Dust de Sonja Delzongle chez Denoël Edition

Voici cette semaine sur le Divan du Concierge un roman qui va vous glacer le dos, « Dust » chez Denoël Edition de Mme Sonja Delzongle.

Rarement un écrivain prend comme histoire l’Afrique. Eh bien c’est une totale réussite.

Dust est un thriller efficace. et qui nous fait découvrir une Afrique magnifique par les paysages, mais ô combien cruelle par ses superstitions !
Un roman bouleversant qui ne vous laissera pas indemne et qui, hélas, est d’une triste réalité.

Un roman coup de cœur et coup de poing que je vous conseille de lire.

Voici un résumé du roman :

91-7lnct3VLQuelque part en Afrique, la mort rôde… 

 Dans un terrain vague de Nairobi, un gamin à vélo s’amuse à rouler dans une grande flaque sur le sable ocre. Du sang humain, répandu en forme de croix. Sans le savoir, le garçon vient de détruire une scène de crime, la première d’une longue série. 

2012, à Nairobi. Une femme albinos est décapitée à la machette en pleine rue. Le tueur a emporté la tête, un bras aussi. Elle a été massacrée, comme beaucoup de ses semblables, parce que ses organes et son corps valent une vraie fortune sur le marché des talismans. 

Appelée en renfort par le chef de la police kenyane, Hanah Baxter, profileuse de renom, va s’emparer des deux enquêtes. Hanah connaît bien le Kenya, ce pays où l’envers du décor est violent, brûlant, déchiré entre ultramodernité et superstitions. Mais elle ne s’attend pas à ce qu’elle va découvrir ici. Les croix de sang et les massacres d’albinos vont l’emmener très loin dans les profondeurs du mal. 

 

 

 

 

La semaine prochaine, nous partons dans le couloir de la mort aux États-Unis.

Je vous souhaite une très bonne lecture et une bonne semaine.

 

 

Bienvenue sur le Divan du concierge. Ma première question consiste à faire connaissance avec vous. Pouvez-vous nous parler de votre enfance, et comment en êtes-vous venue à écrire dans le genre du Thriller ?

 

Sonja_Delzongle Dans la mesure où certains aspects de mon enfance sont susceptibles d’intéresser les lecteurs, je dirais qu’elle a été bercée par les contes. Ayant su lire très tôt, à l’âge de cinq ans, en déchiffrant affiches, pubs, panneaux et paquets alimentaires, et ayant connu la TV bien plus tard,  j’ai eu le bonheur de faire de grandes découvertes littéraires et de baigner dans les livres.

J’ai trouvé ma voie (ou ma voix) dans le Thriller il y a seulement quelques années, après m’en être imprégnée au travers de films cultes (le Silence des Agneaux, Seven, Usual Suspects, Misery, Blow Up) et de livres de grands noms du genre (Grangé, Thilliez pour les Français et King, Rj Ellory, Mo Hayder pour les anglosaxons). Ce que j’aime dans le thriller, c’est une certaine liberté qu’il offre à l’auteur, lui autorisant quelques égarements dans l’imaginaire, voire le romanesque, à la différence du roman policier, plus technique, où rien n’est laissé au hasard.

 

Dans votre roman «  Dust » chez Denoël Edition, nous partons au Kenya. Pourquoi avoir choisi ce pays ?

Kenya_credit-as-Kenya-Tourist-Board

 

Déjà pour y avoir séjourné et vécu des émotions très fortes, ensuite parce que c’est l’un des trois pays africains, avec la Tanzanie et le Burundi, où les massacres et trafics de Noirs albinos (une des principales thématiques de Dust) sont hélas les plus nombreux.

 

 

 

 

Vous nous parlez dans votre roman d’un grave sujet qui m’a énormément ému en Afrique : la violence faite contre les Albinos. Pouvez-vous nous en parler ?

 

http://www.afrik.com/afrique-de-l-est-augmentation-des-crimes-commis-contre-les-albinos-selon-l-onu

white-shadow-n-est-pas-un-film-africain-ni-un-film-sur-l-afrique,M205693C’est un bien vaste et terrible sujet pour parvenir à en retranscrire l’horreur en peu de lignes. J’avais commencé l’écriture de Dust lorsqu’une amie m’en a parlé. J’ignorais que cela pût exister. Et, comme la plupart des gens confrontés à cette réalité peut-être plus actuelle que jamais, certains l’ayant découverte d’ailleurs en lisant Dust, j’ai été profondément choquée et émue par le sort de ces malheureux, de ces oubliés des instances gouvernementales, plus pour longtemps j’espère. Lorsque les médias sont peu nombreux à relayer un sujet d’actualité aussi dérangeant, qui touche l’humain dans sa chair, quoi de mieux qu’un livre ou un film pour en parler et essayer de sensibiliser le plus de monde ?

Je précise néanmoins que Dust n’a pas la prétention d’être un roman engagé ou militant. Il laisse la part belle à la fiction et à l’imaginaire, bien qu’il repose en partie sur des faits réels. Et si les lecteurs ressentent une émotion, la moindre soit-elle, alors Dust aura atteint son objectif.

 

 

Parlez-nous d’un personnage qui m’a énormément marqué : Hanah Baxter.

 

Je vais essayer, mais c’est encore mon roman qui en parle le mieux…Qu’est ce qui vous a marqué, au juste, dans  ce personnage ?

Bon, d’accord…

Hanah Baxter a un profil plutôt atypique, mais on le découvre au fil des pages et de l’intrigue. Quadra à l’enfance bouleversée par un drame, accro à la coke à ses heures dans un but thérapeutique, convertie au bouddhisme et lesbienne de surcroît, elle est l’une des meilleures psychocriminologues de sa génération, mais ses méthodes, entre rationalité et ésotérisme, surprennent. Petit clin d’oeil à une éminente profileuse sud-africaine, Miki Pistorius, qui a cessé son activité au moment où elle s’est sentie psychologiquement en danger. Mais Hanah Baxter n’en est pas encore là…

 

 

 

Il y a des scènes dans votre roman qui sont très dures (décapitation ou découverte de corps). Est-ce dur de créer de telles scènes ?

 

 

 

 

« Nourrie » ou perfusée à la violence ambiance de ce monde, quotidiennement relayée par les médias quand on ne tombe pas dessus au détour d’une rue, et avec une part d’imagination faisant le reste, je n’ai pas trop de mal à camper de telles scènes. Le plus dur est de se dire qu’on y parvient sans trop d’efforts.

 

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à partager avec nous ?

 

 J’en ai une, mais impossible à partager, de peur de plomber ce très sympathique entretien. Et discrétion oblige.

 

 

Le concierge est curieux, pouvez-vous nous parlez de votre prochain roman, juste pour nous mettre l’eau à la bouche ?

 

Il était une fois un paisible petit village de l’Yonne, en plein coeur d’un hiver particulièrement froid…

 

 

Sorcellerie-croyance-pédophilie-violence que l’on retrouve dans votre roman, y aurait-il un thème dont vous auriez aimé parler ?

Je les aborde tous les quatre dans mon roman, c’est déjà une façon d’en parler….Et la violence fait partie des trois autres.

 

 

« À trois ans, je fus sauvée d’une chute mortelle du deuxième étage par l’irruption de ma mère dans la cuisine. Après avoir grimpé sur une table collée à la balustrade du balcon, me tenant d’une main, j’avais penché la tête et le buste dans le vide pour voir ce qu’il y avait chez la voisine, de l’autre côté de la cloison en verre opaque. C’est comme ça que j’écris, penchée au-dessus du vide pour voir ce qu’il y a de l’autre côté. »

Comment écrivez-vous ?

 

Comme ça, au-dessus du vide. Mais plutôt la journée, sur mon ordinateur.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ?

 

 

Si on parle thriller, ce sera King, Ellory, Hayder, Glenn Cooper. Et chez les Français, Grangé, Thilliez, Minier, pas un de plus. Pour le moment.

Sinon, comme ça, en vrac, Edgar Poe, Henri James, Fitzgerald, Hemingway, Woolf,  Bram Stoker, Conroy, Thomas Mann, Tolstoï, Dostoievsky, Tourgeniev, Gombrowitz, Kafka,   Kundera, Moravia,  Buzzatti, Mishima… Difficile de tous les mentionner mais j’ai été nourrie à leur sein.

 

Quels sont vos films préférés ?

 

Mort à Venise, Les Damnés, disons tout le cinéma italien, et plus précisément viscontien, sans oublier Nos Meilleures Années, un de mes films cultes. Les grands westerns de John Ford, tous les Hitchcock sans exception, Misery, Shinning, Orange Mécanique, Dersou Ouzala de Kurosawa, Le Patient anglais, Out of Africa, Beignets de tomates vertes, Melancholia de Laars von Triers, Le Retour, un chef d’oeuvre russe, Stalker de Tarkovski, mais là non plus je ne pourrai pas tous les caser !

 

Pouvez-vous nous parler de votre ancien roman « Hameau des Purs » pour ceux qui ne l’ont pas lu ?

Dans un coin froid et austère de Haute-Loire où vit, sur un mode sectaire, une communauté fermée, les Purs, des meurtres en série se succèdent, attribués au mystérieux Empailleur.  Une journaliste, Audrey Grimaud, est dépêchée sur place pour sa première grosse investigation. Or elle connaît bien la communauté des Purs dont ses grands parents paternels furent membres et où, enfant, elle a passé quelques vacances malgré les réticences de certains Purs qui voulaient lui interdire l’accès au hameau. À cette période de son enfance, Audrey traîne avec Léman,  un adolescent sauvage et taciturne,  très proche de la nature, qui vit à l’écart du Hameau avec sa grand-mère. Mais qui est-il vraiment ? Et quel lien l’unit à Audrey et au hameau ?

Le Hameau des Purs oscille entre thriller à tiroirs et conte, cependant bien  ancré dans une sombre réalité, d’où vont émerger de terribles secrets au fil de l’investigation d’Audrey.  La première partie du livre est un retour sur le passé de la jeune journaliste, en étroite corrélation avec l’enquête.  L’environnement dans lequel évoluent les personnages, cette nature puissante et parfois hostile qui les imprègne et est à l’origine de certaines pulsions animales,  est un  personnage à part entière.

Ce roman  est épuisé mais connaîtra une seconde vie avec une réédition  prochaine.

 

Quelles sont vos passions dans la vie ?

 La vie.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

 Carpe diem.