Sanglante sera ta fin de Laura Sadowski

Voici sur le Divan cette semaine une auteur pour qui j’ai une immense admiration, parce que tout simplement elle a crée son propre style que je trouve admirable.

Un style particulier « Le Thriller Judiciaire Français ».

Je veux parler de Mme Laura Sadowski pour son roman «  Sanglante sera ta fin ».

Le manque d’état d’âme des avocats vis-à-vis de l’éventuelle culpabilité de leurs clients. Coupable ou innocent n’est pas un argument en soi, l’important c’est de proposer la meilleur défense possible. Une sorte de jeu du chat et de la souris s’installe entre les différents protagonistes (avocats, clients, procureurs). Un vaste sujet qui amène réflexion.

Mme Sadowski arrive magistralement à nous mener à la baguette avec brio.

Comme à chaque roman qu’elle nous propose, elle arrive à nous émouvoir et ça c’est brillant !

Je trouve incroyable que cet écrivain de talent ne soit pas dans une grande maison d’édition car pour moi c’est un diamant brut qui continuera à briller longtemps et qui mérite d’avoir encore plus de lecteurs et lectrices.

Voici le résumé du roman :

sanglanteUn procureur américain demande l’extradition vers le Texas de Teddy Lamar, un jeune franco-américain, accusé de hold-up sanglants à Dallas et qui s’est réfugié à Paris. Il risque la peine de mort. Un procureur français désigne maître Franck Farraud, un avocat obscur mais ambitieux, pour empêcher que l’exécution ait lieu. Celui-ci voit dans cette affaire la chance de sa vie. Ce que l’avocat et le fugitif ignorent c’est qu’ils sont chacun le jouet d’une machination diabolique. Mais lorsqu’ils finiront par l’apprendre ?… Quand la machine judiciaire est le meilleur des alibis. Un thriller qui entretient le suspense jusqu’à la dernière page !

 

 

 

 

La semaine prochaine nous partons à Barcelone rencontrez un Balai d’Argent 2014.

Je vous souhaite une très bonne semaine.

 

 

Bienvenue sur le Divan Laura, ma première question va peut être te faire bondir mais pour moi tu fais partie en France des spécialistes du Thriller Judiciaire, tu as créé par tes 5 romans vraiment un univers rien qu’à toi, comment t’es venue l’idée de créer ton propre style que je n’ai trouvé nulle part ailleurs ?

 

DSC_0837 Laura SadowskiMerci beaucoup, Richard, de me recevoir.

 

J’ai en effet écrit trois romans qui sont des thrillers judiciaires. Le succès du 1er, « L’Affaire Clémence Lange », m’a vraiment surpris. Il y avait un vide à l’époque en France, car ce genre était et est toujours l’apanage des Anglo-Saxons, à l’instar du roman d’espionnage.

 

Je me suis lancée dans ce genre d’abord par goût. La dramaturgie des cours d’assises, le fait que l’avocat est l’homme ou la femme de la dernière chance, la mince frontière qui existe entre la culpabilité et l’innocence, le fait qu’un individu risque sa liberté, la responsabilité que représente le fait qu’on défende parfois un monstre, qu’on le défende seul contre tous… m’ont paru des ressorts d’écriture extraordinaires pour un thriller.

 

J’ai toujours admiré des auteurs comme John Grisham. Sous couvert d’un “legal thriller”, il soulève de grandes questions humanistes : celle de l’immoralité de la peine de mort, le lobby des fabricants des armes à feu, le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie, etc.

J’ai modestement souhaité suivre ses pas.

 

Je me suis lancée dans ce genre ensuite par formation. J’ai une formation d’avocate, et l’on ne cessait de me répéter que le système judiciaire français ne se prêtait pas à ce genre de roman. En France, le magistrat est tout puissant. Dans la tradition anglo-saxonne, c’est l’avocat qui est au centre du jeu. Heureusement, sous l’influence de l’Europe, les choses changent… Même si des affaires comme Patrick Dils, l’affaire d’Outreau, etc. montrent que le chemin qui reste à parcourir est immense.

 

Je me suis lancée dans ce genre enfin par amour de l’écriture. Le roman judiciaire est un genre réaliste, très réaliste. Il nécessite une écriture concise, précise mais ouvre le champ au romanesque. C’est un beau défi à chaque fois.

 

 

 

Comment t’es venue l’idée d’écrire «  Sanglante sera ta fin » ?

 

L’idée de « Sanglante sera ta fin » est venue d’une conversation que j’ai eue avec des amis avocats sur la peine de mort.

o-DERNIRES-PAROLES-CONDAMNS--MORT-facebookOn s’est demandé comment on ferait pour défendre un(e) condamné(e) à mort alors que notre code pénal ne prévoit plus la peine capitale depuis la loi de Robert Badinter. Je me suis mise dans la peau d’un avocat français forcé de tout faire pour éviter ce châtiment à son client. Mais à son corps défendant. Je ne voulais pas de pathos.

 

La seconde chose que j’avais en tête, c’était de confronter les deux systèmes judiciaires qui organisent, en gros, les démocraties du monde. Celui hérité de Napoléon (France, Belgique, Italie, etc.) et celui hérité de la tradition anglo-saxonne et son « Habeas corpus ».

Ainsi, j’ai créé le personnage de l’avocate pénaliste américaine Alicia Ortiz qui n’est pas pour la peine de mort, mais qui n’est pas contre non plus. Elle n’oublie pas, quand elle défend un criminel, les victimes qu’il a faites.

C’est typiquement américain. Qu’un meurtrier paie de sa vie, la vie qu’il a ôtée ne choque pas la majorité des avocats américains. Mais ils font leur job en utilisant le ressort d’une procédure pénale complexe.

 

 

Tu nous montres l’univers carcéral Américain très noir, quelle est pour toi la grande différence entre le milieu Judiciaire Français et Américain niveau procédure ?

 

La procédure judiciaire française place au centre le juge d’instruction, qui instruit normalement à charge et à décharge. Il est le maître du jeu, il est tout puissant face à un avocat qui doit aussi composer avec le procureur. Ce juge n’existe pas chez les Anglo-Saxons.

Les résultats sont bons en France parce que les enquêtes sont bonnes.

 

Mais l’affaire d’Outreau, l’effroyable affaire de Patrick Dils et bien d’autres montrent les limites d’un système où il faut attendre le procès d’assises pour que l’avocat tente de sauver la tête de son client en faisant confiance aux hommes et aux femmes qui composent le jury et au Président d’assises.

 

Aux USA, l’avocat du client est placé au même niveau que l’attorney at law (l’avocat général, dit aussi procureur). Ils se battent avec les mêmes armes. Aucun ne porte la robe, d’ailleurs.

Mais en France la justice est un service public. Elle garantit a priori une égalité de traitement entre tous les justiciables. Pauvres ou riches, les juges vous traitent de la même façon.

Aux USA, l’argent est roi. L’appartenance ethnique compte beaucoup, et que dire de l’appartenance sociale.

 

 

 

Parle-moi de deux personnages qui m’ont touché énormément : Teddy et Franck Farraud.

 

Les personnages de Teddy et de Farraud sont des personnages « gris » : le criminel n’est ni tout blanc ni tout noir, à l’image de son avocat. On ne les comprend que lorsqu’ils interagissent avec les autres : lorsqu’ils sont amoureux, lorsqu’ils sont émus, lorsque ce qu’ils possèdent risque de leur échapper…Ils n’ont rien d’héroïques : ils sont lâches, violents, etc., mais ils sont capables de se transcender et de rejoindre la commune humanité.

 

Je ferai mienne cette réflexion admirable :

« Je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j’essaie toujours de retrouver la place de l’homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes » (Esther Hillesum, décédée à l’âge de 29 ans au camp de concentration d’Auschwitz, connue pour avoir, pendant la Seconde Guerre mondiale, tenu son journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de transit de Westerbork.).

 

 

Peut-on extrader quelqu’un qui a la nationalité française aux États-Unis pour des crimes commis sur le sol américain, peux-tu nous en parler ?

 

Oui, la Convention du 6 Janvier 1909 relative à l’extradition entre les USA et la France le permet.

 

 

Et puis il y a un personnage qui est pour moi le must du « grand méchant » c’est Wander Giesen, peux-tu nous en parler ?

 

la_peur_elle_meme_laura_sadowski_couvWander Giesen, le procureur américain de l’histoire, est conçu pour être le coupable idéal. Le type au-delà de tout soupçon. Il a sa faille lui aussi, celle de l’obsession de la réussite sociale à l’américaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La peine de mort est toujours d’actualité aux États Unis, que penses-tu de la peine de mort ? Au Nebraska la peine de mort vient d’être abolie, c’est le 19ème État à abolir la peine de mort. https://www.amnesty.org/fr/articles/blogs/2015/05/victory-nebraska-becomes-the-19th-us-state-to-abolish-the-death-penalty/

 

Je suis contre ce châtiment indigne de notre civilisation. Il n’est pas seulement amoral, il est immoral. Quand une société se comporte comme un bourreau, ce n’est plus de la justice. D’autant que les statistiques le prouvent : la peine capitale ne dissuade pas (“ce n’est pas la rigueur de la peine encourue qui fait reculer le criminel, mais la certitude d’un châtiment” a écrit Beccaria, le plus grand pénaliste de l’Histoire). Mais je pense que les USA finiront par abolir ce châtiment inhumain et dégradant.

 

 

As tu une anecdote à partager avec nous sur ce roman ?

 

023J’ai visionné beaucoup de reportages sur les couloirs de la mort. J’en suis arrivée à me demander si la mort par injection n’est pas préférable à cette attente abominable, qui peut durer des décennies dans des conditions effroyables.

 

 

 

 

 

Y aura-t-il une suite à ce roman ? Le Concierge est curieux ;-)

 

Oui, il y aura une suite.

 

Quelles sont tes lectures de chevet en ce moment ?

 

vernon-subutex-vol1Virginie Despentes. « Vernon Subutex »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu dis dans une interview que Paris t’inspire énormément dans tes romans, parle-nous de ta vision de Paris, comment tu vois cette ville ?

 

82ea7e91cbd54b3e2b3e921c4dc4bef9_largeParis est la ville de tous les possibles romanesques. Depuis le « Roman Comique » de Scarron, cette ville est au cœur de l’écriture des romanciers français.

J’adore cette ville !… J’adore y flâner : elle me surprend toujours même si elle ressemble de plus en plus à un musée.

 

 

 

 

« Un écrivain n’existe que parce qu’il y a des lecteurs. Un écrivain orphelin est un être malheureux. » Et nous, on a besoin de toi, quel sera ton mot de fin ?

 

C’est une très belle définition de l’écrivain. Celui-ci ne sort de la solitude que pour aller à la rencontre de lecteurs… et d’interviewer comme vous, Le Concierge masqué. C’est sa plus belle récompense. Alors merci infiniment de m’avoir lue !