Le Bal des hommes chez Robert Laffont Edition de Mr Arnaud Gonzague et Mr Olivier Tosseri

Voici un premier roman de toute beauté, un roman original ou l’on découvre une période et des fait mal connus.

Le Bal des hommes chez Robert Laffont Edition de Mr Arnaud Gonzague et Mr Olivier Tosseri, roman écrit à quatre mains.

Un grand roman historique que l’on dévore et quel énigmatique inspecteur Blèche !

Je resigne de suite pour une nouvelle aventure.

Si vous devez lire un roman c’est celui-ci, nom d’un balai !

Et souvenez-vous de ces deux noms : Gonzague et Tosseri j’en suis sur on en reparlera de ces deux belles plumes !

 

Voici un résumé du roman :

175Les chibres de tigre font-ils de bons aphrodisiaques? C’est l’été 1934, deux fauves sont retrouvés morts au zoo de Vincennes: quelqu’un leur a «mutilé l’entrecuisse». On refile l’enquête à l’inspecteur Blèche.

Il s’y connaît peu en bêtes exotiques, mais assez bien en affaires glauques. C’est un taiseux de la Brigade mondaine, spécialiste du milieu inverti où, derrière des glaces sans tain, il observe des ministres se livrer à d’étranges rituels sur de jeunes tatas héroïnomanes en toge romaine. Il a ses indics, une mémoire d’éléphant et un passé de poilu qui menace de le rattraper à chaque page.

Le présent est pourtant assez inquiétant comme ça. Les ligues fascistoïdes se déchaînent dans le Paris opaque de l’entre-deux-guerres. Une rumeur parle de nazis homosexuels traqués par Hitler. Et l’on découvre des cadavres tatoués d’un A, ou d’un B, sur le biceps.

 

 

 

La semaine prochaine nous partons rencontrer un auteur Italien, je vous souhaite de très bonnes lectures à tous.

 

 

Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire un roman ?

9141363Nous avons passé notre jeunesse des deux côtés du bois de Vincennes : Olivier, sur l’avenue Daumesnil, Arnaud, à Maisons-Alfort. Notre enfance a été passablement ordinaire, donc elle laissait une place démesurée à l’ennui. Il faut se méfier des enfants qui ne s’ennuient pas, ceux-là ne fréquentent pas les bande-dessinées et les livres. Le plus intéressant de nos premières années – nous sommes d’accord sur ce point depuis que nous nous connaissons – ne se résume pas à des vicissitudes familiales, à des expéditions dans la Nature ou à des voyages exotiques, mais à ce que l’on trouve dans les bibliothèques municipales. On ne répétera jamais assez le rôle émerveillant des Bibliobus et médiathèques banlieusardes dans l’existence des enfants qui s’ennuient.

 

Pouvez-vous nous expliquer comment vous est venue l’idée d’écrire un roman à quatre mains?

 

C’est un peu comme un groupe de rock : nous mettons des mots sur notre musique littéraire. Il paraît évident que deux guitaristes composent un morceau ensemble. ça l’est aussi pour nous en littérature. Concrètement, nous échangeons énormément grâce à Facebook puisque Olivier est à Rome et Arnaud en France. Personnages, intrigues, thèmes… Nous parlons de tout sans nous limiter, et puis nous nous retrouvons ensuite in vivo pour mettre au point un synopsis détaillé. Tous les chapitres sont établis, mais nous laissent tout de même la possibilité d’inventer des choses au moment de l’écriture. Chacun écrit ensuite un chapitre qu’il fait lire à l’autre et, pour reprendre la comparaison avec un groupe de rock, on essaie des accords, on rebondit sur ceux de l’autre, on enrichit la mélodie, etc. Cela se fait naturellement, il ne nous viendrait pas à l’esprit de procéder autrement.

  

 

Dans votre roman « Le bal des hommes »Année 1934 nous faisons connaissance avec les Invertis, un mot que je ne connaissais pas, comment vous est venue l’idée de parler du gay Paris de l’époque?

30-Charpini-OdettNous avions envie d’écrire sur ces années-là, parce qu’elles fascinent depuis longtemps Olivier. Mais nous avons en commun de détester tout le folklore sur le « petit Paris » de cette époque, notamment charrié par les films de Prévert et Carné : les petites gens braves et gouailleuses, les putes au grand cœur… Puisque le Paris des années 30 est d’abord, dans l’inconscient collectif, celui des « petites femmes » de la « ville des mille bordels », nous avons résolu de prendre, comme dit Brassens, Cupidon à l’envers et de nous pencher sur une réalité méconnue : celle des invertis, donc.

Paris était la seule grande capitale d’Europe qui tolérait l’homosexualité – ce qui ne veut pas dire que la vie des homos était un long fleuve tranquille – et qui comptait des bordels masculins, certes clandestins. Nous avons fouiné dans les rares archives de la police sur le sujet, lu des ouvrages et journaux d’époque pour tenter de restituer le plus justement possible le paysage homosexuel de l’époque. Mais nous insistons pour dire qu’il ne s’agit que d’un paysage : l’intérêt du « Bal des hommes », en tout cas nous l’espérons, n’est pas de reconstituer une époque et un milieu mais de faire vivre des personnages auxquels on croit.

 

 

Parlez-nous d’un personnage qui m’a énormément plu : Blèche.

 

emag51_p.32_zoo1C’est paradoxal de parler d’un personnage taiseux, comme l’est Blèche. Il parle peu mais observe beaucoup, analyse tout. C’est une intelligence supérieure, hypermnésique, qui n’arrive pas à voir les autres autrement que comme des pions sur un échiquier. Blèche est surtout un personnage « hors normes », par ses capacités intellectuelles et sa mémoire prodigieuse, mais aussi et surtout littéralement « hors des normes ». C’est-à-dire en dehors du jeu social, des conventions et, dans une certaine  mesure, des préjugés. Il s’inscrit certes dans une hiérarchie, celle de la police, parce qu’il faut bien gagner sa vie, mais il sait que l’ordre social est une mascarade, que les classes dominantes ne se trouvent à cette place que parce que la majorité des citoyens n’est pas suffisamment en éveil.

 

Vous montrez dans votre roman une hiérarchie, que ce soit dans la Police ou Militaire (pendant la première guerre mondiale) qui n’est pas exemplaire, avez-vous fait des recherches pour retrouver cette atmosphère ?

0hX2fOWja4446miaIXqA1U1baocNotre « propos » (on ne va pas dire message) sur l’ordre social et les hiérarchies ne se cantonnent pas aux années 30. Si nous écrivons sur ces années-là, c’est  parce qu’elles font écho avec ce qu’on observe aujourd’hui. L’ordre social était injuste, les hiérarchies illégitimes, et ils le sont restés. La France des années 2000 affecte de se croire méritocratique, alors que tout prouve qu’elle ne l’est pas, que les élites se perpétuent grâce à un système scolaire qui hâte leur reproduction. Les gardiens d’immeubles peuvent devenir des critiques littéraires – tant mieux ! – mais les enfants de critiques littéraires deviennent rarement gardiens d’immeubles, et c’est là le problème.

 

 

 

 

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

 

Nous  sommes tous les deux épris du détail et de la précision des faits que nous relatons. Il y a une scène où Blèche est attaqué par un prostitué travesti qui lui lance une grenade de la Première Guerre mondiale à Vincennes. Nous avons donc reconstitué à partir de plan récupéré au musée de l’armée aux Invalides l’objet et, à partir de photos retrouvées, les vêtements de l’époque que nous avons ensuite chiné dans une brocante. Nous nous sommes ensuite rendus sur les lieux en les endossant à tour de rôle et joué la scène pour la rentre ensuite la plus véridique possible en l’écrivant.

 

Retrouverons nous une autre aventure de Blèche ?

Oui, nous sommes en train de l’achever. Elle s’appellera « Peau de bébé », se déroulera en 1948, et pourra être tout à fait lue sans même connaître « Le Bal des hommes ». Il y en aura d’autres sans doute, mais nous ne savons pas combien. Quatre serait un bon chiffre, non ?

 

Comment écrivez-vous ?

Arnaud doit passer deux heures tous les jours dans le train pour le trajet travail-maison. Olivier arrive tôt le matin à son bureau à l’association de la presse étrangère à Rome, où il peut être seul et consacrer du temps pour écrire avant de commencer la journée. Là-encore, le fait d’écrire à deux nous prémunit du risque de la page blanche. Il y a un véritable travail d’échange, d’émulation qui permet d’avancer et de surmonter les obstacles qui peuvent se présenter. Avoir un regard extérieur permet également de corriger ou d’ajuster nos tics d’écriture – comme par exemple la passion d’Olivier pour les adverbes et le plus-que-parfait ou celle d’Arnaud pour les dialogues un peu trop longs… L’intérêt d’Olivier pour les objets en fer-blanc qu’il parsemait allègrement dans « Le Bal des hommes », comme le trouble penchant d’Arnaud pour des scènes qui se déroulent dans des les caves. Nous nous amendons mutuellement.

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans le 36 Quai des Orfèvres, qui va bientôt fermer ses portes et surtout de « la Mondaine ».

LYON - FICHIER ANTHROPOMETRIQUE DE LA POLICELa Mondaine est une brigade mythique, chargée de surveiller la prostitution féminine, mais qui a eu aussi pour mission la « surveillance et répression de la pédérastie ». Ce qu’il faut comprendre, c’est que la Mondaine est la poubelle de la police à cette époque, peuplée d’officiers brutaux, mal payés, peu instruits, souvent alcooliques, qui cherchent à se faire une place dans le monde de la nuit. Les innocents sont arrêtés et conduits au dépôt, les procès-verbaux falsifiés, on peut faire témoigner n’importe quelle prostituée à qui on ne laisse pas le choix, on peut enfermer quelqu’un sans jugement, sans appel. Pire : les flics de la Mondaine encaissent des pots-de-vin, possèdent eux-mêmes des maisons closes, fournissent « en viande » comme disait, peuvent faire assassiner tel gêneuse… Ce sont des cow-boys sans éthique. Heureusement, Blèche en a un peu : si nous avions fidèles à la réalité historique, le lecteur le détesterait au bout de 5 pages !

 

 

 

Votre roman ferait un très bon film, avez vous des contacts ?

Patrice Leconte nous a fait l’honneur de le lire et de nous dire qu’il l’avait beaucoup aimé, mais qu’il avait besoin de personnages plus « attachants » pour se livrer à une adaptation. Si vous avez le 06 de Scorcèse, on vous dira ce qu’i en pense.

  

Quels sont vos auteurs préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

Nous avons beaucoup d’auteurs favoris en commun, probablement pas loin d’une cinquantaine – sinon, ce serait difficile d’écrire à quarre mains. A commencer par l’immense Emmanuel Bove (à qui nous adressons plusieurs clins d’œil dans le « Bal des hommes ») et par Céline. Pour rester dans la littérature française, disons que nous avons un goût prononcé pour les écrivains « populistes », ceux d’avant le Nouveau Roman : Raymond Guérin, Georges Hyvernaud, Jean Meckert, Maurice Raphaël… Nous adorons aussi Georges Simenon.

Arnaud s’éclate en ce moment à la lecture d’un roman français (trop) peu connu, « Les Occupations » de Côme Martin-Karl (JC Lattès), qui est très méchant et très drôle.

Olivier a terminé « Rafales d’automne » de Natsumé Sôseki (ed. Philippe Picquier) et entame « A rebours » de JK Huysmans (Folio)

 

 Comme je vois que vous aimez les polars historiques, si vous aviez la possibilité d’être un personnage célèbre de roman de polar, qui aimerait vous être ?

Nous ne sommes pas de grands lecteurs de polars mais si nous devions en retenir un, ça serait certainement l’un de ceux de la série de l’écrivain néérlandais Janwillem van de Wetering mettant en scène les inspecteurs Grijpstra et De Gier. En particulier le roman « Comme un rat mort », écrit avec humour et grâce. 

 

Quel sont vos Films Préférés ?

Nous parlons assez rarement de cinéma, mais nous nous disons quelquefois que nous aimerions produire un roman aussi sec et d’imparable  qu’« Un après-midi de chien » de Sidney Lumet (1975). Et nous rêvons d’écrire un dessin animé du niveau du « Voyage de Chihiro » (2001). Mais ça demande du talent et du travail…

  

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

« Turgescent ». C’est un joli adjectif, non ?

 

 

Allez voir le très bon article de Mme Geneviève Van Landuyt : https://collectifpolar.wordpress.com/2015/03/05/le-bal-des-hommes-de-gonzague-tosseri-une-decouverte-de-petit-pierre/