Nid de Vipères de Edyr Augusto aux éditions Asphalte

Le troisième roman d’Edyr Augusto « Nid de Vipères »aux éditions Asphalte nous amène de nouveau dans l’État du Pará. Après les rues de Belém et les villégiatures de l’île de Mosqueiro, c’est au cœur de l’Amazonie et du pouvoir local qu’Augusto nous entraîne.

Il y a très longtemps que je voulais interroger cet auteur qui pour moi est une immense plume Brésilienne du noire.

Je remercie énormément Claudia pour la traduction de l’interview.

Et pour moi son troisième roman est une merveille du genre.

Je vous le conseille les yeux fermés et je remercie Asphalte Edition de nous faire découvrir de tels auteurs.

Voici un résumé du roman :

6a0120a864ed46970b01bb0804b3b8970dCastanhal, dans l’État du Para, au nord du Brésil. Afin de lui extorquer sa scierie, Wlamir Turvel, trafiquant ambitieux, tabasse Alfredo Pastri, puis viole sa femme sous les yeux de leurs enfants, Isabela et Fred. Ceux-ci jurent de venger leurs parents. Mais des années plus tard, Fred a tourné la page et s’est installé aux États-Unis.

Isabela, elle, n’a rien oublié. Déterminée à aller jusqu’au bout de sa vengeance, elle a suivi méticuleusement l’ascension de Wlamir Turvel, devenu l’un des maillons les plus importants du trafic de drogue dans l’Amazonie, ainsi que le gouverneur de l’État. Elle est devenue sa maîtresse et a appris tous ses secrets. En éclatant, sa vengeance va tout emporter sur son passage.

 

 

 

 

 

La semaine prochaine nous partons dans la Baie de Somme.

Je vous souhaite une bonne semaine à tous.

Bienvenue sur le Divan du concierge, ma première question consiste à vous connaître: Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans?

1779060_636672493067039_682993388_nMon enfance a été merveilleuse, en compagnie de mes quatre frères, dans une famille qui travaillait à la radio depuis mon grand-père et qui écrit aussi des livres et met en scène des pièces de théâtre. Impossible d’en fuir. J’ai écrit ma première pièce quand j’avais 16 ans. Dix ans après, j’ai publié mon premier livre des poèmes. Après la quarantaine, j’ai écrit mon premier roman, « Os éguas », qui en France s’appelle « Belém ». Mon frère aîné travaille dans une radio de l’État et voulait retourner aux radio-feuilletons.Le projet n’a pas réussi, mais le début d’un texte qui serait le premier chapitre a abouti dans le livre que j’ai commencé à écrire et que je ne me suis pas arrêté d’écrire.

 

 

 

 

 

 

Comment est perçu le roman noir aux Brésil?

 

À partir des livres de Rubem Fonseca, la réception a été de mieux en mieux. Aujourd’hui il y a plusieurs écrivains dans la même ligne.

 

Tous vos romans se passent dans l’état du Para et Belém, pouvez-vous nous parler de votre intérêt pour votre état et est-ce un état si violent?

 

 

Bel__m_from_SE_01Je ne considère pas mon état plus ou moins violent que n’importe quel autre lieu. Le monde est même très violent. Dans mon cas, Pará est l’état le plus riche potentiellement du Brésil et, au même temps, un des plus pauvres économiquement. La découverte de l’or et d’autres richesses ont attiré la convoitise, la misère et le désenchantement et, avec ça, la violence. J’écris sur ce qui se passe dans mon village, parce que je veux offrir au lecteur d’autres décors dans la forêt Amazonie, villes de concret au milieu de la forêt tropicale. Ce mélange m’attire. On a tous les cadeaux que la modernité peut offrir au même temps, la forêt avec son propre temps.

 

 

Dans votre dernier roman publié en France « Nid de vipères » ont aurait pu l’appeler « Vengeance ». Comment vous est venue l’idée d’écrire ce superbe roman ?

 

Pour être sincère, tout vient de la première scène, que m’est venu à la tête un soir, en regardant les feux d’artifice de la fin de la fête du cierge. À partir de ce moment, tout a commencé. Je ne sais jamais ce qui arrivera dans chaque roman, et notamment à la fin. J’écris et je m’amuse, je souffre et je vibre avec les personnages.

 

 

Il y a « le grand méchant » dans votre roman qui est magistral, Wlamir Turvel, pouvez-vous nous en parler?

 

Comme j’ai déjà dit, l’état est très riche et a attiré des personnes de tous les types, qui veulent de la fortune. Il n’est pas méchant, il n’a pas d’éthique et s’est habitué très tôt à faire sa vie, tous les jours, en déplaçant ceux qui peuvent lui nuire. Il est aussi la somme de plusieurs politiciens brésiliens, notamment ceux du Pará et ses milliards de défauts. Il y a plusieurs extraits absolument vrais dans mes livres, mélangés avec la fiction.

 

 

La corruption est totale dans vos romans, est-ce à ce point dans votre état?

 

Malheureusement la corruption fait partie du monde moderne et ploutocrate dans lequel nous vivons. Dans mon pays, avec une démocratie récente, ceux qui s’approchent d’abord sont les escrocs, les voleurs, jusqu’à ce qu’il existe une dépuration au long du temps vers une démocratie meilleure.

 

 

 

Et il y a un grain de sable qui va apparaître et donner du soucis à Turvel: Isabella, comment vous est venue l’idée de ce personnage ?

 

Comme journaliste, homme de radio et écrivain, je marche dans la ville, je passe par des différents groupes tout en écoutant les personnes. Il est clair qu’une Isabelle existe, tout comme ce type de vengeance. Parfois, on voit une femme dans la rue et elle s’encadre physiquement dans ce qu’on cherche. Le reste est fiction.

 

Dans vos romans je ressens la patte du metteur en scène, ça vous aide à écrire vos romans?

 

Je suis un écrivain. J’ai récemment mis en scène, par force des événements, quatre pièces de théâtre, que j’ai écrit. On dit toujours que mes textes ont l’air d’être des scénarios cinématographiques ou théâtraux. C’est du style. J’ai rassemblé du journalisme, de la propagande et du théâtre, en enlevant de chacun ce que je pense qui est le mieux par rapport a la concision, la description et le rythme. Ce n’est que ça.

 

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman Nid de vipères?

 

Malheureusement, celles que je connais sont impubliables.

 

Je voudrais revenir sur vos deux premiers romans publiés en France: Belém et Moscow :

 

Moscow: Moscow fait l’effet d’un violent ressac qu’on se prendrait sur l’arrière du crâne en pensant avoir échappé au pire. Comment s’est construit votre roman?

 

71qWRPX+7-LC’est curieux. J’écrivais deux romans au même temps, pour m’amuser. Un d’eux est devenu, plus tard, « Casa de Caba » ou « Nid de VIpères ». L’autre a quatre chapitres écrits et un jour je l’achèverai. Du coup, j’ai eu envie de faire un exercice en première personne. J’ai lu dans un journal un article sur des activités criminelles de jeunes délinquants à Mosqueiro-Moscow et j’y me mis à travailler. À la fin de cinq chapitres, j’ai compris que cela était un livre et je suis allé jusqu’à la fin.

 

 

 

 

 

 

 

Belém nous fait découvrir le côté sombre de la « cité des manguiers », métropole brésilienne située à l’estuaire de l’Amazone. Trafic de drogues, proxénétisme, pédophilie, corruption. Pour moi votre roman est un diamant brut, C’est une critique sociale terrible je trouve, quelle as été la réaction de la classe supérieure sur votre roman après sa parution?

 

MAPA MOSQUEIROTrès peu de réaction. La classe supérieure de Belém n’est pas habituée à lire. Même au Brésil, j’ai commencé à être plus connu à partir de « Moscow ». Aujourd’hui, avec le succès en France, il y a une grande demande du livre, y inclus des nouvelles éditions. J’ai mélangé plusieurs histoires, j’ai crée d’autres, j’ai inclus une citation à « Pulp Fiction » et j’ai envisagé chez moi des opinions contraires à partir de la mort des personnages « sympathiques ». Mais cela a été mon début comme romancier, les premières touches de mon style. J’aime bien ce livre. Quant à la classe supérieure, elle ne lit toujours pas, mais elle offre toujours des beaux motifs pour d’autres livres.

 

 

Comment écrivez-vous?

 

edyr 4En ce sens, ma vie est un gâchis. J’ai plusieurs activités quotidiennes, y compris l’administration, rédiger des messages publicitaires, chronique hebdomadaire dans un journal, écrire des pièces et des romans. Je reçois l’idée, je crois le faire et la tête va tout organiser jusqu’à ce que le moment de la rédaction. Je fais des Squelettes de chaque chapitre. J’en écris un par jour. Je suis très rapide. Dans le même temps, paresseux. La tête va penser dans la journée en attendant le prochain moment de la rédaction. Quand je commence, je ne sais pas ce qui va arriver à la fin.

 

 

 

Quels sont vos écrivains préférés?

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Je suis un Lecteur ordinaire. Je lis tout ce qui me séduit. Ma maison est encombrée de livres. Je suis une bibliothèque d’hôtes, au grand dam de ma copine. Comme au Brésil, Rubem Fonseca, Marcelino Freire, Mirisola Marcelo et Ronaldo Bressane. En France, j’aime Philippe Djan, Levy et même Alexandre Dumas! Je lis tous les damnés, les Beats Américains, comme Elmore Leonard, en bref, la liste est longue.

 

J’ai vu que vous aviez une passion qui se nomme Le Football, quel est le plus beau match que vous avez-vu?

 

Je suis passionné de football. Regarder un grand nombre de match. Les meilleurs matches de football que je ai vu ont été avec mon club ici dans le Pará, le Club Flamengo de Rio de Janeiro, être champion et l’équipe brésilienne de 1982 inoubliable. Mon surnom pendant des matches de football c’est « Platini » parce qu’ils pensent que je joue comme ça et aussi visuellement. Je l’admirais beaucoup en tant que joueur.

Quel sera votre mot de fin à cette interview?

 

Je suis passionné par la France. Jusqu’à là, je préférais aller à Londres. Mais Jamais plus. J’adore tout en France. Les personnes sont intelligentes, cultivés, discrets, et chaleureux. Et tout est joli. Je serai en septembre dans un festival à Besançon. Et c’est long d’attendre ! Enfin, j’aimerais vivre un à trois mois aux moins, pour jouir mieux du pays et des personnes.