L’OR Noir de Dominique Manotti chez Série Noire Edition

Quel immense honneur d’accueillir sur le divan du concierge cette semaine Mme Dominique Manotti grande dame de la littérature policière.

Elle vient nous parler de son dernier roman « L’OR Noir »chez Série Noire Edition.

Et elle revient aussi sur ces anciens romans et ses passions.

Dans ce roman nous sommes 7 ans avant « Sombre Sentier » et nous découvrons un Commissaire Daquin qui débarque à Marseille.

Un superbe roman qui nous fait voyager et découvrir une période de Marseille où la fin de la French Connexion approche.

Je vous conseille énormément ce roman, un pur bonheur de lecture.

Voici un résumé du roman :

B_Uqs0wW8AElRdk.jpg-largeMarseille, 1973. Le commissaire Daquin, vingt-sept ans à peine, prend son premier poste au commissariat de l’Évêché, et découvre une ville ensanglantée par les règlements de compte qui accompagnent la liquidation de la French Connexion, des services de police en guerre larvée les uns contre les autres, et la prolifération de réseaux semi-clandestins comme le SAC ou la franc-maçonnerie.

Il enquête sur l’assassinat d’un ancien caïd de la drogue et de son associé, un vétéran des services secrets, tous les deux reconvertis dans les affaires ; assiste à la naissance mouvementée d’un nouveau marché des produits pétroliers, à l’ascension fulgurante des traders assoiffés d’argent frais qui le mettent en œuvre ; et constate que les requins les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit…

 

 

 

 

La semaine prochaine nous partons rencontrer tonton pour la première fois !

Je vous souhaite une très bonne semaine à tous.

 

 

 

Bienvenue sur le Divan du Concierge, ma première question c : Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venue à écrire des romans Policiers ?

 

MANOTTI Dominique

 

 

 

Pas de souvenirs d’enfance.

 

 

Dans votre dernier roman « Or Noir » nous découvrons Le Commissaire Daquin quand il est plus jeune, Comment avez-vous crée ce personnage que l’ont retrouve dans plusieurs de vos romans ?

 

A l’origine, Daquin a été l’un des personnages centraux de mon premier roman « Sombre Sentier », qui se déroulait dans le secteur de la

Confection dans le Sentier de Paris, en 1980. Il était l’incarnation de tout ce que j’avais ressenti en fréquentant ce quartier: violence et chaleur humaine, hors la loi et règles de conduite strictes et personnelles, foisonnement, hommes entre eux (en 1980 il n’y avait que des hommes dans les ateliers de confection), un quartier personnage de roman noir à lui tout seul.

Avant de commencer Or Noir, j’avais lu une analyse, faite par quelqu’un que je ne connaissais pas, du personnage de Daquin, sensiblement différente de la façon dont je le ressentais moi même. Et je me suis demandé: comment devient on Daquin? D’où l’envie de le faire revenir dans ce roman qui se passe 7 ans avant Sombre Sentier, Daquin a donc 27 ans, il sort de l’école des Commissaires, c’est son premier poste, et j’essaie de voir comment il se débrouille dans un milieu plutôt hostile: les Marseillais n’aiment pas trop les Parisiens, et les flics marseillais de l’époque (1973) n’aiment pas du tout les homosexuels. Comment il se forge son identité, comment il devient lui même.

 

 

Marseille 1973 ville ensanglantée par les règlements de compte et la fin de la French Connexion, comment se sont passées vos recherches sur cette période noire de la ville de Marseille ?

 

Marseille_Vieux-Port

 

Comme pour mes autres romans, j’ai lu beaucoup de choses, et j’ai découvert de très bons documents sur la fin de la French, écrits plus ou moins à chaud, qui ne sont pas forcément ceux que l’on exploite habituellement. J’ai interviewé des contemporains (il y en a encore, et en pleine forme), surtout sur le fonctionnement de la police marseillaise à l’époque. Enfin, j’ai dépouillé la presse régionale de l’époque. J’avais une masse de documents telle que je n’ai pas tout exploité, sur les conseils avisés de mon éditeur qui trouvait que c’était déjà assez touffu comme ça.

 

 

 

Un polar historique, judicieusement situé au point de basculement du monde du crime…

 

 

Basculement entre deux générations, celle qui est issue de la deuxième guerre mondiale passe la main (pas toujours volontairement) à  ses « fils ». On passe d’un système criminel très organisé, quasi mafieux, à un système de libre concurrence. Et aussi au point de basculement de l’économie du pétrole, la tentation était forte… Le croisement entre les deux est purement romanesque, mais pas impossible.

Plus généralement, je crois que le roman noir est un roman des temps de crise, de basculement, pas du temps long et des évolutions lentes.

 

 

Le premier choc Pétrolier 1973 vous nous montrez tous les enjeux niveau Pétrole, comment  avez vous découvert cet épisode mouvementé ?

 

 

Ce que j’essaie de faire, de roman en roman, c’est l’histoire de ma génération. Chaque roman est un moyen  (pour moi, le lecteur, lui, doit être embarqué par l’histoire) de comprendre les grandes évolutions que ma génération a subies sans forcément en être consciente. Nos Fantastiques années fric racontait la conversion dans les années 80 de la gauche française au culte du fric. En continuant à travailler un peu, je me suis dit que le basculement chez les hommes politiques n’avait été que la conséquence d’un basculement profond de l’économie dans son ensemble, dont ma génération n’avait pas eu conscience, la financiarisation de l’économie, une économie dans laquelle les marchands et les banquiers l’emportent sur les producteurs, et cela commence vers 1973, entre autres avec l’apparition du trading du pétrole, ce que j’essaie de romancer dans le livre. Après, l’apparition du trading du pétrole est mouvementée, mais tous les épisodes de l’histoire pétrolière sont mouvementés: guerres, pirateries, assassinats, escroqueries, corruptions de masses, désastres écologiques, on est très loin du long fleuve tranquille. Le grand roman du pétrole est encore à faire.

 

 

Avez- vous une anecdote à nous raconter sur ce roman ?

 

Non, pas encore.

 

Je reviens sur vos différents romans, d’abord sur Nos Fantastiques Années Fric qui fut adapté au cinéma sous le titre Une Affaire D’état, que pensez-vous de l’adaptation et qu’avez-vous ressentis ?

 

 

artoff3568D’abord, j’ai ressenti un grand plaisir en voyant mes personnages prendre un corps, une voix. Bien sûr, ils ont une vie différente de celle qu’ils ont dans le livre, mais c’est un plaisir supplémentaire: être surprise. Chaque lecteur a sa vision personnelle, et fait sa propre adaptation du livre, et quand l’auteur la     découvre, c’est une confrontation très stimulante. Un bon roman génère des lectures multiples et divergentes. C’est même peut être à cela qu’on reconnait un bon roman. Par ailleurs, je pense qu’Une Affaire d’Etat est un bon film, qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait.

 

 

 

 

 

 

Dans votre roman l’honorable société écrit avec Doa  et qui a reçu Le grand prix de littérature policière 2011, comment s’est passée votre collaboration et surtout comment ça se passe l’écriture à quatre mains ?

 

 

La collaboration s’est remarquablement passée. Pas un nuage. Pour que ce soit possible, je crois qu’il faut au départ des goûts littéraires proches et une considération réciproque pour le travail d’écrivain de l’autre. Ce qui permet d’accepter les corrections sur son propre texte, sans se sentir frustré. Et puis de la rigueur dans le travail, faire ce que l’on a à faire, dans les temps prévus. Après, pour ce roman précis, nous avons travaillé sur une trame que nous avions élaborée pour une série télé qui n’a pas marché, en avançant chapitre (épisode) par chapitre (épisode). Nous nous sommes partagé les personnages, avons écrit séparément, réuni les scènes, chacun a relu et corrigé tout ce que l’autre avait écrit, avant de passer au chapitre suivant.

 

Comment écrivez-vous ?

 

Je n’ai pas trop d’habitudes strictes. J’écris ou je travaille (documentation) à peu près tous les jours…sauf quand je fais autre chose. Mon premier jet est toujours à la main, la plupart du temps je l’écris sur mon lit (très large), entourée d’un flot de documents. Ensuite, le reste, les innombrables reprises et corrections, se font devant l’ordinateurs, assise à mon bureau, qui est aussi  dans ma chambre.

 

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

 

 

lhonorablesoct382J’ai beaucoup lu les romanciers français du 19° siècle, et les romanciers américains du 20°. Pour faire vite et simple, je dirai: Balzac, Dos Passos, Hammett, Ellroy. Mais évidemment, si on avait le temps d’en parler, je développerai et nuancerai pas mal.

Actuellement, je lis les Contes et Nouvelles de Maupassant. Remarquable.

 

 

 

 

 

 

 

Daquin cuisine en attendant son invité et met un disque de Count Basie pour patienter pendant que sa ratatouille mijote, aimez-vous cuisiner comme votre personnage principal Daquin ?

 

Non, je ne cuisine pas, mais j’adore manger, je suis très gourmande. Mon mari est un remarquable cuistot. Et j’écoute beaucoup de jazz.

Quelle sont vos musiques préférées ?

 

mozartLe jazz, justement. Et l’opéra. Désolée pour ces goûts incroyablement archaïques. Je pense que je me ferai enterrée sur l’air de « Viva la libertà » du Don Juan de Mozart.

 

 

 

 

 

 

 

Retrouverons nous Daquin dans votre prochain roman ?

 

Je pense que oui. Rien n’est encore sûr. Si on le retrouve, il aura plus de 60 ans et sera à la retraite, et la boucle sera bouclée.

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

Vous êtes un merveilleux lecteur. J’ai eu de la chance de vous rencontrer.