Trame de sang de William Bayer chez Rivages Edition

Voici sur le divan cette semaine et c’est un honneur pour moi de l’accueillir car il fait partie des grands écrivains américains.

Vous avez surement lu « Pèlerin,Le Rêve des chevaux brisés,La Ville des couteaux,Wallflower… » Je veux parler de Mr William Bayer.

Il nous revient avec un magnifique roman « Trame de sang »chez Rivages Edition.
Dans cette interview il revient sur ce roman et sur sa vie et ses passions et en primeur vous en saurez plus sur son prochain roman.

Il se confie largement rien que pour vous.

Voici un résumé de son dernier roman « Trame de sang »

81duxfQooBLJoel Barlev, jeune artiste prometteur, tombe amoureux de Liv Anders, danseuse et tisserande. « Ce qui ne peut être dit doit être dansé. Ce qui ne peut être dansé doit être tissé. Et ce qui ne peut être tissé doit être imprimé dans la chair » : l’étrange mantra de Liv intrigue Joel ; de même lorsqu’elle affirme « dissimuler sa douleur dans ses tissages ». Lorsque Liv est tuée, il apparaît qu’elle avait bien dissimulé quelque chose dans l’une de ses compositions abstraites, et Joel, aidé de ses deux amis Justin et Kate, veut découvrir quoi.

 

 

 

 

 

 

 

La semaine prochaine nous partons rencontrer pour moi une des très grandes écrivains du thriller judiciaire Français.

Je vous souhaite une très bonne semaine à tous.

Bienvenue sur le Divan du Concierge, ma première question consiste à faire connaissance avec vous, pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

comedie-7Je suis originaire de Cleveland, une ville industrielle du Mid-West américain. Cleveland est devenue une ville de ce que l’on appelle la « rust-belt » (région du Nord Est des Etats-Unis, essentiellement autour des Grands Lacs, anciennement très industrialisée mais en déclin), mais quand j’étais jeune elle était dynamique et riche. Elle a encore un musée de l’art sensationnel et le meilleur orchestre symphonique du pays. Mon grand-père était un industriel et propriétaire d’une usine… Donc naturellement, à l’adolescence je suis devenu marxiste ! Mon père était avocat, et ma mère auteur de théâtre (elle est devenue célèbre plus tard comme scénariste sous le nom d’Eleanor Perry). Mes parents ont écrit ensemble 4 romans dans les années 40, et aussi deux pièces de théâtre, dont l’une a été jouée à Broadway en 1959. J’ai étudié l’histoire de l’art à l’Université, et je voulais travailler dans ce domaine, mais j’ai perdu mes illusions sur l’art académique, ai quitté l’université, et ai rejoint l’U.S.I.A. (US Information Agency ou Propaganda Angency of the US, liée au ministère des affaires étrangères américain, de 1953 à 1999), pendant la présidence de Kennedy en tant qu’attaché culturel auprès des ambassades étrangères. Puis, mystérieusement, à la veille de la trentaine, j’ai développé une très forte envie d’écrire de la fiction. Au début j’ai voulu écrire des romans littéraires sérieux, mais après plusieurs essais je me suis trouvé une place dans le polar psychologique.

 

 

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire votre roman Trame de Sang ?

J’ai toujours été touché par l’angoisse existentielle des adolescents. Lors de la 50ème réunion des anciens de ma classe d’internat, il m’est venu l’idée d’écrire un roman contemporain ayant pour cadre une école d’élite de Nouvelle-Angleterre comme celle où j’avais été élève (Exeter). Dès le départ j’ai pris une décision importante : je n’essaierais pas d’écrire une histoire en  langage « djeuns », mais je ferais parler Joel, mon personnage principal et narrateur de 18 ans, et ses deux meilleurs amis, Kate et Justin, en anglais standard. J’ai aussi voulu utiliser les thèmes classiques des romans se déroulant dans les internats (relations romantiques partagées ou non, aliénation, rébellion, sexualité, vies familiales perturbées, dilemmes moraux, moments de révélations et acquisition de la maturité) d’une façon unique. J’espère y avoir réussi.

 

Nous voyons dans votre roman le passage à la vie d’adultes de vos personnages principaux, parlez-nous de Joël, un personnage que j’ai adoré.

 

71Uw6sRfxSSMoi aussi j’aime beaucoup Joel Barley. Il est très intelligent, sensible et a un grand talent d’artiste visuel. Pendant l’écriture du roman je me suis fortement identifié à lui. Et bien que je sois plus vieux de quelques décennies, je n’ai eu aucune difficulté à parler en son nom. Joel a beaucoup de points communs avec moi à son âge : il étudie beaucoup, il vient d’une famille juive non pratiquante, ses parents sont divorcés, il est un peu naïf en matière de sexe, il veut plus que tout se trouver une petite amie, et il est très loyal envers ses amis. Il est aussi intensément curieux de tout, et occasionnellement, un peu bagarreur.

 

 

 

 

 

 

 

Vous qui êtes diplômé de Harvard en histoire de l’art.
Faut t’il souffrir pour faire une œuvre d’art ?


 

usa-4-1024x769Le sujet de ma thèse était Paul Gauguin, et c’est sûr qu’il a beaucoup souffert ! Mais je ne pense pas qu’il soit nécessaire de beaucoup souffrir pour créer une œuvre d’art. Une petite blessure psychologique suffit. La blessure n’a pas besoin d’être profonde, et elle ne doit pas être paralysante, mais si l’artiste ou l’écrivain sait comment s’en servir elle peut générer une grande créativité. Et si l’artiste a du talent, il peut se servir de cette souffrance pour faire quelque chose de merveilleux. A ce sujet, il y a une scène dans Trame de sang qui se déroule lors d’un séminaire sur Hemingway. Le professeur a écrit au tableau plusieurs lignes d’une lettre écrite par Hemingway à son ami et collègue en écriture Francis Scott Fitzgerald : « Oublie ta tragédie personnelle. La vie est garce avec nous dès le départ et toi spécialement tu dois souffrir comme un malade avant de pouvoir écrire sérieusement. Mais quand tu ressens cette satanée souffrance utilise-là- ne triche pas avec elle. Reste-lui fidèle. «   Je pense que ce conseil souligne de façon éloquente le rôle de la souffrance dans le travail d’un artiste. (A ce propos, si vous connaissez un peu la relation d’Hemingway avec sa mère, vous comprendrez pourquoi il utilise le mot « garce »).

 

 

Dans votre roman vous citez Baudelaire : Ce qu’il y a d’ennuyeux dans l’amour, c’est que c’est un crime ou l’on ne peut pas se passer d’un complice. Je trouve que cette phrase résume bien votre roman dans lequel on trouve aussi des histoires d’amour. 

 

Charles+Baudelaire2J’adore cette citation. Pour moi ce qu’elle a de plus intéressant, c’est que Baudelaire parle de l’amour comme d’un crime. Je pense que c’est brillant à bien des égards, et j’adore la façon dont elle amène à parler de l’amant de quelqu’un comme de son complice.

 

 

 

 

 

 

  Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman ? Et à partager avec vos lecteurs et lectrices 

 

Une de mes scènes préférées, c’est quand Joel escorte Liv dans les tunnels de livraison de nourriture désaffectés qui passent sous le campus, et lui montre des graffiti pleins d’angoisse écrits sur les murs du tunnel par plusieurs générations d’étudiants.

 

 

Y aura t-il une suite à ce roman ?

 

Probablement pas. J’ai déjà écrit des suites mais je n’aime pas trop ça. J’essaie de mettre tout ce que j’ai dans chaque histoire que je raconte, et bien qu’il y a toujours des lignes narratives qui pourraient être développées et des personnages dont la vie pourrait prendre un nouveau tournant, généralement je m’intéresse plutôt à des nouvelles histoires et de nouveaux personnages, et je suis prêt à passer à autre chose…comme je l’ai fait avec mon dernier roman, The Luzern Photograph.

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?

 

Je pense que c’est un de mes meilleurs. Nous devons encore le faire traduire en français, mais j’ai bon espoir que ça se fasse bientôt.

C’est un polar psychologique, un mystère néo-noir contemporain, dans lequel une photographie célèbre du siècle dernier a une incidence sur un meurtre contemporain. Ça parle d’obsession, de création artistique et de meurtre.

En 1882, la jeune Lou Andreas-Salomé (qui plus tard deviendra écrivain célèbre, psychanalyste et une muse « femme fatale ») a posé avec Friedrich Nietzsche et son meilleur ami, Paul Rée, pour une photo étrange prise à Lucerne, en Suisse. Plus de 30 ans plus tard, en 1913, un artiste de rue bizarre de la Vienne de Freud, obsédé par Lou Salomé, lui présente un étrange dessin basé sur cette vieille photographie, à l’époque « infâme ».

Au temps présent, en 2013, 100 ans plus tard, Tess Berenson, une créatrice d’art performance brillante de 36 ans, emménage dans un loft semi professionnel / semi privé dans un immeuble art déco louche au centre-ville d’Oakland, en Californie. Elle apprend que son nouveau loft était occupé par une dominatrice professionnelle partie précipitamment, qui utilisait le pseudonyme de Chantal Desforges. Tess, intriguée, décline l’offre du propriétaire de la débarrasser de ses diverses équipements BDSM. Quelques semaines plus tard, Tess apprend que Chantal a été assassinée.

Au fur et à mesure que Tess en apprend plus sur Chantal elle est de plus en plus intriguée. Déterminée à créer une performance sur la vie et la mort de Chantal, elle se lance dans une enquête obsessionnelle, posant des questions aux connaissances de Chantal, ses clients et ses collègues dominatrices ; elle devient amie avec un artiste faussaire insaisissable qui habite en bas de l’immeuble ; elle s’allie avec le détective de la police criminelle d’Oakland chargé de l’enquête.

Plus Tess en apprend sur Chantal, plus cette femme lui paraît énigmatique et plus elle devient obsédée par elle. Quand Tess tombe par hasard sur les livres de Chantal emballés dans des boîtes dans le local d’un bouquiniste, elle achète le tout et le remonte dans son loft. En parcourant les livres elle se rend compte que beaucoup contiennent des annotations dans les marges, et que des photos, des plans et même des lettres pliées ont été conservés entre les pages. Tout ce matériel, ainsi qu’une photographie contemporaine qui reprend l’imagerie de la photographie de Lucerne du titre, entraîne Tess encore plus profondément dans le monde mystérieux et l’esprit de Chantal Desforges.

A cette histoire contemporaine vient se mêler une deuxième histoire située dans le passé (1913 Vienne, 1934 et 1937 Göttingen, 1943 Berlin, etc), celle de l’incroyable Lou Samomé, avec de brèves apparitions de Sigmund Freud, Martin Bormann, et Alan Dulles.

Les deux histoires finissent par se fondre, le lien entre l’ancienne photo de Lucerne, le dessin de l’artiste de rue fait en 1913, et la reconstitution de la photo prise par Chantal, devient le fil directeur de la performance de Tess sur Chantal, et une clé possible pour résoudre le meurtre.

La tension s’accroît, alors que Tess, qui de plus en plus près de découvrir qui est l’assassin de Chantal se rend compte qu’elle aussi est en danger …

 

J’aimerais que vous nous parliez de votre roman « Pèlerin » qui m’avait énormément marqué, le monde mystérieux de la fauconnerie.

 

51sYzlh7T1L._SX310_BO1,204,203,200_Un jour d’été sur l’île de Marthas Vineyard, j’ai levé les yeux vers le ciel juste à temps pour voir un faucon pèlerin en train d’attaquer un autre oiseau. A ce moment-là comme par magie l’histoire de Peregrine a pris son envol ( !) dans mon esprit. Il y aurait trois personnages principaux : un fauconnier qui entraîne ses oiseaux à tuer des femmes à New York ; une jeune reporter télé ambitieuse à fond sur cette histoire, et un inspecteur de police chevronné de New York enquêtant sur l’affaire. Les trois personnages seraient réunis dans une sorte de final « Grand Guignol ». C’est la seule fois dans ma carrière d’écrivain que l’histoire complète d’un roman m’est venue en un seul instant. Donc vous voyez, l’origine de mon histoire est aussi mystérieuse que l’histoire elle-même !

 

 

 

 

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

En fait je ne passe pas beaucoup de temps devant l’ordinateur à écrire, généralement moins de 2 heures par jour, et habituellement au milieu de l’après-midi (ce qui ne me convient guère). Mais en fait « j’écris » 24h sur 24 car mes histoires se fraient un chemin dans mon subconscient. Je crois que c’est ce travail subconscient qui constitue vraiment ma vie d’écrivain.

 

 

Dans votre dernier roman vous parlez de Ernest Hemingway, est ce votre auteur préféré ? Et que lisez-vous actuellement ?

 

yousufKarsh-ErnstHemingway-largeHemingway a très tôt été un de mes favoris, surtout Le soleil se lève aussi et plusieurs de ses nouvelles. Il se trouve par hasard que mon excellent professeur d’anglais était son cousin. Un jour que j’étais chez ce professeur, en train de travailler avec lui sur un discours que je devais faire pour ma remise de diplôme, il m’a permis de lire environ une douzaine de vieilles lettres qu’Hemingway lui avait écrites dans les années 20. C’était des lettres merveilleuses pleines de descriptions de Paris et de conseils sur l’écriture. Mon professeur a partagé quelque chose de très spécial avec moi, et ça m’a fait une très forte impression. Mais si vous me demandez qui sont aujourd’hui mes romanciers préférés, je ne mettrai probablement pas Hemingway sur la liste. Je mentionnerai sûrement les auteurs russes, William Faulkner, et parmi les contemporains, Philip Roth. Pour ce qui est de ce que je lis en ce moment, ce n’est pas de la fiction pour l’essentiel. Mais récemment j’ai beaucoup aimé Le dîner de Herman Koch.

 

 

 

 

Pourquoi en 1994 vous prenez le pseudonyme David Hunt pour deux romans, Mort d’un magicien et Pièges de lumières ? Car votre carrière d’écrivain était déjà bien lancée.

En fait en France les deux romans ont été publiés sous mon vrai nom. Mon éditeur américain, ayant découvert que mes ventes aux Etats-Unis étaient basses, voulait me faire prendre un « nouveau départ ». Il y a avait beaucoup d’argent en jeu alors j’ai accepté … rétrospectivement je pense que c’était probablement une erreur.

 

 

Les femmes tiennent une grande place dans vos romans. Comment faite -vous pour écrire vos personnages Féminin ?

 

La ville des couteauxJ’adore écrire sur des personnages féminins et ça ne me pose aucun problème. Les romans de San Francisco mentionnés ci-dessus sont racontés du point de vue de mon personnage principal, Kay Farrow. Au début j’étais inquiet de ne pas pouvoir mener ce projet à bien, mais très vite sa voix m’est venue, et après ça c’était une vraie joie de raconter l’histoire à travers ses yeux. Ma fille pense que j’étais en contact avec ma « part de féminité », mais je pense que ça a fonctionné parce que l’histoire était plus forte que si je l’avais écrite à la troisième personne. Ça m’a aussi aidé que Kay ne soit pas ce qu’on appelle une femme très féminine.

 

 

 

 

 

 

Quelles sont vos passions dans la vie ?

 

J’aime le théâtre, l’art, la bonne chère, les céramiques japonaises, et faire de longues marches dans des villes étrangères.

 

 

Quel sera votre mot de fin pour l’interview ?


 

J’aimerais exprimer ma gratitude envers mon éditeur français, François Guerif aux Editions Payot et Rivages, pour avoir soutenu ma carrière, et aussi envers mes lecteurs français. C’est un honneur pour moi que mes romans soient lus et appréciés en France.