L’été Rouge de Daniel Quiros chez Aube Edition

Cette semaine nous partons au Costa Rica rencontrer un jeune auteur de talent, M. Daniel Quiros, pour son roman «Été Rouge » chez Aube Edition.

Je l’ai rencontré au Festival Quais du Polar cette année et ce fut un énorme coup de cœur.

D’abord parce que découvrir un pays que l’on ne connaît pas trop c’est super intéressant, et puis découvrir une nouvelle belle plume ce n’est que du bonheur ! 

Vous allez découvrir dans cette interview comment l’auteur a crée ce roman, sa vision sur son pays, et vous découvrirez un fan du cinéma et des dessert Français.

Une écriture qui ne peut pas vous laisser insensible et qui vous restera en mémoire longtemps.

Vous allez découvrir une atmosphère de moiteur, un suspense bien ficelé et l’histoire d’un pays peu connu du roman policier.

J’ai hâte de lire son second roman et un grand merci aux Éditions de L’Aube pour nous faire découvrir de grands écrivains.

Voici un résumé de son roman « L’été Rouge » chez Aube Edition :

 

1098-Quiros-__t__-rouge-couv-avec-bandeauCôte du Pacifique, Costa Rica. Un Éden où les pinèdes sont massacrées afin de permettre la construction de villas luxueuses pour des investisseurs étrangers… et des caïds de la drogue. Un Éden où il fait terriblement chaud, où l’alcool ne peut faire oublier le sable, la poussière et le vent.

C’est là, dans un tranquille village de pêcheurs, qu’est découvert sur la plage le cadavre d’une femme, surnommée l’Argentine.

Don Chepe, ancien guérillero qui a lutté aux côtés des sandi­nistes, décide de retrouver l’assassin de son amie. Une enquête qui le conduit à découvrir les liens obscurs entre passé et présent, utopie et désenchantement… et à revisiter l’histoire de son pays.

Un grand merci pour le travail de traduction de M. Andres Martinez.

 

 

La semaine prochaine, nous partons déguster une bonne Bouillabaisse.

Je vous souhaite une bonne lecture.

 

 

 

 

Bienvenue sur le divan du concierge masqué. Pour commencer, pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment êtes-vous arrivé à écrire des romans ?

 

Tout d’abord, je vous remercie pour votre invitation. Je suis heureux de parler au concierge !

103382545_oJe suis né et j’ai grandi au Costa Rica: un petit pays de seulement 4,5 millions d’habitants, coincé entre deux océans et entre le Panama et le Nicaragua. Depuis petit, j’ai toujours aimé lire ; tout type de livre. Mon père lisait et lit encore beaucoup, mon grand-père aussi. Je crois qu’ils ont réussi à me transmettre l’amour des livres. Je me souviens que mon grand-père me lisait des nouvelles de Sherlock Holmes quand j’étais jeune et une collection complète de Conan Doyle que j’ai encore. Le livre était rouge, relié en cuir et la couverture en lettres dorées. J’ai surtout le souvenir de mon grand-père me lisant la fin de « Le ruban moucheté » (je me rappelle à cause de la couleuvre), et moi, sautillant sur le sofa du salon rempli de panique et d’émotion. Disant cela, je me rends compte que, peut être, c’est à partir de là qu’a commencé mon amour pour le genre policier. J’ai aussi beaucoup appris de la littérature -indirectement- par ma mère. Elle avait étudié la littérature en anglais, à l’université, et avait ses livres éparpillés sur plusieurs étagères de la maison. J’ai commencé à les lire étant adolescent, sans connaître les auteurs: Beckett, traductions de Dostoïevski, Faulkner entre autres.

Jamais je n’aurais pensé être écrivain. Jamais je ne l’ai pensé comme étant une possibilité dans la vie. J’ai commencé à écrire quand je suis parti étudier aux États Unis à mes 18 ans. D’abord, je remplissais des cahiers chaque jour ; puis j’ai commencé à faire une collection d’histoires de famille. Au moment de passer ma maîtrise en Californie, j’ai décidé d’organiser un atelier de nouvelles. La professeure, une femme très stricte, qui n’avait pas l’habitude de flatter, m’a dit que ma dernière nouvelle écrite était la meilleure du semestre. J’ai décidé de continuer l’écriture, jusqu’à ce que j’aie terminé une collection de nouvelles qui fut publiée au Costa Rica sous le nom « Aux quatre vents » (A los cuatro vientos). Pendant mon doctorat, j’ai écrit « Été Rouge » dans des cafés, dans mon appartement, cherchant le temps que je n’avais jamais entre mes études et mon travail de professeur assistant. À cette époque je lisais beaucoup de romans policiers, et d’ailleurs, j’avais même pensé à en faire mon sujet de thèse. Maintenant que le roman est paru, je me rends compte qu’il pourrait aussi être un genre de thèse de doctorat, mais écrit de manière différente.

 

 

Comment évoluent le roman policier et le thriller au Costa Rica ?

6121547Le roman policier n’a pas une grande histoire au Costa Rica, et même en Amérique centrale. Aussi, c’est une histoire très peu connue et même inégale. Dans certains pays, il y a eut des moments embryonnaires de production de ce genre, mais jamais cela n’a été constant, et pas assez étudié ou conservé. En partie, cela a à voir avec la littérature en Amérique Centrale plus généralement, puisque la distribution et le marché sont trop petits. Le roman policier souffre également des manques institutionnels : peu de ressources financières, indifférence de l’État, peu de librairies qui vendent des livres locaux, qui en plus sont presque inexistants en dehors de nos capitales. Pour être clair, nous n’avons ni les ressources ni l’appui de l’État comme vous en France.

En ce qui concerne le genre policier ou thriller, ce que nous avons beaucoup vu, c’est une appropriation du genre ; écrivains qui prennent certains codes du genre pour des projets littéraires divers. Je pense en fait à des écrivains comme Horacio Castellanos Moya, Rodrigo Rey Rosa, Dante Liano et Sergio Ramirez. Au Costa Rica, le genre ne s’est pas développé. Il existe des textes ou écrivains précurseurs, mais à vrai dire, leur nombre est très limité. En plus, il sont difficiles à se procurer ou à lire. L’autre jour, par exemple, une étudiante universitaire m’écrivait qu’elle avait lu une nouvelle de type « Whodunnit » d’un écrivain costaricain très connu du début du XXème siècle ; je ne savais même pas qu’il existait ! En général, la plupart des écrits ou transmissions orales de ce genre sont récentes, du début du XXIème siècle. D’abord, quelques écrivains qui ont commencé à utiliser le genre ou l’influence du genre : Carlos Cortés, Uriel Quesada, Rodrigo Soto, Mario Zaldivar et Oscar Nunez. Plus proches de nous, d’autres écrivains ont continué à approfondir ces esquisses : moi, Jorge Mendez Limbrick, Guillermo Fernandez, Warren Ulloa. Ce qui est dommage c’est qu’on ne les trouve pas en français. J’espère que cela changera  ! Au Costa Rica nous avons beaucoup de bons écrivains, et se serait bien que les français les connaissent.

 

Comment s’est déroulée la création de votre premier roman « Eté rouge» ?

 

nicaragua_canal_proposals_2013Au début c’était plutôt une nouvelle : une histoire jamais écrite. Je suis allé au Brésil, où j’ai connu une femme, un peu excentrique, qui m’a servi de socle pour le personnage argentin de Llana Echeverri. J’ai imaginé que cette femme, ou quelqu’un comme elle, est assassinée dans un petit village non loin de la mer. Puis que quelqu’un enquêtait sur le crime. Le contexte de cette nouvelle – ou de l’idée – s’est transféré rapidement au Costa Rica dans la province de Guanacaste, région rurale près de la mer au nord est du pays. Et un jour, j’entendais dans ma tête le personnage de Don Chepe. Comme je l’ai mentionné, pendant cette époque, je terminais le Doctorat en littérature à San Diego, en Californie. Je lisais énormément de romans policiers parce que j’avais l’idée d’écrire sur ce genre, pour ma thèse. Je m’intéressais beaucoup à la recherche qui consistait à étudier le lien entre la littérature et la politique, durant les guerres en Amérique Centrale, au Guatemala, Nicaragua et Le Salvador (1970-1980). À un moment, j’ai pensé que ce serait bien d’écrire un roman policier ou un thriller politique se déroulant dans mon pays. D’ailleurs à l’époque, on parlait beaucoup de l’affaire Penca (romancé dans le livre La Cruz), puisqu’on fêtait presque son 25ème anniversaire. Cette affaire s’est passée le 30 mai 1984 à la frontière entre le Nicaragua et le Costa Rica, dans un contexte de guerre contre-révolutionnaire au Nicaragua. Ce fut une tentative d’assassinat du leader guerrillero Eden Pastora. Une bombe a explosé dans une grande maison et a tué plusieurs membres de la presse et des hommes de Pastora. Tout le monde savait qui avait posé la bombe, mais on ne l’a identifié que vers les années 90. Au moment où j’écrivais le roman se dévoilaient plusieurs détails intéressants de cet événement. C’est ainsi que mes études et mon intérêt envers le polar ont commencé à s’entremêler pour n’en faire qu’un. J’ai développé la trame et j’ai commencé à lui donner corps peu à peu, fuyant mes devoirs d’étudiant de doctorat dans les cafés de mon quartier.

 

Parlez-nous de votre personnage principal « Don Chepe ». Le retrouvera-t-on dans d’autres aventures ?

 

Mais Don Chepe est déjà revenu ! Un deuxième roman avec ce personnage est paru en 2014 en espagnol sous le nom de « Lluvia del norte » (Pluie du nord). Pour ceux que cela intéresse, le premier chapitre est publié (en espagnol) sur ma page web : danielquiros.com. D’ailleurs Roland Faye l’a déjà traduit en français (c’est le même traducteur d’Eté rouge) et sera édité chez Aube aussi, fin 2015. Pourvu que vous pussiez l’avoir rapidement.

Don Chepe est un personnage inspiré des détectives du hardboiled nord américain (comme Sam Spade et le Détective Op, de Dashiell Hammett ; ou Philip Marlowe de Raymond Chandler). Il a pris aussi des influences des détectives sud-américains de Rodolfo Walsh (l’inspecteur Laurenzi), Paco Ignacio Taibo II (Hector Balascoaran Shayne), Leonardo Padura (Mario Conde), ramon Diaz Eterovic (Heredia), entre autres. Enfin, il y a dans ce personnage une bonne dose d’histoire centraméricaine, plus particulièrement, de la désillusion des projets utopiques des guerres des années 70-80 au Nicaragua, Guatelama et au Salvador. Don Chepe est un homme cynique, déçu, mais en fin de compte auprès des bons, quoi que cela implique aujourd’hui. À travers Don Chepe, il m’a été possible non seulement d’explorer l’histoire de mon pays, aujourd’hui, mais aussi de comprendre comment fonctionne la justice dans les lieux où l’infrastructure de la soi-disant modernité ne marche pas comme il se doit.

 

Dans votre roman, on visite le passé et le présent, et surtout la guerre entre sandinistes nicaraguayens et les contras (contres révolutionnaires soutenus par l’armée US). Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces évènements ?

 

94231908_oEn 1979, il y eut une révolution au Nicaragua. Le groupe guerrillero « Front Sandiniste de Libération Nacionale » (FSLN) a pris le pouvoir en renversant une longue dynastie de dictatures de la famille Somoza (appuyée par les États-Unis). Le FSLN, qui s’identifie politiquement à la gauche et qui avait une idéologie proche du marxisme, a très vite provoqué la rupture avec les États-Unis (après tout, nous étions en pleine guerre froide). Après la révolution commence une période historique de confrontation armée, appelée la Contre-révolution. On y trouve différents groupes opposés au régime sandiniste (le plus connu est peut être le FDN, Force Démocratique Nicaraguayenne) qui conduisent une guerre contre le gouvernement grâce à l’appui direct et indirect des États-Unis. Mon pays, le Costa Rica, est juste au sud du Nicaragua. En même temps, c’est un pays qui n’a pas d’armée et s’auto-identifie comme un espace de paix, de démocratie et de stabilité politique. Sa position officielle pendant cette guerre était d’une supposée neutralité, mais le long de la frontière, perméable, il y avait une grande activité liée à ce conflit. Des personnes traversaient d’un côté ou de l’autre avec armes ou appui général. Même si le gouvernement du Président Luis Alberto Monge (1982-1986) parlait de neutralité, un appui indirect aux Contras existait à travers plusieurs membres de son administration. Il y avait aussi une pression importante des États-Unis pour aider les Contras depuis les bases situées au Costa Rica et Honduras. Pour vous donner un exemple, près de la frontière, il y avait des propriétés, on suppose liées à la CIA, où atterrissaient des avions pour passer des armes et munitions aux Contras. D’ailleurs, aujourd’hui on parle de possibles liens entre le financement des Contras et le trafic de drogue (sujet bien traité dans le livre Dark Alliance de Gary Webb). C’était aussi une période de crise économique pour le Costa Rica. À cela on peut ajouter qu’entre 1983 et 1990, le pays a reçu plus d’un milliard de dollars des États-Unis comme aide économique à travers les AID (Agency for International Development, aujourd’hui nommée USAID). Enfin, il y a eu des évènements pendant cette époque qui défient l’idée de « neutralité ». Je m’intéressais au fait que ces évènements puissent me servir de trame pour le roman et pouvoir explorer le passé historico-politique de mon pays, spécifiquement la relation entre la guerre révolutionnaire et contre-révolutionnaire.

 

 

En 1949, l’armée fut supprimée. Le Costa Rica devient l’un des rares pays sans armée. En même temps, vous décrivez une forte criminalité. Parlez-nous de votre pays.

72c51a1159_album-costa-rica16Mon pays est un lieu qui se qualifie comme un pays pacifique, blanc, égalitaire et stable. Peut-être il y a du vrai dans ces caractéristiques. Le Costa Rica a le niveau de PIB par habitant le plus élevé de la région, un important taux d’alphabétisation, taux de mortalité infantile très bas, un système d’éducation et santé publique correct pour la région. En plus, comme vous le mentionnez, nous n’avons pas d’armée.

Cela dit, les gens parlent du Costa Rica comme d’une « Suisse d’Amérique Centrale ». Même que, depuis peu, le Costa Rica a été cité comme « le pays le plus heureux du monde ». Néanmoins, pour moi, il y a beaucoup de problèmes avec ces caractéristiques ; des stéréotypes vides en fin de compte.

De nombreux écrivains, comme Mario Vargas Llosa ou Sergio Ramirez, ont décrit l’écrivain comme étant un grand anticonformiste. Personnellement, je suis d’accord. Je crois qu’en partie, la fonction d’un écrivain c’est de questionner constamment. Je ne souhaite pas dénigrer mon pays, mais examiner avec critique ce qu’il y a derrière ce masque de « Suisse heureuse ». Il faut donc faire attention à certains modèles socio-économiques des 30 dernières années qui, au lieu de séparer le Costa Rica des pays voisins, les a rapproché. Depuis 2000 par exemple, le taux d’homicides a beaucoup augmenté. Il faut le mesurer. Au Costa Rica on compte près de 10 assassinats pour 100 000 habitants, une augmentation incroyable ces dernières années. Par contre, le Honduras, le pays le plus violent du monde, compte aujourd’hui 66 assassinats pour 100 000 habitants. Enfin, nous sommes encore un des pays les plus sûrs de la région, mais cela ne veut pas dire que l’augmentation de cette violence soit peu significative ou importante. Ajoutons qu’on a vu croître une brèche entre les riches et les pauvres. Il y a beaucoup de discrimination et de racisme, contre les populations noires du pays et contre l’immigration nicaraguayenne. Pour finir, comme partout dans le monde, nous avons des problèmes socio-économiques réels qui questionnent, très sérieusement, l’image de paix et de tranquillité. Pour moi, le polar a été le moyen d’aborder de façon critique les changements du pays. De décrire le Costa Rica d’aujourd’hui et ses différents problèmes sociaux.

 

 

Avez-vous une anecdote à propos de ce roman ?

 

Je pense à une de celles que j’ai déjà mentionnées : le personnage assassiné d’Ilana Echeverri, l’Argentine, avec lequel commence le roman, est basé sur une femme que j’ai connue dans un petit village, sur la côte brésilienne. Elle possédait aussi un café. J’y suis allé plusieurs fois. Un jour, j’ai vu des livres suspendus du faux plafond par des cordes. J’ai demandé à cette femme pourquoi, et tranquillement elle m’a répondu :  « j’accroche les mauvais livres ». J’ai adoré. L’anecdote a été reprise dans mon roman.

 

 

Comment écrivez-vous ? (le matin, le soir, dans un bureau…)

 

Quand je suis dans l’idée d’écrire un livre, j’écris à toute heure. Cependant, je préfère en fin d’après-midi. Je crois que le meilleur moment, c’est entre 14 et 18 heures. Avant 14h, ma conscience n’est pas complètement réveillée, et après 18h, mon cerveau commence à s’éteindre. Avant, j’écrivais beaucoup dans les cafés. J’aimais les bruits de fond, les personnes qui entraient et sortaient. Par contre j’ai commencé à avoir de fortes douleurs de dos. Un kiné et une chiropraticienne m’ont dit qu’il fallait que j’écrive dans un bureau, assis correctement. Quand j’y pense, je me sens vieux ! Maintenant, j’écris toujours dans le bureau de l’université où je travaille (Lafayette Collège). En général, le matin j’écris un peu, mais surtout je corrige, et l’après midi l’écriture est plus intense. Je m’achète un cappuccino dans le café, et je m’enferme dans le bureau jusqu’à n’en plus pouvoir.

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Quels sont vos écrivains préférés ? Que lisez-vous en ce moment ?

Difficile de répondre. Surtout parce que dans la vie, nous évoluons. Les livres changent en même temps que nous. Certains livres ont été très importants pour moi, à un moment de ma vie, et qui maintenant ne me paressent pas si importants. Parfois, vous relisez des livres et ils ont une influence croissante avec le temps. Me viennent en mémoire quelques livres qui, quand même, sont très importants pour moi : « La moisson rouge » de Dashiell Hammet, « Pedro Paramo » de Juan Rulfo, « L’Étranger » d’Albert Camus, « Une affaire personnelle » de Kenzaburo Oe, « Le grondement de la montagne » de Yasunari Kawabata, «Chroniques de l’oiseau à ressort » de Haruki Murakami, « Les anneaux de Saturne » de W. G. Sebald, « Argent brulé » de Ricargo Piglia, « Le Maître et Marguerite » de Mikhail Bulgakov, « Pig Earth » de John Berger.

Les trois derniers livres que j’ai lu sont : « Nuit de fureur » de Jim Thompson, « L’homme qui aimait les chiens » de Leonardo Padura et « Témoin de la nuit » de Kishwar Desai.

 

Vous avez reçu le « Prix National de Littérature Aquileo J. Echeverria » pour votre roman « Été Rouge ». C’est une haute distinction littéraire au Costa Rica. Pouvez-vous nous raconter comment vous l’avez vécu ?

 

Pour moi, ce fut une surprise inespérée. Je vivais à Los Angeles en Californie quand j’ai reçu un appel de ma sœur. Une de ses amies travaillait au musée des Arts et avait assisté à l’annonce du prix. Ils ont cité le roman et, sans tarder, elle a appelé ma sœur. Je ne pouvais le croire, je pensais à une blague. Bien sûr que j’étais heureux de l’avoir reçu, je crois même qu’à ce moment j’ai poussé un cri. C’est vrai que c’est un grand honneur pour un jeune écrivain, qui commence à peine. Je remercie beaucoup, tout en sachant qu’il est important d’écrire pour écrire et non pour un prix.

 

 

Vous êtes fan de cinéma. Quels sont vos films préférés et pourquoi ?

 

Je suis un grand fan de cinéma. D’ailleurs, merci pour cette question, parce que si les livres ont été une grande source d’inspiration pour moi, je ne peux laisser de coté le cinéma qui lui aussi m’a inspiré. Il a beaucoup influencé mon écriture, tout autant que la littérature. Encore aujourd’hui, je regarde beaucoup de films. C’est une de mes distractions préférées. Il y a plusieurs metteurs en scènes qui me plaisent, beaucoup de films. Je peux en mentionner quelques uns : « Le grand sommeil » de Howard Hawks, « Sunset Boulevard » de Billy Wilder, « le Samourai » de Jean Pierre Melville, « Touchez pas au grisbi » de Jacques Becker, «  Heat » de Michael Mann, « 24 city » de Jia Zhangke, « Les neuf reines » de Fabian Bilelinsky, « La ciénaga » de Lucrecia Martel, «  Entre ciel et l’enfer » de Akira Kurosawa, «  Le voleur de bicyclette » de Vittorio De Sica et « Main basse sur la ville » de Francesco Rosi. Je suis très passionné et je pourrais continuer la liste, mais je m’arrêterai là. En général, je crois que le cinéma et l’image visuelle ont un pouvoir incroyable. Cela a un rapport avec ma manière d’écrire. L’autre jour, par exemple, le lisais une interview de l’écrivain Horacio Castellanos Moya. Il divisait les écrivains en deux groupes : les visuels et les oraux. Je suis persuadé que j’appartiens au premier groupe. J’ai besoin d’une image très claire de ce que j’écris. Après, je prends le temps de la transmettre. Je crois que cela est une approximation un peu cinématique à la littérature.

 

 

J’ai su que tu es un passionné de desserts. Sérieusement ?

 

Mais bien sûr ! Hi hi. Tous les desserts. Lors de mon voyage en France aux Quais du Polar, je me sentais au paradis avec tous vos desserts. Vos boulangeries et vos pâtisseries sont vraiment incroyables ! N’importe quel pain au chocolat est le meilleur des meilleurs des meilleurs que je puisse trouver aux États-Unis. Macarons, gâteaux, glaces. Je pense que je serais obèse en France.

 

 

Quels souvenirs avez-vous du Festival Quais du Polar 2015 ?

 

De très beaux souvenirs. Ce fut un plaisir pour moi d’assister à ce Festival ; me voir dans une même pièce avec des personnes que j’ai lues il y a longtemps, que je respecte. Je me rappelle d’une fête sur un bateau le long du fleuve Rodano. Je meurs de rire en me rappelant de ces auteurs, qui écrivent sur des crimes, dansant et chantant des chansons de Beyoncé et Dr. Dre. J’ai beaucoup apprécié aussi l’énergie du public ; les échanges avec ce public en général. C’est très beau de voir des personnes émues par le genre policier : fidèles à ce genre et intéressées à explorer des jeunes auteurs comme moi. Au Costa Rica, ce genre est encore à ses débuts, très peu connu. Nous n’avons aucun festival littéraire où assistent 70 000 personnes ! L’énergie de l’événement et son ambiance a été vraiment étonnantes. En plus, j’ai adoré la France. C’était la première fois que je visitais le pays et espère pouvoir y retourner encore et encore.

Quel serait le mot de la fin pour cette interview ?

Merci de lire et d’aider les jeunes auteurs qui viennent de lieux moins connus de ce monde. « Merci beaucoup » (en français dans le texte) et je vous embrasse fort.