Six fourmis Blanches de Sandrine Collette chez Denoël Edition

Voici la troisième interview de Mme Sandrine Collette pour son roman  Six fourmis Blanches chez Denoël Edition.

Et je confirme que cette auteur fait partis dorénavant des grands écrivains Français et qui a su créer son propre style.

Une totale réussite où elle arrive à la perfection à nous angoisser.

Notre lauréate du Prix du Balai de Bronze 2014 monte en puissance dans son écriture.

C’est un vrai plaisir chaque année de découvrir ses romans qui ne peuvent pas vous laisser insensibles.

Si vous aviez manqué les deux autres interviews les voici pour vous :

http://www.concierge-masque.com/2014/05/15/sandrine-collette-un-vent-de-cendres/

http://www.concierge-masque.com/2013/07/05/sandrine-collette-des-noeuds-dacier/

 

Voici le résumé de Six Fourmis Blanches :

 

9782207124369Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper?

 

Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.

À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…

Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

 

 

La semaine prochaine nous partons dans un village très spécial.

Je vous souhaite une bonne semaine à tous.

 

 

 

Bienvenue sur le Divan du Concierge, que gardes tu comme souvenir de la remise du Balai de bronze 2014 ?

Collette-Sandrine-1

 

J’ai beaucoup aimé l’ambiance conviviale et bon enfant de cette soirée, la gentillesse du Concierge quand il t’accueille comme si tu étais un dieu !, et l’humour toujours présent malgré l’émotion de la remise des prix et les papiers égarés (Richard…? Geneviève…?), enfin c’était parfait.

Sinon, je me souviens aussi que je suis arrivée directement d’une jolie manifestation dans le Grésivaudan, j’étais un peu fatiguée, je traînais mon gros sac et repartir avec le trophée, qui est superbe (il est posé sur mon bureau), c’était génial… et encore plus lourd !

 

 

 

 

 

Comment t’es venue l’idée de l’intrigue de ton nouveau roman « Six Fourmis Blanches » ?

 

Comme les autres fois, par une accumulation de petits hasards et de petits signes, par une vague idée de départ que j’ai modifiée cent fois au gré de mes pensées, de mes rencontres, des choses qui adviennent. Au début, je voulais faire un livre avec le diable, je pensais à faire rentrer des personnages dans un jeu vidéo qui s’emballerait, mais c’était un champ trop restreint, le risque étant que l’environnement du jeu vidéo rebute trop de lecteurs. J’ai gardé cette idée du « mal », cherché où je pourrais l’implanter. J’ai pensé à un voyage extrême… et de fil en aiguille je suis arrivée à la montagne et j’ai construit ma double intrigue.

 

Comment t’es venue l’idée de choisir les Montagnes de l’Albanie comme lieu principal de ton roman ?

 

 

pierra menta 2014 J1Là encore, presque par hasard. J’écris hors de tout contexte (géographique, politique, social parfois), c’est-à-dire que je voulais des montagnes, quelles qu’elles soient. En quelque sorte, je peux écrire un livre entier à partir d’une seule photo de paysage, sans savoir où c’est, en imaginant tout. Je me demande après où cela pourrait être. Pour ce roman, je me suis dit : dans les Alpes du Sud. Mais les secours auraient été trop présents, mieux organisés que ce qu’il me fallait, et j’ai cherché un endroit plus sauvage avec des caractéristiques proches. Quand j’ai pensé à l’Albanie, j’ai fait des recherches pour distiller ces montagnes-là dans le livre.

 

Six alpinistes qui vont partir pour l’enfer. As tu fait de l’alpinisme car tu fais monter l’angoisse à la perfection ?

 

Non ! Mais j’ai un gros avantage : je suis une grande trouillarde. Du coup, je me concentre pour me mettre dans la peau des personnages et j’arrive à m’angoisser toute seule devant mon ordinateur, bien au chaud avec un café, c’est le comble. Mais voilà, tout n’est que suggestion. C’est aussi le jeu du roman, je trouve : réussir à inventer de toutes pièces, et pas seulement à décrire quelque chose qu’on a travaillé, ou qu’on a vécu.

 

Parle moi de Mathias et de Lou  qui sont les deux personnages principaux du roman.

 

Mathias vit en Albanie et a un métier bien particulier : il éloigne le mal. Il évolue dans une société encore très rurale, dispersée dans les montagnes, qui a gardé de sa culture ancestrale la superstition et la peur des esprits. Lui est là pour apaiser ces esprits, protéger la population du diable (c’est comme ça que j’ai réussi à garder mon idée de départ). C’est un homme imposant et puissant qui cache ses fragilités, et qui donne le côté magique du livre.

Lou, elle, est une touriste de 25 ans qui arrivent en Albanie pour quelques jours de trekking avec son mari et des amis. De ce côté, on est dans la jeunesse et la joie, dans le franc-parler, dans la découverte, et aussi dans l’inconscience.

 

Les deux personnages évoluent séparément dans les mêmes montagnes, chacun parle un chapitre sur deux… et tu imagines bien qu’à un moment il faudra que leurs chemins se croisent.

 

Pictographistes - Sandrine ColletteAs tu une anecdote à partager sur ton roman avec nous ?

Pas encore, en dehors des premiers lecteurs qui m’ont fait des retours enthousiastes sur  « Six souris blanches » ou « Six petites fourmis blanches ». Merci les expériences en labos, ou merci Agatha Christie ?

 

« Artur c’est trop con, un prénom ridicule que l’on ne donne qu’aux clebs… » Pourquoi t’aimes pas ce prénom ?;-) (Le concierge est sadique avec cette question)

 

 

Oui c’est sadique, parce que j’aime bien ce prénom, mais c’est venu comme ça, dans l’autre sens en fait : un de mes voisins avait un très beau chien de chasse qui s’appelait Arthur, et je trouvais ça sympa de faire une allusion à lui dans le livre. C’est bête comme chou, non ?

 

Quelles sont tes lectures actuelles ?

 

Je viens de lire « La vallée seule » de André Bucher, un étrange roman d’hommage à la nature, un village au début de l’hiver, un vieux cerf qui regarde vivre les habitants, devine les chasseurs qui rêvent de le tuer. C’est très beau, très simple, un livre comme j’aime.

Et là, je commence un court roman de Christian Bobin : Geai.

 

Que penses tu des attentats de Charlie Hebdo ? Tu es d’accord avec moi qu’il faut défendre la liberté d’expression ? 

 

Bien sûr. Je suis profondément convaincue que la liberté d’expression est le moyen d’apaiser les conflits, bien plus que de les attiser. Tant que l’on peut communiquer par des paroles ou des dessins, on court-circuite la violence. Celle-ci n’arrive que quand il n’y a plus de mots, et que détruire devient alors le seul moyen d’expression. A un niveau bien moindre, je ne sais pas si, dans une discussion très animée, tu t’es déjà senti à court d’arguments. Quand tu crois vraiment à ce que tu dis et que les autres ne t’écoutent pas ou se moquent de toi, cela provoque un tel sentiment d’impuissance et de rage que tu as envie de les secouer, de les frapper. La réponse sanglante à Charlie Hebdo est le reflet d’une incapacité à dialoguer, à argumenter, à faire ce qui fait que nous sommes des êtres humains. Elle est la manifestation d’une sauvagerie qui rabaisse l’homme au rang des animaux, mais plus loin encore, qui révèle une profonde faiblesse.

 

Dans tous tes romans la Nature est Hostile, pour quelle raison ?

 

balkansSimplement parce que ce sont des thrillers. J’ai une passion pour la nature et je la mets en jeu dans mes romans, elle est un moyen pour moi de transcender l’atmosphère. Si j’écrivais des romans « blancs », elle serait magnifique ; puisque je fais du « noir », elle fait peur, c’est aussi simple que ça…

 

 

 

 

 

Après trois romans écrits comment vois tu  ton évolution niveau écriture, et qu’aimerais tu améliorer ?

C’est difficile de se juger soi-même, et je te réponds d’après ce que me disent mon éditrice, mes lecteurs. Au niveau de l’écriture, j’ai de très bons échos, qui correspondent à ce que je veux faire passer dans les mots : simplicité, sobriété, des phrases courtes qui claquent, mais aussi une certaine ambiance, et une sorte d’étrange poésie. Ce que je voudrais améliorer, c’est peut-être le côté « action » : des intrigues plus complexes, plus élaborées, plus criminelles ? En même temps, je ne veux pas perdre cette petite touche atypique et inclassable de mes romans. On verra…

 

Quelles sont tes passions actuellement ? 

 

Je suis une fidèle : mes passions durent. Ma famille avant tout, mes chevaux, la restauration de ma maison… et le Morvan !

 

Quel sera ton mot de fin à cette interview ?

 

Merci à toi, cher Concierge masqué, de me suivre depuis mon premier roman. Tu as été l’un des premiers à y croire et j’avoue que la première fois que tu m’as écrit pour une interview, j’ai pensé que tu devais être une sorte de secte, avec un nom pareil… aujourd’hui je sais que tu es un grand coeur et te croiser tout au long des salons me fait toujours grandement plaisir ! A très bientôt donc…