Les loups à leur porte de Jérémy Fel chez Rivage Edition

Aujourd’hui nous avons le plaisir d’accueillir Mr Jérémy Fel pour son roman « Les loups à leur porte » chez Rivage Edition.

 

71ll2DwGqdLUne maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ?

J’ai cru dans un premier temps  avoir affaire à un recueil de nouvelles. Le livre s’ouvre sur un incendie volontaire aux États-Unis en 1979. Deux morts et le coupable, tapi dans l’ombre, qui regarde son  œuvre le sourire aux lèvres. Second chapitre, des années plus tard, toujours aux États-Unis, un ravisseur d’enfant file en voiture vers Chicago, s’arrêtant pour la nuit dans un motel sordide. Troisième chapitre, près d’Annecy, une maison isolée et une baby-sitter psychologiquement fragile, pour ne pas dire plus, qui va foutre la trouille de sa vie au gamin qu’elle garde. Quatrième chapitre, à Nantes, une femme quitte son mari après avoir découvert qu’il l’a trompe…

Quatre histoires, quatre lieux et quatre époques a priori sans aucun rapport. Mais à partir du chapitre suivant, on retrouve un des personnages du début. Et de fil en aiguille, on commence à comprendre que des interactions vont naître, que tout cela est un gigantesque puzzle narratif dont les pièces, d’apparence totalement incompatibles, vont finir par s’emboîter. Diabolique !

 

 

Un premier roman magistral que je recommande absolument, et pour moi un coup de cœur énorme de la rentrée pour moi.

La semaine prochaine nous allons rencontrer la Folie.

Je vous souhaite une bonne semaine à tous.

 

 

 

Bienvenue sur le Divan du concierge, ma première question consiste à te connaître : peux tu nous parler de comment tu es venu à écrire un roman ?

 

Tout d’abord je te remercie de me recevoir ! Pour te répondre, j’ai commencé par écrire des scénarios de court-métrages, dans le but de les réaliser par la suite, pensant à cette époque que c’était par le cinéma que les images que j’avais en tête devaient prendre forme. Puis je me suis peu à peu rendu compte que c’était l’écriture en elle-même qui me plaisait : construire des histoires, des personnages, des atmosphères… J’ai donc décidé de changer de cap et de m’attaquer à des nouvelles puis à un premier roman, où mon imaginaire pourrait pleinement se déployer… Le but a ensuite été de trouver ma propre voix, celle qui m’était la plus naturelle, et qui servait le mieux possible mon propos ; mon ambition première, en écrivant, étant d’arriver par ce biais à emporter le lecteur dans mon univers.

 

 

 

 

 

 

Comment s’est passée la construction niveau écriture de ton premier roman Les loups à leur porte ? 

 

J’ai depuis le début eu pour projet d’écrire un roman mêlant plusieurs destins, tous liés par le fait que ses personnages se retrouvent à un moment de leur vie face à une menace, intérieure ou extérieure, physique ou plus psychologique. Et peu à peu, les liens se sont faits entre les histoires. J’ai une façon particulière d’écrire, chez moi c’est beaucoup l’inconscient qui parle, les scènes me viennent en tête, je les écris, et c’est ainsi que la « tapisserie » se construit. Dans ce roman, les personnages se croisent de différentes façon mais j’ai aussi fait en sorte que leurs cauchemars se répondent, que des réminiscences se créent…Chaque lecteur pourra trouver des correspondances plus ou moins visibles, de façon presque ludique, que ce soit des motifs visuels, des clins d’oeil, la répercussion de certains actes sur d’autres destins… Je ne dirais pas que tout est lié dans ce livre, mais presque…

 

Tu tisses une toile et aussi beaucoup de fausses pistes, es tu un amoureux de la littérature américaine ?

 

113735J’aime l’idée de tracer des chemins sinueux, de tenter d’emmener le lecteur là où il ne s’attend pas à aller, et même si, en même temps, il est impossible de prévoir ses réactions. En tant que lecteur, c’est aussi ce qui me plait : avancer à tâtons dans un univers autre ; être surpris, violenté. J’ai pour ambition de tenter d’écrire les romans que j’aimerais lire, et que le plaisir que je prends à les écrire se transmette ensuite au lecteur en plaisir à les lire.

Et oui, en effet, je suis un grand amateur de littérature américaine en général (mais aussi de cinéma et de séries télévisées), je pense que cela se voit assez facilement dans mon écriture et je n’ai jamais cherché à cacher mes influences, surtout pour un premier roman. Ce que j’aime chez les romanciers américains que je lis, c’est cette ambition, ce souffle, cette profusion d’histoires, cette façon de tenter d’embrasser un sujet et de ne pas le lâcher… Et de façon générale, la littérature américaine et terriblement éclectique, beaucoup plus (à mon humble avis) que la littérature française contemporaine.

 

A- t-on chacun un wendigo en nous ?

 

Je pense que l’homme a naturellement en lui cette part d’ombre, oui. Bien entendu, nous ne sommes pas tous des assassins en puissance, mais l’homme est par essence une somme de potentialités. La bestialité, la perversité et le goût du sang que ressentent certains de mes personnages en font partie. L’être humain est, quoi qu’on en dise, un prédateur, cela se vérifie chaque jour. Mais il est aussi capable du meilleur, c’est également ce que je tente de montrer dans ce livre, malgré la noirceur ambiante. Il y a aussi dans ces pages certains personnages qui en aident d’autres, et quelques preuves d’amour…

 

Parle-nous de deux personnages qui m’ont marqué: Walter et Duane

 

Walter est ma vision du mal absolu, qui contamine tous ceux qu’il côtoie, à la façon d’un virus. Je voulais créer un vrai personnage de « méchant », totalement irrécupérable. Walter est présent dans tout le roman, comme une ombre, une menace constante. C’est lui finalement, le véritable croque-mitaine, la figure contemporaine et « réelle » des monstres d’enfance qui hantent aussi les pages des « Loups… » Les autres personnages dangereux de ce livre sont, d’un certain point de vue, des variations de Walter, certains pourraient même être vus comme ses « fils spirituels »…

Duane, lui, est tout ce que Walter n’est pas : un être cabossé par la vie mais qui résiste, lumineux malgré ses blessures. Le croiser est une chance pour ceux à qui cela arrive dans ce roman, contrairement à Walter.

 

La transmission de la violence aurait pu être le titre de ton roman ?

 

flammes-brulent-meublesJe voulais un titre plus métaphorique, inquiétant… Mais en tout cas la violence et sa transmission perpétuelle sont les thèmes principaux de ce livre, en effet. Dans chaque chapitre, les personnages se retrouvent face à une forme particulière de violence. Certains la provoquent, d’autres en sont victimes ; certains y succombent, d’autres la rejettent… Je voulais vraiment faire ressentir cette violence, de façon physique, forcer le lecteur à entrer à la fois dans la tête des victimes et des bourreaux, et, dans certains cas, rendre la frontière entre les deux de plus en plus poreuse.

 

 

 

 

As tu une anecdote à partager avec nous sur ton roman ? 

 

Les personnages principaux de mon prochain roman apparaissent de façon très fugace dans des « Loups… », comme un clin d’oeil. A vous de les retrouver…

Et il est assez probable que certains personnages principaux des « Loups… » reviennent par la suite…

Comment écris-tu ?

 

J’écris tout au long de la journée, pendant des périodes plus ou moins longues. Et exclusivement sur mon ordinateur, j’ai besoin d’avoir le texte sous les yeux. Par contre je prends des notes dans un petit carnet quand je suis à l’extérieur. Je ne travaille jamais assis à un bureau, j’ai besoin d’une position plus confortable on va dire, donc sur mon canapé ou sur mon lit.

Quels sont tes écrivains préférés ? Et quel est ton livre de chevet actuellement ?

 

918ACEnFEbLEn vrac : Joyce Carol Oates, Fiodor Dostoievski, William Burroughs, Laura Kasischke, John Irving, Lautréamont,  William T.Vollmann, Stephen King, Michael Cunningham, Louis-Ferdinand Céline, Dan Simmons, Clive Barker, Donna Tartt… Actuellement je suis en train de lire Vilnius Poker de Ricardas Gavelis… Un roman assez hallucinant, presque cauchemardesque et totalement culte dans son pays, la Lituanie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quels sont tes films préférés ?

 

Requiem_pour_un_massacreComme ça, je citerais : Mulholland Drive de David Lynch, La soif du mal d’Orson Welles, Pierrot le fou de Godard, Melancholia de Lars Von Trier, Paris Texas de Wim Wenders, Barry Lyndon de Stanley Kubrick, Stalker d’Andrei Tarkovski…

Dernièrement j’ai eu un choc presque sans précédent avec le Requiem pour un Massacre d’Elem Klimov. Peut être le film le plus fort que j’ai vu sur les effets de la guerre et de la barbarie sur les populations civiles, et qui suit le destin d’un jeune garçon absolument bouleversant, qui après avoir trouvé un fusil enterré, décidera de partir en guerre contre les nazis aux côtés des troupes biélorusses. C’est d’une beauté et d’une force sans nom. Un film dont on a vraiment du mal à se remettre après l’avoir vu. Moi-même je suis resté une bonne heure sans pouvoir parler…

 

 

 

 

 

 

Quelle est ta musique préférée ? 

 

max-richterJ’écoute un peu de tout : rock, pop, métal, classique… En ce moment, je suis fasciné par la beauté de la musique de Max Richter, qui a composé entre autres la BO de la série The Leftovers. J’écoute d’ailleurs beaucoup de musique quand j’écris, pour me plonger plus facilement dans des ambiances particulières. Cela m’aide à me concentrer. Il m’est presque plus facile d’écrire en écoutant de la musique que dans le silence complet.

 

 

 

 

Quels sont tes projets littéraires dans les prochaines années ?

 

Je suis en cours d’écriture de mon deuxième roman, qui dans mon esprit sera au moins deux fois plus long que Les loups à leur porte et en amplifiera les thèmes ; une même histoire vue par quatre points de vue différents. Et je commence déjà à faire des recherches pour le troisième, qui se passera en grande partie en Europe et à différentes époques.

Quel sera ton mot de fin à cette interview ? 

Pas un juste un mot, mais le titre d’une chanson très importante dans « Les loups à leur porte » et qui résume beaucoup de choses : There Is a Light That Never Goes Out…