Coupable vous êtes de Lorenzo Lunar chez Asphalte Edition

21042015171537hdSanta Clara, ville de province cubaine. Le cadavre d’un caïd est découvert non loin de la gare routière. L’arme du crime étant un marteau de cordonnier, le commissaire de quartier Leo Martin soupçonne tout de suite son ennemi juré, Chago Le Boeuf, dont c’est la profession. Sauf que celui-ci vient de lui-même au poste pour déclarer le vol de l’outil, puis il annonce qu’il souhaite collaborer avec la police sur cette affaire. Sa piste : les prostituées. Aux côtés d’un Leo Martin toujours en proie à ses démons, le lecteur découvre la vie des jineteras, jeunes femmes vendant leurs charmes aux hauts fonctionnaires cubains comme aux touristes, à travers une galerie de personnages féminins aux caractères bien trempés. L’une d’elle pourrait bien être impliquée dans le meurtre…

 

 

 

Nous retrouvons cette semaine un auteur pour qui j’ai beaucoup d’admiration, Mr Lorenzo Lunar pour son roman « Coupable vous êtes » chez Asphalte Edition.

Un roman magnifique et des personnages tourmentés par la vie.

Un roman plein de belle nuance et de sexualité.

Un écrivain qui construit une œuvre petit à petit et qui continue à nous émouvoir.

Un vrai régal que je vous recommande fortement.

Vous retrouverez ici sa première interview pour le Blog: http://www.concierge-masque.com/2013/11/07/lorenzo-lunar-la-vie-est-un-tango/

 

La semaine prochaine nous partons dans les égouts du métro Parisien .

Je vous souhaite une bonne semaine.

 

 

 

 

Dans ton dernier roman  » Coupable vous êtes   » tu commences par un texte de E.A Poe, qu’aimes-tu de cet écrivain?

 

lorenzo-lunarPoe est l’un des plus grands maîtres du genre noir. Un des premiers piliers. Il est encore une source d’inspiration pour beaucoup. Encore aujourd’hui ses œuvres sont massivement lues. Ce ne serait pas assez de dire que j’aime. Je dois dire que je l’admire, le lis, l’étudie, l’apprécie.

 

 

 

 

 

 

 

 

La sexualité est toujours très prégnante dans la littérature cubaine et dans tes romans. As-tu une explication ?

 

D9CDB6F9-5420-482B-808F-4C27567AB6DF_mw1024_s_nLa sexualité apparaît dans toutes les littératures et de diverses manières. Bukowski, John Dos Passos, Anaïs Nin et d’autres, ont été bien plus audacieux dans l’approche de la sexualité dans la littérature que n’importe quel cubain contemporain. Je pense que ce qui se passe, c’est que d’une certaine manière, une littérature cubaine avec la sexualité comme ressource, est devenu à la mode. Un cliché s’est créé, à partir de quelques œuvres arrivées sur le marché européen, un diapason de manières qui va de Zoe Valdés à Pierre Juan Gutierrez ; alors les éditeurs et le public cherchent cela chez chaque écrivain cubain, avec insistance et de façon marquée. Dans mes romans, j’utilise le recours au sexe comme partie essentielle des personnages, parce que la sexualité est essentielle pour quiconque n’importe où dans le monde. Bien sûr, chaque culture l’exprime à sa manière et le Cuba a ses propres nuances. Il existe aussi des moments dans l’histoire. Peut être les années de ce qu’on appelle la Période Spéciale, ont établi au Cuba, une certaine poétique de la désinvolture dont le reflet dans l’érotique, et par conséquent, dans la littérature qui racontait cette époque et cette histoire, peut paraître de façon hallucinante aux yeux d’un lecteur.

 

 

Le quartier est un monstre et on ne sait jamais jusqu’où peut s’étendre sa tête. Que disent, de ton livre, les habitants de ton quartier ?

 

b1d1f47693ec515c6a78d877cbb8574a_largeCes romans ont été adaptés pour des pièces radiophoniques, transmises dans une station de radio de la ville de Santa Clara. Je suis très heureux que ces habitants, connaissent ma littérature, aiment et se sentent identifiés par elle. Beaucoup ont lu les romans après avoir écouté les adaptations pour la radio. Je crois avoir gagné l’affection et le respect de beaucoup de gens de ma ville, grâce à mes écrits. Cela est fantastique ! Je me sens heureux que mes romans soient lus en France, en Espagne et ailleurs dans le monde, mais je suis encore plus heureux de savoir que cela arrive après avoir été lu dans ma ville et dans mon pays.

 

 

 

Tous tes personnages sont tourmentés par la vie. Peut-on savoir d’où viennent tous ces personnages?

 

De la vie elle même ! Les genres et modèles sont partout dans la rue. Il faut observer pour les voir. Puis, avec ces modèles, on construit les personnages, de telle sorte, qu’ils semblent réels, voire même, encore plus crédibles que ceux que l’on voit en réalité.

 

On retrouve dans ton roman le personnage principal Leo Martin. Comment le vois-tu évoluer ? Est-ce que dans l’avenir, il est capable de quitter la police?

 

cuba-carEffectivement il quitte la police. Il restera sûrement un temps sans emploi. Comme d’autres du quartier, il se débrouillera, mais en ayant plus de possibilités grâce à son passé de policier. Il trouvera du travail parce qu’il a des amis et c’est une bonne personne. A un certain moment il supportera la douleur de la mort de Fela, dû au poids de la solitude. Il découvrira un jour ce qu’est commettre un délit. C’est ainsi que sa vie va changer, tout en restant ce qu’il est en essence : un homme bon, la version que le quartier se fait d’un héros chandlérien. De toute façon, j’aurai toujours une histoire à raconter sur ce personnage.

 

 

As-tu une anecdote à nous raconter sur ton dernier roman, à partager avec tes lecteurs et lectrices de France?

 

Couv_tango.inddJ’imagine que tu fais allusion à « Coupable vous êtes», le dernier roman sorti en France, car j’en ai écrit d’autres après, édités au Cuba et en Espagne. C’est un roman qui m’a donné une grande satisfaction. Beaucoup d’amis, aussi. Cet été dans ma librairie, La Piedra Lunar, à Santa Clara, j’ai eut la grande surprise de voir débarquer des touristes français avec un exemplaire de « Coupable vous êtes » aux éditions Asphalte, afin de le dédicacer. D’autres aussi avec « La vie est un tango » en livre de poche aux éditions Folio Policier. Il y en a eut plusieurs, et nous avons fini souvent par célébrer le début d’une belle amitié. Ce fut très étrange de se retrouver à Santa Clara avec mes amis Serge et Christine, que j’ai rencontrés, l’année dernière au Festival Toulouse Polar.

 

 

 

 

 

Si je te dis que « Coupable vous êtes » est aussi une très belle histoire d’amour. Qu’en penses-tu ?

 

Oui en effet. Une histoire d’amour qui commençait déjà dans les pages de mon roman « La vie est un tango », et à laquelle, par fidélité à l’histoire, au lecteur et aux mêmes personnages, je ne pouvais renoncer. Une histoire d’amour que Leo Martin et Tania méritaient. Je pense que Tania est le plus beau personnage que j’ai écrit. Dans les mêmes circonstances, moi aussi je serais tombé amoureux d’elle, car comme Leo Martin, moi aussi je suis quelque peu romantique.

 

 

Tu es libraire à la librairie « La Piedra Lunar » à Santa Clara, parle-nous de ta librairie?

 

Le métier de libraire est un métier que j’aime et respecte. Ma librairie, est un lieu où, non seulement je vends des livres, mais en plus je reçois des amis. J’ai une petite équipe de personnes qui m’appui. Notre librairie est comme toute librairie doit être : un centre qui diffuse la culture. Depuis « La piedra lunar », nous organisons des concours littéraires, des rencontres littéraires, des présentations de livres, des cercles et rencontres avec des musiciens et auteurs interprètes. Nous faisons des dizaines d’activités culturelles pour la communauté.

« La piedra lunar » est un vieux rêve qui peu à peu, avec l’aide de ma famille, la collaboration de beaucoup d’amis et l’appui des institutions culturelles de ma ville, il devient réalité.

 

 

Quel est actuellement ton livre de chevet ?

 

« Agenda de la República », de Ciro Bianchi, un excellent chroniqueur cubain. C’est un livre qui, à travers des chroniques qui s’appuient d’une sérieuse étude de l’époque, raconte des moments privilégiés de la période cubaine 1902 et 1959, que certains appellent tout simplement la République et d’autres préfèrent y ajouter l’adjectif « médiatisée ».

 

 

Comment vois-tu actuellement la littérature Cubaine, et dis-nous si tu as découvert des auteurs prometteurs?

 

Trinidad-__-CubaLa littérature cubaine devient de plus en plus massive. Un système national d’ateliers littéraires promeut le développement de jeunes écrivains. J’ai l’impression qu’on aide surtout la poésie. On publie beaucoup et pas tout est bon. La production éditoriale est subventionnée par l’état. Ceci provoque des effets négatifs et positifs du paternalisme : d’un coté, la création est stimulée et de l’autre il n’y a pas un vrai développement du marché du livre cubain.

Je crois qu’il y a beaucoup de nouveaux talents, mais certains s’endorment dans le marasme du conformisme et de l’accommodement. Depuis plus de dix ans, je participe à un atelier littéraire d’où ont germé plusieurs jeunes écrivains avec des récits remarquables : Serguei Martínez, Liany Vento, Anisley Negrín, Marvelys Marrero…et qui méritent une plus grande promotion nationale et internationale.

 

En ce moment on parle beaucoup du rapprochement de cuba avec les USA. Comment vois-tu cet événement ?

 

C’est un pas important et remarquable pour consolider la paix entre les deux pays et dans la région des Caraïbes. J’applaudis toujours toute action qui permette l’amélioration des relations entre les Etats et les personnes.

Je me souviens de notre rencontre aux Festival Paris-Polar 2014, qu’as-tu pensé de ta visite en France?

Cette visite en France fut une vraie fête. J’ai visité des villes, j’ai participé à des festivals, j’ai partagé des espaces avec des écrivains importants, français, du reste de l’Europe et de l’Amérique. J’y suis allé avec de bons amis et je m’en suis fait de nouveaux. Ce fut très important pour moi dans ces festivals, d’interagir avec des lecteurs et lectrices de différentes régions de France. J’ai remarqué, avec grand plaisir, que mes romans ont un public dans votre pays que j’ai toujours admiré par sa littérature, son cinéma et tout ce qui touche la culture universelle.

Quel sera ton mot de fin à cette interview?

Merci Asphalte. Merci Estelle et Claire, mes éditrices.

Merci Morgane Leroy, mon amie et traductrice.

Merci à tous les anciens et nouveaux amis qui là-bas m’attendent.

Merci Richard Contin.