La filière Afghane de Pierre Pouchairet chez Jigal Edition

Voici une magnifique interview de 7 pages de Mr Pouchairet , et oui ! Il adore mon divan ;-)

Cette fois pour son second roman paru chez Jigal Edition « LA FILIÈRE AFGHANE ».

Vous serez comme moi emporté dans ce polar qui vous coupera le souffle.

Un auteur de talent qui sait avec sa plume nous montrer les points noirs de notre société.

Un bijou à lire absolument effet garanti de suite !

Voici un résumé de son roman :

la-filiere-afghane-alors-que-la-france-est-la-cible-dactes-terroristes-gabin-marie-et-leurs-collegues-de-la-pj-enquetent-sur-desAlors que la France est la cible d’actes terroristes, Gabin, Marie et leurs collègues de la PJ enquêtent sur des dealers qui opèrent dans une cité de Nice. Après l’identification d’un réseau structuré et multicarte, les investigations vont remonter jusqu’en Afghanistan. Là-bas, entre le retrait des forces internationales et la succession d’Hamid Karzai, une page est en train de se tourner dans une ambiance délétère. Et c’est dans un climat de suspicion et de corruption généralisée doublé d’une violence aveugle que le flic niçois va découvrir les liens entre trafic de drogue et terrorisme ! De Nice à Kaboul, du Helmand aux Pyrénées s’engage alors, pour Gabin et son équipe, une traque impitoyable pour éviter le pire…

 

 

 

 

La semaine prochaine nous rencontrerons des cochons …. Oui vous avez bien entendu des cochons ;-)

Je vous souhaite une bonne semaine de lecture.

 

Bonjour Mr Pouchairet. En lisant UNE TERRE PAS SI SAINTE, paru en septembre 2014 nous visitions la Palestine, cette fois vous nous emmenez en Afghanistan. Comment vous est venue l’idée d’écrire ce roman ?

 Bonjour mon cher concierge, tout d’abord merci de me recevoir à nouveau chez vous pour parler de mon dernier livre. C’est avec grand plaisir que je retrouve votre intérieur et que je fais la connaissance de Jingo. S’il pouvait arrêter de faire ses griffes sur ma veste, je le trouverais encore plus sympathique…

Photo-POUCHAIRET-Ramallah-2-18Pour répondre à votre question, l’idée d’écrire sur l’Afghanistan s’est imposée très facilement à moi. J’ai travaillé quatre ans et demi dans ce pays de mars 2006 à septembre 2010, j’ai représenté la police française à Kaboul comme attaché de sécurité intérieure, en poste à l’ambassade de France… Je dois être l’un, peut-être même le, fonctionnaire français, à être resté le plus longtemps dans ce pays… J’ai vu la situation y changer, ainsi que la perception que les Afghans pouvaient avoir de la coopération internationale. À mon arrivée, même s’il y avait déjà des attentats, ils étaient rares et les étrangers étaient relativement bien acceptés. Quatre ans plus tard, ce n’était plus la même ambiance. Les étrangers étaient réellement devenus les cibles favorites de la rébellion et il devenait risqué de se promener dans la rue. Durant toute la période où j’ai vécu à Kaboul, je logeais dans une maison en ville que je partageais avec un collègue et notre vie au début avait quelques ressemblances avec l’ambiance de Kaboul Kitchen, et puis il y a eu le début des enlèvements… Même si la police française n’a été maître d’œuvre que sur deux d’entre eux, mon collègue et moi avons travaillé sur tous les autres… Tout cela m’a donné envie d’écrire sur l’Afghanistan et de profiter de ma connaissance du pays, de sa géographie, de ses institutions pour illustrer mon polar.

Ce n’est pas un polar « bien documenté », tout ce qui est mentionné pour la partie afghane de ce livre fait appel à des souvenirs personnels, à du vécu.

 

Quelle est votre vision de l’Afghanistan, Et quand les forces internationales se seront retirées n’y a-t-il pas un risque de voir revenir les talibans à Kaboul ??

800_7071a29265520b4f0d8da8ef395b965c Ma vision est très pessimiste. Les forces internationales viennent d’abandonner le pays, le retrait définitif s’est achevé fin 2014. Les Américains ont encore la base de Bagram et beaucoup de pays continuent de former les forces de sécurité afghanes (Armée et Police), mais les internationaux ne participent plus directement aux combats. C’est maintenant aux Afghans d’assurer leur propre sécurité…

Je ne suis pas certain que ce retrait soit une bonne chose. La présence internationale en Afghanistan a fait l’objet d’une communication désastreuse. Dans l’esprit du public, elle a toujours été associée et vue de la même manière que la guerre en Irak.

Même s’il est grand temps que les Afghans prennent en main leur destinée et ils en ont les moyens, je ne suis pas certain que leurs cadres en aient la volonté. Il s’agit de gens qui, lorsqu’ils ne sont pas bi nationaux ont des intérêts à l’étranger, souvent leur famille y réside. Ils n’ont jamais, ou très peu, combattus et n’ont pas d’assise dans le pays. Ils sont revenus en Afghanistan après la chute des talibans pour s’enrichir… Ils continuent de se remplir les poches et repartiront dès qu’ils sentiront le vent tourner…

Et puis il y a l’Afghan de la rue et sa mentalité n’est pas très éloignée des talibans, en dehors de Kaboul, où il y a un peu de modernité, le reste du pays est fait d’une population exclusivement rurale, dominée par des chefs de clans, de tribus, de familles. La religion a une place prépondérante dans la société. Comme me le disait un diplomate français, « c’est un pays qui oscille, entre l’âge de pierre et le moyen-âge… »

Donc tout cela est effectivement annonciateur d’un retour des talibans. Je pense que ces derniers ont, cependant, légèrement évolué. Ils ne commettront plus les erreurs du passé… D’abord l’association avec les étrangers, il n’y aura plus de Ben Laden installé dans le pays pour y mener une guerre qui n’intéresse pas les talibans.

La différence des talibans avec d’autres islamistes, c’est essentiellement que les talibans, à majorité pachto, sont également gérés par leur propre code et n’ont pas de volonté expansionniste si ce n’est la réunion du peuple pachto séparé par les frontières entre l’Afghanistan et le Pakistan

 

On retrouve Gabin pour cette nouvelle aventure, comment le voyez-vous évoluer dans les années futures ?

Gabin reste, pour le moment, le héros phare de mes romans. Il continuera d’apparaître dans mes livres, mais pas à chaque fois. Par exemple, il ne sera pas dans le prochain. Il n’en demeure pas moins qu’il reste un personnage auquel je suis très attaché… et pour cause, puisqu’il est installé dans le bureau que j’occupais à Nice.

 

Votre roman est très d’actualité, le recrutement de jeunes Français pour devenir des terroristes, l’influence de certains imams sur les jeunes, les attentats sur le sol français.

AFGHANISTAN-Novembre-2014-Pierre-POUCHAIRETC’est vrai, j’essaye dans mes livres de coller à l’actualité. Dans LA FILIÈRE AFGHANE, je me suis intéressé à l’attrait que les jeunes peuvent avoir pour le djihadisme. Plusieurs gamins des banlieues niçoises sont partis pour le djihad. Leur départ est parfois hallucinant, il n’y a pas vraiment de règles, des parents apprennent parfois le départ de leur gosse sans jamais s’être doutés qu’il pouvait s’intéresser à l’Islam… Ils retrouvent une chambre vide sans avoir rien vu venir… Dans d’autres cas, le parcours est plus classique, les bandes, le passage par la case prison, l’embrigadement en milieu carcéral… Ou encore Internet, la recherche d’une identité… Les imams autoproclamés qui œuvrent dans les cités et les prisons sont un véritable problème…

Pour les attentats, j’ai placé dans mon livre la barre beaucoup plus haut que la réalité de la menace… Tout au moins je l’espère. Mais il faut être conscient que le risque terroriste est important et ne pas se voiler la face. Le vol récent d’explosifs dans un camp militaire est inquiétant.

 

vous mentionnez une concurrence entre Al Qaïda et Daech, s’agit-il de deux groupes terroristes complètement différents ?

afghanistan_2009_aboveLa particularité de Daech est dans son nom, que l’on essaye de cacher, ou plutôt d’oublier : Etat islamique (E.I.). L’E.I. gère et administre un véritable État, il a son administration, son armée, sa police, ses œuvres sociales… L’Etat islamique a pour vocation de fédérer, ou plutôt, d’englober tous les musulmans, c’est, d’une certaine manière, le retour de l’idée du panarabisme, sauf que le ciment est l’Islam et non l’Internationale socialiste… Le but est l’abolition des frontières créées par Sykes-Picot et les Occidentaux et la mise en place d’un État islamique.

Al Qaïda combat, par le terrorisme ceux qui sont considérés comme les ennemis de l’Islam, mais l’idée d’une hégémonie internationale est moins prononcée.

Des différences qui restent toutes relatives…

 

Et puis je trouve que ce roman est comme une horloge suisse, tout est super bien organisé et s’emboîte a la perfection avec un suspense à couper le souffle.

afghan-election-juin-2014 Merci, il me semble que ce n’est pas une question, mais un compliment. Si je faisais ma critique, je dirais que je n’ai pas grand style en tant qu’écrivain… Mais je ne suis pas le seul à être dans ce cas. (Rires). Au vu de ce que je lis, nous sommes nombreux…

Ce que j’essaye de faire c’est de permettre au lecteur de connaître des réalités géopolitiques, sans imposer mes propres idées, à lui par la suite, s’il le désire, de faire ses propres recherches et de creuser sur les régions que je lui fais visiter et les problèmes que j’aborde… Et puis je ne veux pas casser le rythme de mon histoire avec des poncifs… Pour moi, un film est bon quand on ne s’aperçoit pas qu’on est mal assis… Un livre c’est un peu pareil, il faut qu’on ait perpétuellement envie de tourner les pages pour savoir ce qui va se passer. Un bon bouquin c’est quand on ralentit sa lecture parce qu’on ne veut pas arriver à la fin et le refermer… C’est ce que j’aimerais arriver à faire… Je ne sais pas si ça marche, mais je suis content que ça vous plaise.

 

Parlez-nous de la police afghane, qui subit chaque année des pertes énormes.

Des héros !

Afghanistan-Police-juin-2014-PouchairetIls sont critiqués, c’est vrai que la plupart sont corrompus et exercent cette profession parce qu’ils savent qu’elle leur permet de racketter la population… Facile pour nous, occidentaux, de la jouer moralisateur… Ces gens gagnent moins de deux cents dollars par mois, quand il en faut au moins le double pour nourrir sa famille… et je ne parle pas de payer des études aux enfants.

 Ils sont les premiers à faire face à la menace terroriste et des cibles privilégiées des talibans… Les commissariats, les casernes, les policiers en faction, sont souvent attaqués et assassinés. L’attaque du convoi de policiers que je décris est une réalité, comme le meurtre de magistrats…

Parmi ces fonctionnaires, il y a de tout, mais j’y ai rencontré quelques types vraiment bien et qui m’ont impressionné.

 

Vous montrez également une corruption du régime en place après Hamid Karzai, est-ce la vérité ou romancé ?

La corruption est généralisée, selon une étude menée par l’ONU, elle générerait plus d’argent que le trafic de drogue. Dans beaucoup de cas, c’est presque institutionnel, une sorte de système qui pallie aux carences de l’État. Les petits fonctionnaires exercent un racket quotidien sur les administrés. Les sommes prélevées sont ensuite récoltées par leurs chefs et redistribuées en partie…

 

« Pour les Tadjiks, il y a le Tadjikistan. Pour les Ouzbek, il y a l’Ouzbékistan. Pour les Hazaras… il y a le cimetière. Vision du futur Afghanistan

Le groupe ethnique méconnu des Hazaras, minorité chiite de l’Afghanistan, qui s’organise et tente de consolider ses acquis sociaux, économiques et politiques après des années de discriminations.

 

Comment avez-vous connu ce groupe Ethnique ?

On cite habituellement les Pachtounes, les Tadjiks, les Ouzbeks, les Hazaras, mais il y en a d’autres, le Baloutches, les Nouristanis, les Turkmènes… L’Afghanistan est une mosaïque de peuples. Les Hazaras représentent environ douze pour cent de la population afghane et sont majoritairement installés au centre de l’Afghanistan et dans la région de Bâmyân, célèbre pour ses bouddhas, détruits par les talibans. Leur caractéristique physique est le fait qu’ils aient les yeux bridés et un type plus asiatique que le reste de la population. Ils sont supposés être des descendants des troupes de Gengis Khan et des invasions mongoles.

Mais ce qui rend les Hazaras différents c’est qu’ils sont très majoritairement des musulmans chiites à l’inverse des autres ethnies, sunnites. Cela leur a valu quelques persécutions, mais aussi le soutien de l’Iran où ils ont pu se réfugier au cours des périodes les plus noires. Ils ont longtemps exercé des professions de second ordre et leurs femmes travaillent, certaines sont femmes de ménage, ce qui est extrêmement rare en Afghanistan. Depuis la chute des talibans, ils participent au gouvernement. Le ministère des droits de la femme a été offert par deux fois à des femmes Hazaras. Il n’empêche qu’ils continuent d’être vus par une bonne partie de la population comme des citoyens de seconde zone… Des heurts les opposent régulièrement à des tribus nomades, les Koutchis, et font souvent des victimes.

Massoud, lui-même, qui bénéficie en France d’un statut d’icône, sorte de modèle d’ouverture et de culture, les a combattus violemment.

 

Une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

Pas vraiment d’anecdote, mais c’est vrai que chaque fois que je pense à l’Afghanistan j’ai plein de souvenirs qui me reviennent en mémoire… des bons moments, d’autres plus dramatiques… Parmi les bons, sachez que j’ai rencontré ma femme là bas, elle était membre d’une ONG dont le but était de promouvoir le sport dans le pays… ça ne vous rappelle rien ?

 

 un troisième opus en Perspective ?

 Il est écrit et en période de correction, relecture… Ce sera le retour de Maïssa, ma flic palestinienne de UNE TERRE PAS SI SAINTE. Elle sera à nouveau associée à Dany et Guy les deux policiers israéliens, mais pas de Gabin cette fois-ci… Géographiquement, tout va se passer entre Israël et la Palestine. L’enquête se focalisera sur Jérusalem et Hébron. J’ai voulu profiter des derniers mois que j’ai passés en Cisjordanie pour écrire à nouveau sur cette région… ça sortira, je l’espère, en début d’année prochaine… C’est Jimmy Gallier qui décidera.

 

Quel est votre Livre de chevet actuellement ?

 Je lis assez vite, quand je suis lancé, un bouquin reste rarement plus de trois à quatre jours entre mes mains. Je viens de lire deux livres de flics coup sur coup TERRITOIRES d’Olivier Norek et DÉRAPAGES de Danielle Thierry avant il y avait eu LA PATIENCE DU DIABLE de Maxime Chattam.     J’ai été surpris de voir comme cet auteur décrivait parfaitement une enquête criminelle… Un gros regret son héroïne est gendarme, pas policiére (Rires), non je plaisante… enfin quoi que…

Et puis, je continue à lire des classiques américains et français j’ai lu récemment LE GRAND SOMMEIL de Chandler et des aventures du commissaire Maigret…

Il y a, à chaque partie de votre roman des paroles de chansons d’immenses chanteurs, tels que Bruce Springsteen, Lennon ou Bob Dylan qui ont chanté pour la Paix, d’ou vient cette idée ?

Il est habituel dans les livres de mentionner des références littéraires… Moi, mes auteurs et ma culture de base c’est la musique et elle m’accompagne presque tout le temps, je ne peux pas vivre sans elle, il me manque quelque chose quand je n’ai pas un fond musical, d’où l’envie de faire partager une sorte de B.O. du livre. Comme vous avez pu le constater, dans mes bouquins, il y a toujours de nombreuses références à la musique. D’ailleurs, je pense maintenant à une petite anecdote, je mentionne dans le livre que la PJ Nice est la PJ la plus rock de France. Du temps où je travaillais à la PJ de Nice, j’avais participé avec mon équipe à un concours organisé par la FNAC en matière de connaissances musicales et nous avions gagné en finale et remporté plusieurs dizaines de CD.

Gabin est comme moi, c’est un fan de musique et il écoute un peu tout, du jazz à la variété. Concernant le rock mes préférences vont vers des trucs de “vieux”, Dylan, les Beatles, Springsteen. Ces chanteurs ont effectivement chanté sur la paix, mais aussi la religion et en ont dénoncé ses excès.

Le morceau de Dylan, “with god on our side”, ne correspond pas à ma période préférée du chanteur, quand il donnait dans le folk un peu poink poink, mais les paroles sont tout à fait d’actualité puisque durant tout le long de sa chanson il dénonce des atrocités qui ont été commises par des gens qui pensaient avoir Dieu à leur côté.

“Imagine” de Lennon est un vibrant plaidoyer pour la paix et il liste ce qu’il estime être les conditions d’une paix entre les peuples et l’absence de religion en fait partie. : Imagine qu’il n’y a aucun Paradis, c’est facile si tu essaies, aucun enfer en dessous de nous, au-dessus de nous, seulement le ciel…. Imagine qu’il n’y a aucun pays… Ce n’est pas dur à faire, Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir, aucune religion non plus… C’était, certes l’utopie baba cool du love and Peace de la fin des années 60, mais il faut admettre que ce retour en force des religions fait peur et qu’on n’avait pas tué au nom de Dieu depuis aussi longtemps.

Et le morceau de Springsteen fait partie de son album après 11 septembre, il évoque dans plusieurs morceaux les attentats contre les tours du World Trade Center.

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

Mon mot de la fin c’est un immense MERCI. Merci pour votre soutien et l’intérêt que vous portez à mes romans. C’est la seconde fois que j’ai l’honneur de visiter votre loge et c’est un vrai bonheur. Et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là.