Aveuglé de Stona Fitch chez Sonatine édition

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être tenus en haleine ?

Voici un roman qui m’a fait froid dans le dos, oui je ne le conseille pas aux âmes sensibles.

Mais si vous recherchez un roman noir de chez noir c’est pour vous.

Rares sont les romans qui me font tourner la tète ailleurs mais la c’est vraiment super réussie !

Un auteur qui marque de son empreinte dès les premières pages lues.

Un artiste tout simplement, mais je vous conseille ce roman si vous aimez frissonner et avoir peur.

Et je ne souhaite à personne ce qui va arriver au héros principal du roman.

Mr Stona Fitch, retenez ce nom, car pour moi un maitre du noir de chez noir.

Voici un résumé du roman :

FitchBruxelles. Après un dîner d’affaires. Elliott Gast, économiste américain sans histoires, se fait kidnapper. Il se retrouve enfermé dans un appartement anonyme, sans aucun contact avec ses ravisseurs. Elliott pense d’abord que c’est une erreur. Qu’on l’a pris pour quelqu’un d’autre. Rien en effet dans son existence ne peut motiver un tel acte. Il n’est pas spécialement riche, il ne fait pas de politique, il n’est pas célèbre, c’est un homme dans la foule. Alors pourquoi s’en prendre a lui ? Lorsque, enfin, ses ravisseurs lui révèlent la vérité, elle apparaît plus atroce que tout ce qu’il a pu imaginer : ceux-ci savent tout de lui et ont décidé, pour des raisons bien précises, d’en faire la proie d’une expérience interactive et voyeuriste d’une cruauté sans précédent.

 

 

 

 

La semaine prochaine nous partons surfer.

Je vous souhaite de très bonnes lectures.

 

 

 

 

Bienvenue sur le Divan, ma première question c’est pour vous connaître, pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

Author+Photo_RoryFlynn_JulieSorkinMon père a travaillé dans des usines de savon, de serviettes en papier, et autres produits domestiques. Nous avons déménagé souvent dans ma jeunesse et j’ai dû apprendre à être capable de très vite raconter une histoire ou sortir une vanne pour éviter de me faire cogner. Alors j’ai appris à être plus agile avec les mots qu’avec mes poings. Ce besoin de raconter des histoires m’a conduit à une brève carrière de reporter à Anchorage, Alaska, et à Miami, Floride. Je me suis vite tourné vers la fiction, car je trouvais que les faits ne parvenaient pas toujours à rendre compte de la vérité- et parce que j’étais un très mauvais reporter.

 

 

C’est une seconde vie pour votre roman, publié pour la première fois par Calmann Lévy sous le titre Sens Interdits, cette fois par Sonatine Edition, comment voyez vous le parcours de ce roman « Aveuglé » ?

 

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J’ai écrit Aveuglé à la fin des années 90, pendant les années de gloire du président Clinton, et au plus fort de l’ère « POINT-COM ». Des douzaines d’éditeurs ont refusé mon roman car il était trop perturbant et violent. Un éditeur courageux, Soho Press, l’a publié aux Etats-Unis le jour des attaques sur le World Trade Center. Sens interdits, la première édition française chez Calmann Lévy est parue peu après, ainsi qu’une version chez Livre de Poche.

Les années suivantes, Aveuglé est paru dans plus d’une douzaine d’éditions en Allemagne, au Royaume Uni, en Suède et ailleurs. Je préfère penser que la longévité du livre n’est pas due à sa singulière violence, mais au fait que nous vivons dans un monde extrême dans lequel les gens amoraux et les extrémistes accaparent l’attention et le pouvoir. D’une certaine manière, Aveuglé est plus pertinent aujourd’hui qu’il y a 15 ans.

 

Nous avons à faire à un terrible huit clos dans votre roman, comment avez-vous eu l’idée de ce roman ?

 

Je travaillais en Belgique, au service publicité d’une compagnie chimique internationale, et je passais mes nuits à marcher dans les quartiers les plus sombres d’Anvers et de Bruxelles. La colère et le non-droit était palpables dans ces quartiers, et j’ai alors commencé à imaginer ce qu’il pourrait arriver à un américain un peu naïf qui se trouverait brusquement plongé ce milieu. Je savais que ce ne serait pas joli.

 

 

Parlez-nous de Eliott Gast, un personnage haut en couleur.

 

Comme le Alden Pyle de Graham Greene dans Un américain bien tranquille, Eliott Gast est une figure contrastée, à la fois innocent et coupable pour ses méfaits professionnels. Il a une longue vie et une longue carrière derrière lui, qui le conduit, sans qu’il en soit conscient, à devoir un jour rendre des comptes inattendus. A mes yeux, son tortionnaire, Blackbeard, représente une version sombre et sans âme de Saint Pierre, qui oblige Gast à expier ses péchés, réels et imaginaires.

 

 

Dans votre roman « la violence est extrême » il y a des scènes très très dures, a ton du mal à écrire de telles scènes ?

 

Oui, absolument. L’écriture d’Aveuglé m’a vidé physiquement et mentalement. L’idée du livre m’est apparue toute faite plusieurs nuits d’affilée, s’est emparée de moi comme un rêve fiévreux, et m’a rejeté quand le manuscrit a été fini. Il comportait un niveau de violence bien au-delà de ce dont j’avais pu faire l’expérience en tant que reporter ou en tant qu’écrivain.

 

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour être tenus en haleine ?

 

Comme les ravisseurs de Gast lui disent, il faut dépasser tout le monde pour être remarqué dans notre monde plein de distractions. Torture, extorsion, et exécutions en ligne. Des gens amoraux qui font n’importe quoi pour de l’argent et pour attirer l’attention. Des nationalistes prêts à détruire tout ce qui se trouve au-delà de leurs frontières. Ces concepts semblaient appartenir au royaume de la fiction quand j’ai écrit Aveuglé, et maintenant ils sont la lingua franca de notre ère de violence.

 

Votre roman fut adapté au cinéma, pouvez-vous nous en parler?

 

Senseless+FilmLe film Senseless a été réalisé par un brillant jeune réalisateur écossais, Simon Hynd, avec un petit budget et des ressources limitées. Il a été tourné dans une ancienne usine automobile aux allures de caverne à Glasgow, le film a su saisir l’ennui quotidien et la terreur sans répit que ressent un otage. Cependant, montrer (contrairement à décrire) la violence laisse moins de place à l’imagination. C’est pourquoi ce film est souvent classé à tort dans la catégorie films d’horreur et slashers. Comme beaucoup de films visionnaires, il n’a pas su capter l’attention à sa sortie mais il continue de trouver un écho chez les téléspectateurs.

 

 

 

 

 

 

Avez-vous une anecdote à partager avec vos lecteurs sur ce roman ?

 

Je vis dans une petite ville aux environs de Boston. Une de mes voisines a lu a

Aveuglé il y a plus de 10 ans et continue de passer sur le trottoir d’en face quand elle longe ma maison, par peur du cruel auteur de cette œuvre si dérangeante. Elle ne se doute pas que je suis probablement à l’intérieur en train de lire le journal, déjeunant avec ma femme, ou en train de parler au chat.

 

 

Pouvez-vous nous parlez de vos autres romans qui j’espère seront publiés en France.

 

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Mes autres romans sont Printer’s Devil, un roman dystopique tout aussi dérangeant sur le tribalisme, et Give and Take, une réécriture de l’histoire de Robin des bois avec des voleurs modernes. Sous mon nom de plume, Rory Flynn, j’écris une série de polars qui se passent à Boston, qui a commencé avec Third Rail (2014), et se poursuivra avec Dark Horse (2016). La télévision américaine a pris une option sur Third Rail pour un téléfilm, mais j’aimerais qu’il sorte en France, ainsi que tous mes romans.

 

 

 

 

 

 

 

Comment écrivez-vous ?

 

Le fait d’avoir été journaliste m’a entraîné à écrire n’importe où, sans avoir à attendre l’apparition de la muse. C’est dans les bibliothèques que je suis le plus productif, et dans les petits hôtels pas chers, et les bars de Buenos Aires. J’aime écrire la nuit quand tout le monde dort à part un chœur sonore d’esprits désincarnés. La fenêtre de mon bureau donne sur une prison d’état- une bonne façon de se rappeler qu’il y a de bien pires façons de passer la journée que d’écrire un livre.

Quels sont vos auteurs préférés ? Et quel livre lisez-vous actuellement ?

 

J’ai beaucoup lu d’auteurs européens, morts pour la plupart- Bruno Schultz, Franz Kafka, Bohumil Hrabal, Stefan Zweig, Arnost Lustig et d’autres. Et aussi Georges Perec, Michel Houellebecq, J.M.Cetzee, Harry Crews, et Elmore Leonard. J’ai tout lu de Megan Abbott, Scott Phillips, Castle Freeman Jr., Duane Swierczynski, Alla Guthrie, Ali Smith, Magnus Mills, Michel Faber, et Kate Atkinson. Je viens de commencer un nouveau roman, alors j’ai arrêté de lire pour le plaisir pour quelques mois, je ne lirai que pour faire mes nombreuses recherches.

 

« Un écrivain aussi doué que passionné qui a des choses importantes à dire. » un beau compliment de Mr Russell Banks, sa dut vous faire plaisir cet hommage d’un immense écrivain. ?

 

J’ai eu le privilège d’étudier la fiction avec Russel à l’université de Princeton quand j’étais un jeune écrivain, et nous sommes restés amis. C’est comme un second père littéraire pour moi, alors ses encouragements comptent beaucoup pour moi. Et ensemble- avec ma femme Ann et d’autres écrivains- nous avons fondé le groupe Concord Free Press (www.concordfreepress.com ), une maison d’Edition dont le but est de promouvoir la générosité.

 

 

Vous avez également joué dans un groupe Pop, pouvez vous nous en parleR et si vous continuez à jouer ?

 

Quand j’avais 20 ans, je jouais avec Scruffy The Cat, un groupe de Boston réputé être pionnier de la musique alternative/indie. Nous étions sans arrêt en tournée et j’adorais être sur la route, car jouer de la musique et beaucoup plus collectif et immédiat qu’écrire des romans. Ceci étant dit, ça ne me manque pas de transporter des amplis dans des caves de clubs et de jouer pour des ivrognes.

Sony a récemment ressorti une bonne partie de notre musique en CD, une anthologie intitulée Time never forgets et nous allons recommencer à donner des concerts cet été. Je viens de m’acheter un gros ampli Fender qui promet de rendre sourds la plupart des gens à l’est des Etats-Unis.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

Richard, je voudrais juste te remercier, ainsi que tes lecteurs, Patrick Raynal et les Editions Sonatine, de faire vivre et de promouvoir Aveuglé en France. Je suis fier de voir qu’il est à nouveau disponible dans une si belle édition et il me tarde de voir d’autres livres que j’ai écrits traduits et publiés en France. Invite-moi en France s’il te plaît-il se pourrait que je ne reparte jamais.