Une terre pas si sainte de Mr Pierre Pouchairet chez Jigal Edition

Avant de vous parler de ce roman je voudrais rendre un hommage aux 12 victimes de l’attentat de Charlie hebdo et toutes mes condoléances à leur familles, la liberté de la presse doit être défendu.

 

 

Voici un premier roman qui m’a marqué, Une terre pas si sainte de Mr Pierre Pouchairet chez Jigal

Edition.

L’écrivain nous emmène dans la réalité d’un conflit qui dure depuis des lustres, mais surtout ne cherche pas à faire du sensationnel mais plutôt un réalisme niveau écriture.

Une histoire passionnante dans un territoire de la Palestine que je ne connaissais pas, faite comme moi lit ce très beau roman et cette plume magnifique.

Une vision nouvelle, C’est une fiction aux airs de vérité tout simplement.

Voici un résumé du roman :

Mise en page 1Dany et Guy, deux flics de la police judiciaire israélienne, enquêtent avec le Shabak, la sécurité nationale, sur le massacre d’une famille de colons juifs installée en Cisjordanie à proximité de Naplouse. De son côté, Maïssa, flic palestinienne, fille d’un ancien compagnon d’armes d’Arafat, mène, elle aussi, avec obstination, ses propres investigations. Très vite et bien que le doute subsiste, un groupe de jeunes Palestiniens est mis en cause et accusé de ce crime sordide. Mais parallèlement, après la découverte d’un arrivage massif de drogue de synthèse à Nice, à Jérusalem et dans les Territoires, Gabin, flic français des stups, est envoyée sur place pour démanteler un possible trafic international issu d’un camp de réfugiés. Allant de surprise en surprise, c’est sous pression permanente et dans un climat délétère que flics israéliens, palestiniens et français vont devoir unir leurs forces pour combattre ce réseau mafieux… Car là-bas même un saint n’y retrouverait pas les siens…

 

La semaine prochaine nous partons rencontrer un chêne qui parle, je vous souhaite également une bonne année 2015 et plein de lecture.

 

Bienvenue sur le divan du concierge, ma première question : Parlez-nous de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire ce premier roman ?

Les bignoles et les flics ça a toujours fait bon ménage, c’est donc avec plaisir, mon cher concierge que je vais m’étaler sur votre divan, à condition évidemment que le greffier qui y repose veuille me faire de la place et pousser ses poils un peu plus loin.

pierre-pouchairet-2Mon enfance ? Disiez-vous… Heureuse, autant que je me souvienne. J’ai passé ma jeunesse dans le Berry où s’étaient installés mes parents, père catalan et mère alsacienne… sacré mélange. Pour moi, lycée à Châteauroux et ensuite université à Tours, puis la police… Versailles, en PJ dans un groupe criminel, et ensuite 12 ans à Nice toujours en PJ, mais dans les stups cette fois, puis l’étranger, trois ans au Liban, trois en Turquie, retour en France, la PJ Grenoble et de nouveau l’étranger : quatre ans et demi en Afghanistan et deux ans au Kazakhstan… et puis la retraite en Palestine où ma femme travaille.

L’envie d’écrire ? Dans la police on écrit beaucoup. Cela donne une base… Plus sérieusement, disons qu’après l’Afghanistan j’ai eu envie de relater ce que j’avais vécu, des moments un peu hors-normes et dont on ne se rend pas vraiment compte de l’intensité immédiate. Cela a donné un témoignage : « Des flics français à Kaboul », chez la boite à pandore. Et puis j’ai écrit sur mon passé de flic aux stups à Nice et, de là, l’envie d’une vraie fiction en décrivant la région où nous sommes installés, un endroit pas banal dont on parle dans le monde entier.

 

Votre vécu durant votre carrière de Commandant de la police nationale vous a-t-il aidé pour écrire votre roman ?

C’est une très bonne question mon cher concierge et je vous remercie de l’avoir posée… Elle est délicate, car la réponse est double et opposée.

C’est une aide, car mes histoires ont presque toutes une base concrète, mes personnages sont quasiment réels, je décris des lieux et des personnes que je connais, je les visualise et les situations me reviennent en mémoire. J’ai été chef de groupe dans la brigade des stups de la PJ de Nice, j’y ai passé douze ans. Donc… les bureaux, les couloirs, la caserne Auvare, je connais, c’est du concret. Toute mon équipe de policiers, même si les personnages et les caractères sont parfois un mélange de plusieurs personnes, sont bien là, quelque part dans ma tête. Il en est de même pour les voyous, les interpellations, les filatures, les perquisitions… pas besoin d’inventer, les souvenirs suffisent.

C’est aussi un lourd handicap, je pense qu’un flic-écrivain reste accroché au code de procédure pénale et à la réalité administrative de la fonction. Il n’arrive pas à écrire des choses dépourvues, à son sens, de crédibilité ; difficile pour un flic de décrire l’enquête solitaire d’un commissaire Maigret, ou de policiers flingueurs alcooliques déprimés et cocaïnés, qui tirent leur flingue à longueur de page et enquêtent où le vent les mène, sans contraintes administratives.

 

On parle souvent de la drogue : Cocaïne, Marijuana  mais très peu de la drogue de synthèse, pouvez-vous nous en parler ?

En fait la drogue de synthèse, à la différence des États-Unis, est encore peu consommée en France et en Europe. Il y a pourtant beaucoup de consommateurs à travers le monde (Asie, Afrique, Moyen-Orient…). Breaking bad a popularisé la meth. À l’origine cette drogue était utilisée par les militaires pour rester éveillés et concentrés durant de longues périodes. C’est une drogue facilement réalisable par un chimiste, la difficulté étant de ne pas faire exploser « la cuisine », car sa réalisation produit des gaz aussi nocifs qu’explosifs. Consommée sous diverses formes (fumée, avalée ou injectée), c’est un excitant très puissant, comme la cocaïne ou les amphétamines… Elle est très addictive et peut produire des réactions de délires paranoïaques et hallucinatoires chez les consommateurs.

 

Comment vous est venue l’idée de nous parler du conflit Israël-Palestine avec tant de réalisme ?

Territoire-palestiniens-juillet-en-t├¬teLa principale raison est que j’habite en Cisjordanie et j’ai eu envie de décrire la réalité de ce pays sous la forme d’une fiction plutôt que de me lancer dans une énième étude sur les conditions de vie de chacun. Le roman permet de donner une parole libre aux personnages et de les décomplexer en quelque sorte.

 

Je voudrais que vous nous parliez de vos différents personnages : Dany et Guy flics Israéliens,  Maïssa flic Palestinienne et Gabin flic niçois.

Déjà je me suis permis d’unir ces personnages dans un passé commun : Tous sont français ou bi nationaux. Et Dany, Maissa et Gabin sont issus du même stage d’officier de police. Ils ont tous les trois été à Cannes Écluse, où sont formés les ex-inspecteurs de police, devenus officiers. Dany et Guy ont passé le concours de la police nationale, Maissa a subi la formation grâce à des accords de coopération entre l’Autorité palestinienne et la France.

 

custom-tours_israel-palestine1-1280x720Les Israéliens sont tous les deux des pieds-noirs, Juifs séfarades :

Dany a été en fonction dans la police française, il a quitté la France pour se rapprocher de sa mère partie vivre en Israël. Il a fait son alya et a réussi à intégrer la police locale. Il a sur le pays une vision libérale et plutôt critique de la politique jusqu’au-boutiste du gouvernement israélien. Guy, de parents juifs français installés en Israël a toujours vécu dans le pays. Il a été particulièrement perturbé par la période des attentats de la seconde intifada. C’est une grande gueule qui exprime ses angoisses par des réflexions à l’emporte-pièce, pas très diplomate, mais profondément humain, je l’imagine à la Patrick Timsit.

Tous deux sont des libéraux, l’idée de deux États autonomes ne les choque pas, ils sont conscients que la recherche d’une paix durable est nécessaire et passe par des concessions. Ils détestent les colons, comme beaucoup d’Israéliens. Ils sont cependant persuadés que la sécurité du territoire israélien est menacée et sous pression constante. Pas question dans ces conditions de baisser la garde, ils ne savent pas jusqu’où leur pays peut aller en matière de concession ou de fermeté.

Maïssa est une binationale franco-palestinienne. Son père, ancien compagnon d’Arafat, militant du Fatah de longue date est devenu ministre. Sa mère, française, est installée en Palestine et s’occupe d’une ONG. Maissa est une femme libre, féministe sans vraiment le savoir, elle a été bercée dans une culture laïque, héritée des idées de gauche de son père. Elle croit dans l’avenir de son pays et refuse de le voir tomber aux mains des religieux du Hamas. Sans nourrir une haine farouche envers les Israéliens, elle les considère, à juste titre, comme des occupants qui font souffrir son peuple. Ce n’est que dans le cadre d’une paix juste qu’un partenariat de confiance pourra s’établir entre voisins.

Gabin est un peu le candide de l’histoire. Il ne connaît pas grand-chose au conflit Israélo-palestinien. Pour lui une seule chose compte : mettre hors d’état de nuire un groupe de trafiquants. Dans son esprit cartésien son monde est le théâtre perpétuel de luttes entre les bandits et la police et il comprend mal que l’union entre policiers soit si difficile à réaliser.

 

Avez-vous une anecdote à partager avec nous sur votre roman ?

palestinian-police-officers-protestersCe n’est pas vraiment des anecdotes, mais il faut savoir que beaucoup de situations, voire de personnages sont réels. Si Maïssa, en tant que policier n’existe pas, ses parents existent. Le palais du milliardaire palestinien de Naplouse est juché sur l’une des collines de la ville et je le vois chaque matin. Maïssa fait son footing à l’endroit ou courre habituellement. Il nous est arrivé, avec ma femme, de nous retrouver bloqués dans les manifestations que je décris : avec d’un côté l’armée israélienne et de l’autre des jeunes manifestants masqués. J’ai collecté dans ce livre plusieurs faits réels que j’ai lié ensemble dans une même fiction. Aujourd’hui, lorsque je visualise ces lieux, je vois les pages de mon roman et j’imagine Maïssa en enquête.

 

La France vient de reconnaître l’État de la Palestine, qu’en pensez-vous ?

une-terre-pas-si-sainte1-1024x535Il s’agit d’un vote du parlement, purement symbolique, qui n’engage pas le gouvernement. Donc, beaucoup de bruit médiatique pour en fait pas grand-chose. Mais les Palestiniens attendent depuis longtemps la reconnaissance de leur État. Ce peuple a droit à un État, le reconnaître aurait pour premier avantage de soutenir l’Autorité palestinienne contre des extrémismes plus dangereux. Cela ne peut pas nuire à la paix.

« Ce que j’aime dans ce pays, par rapport à la France, c’est qu’on ne nous emmerde pas pour les délits de faciès… Ici, c’est quand on ne contrôle pas les Arabes qu’on ne fait pas son boulot ! » (Guy, flic israélien) Expliquez-nous çà ;-)

C’est avant tout la recherche d’un bon mot dans la bouche de Guy. On reproche souvent à la police française de faire du délit de faciès lorsqu’ils contrôlent des jeunes. C’est à mon avis un mauvais procès (mais c’est le flic qui parle). En Palestine il y a des points de contrôle obligatoires entre Territoires palestiniens et Israël. Les policiers israéliens ont une liste de questions qu’ils posent et ne dérogent que très rarement à cette règle. Vous pouvez passer quotidiennement ou même plusieurs fois par jour le point de contrôle, il vous interrogera sur votre identité savoir d’où vous venez, où vous allez, si vous avez des armes… Et s’il ne le fait pas, le policier est en infraction.

 

Parlez-nous de Naplouse ?

Ha, Naplouuuuse… (Sur l’air de Ho Toulouse, Claude Nougaro)

Naplouse est une des villes les plus importantes de Cisjordanie, avec environ 200 000 habitants. D’un côté, le mont Gérizim, lieu saint de la communauté samaritaine surplombe la ville, avec son village de quelques cinq cents âmes, et au loin une colonie israélienne. De l’autre côté, les tours militaires de Tsahal.

Trois camps de réfugiés y sont installés, le plus grand, Balata 30 000 personnes et aussi Askar et Al Aïn. Il s’agit en majorité de familles expulsées de Jaffa. Les rancœurs sont immenses, les jeunes n’ont pas de futur et même si la population est surdiplômée, le chômage est endémique. Dans ces conditions la pression est immense et le couvercle de la cocote, toujours à la limite de sauter. La ville est un haut lieu de la rébellion anti israélienne. Des marques de la répression lors des intifadas subsistent dans les rues et il y a un peu partout des photos de « Shahids », ces combattants tués par les Israéliens, sur les murs de la ville.

Mais il ne faut pas s’arrêter à cela, les gens ont une vie quasiment normale, l’habitant est sympathique, hospitalier et curieux. La vie est facile pour un étranger et c’est un plaisir de se promener dans le vieux quartier ottoman qui rappelle un peu Damas, l’un des surnoms de Naplouse est d’ailleurs la petite Damas.

Et puis, il y a la knaffeh, une pâtisserie élaborée avec un mélange de fromage recouvert de semoule… Un délice connu dans tout le Moyen-Orient, souvent copié mais jamais égalé…

 

Comment vous écrivez ? (Le matin, le soir, dans un bureau).

La journée, dans un bureau, avec une vue sur Naplouse. Le matin je fais un footing sur les traces de Maissa, et ensuite je m’installe derrière mon ordinateur à attendre que l’inspiration me vienne. Parfois elle vient…

 

Le Concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler un tout petit peu de votre prochain projet littéraire ?

J’ai déjà remis ma copie à Jimmy Gallier, Gabin et son équipe seront de nouveau sur le pont. Cela se déroulera en grande partie en Afghanistan, où j’ai travaillé pendant quatre ans et demi. Je vais traiter du recrutement des djihadistes et des cellules dormantes. Là encore il sera fait une grande place à l’authentique et au vécu.

Et puis j’ai peut-être envie d’écrire à nouveau pour Maïssa, Dany et Guy, sans les Français cette fois-ci. Je me suis attaché à ces personnages et autant continuer de les faire vivre tant que j’habite chez eux…

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

Je lis relativement vite, je viens de lire les œuvres de mes deux « collègues » de Jigal, Fortin et Bosco, dont j’ai fini le livre de ce dernier ce matin.

Sinon,  je me suis mis à lire des enquêtes de Maigret : le style parfait.

J’aime Pierre Lemaitre et ses descriptions, le déroulé de ses romans…

Je lis les plus connus Grangé, Thiliez, Minier.. j’ai découvert Liad Shoham et Lisa Gardner, je prends un peu tout ce qui me tombe sous la main  et je ne cache pas que j’aime bien aussi De Villiers et ses SAS. J’ai rencontré Gérard de Villiers, quelques années avant sa mort, quand j’étais en Afghanistan. Il avait réellement pour habitude de se déplacer là où Malko œuvrait et ses descriptions des lieux et des ambiances sonnent vraies, pour ceux qui connaissent les endroits mentionnés. Il est agaçant de lire un livre décrivant un endroit où, de toute évidence l’auteur n’a jamais mis les pieds.

 

Quels sont vos films préférés ?

Je regarde peu de films, par contre, je suis devenu accroc aux séries… Mais le flic garde en mémoire comme films cultes : L 627, Le Cousin, Police et Polisse.

Et comme séries, même si vous ne me le demandez pas : The Wire (Sur écoute), The Shield, True détective, Engrenages, Braquo, Mafiosa.

 

Si vous aviez dû mettre une musique sur votre roman, laquelle auriez-vous choisie ?

Je serai tenté de dire Springsteen, Dylan, Stones, Beatles, Clapton, Miles Davis ou Coltrane… Avec mes basics on trouve toujours de quoi meubler. Mais dans le cas de ce livre, j’aurai suivi les conseils de Guy, du jazz israélien : les 3 Cohen, Avishai Cohen… et il y en a bien d’autres.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

Un grand merci à vous tout d’abord pour m’avoir reçu sur votre divan et pour le temps que nous venons de passer ensemble. Un remerciement aussi à mon éditeur pour le boulot qu’il fait et j’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire mes futurs bouquins que vous en avez eu pour celui-là.

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