n’était pas suffisant. Il m’a fallu rencontrer des témoins (et des acteurs) de l’époque, et là, je n’en dirai pas plus.

 

Parlez-nous de deux duos de votre roman qui m’ont énormément plu : Philippe Néret et Octavia en premier lieu puis le Commissaire Berthier et Malavaux.

Philippe Néret représente la somme (en remarquable et en pathétique) des gens de livre au Quartier Latin. Octavia est une femme charmante que j’ai remarquée dans la rue à cause (ou grâce) à ses tatouages sur le mollet et au creux du genou. Mais, chut… Berthier est un de mes personnages récurrents. Il apparaît dans un polar il y a une dizaine d’années. Il a une particularité : sa sensibilité est restée celle de l’enfant abandonné qu’il a été. Malavaux, son lieutenant, était un gros réac antipathique, et, au fil des années, il est devenu plus subtil, ou plutôt moins primaire.

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

Avant la maquette d’un livre, l’éditeur d’In Octavo relit très scrupuleusement les textes pour débusquer les incohérences. Un jour il m’alerte : « Es-tu sur que les boussoles fonctionnent dans le métro ? ». J’ai blêmi. Je savais que les boussoles marchaient dans les catacombes, mais dans le métro, je n’avais jamais essayé. Alors, j’appelle un ami qui travaille sur la ligne A du RER, et je lui pose la question : « est-ce que les boussoles marchent dans le métro ? ». Perplexe, il va lancer un appel parmi ses collègues et, quelques jours après tombe le verdict : les boussoles ne marchent pas partout dans le métro, elles sont perturbées par les circuits électriques. Je corrige donc un passage du roman juste avant l’impression. Mais dans le métro, encore aujourd’hui, des agents de la RATP testent des boussoles, par curiosité et par solidarité. Il en va de la crédibilité d’un roman et de la réputation de la Régie.

 

J’aime bien aussi tout le travail de recherche sur le Palais-Royal et son sous-sol ;-)

C’est un endroit extraordinaire. J’ai eu la chance d’y être conduit par deux techniciens des Monuments de France et j’ai décidé sur-le-champ d’y placer le repère d’Ettore, l’un des protagonistes du roman. Ce qui m’intéressait, c’était le côté labyrinthique du lieu qui collait parfaitement avec la complexité du personnage et sa recherche de protection.

 

Parlez-nous de vos deux derniers romans chez In Octavo Editions : « Maux fléchés » et « Vingt-sixième étage ».

Couv_BRON 2.inddCouvBron.indd« Maux fléchés » est un polar rural. Il poursuit vaillamment sa carrière. Quatre ans après sa parution, je continue à recevoir des petits mots charmants de lecteurs de toute la France. Beaucoup y retrouvent leurs racines campagnardes. « Vingt-sixième étage » n’est pas un polar mais un roman blanc, comme on dit. C’est l’histoire d’un aveugle dans une entreprise qui « voit » beaucoup mieux que tous les autres l’avenir de sa boîte. Après le prix décerné par la Bibliothèque de France et le Fonds Handicap, le roman a connu un beau succès. Presse, radio, télévision, chroniques sur internet. Je gère au mieux ce pic de popularité en essayant de ne pas prendre la grosse tête.

 

 

 

 

 

Comment écrivez – vous ?

Il y a plusieurs phases dans l’écriture. Celle de la recherche, d’abord, qui me fait lire une quantité de textes et visiter les lieux du roman. Je prends des photos qui vont plus tard m’inspirer. Puis viennent la phase de la prise de notes en vrac, la phase de l’écriture qui me fait littéralement jubiler, enfin celle des corrections, la plus longue. Tout cela me prend quatre ans au minimum. J’écris le matin tôt, car des idées à profusion naissent au réveil. Gina, la chatte de la maison, ne s’y trompe pas. Elle saute sur mes genoux et pose ses pattes avant sur mon bras gauche. Du coup, je dois gesticuler pour frapper les majuscules d’une seule main. Bon, si vous lui demandez gentiment, Gina vous répondra qu’en réalité c’est elle qui écrit mes romans…

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et quelle est votre lecture de chevet ?

La_chartreuse_de_ParmePoe, Allais, Kundera, Garcia Marquez, Flaubert, Chase, Manchette, Simenon… J’ai relu cet été les 600 pages de « La chartreuse de Parme ». Avec son meurtre, sa prison, son évasion, ses intrigues, on pourrait classer l’œuvre de Stendhal dans la catégorie polar. Je crois qu’aucun auteur ne devrait être autorisé à publier sans avoir lu Stendhal. En ce moment, je lis les nouvelles de Borges. Un grand moment.

 

 

 

 

 

 

 

Pouvez-vous nous donner la recette, ;-) car j’ai vu que vous aviez écrit un livre qui s’appelle « Comment sourire aux radars » ?

6a00d834aeba6353ef010534ae1edc970b(Rires). Il n’y a pas de recette, malheureusement. Il y a plusieurs années, je m’amusais sur mon blog ( http://alainbron.ublog.com/ ) à produire de courts textes pamphlétaires et humoristiques. Il s’agissait de décrire les moyens les plus farfelus pour échapper aux radars. Les textes ont été repérés par Hachette qui en a sorti un petit livre objet, lequel s’est vendu en plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Le genre de chose drôle qu’on offrait à quelqu’un pour le consoler d’avoir pris un PV. Je souhaite à tous les auteurs amis d’avoir un jour un tel tirage.

 

 

 

 

 

 

 

Quelles sont vos passions dans la vie ?

Mon grand projet annuel reste l’Art in situ. Avec l’association « L’Art en chemin » dans l’Oise, nous invitons des auteurs, des peintres, des sculpteurs, des photographes à exposer sur des sites exceptionnels et le long d’un chemin forestier. 8 mois de préparation pour 4 mois d’exposition. Plus d’un millier de visiteurs. Voir le site : http://lartenchemin.weebly.com . L’autre passion est le théâtre. Je suis président d’une compagnie de théâtre, avec toutes les difficultés que vous pouvez imaginer dans le monde du spectacle vivant en pleine crise depuis plusieurs années.

 

Quels sont vos films préférés ?

the-usual-suspects-poster-bigEn vrac : « Usual suspects » de Singer pour son scénario, « Les ailes du désir » de Wenders pour sa poésie, « La belle et la bête » de Cocteau pour sa magie, « Pulp fiction » de Tarantino pour son humour distancié, « Amarcord » de Fellini pour l’esprit romagnol, « Cris et chuchotements » de Bergman pour ses secrets de famille, « Taxi driver » de Scorcèse pour ses suites de la guerre du Vietnam, « Lacombe Lucien » de Malle pour son actualité… et tant d’autres qui ont marqué ma vie et mon écriture.

 

 

 

 

 

 

 

À douze ans, vous inventez le cure-pipe électrique. Après de nombreux essais infructueux, l’engin est enfin prêt. Il fera deux victimes : la chemise blanche de votre père et le jeune Alain lui-même, pris de violentes nausées par abus de nicotine. Est-ce vrai ? ;-)

Oui. J’ai inventé très tôt une quantité de choses parfaitement inutiles. On appelle ça la créativité, je crois. Le phénomène tend à se poursuivre aujourd’hui sous la forme de romans et de nouvelles.

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

L’exigence. Plus j’écris, plus je lis, plus je suis exigeant avec moi-même. Par respect pour le lecteur.