Les écorchés vifs (les rédempteurs) chez Amalthée Edition d’Olivier Vanderbecq


Voici la dernière interview de l’année 2014. Une belle découverte : Les écorchés vifs (les rédempteurs) chez Amalthée Edition d’Olivier Vanderbecq.

Un roman que vous ne lâcherez pas jusqu’à la fin. Je vous le garantie !

livreUn élégant quadragénaire en route pour le sud de la France.
Un jeune flic alcoolique sur la sellette.
Une pauvre gamine paumée.
Une communauté de gitans.
Rien ne les prédisposait à se rencontrer.
Et pourtant…
Entre la capitale des Flandres et une petite station de Haute-Savoie, leurs routes vont se croiser, leurs destins se lier et leurs vies basculer.
Pour vivre.
Ou juste survivre !
Un roman qui va à 100 à l’heure et j’ai hâte de lire la suite de cette trilogie.

Je vous souhaite par avance une bonne année 2015. Que tous vos vœux se réalises.
La première interview de l’année prochaine se déroulera en Palestine.

Je vous souhaite une bonne lecture.

 

Bienvenue sur le divan du concierge. Parlez-nous de votre enfance et comment êtes-vous venu à écrire ce premier roman ?

LAVXDUNORD_3156_061014Quand j’étais gosse j’étais un gamin très solitaire.
Je passais mon temps à jouer tout seul avec mes Play mobil et mes petits soldats en plastique. J’organisais et préparais des villes et des camps avant de finalement leur faire vivre un enfer (entre Alamo et le pont de Remagen)
Puis j’ai découvert les livres (les oui-oui, les clubs des 5, les Michel, Alice, Lancelot et autres bibliothèques vertes et roses, les séries folio et les 15 histoires de détectives, coureurs, pirates, poneys, policiers, aventuriers, conquérants, écureuils) et les bd (les Michel Vaillant, les Petits Hommes, les Spirou et Tintin Magazine) et là mes parents se sont dit que je ne lisais pas, que ce n’était pas possible de lire autant et aussi vite. Ils m’ont donc obligé à rédiger des fiches de lecture à chaque fois.
Puis j’ai commencé en grandissant à lire tout ce qui me tombait sous la main. A 11 ans quand je suis arrivé à Arras, je me suis inscrit à la bibliothèque en adulte et j’ai dévoré. Juste pour la couverture ou le résumé, le sujet ou une critique entendue.
Les listes que nous donnaient les profs au collège et tout le reste (Arlequins, les SAS, les Ludlum, les Zykië, les Sulitzer, les De Villiers, les San Antonio (on était dans les années 80)…je me jetais sur tout ce qui me tombait sous la main.
Et puis les bd : Lucky Lucke, Tintin, Buck Danny, les Tuniques bleues, Blueberry, Comanche, Prince vaillant, Lefranc, Alix, Yoko Tsuno, Tif et Tondu, Gil Jourdan….et je pourrais encore faire des listes et des listes…
J’ai toujours su que je voulais écrire mais deux trois trucs m’ont radicalement calmé et refroidis quand j’étais adolescent (style quand on m’a demandé ce que je voulais faire et que j’ai répondu écrivain la réponse fut un énorme éclat de rire et un : « Tu t’appelles VANDERBECQ, pas Balzac ! ») et je n’ai jamais avancé plus loin jusqu’à l’année 2014 !
J’ai durant 25 ans écris juste pour moi, entassant mes récits, mes textes, mes contes ou nouvelles, mes tentatives d’écriture dans des cahiers et des tiroirs.
Et puis un jour…

Vous ne pouviez pas mieux trouver comme titre pour votre roman : Les Ecorchés Vifs. Tous vos personnages sont écorchés, comment vous est venu l’idée ?

En regardant autour de moi. Simplement. Et en plongeant dans ma vie, en affrontant tout ce que j’ai enfermé dans des placards et verrouillés à double ou triple tours !
David James Kennedy (l’auteur de Ressac) disait lors du salon de Loos que l’on écrit toujours quand on fait un premier roman sur des choses que l’on connaît, que l’on porte.
Je n’ai pas dérogé à la règle.
Ils ne le sont pas plus que les gens que nous croisons au quotidien et qui le sont tous d’une certaine manière. Tous nous avons glissé, dérapés ou avons été poussés et sommes tombés. Et quand on tombe à genoux, on se les écorche. Alors j’ai juste envisagé des situations bénignes que mes personnages ont pris à bras le corps. Ce ne sont pas les vécus initiaux que j’exagère ; ce sont les réactions, l’adaptation et la résultante dans une vie adulte que j’ai exacerbées de manière à en faire sortir la « substantifique moelle » qui en ferait des individus différents, blessés dans le tréfonds de leur âme et marqués dans leur chair sans autres solutions de que porter ainsi leur croix ou leur culpabilité.
Ecorchés parce que je pense à cette hyper sensibilité que l’on doit ressentir quand on n’a plus aucune protection et que nos nerfs sont à l’air et frémissent comme un rien, pour un rien.

Parlez-nous de Pierre et de Damien, deux personnages que je ne pourrai pas oublier de sitôt.

Pourquoi ne pourriez-vous pas les oublier ?
Ils ne sont que le masque de Janus, le verre à moitié vide ou le verre à moitié plein des Némésis respectives.
Chacun en fait n’est qu’une facette d’un personnage.
Regardez et demandez-vous ce que cela donnerait si on les mettait ensemble, si on les réunissait !
Ils pourraient ne former qu’un seul individu mais à différents stades de sa vie, en fonction de son évolution psychologique.

J’aime l’humour qu’il y a dans votre roman et vos citations à chaque chapitre.

L’humour…C’est une chouette arme. Il peut être offensif ou défensif mais il est toujours incompris. Il permet de prendre de la distance, de relativiser les choses.
Damien n’en a pas.
Pour Pierre il est un jeu, un petit plaisir mesquin qu’il s’octroie parce qu’il dit ainsi ce qu’il veut, ce qu’il pense, sans aucun tabou et sans chercher à savoir s’il est compris ! C’est pour lui une manière cynique de trier et cataloguer les gens. De voir s’il mérite son intérêt, de les dominer et de les manipuler.
Les citations sont mon côté Monk, organisé.
En fait mon roman est une fiche de lecture inversée.
Les titres et les citations de chaque chapitre sont à la fois un petit trait d’humour perso mais aussi et surtout les bases de mon agencement.
Ils sont le résumé de ce qui suit. Ce sont les A) et 1°) de nos fiches de révisions du bac ; le plan.
Quand je construis mon récit il me faut ces deux bases (titres et citations) pour avancer dans l’écriture.
C’est un travail de recherche car ils doivent vraiment correspondre au récit et Dieu sait que cela m’a amusé !

Il y a aussi cette belle histoire entre Pierre et cette jeune fille, pouvez vous nous en parler ?

Alicia est née de mes années d’enfance.
J’aurais juste aimé moi aussi un jour que quelqu’un s’arrête et prenne le temps de voir, que quelqu’un vienne bouleverser cette vie si anormalement normale que je vivais, mette fin à tout ça.
J’ai utilisé cette docilité et absence de rébellion que l’on a quand on est formaté et fondu très jeune dans un schéma de vie.
J’étais comme elle : un chien qui attend dans son chenil que des maîtres dignes de ce nom viennent l’adopter, ce pauvre clebs attaché sur une aire de repos à un arbre, abandonné et qui ne demande qu’un foyer accueillant et aimant.
Voilà comment Elle est née.

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman ?

Une anecdote ?
Bah, j’en aurais bien une qui m’a choquée.
carte407restaurant3Le 407 est un restaurant qui existe et dont tous les éléments (menu et décors) sont véridiques.
Quand j’ai été voir le proprio pour lui expliquer que j’avais écrit un bouquin qui se passait dans son resto (ok une 10 aine de lignes maxi mai bon ça me semblait normal et poli) le gars avait une seule et unique inquiétude : que je lui demande de l’argent !
Une fois rassuré, il m’a juste demandé si je disais du bien de son restaurant. J’ai dit oui, il m’ dit de le tenir au courant et on s’est dit au revoir
J’ai halluciné.

 

Parlez-nous de votre prochain roman. La suite de cette trilogie ?
Oui, une lectrice me disait ce week-end que même si le premier volume pouvait s’auto-suffire, les hpersonnages n’ont pas fini leur travail personnel.
En réalité, le volume trois est né en cours d’écriture en écoutant le générique de fin de Inglorious Bastards, un morceau de Ennio Morricone.
J’ai eu un déclic, je me le suis passé en boucle une vingtaine de minutes et j’ai conçu une fin pour mes personnages.
Mais entre le premier et cet ultime épisode il me fallait développer certaines relations, certaines histoires et certaines situations.
Toujours rester cohérent c’est important, alors j’ai commencé à bâtir le second volume.
Qu’ne dire sans trop en dire : on prend les mêmes et on recommence ? Non pas tout à fait ; en fait ils restent sur le chemin qu’ils viennent d’emprunter.
Voilà vous n’en saurez pas plus…
Allez si je vous donne le titre : Le Bon, la Flic et le Gitan (Les Vertueux).
Le trois sera : je ne sais pas encore (Les Justes).

Comment écrivez-vous ?

J’écris dans ma véranda, paradis du chien et fumoir familial, bibliothèque partie polar et fantastique et petite ouverture sur la verdure.
Je l’ouvre en grand, je prépare une cafetière, mon cendrier et je mets mes oreillettes.
Je ne travaille qu’en musique, et je ne laisse passer aucune interférence extérieure. J’ai besoin de n’avoir aucun autre sujet d’attention : rien que moi et mes mots.
Je me déplace à pied énormément (2 fois 35 mn tous les jours) ce qui me permet de construire mes « parties » les unes après les autres en images. Une fois que j’arrête d’y penser, je sais que je peux la « motcaliser » car elle est finie et là j’écris…sur un ordinateur portable.

Quels sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

Et voilà c’est trop terrible ça ! Toujours choisir et classer par ordre de préférence …
Ben voilà le problème : tout chez moi est double !
Là j’ai mon enfance et mes études d’une part et « plaisir » de l’autre.
J’ai bouffé de la grande et petite littérature, poésie, théâtre et philosophie jusqu’à mes 25ans ; la culture et les études obligent. Dans ce registre je reste marqué par Les liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos, les œuvres de Baudelaire et de Gilbert Cesbron, Zola et toutes les littératures de critique sociale des 16,17 et 18 ème siècles.
La lecture dilettante était nourrie de fantastique (King, Rice, Barker, Straub…) de polar (Dantec, DOA, Chesbro, Grangé….) de médiéval (Eddings, Goodking, Pévèle, Moorckock….) et de tous ce qui était hors norme et sortait des sentiers battus. (John King, Ellis, Burgess, Nabokov, Maalouf, Kerouac, Franc et Vautrin, Hunter S Thompson, Alec Garland…)
Pour le moment je relis la série de Anonyme (Le Cimetière du Diable, Le Livre Sans Nom, La Pierre de Lune) et une série trouvée au rayon ado (Miss Peregrine et les enfants particuliers).
En bd je viens de me refaire les Walking Dead et la série du Poisson clown.

Quels sont vos Films Préférés et pourquoi ?
un-stock-d-armes-gratuitesBon, ben continuons dans le classement (mais c’est dur….) : il y a les genres et puis les films.
J’aime les films qui saignent et qui tranchent ( ceux que ma femme appellent mes croutes parce qu’au final quand le sang a séché c’est ce qu’il reste : une croûte !), j’aime ces westerns à l’héroïsme naïf avec les clichés du brave qui seul défie l’oppresseur, j’aime ces épopées et aventures en terres étrangères où le gentil est un peu méchant pas foncièrement droit et pur, ces films d’aventures où l’union et la solidarité permettent la victoire ou la réussite au prix de sacrifices qui me feront sortir une ou l’autre larme( si si j’ai la larme facile).
Il y en a plein d’autres encore mais au final ils doivent engendrer un sentiment, une émotion.
Si je dois citer mes références….
Priscilla, Folle du désert : impressionnant de luminosité et de musicalité ; une ode à la tolérance.
Apocalypse Now parce que c’est un film que j’ai vu tard mais qui m’a foncièrement impressionné quand on me l’a raconté un soir d’orage sur la bande originale en 2 disques…en 1981 ou 82 (j’avais 9 ans). Le livre de Conrad comme le film sont fascinants de noirceur. Et en même temps si hallucinés si décalés (surtout le film). Et cette affiche…
Et puis il y a eu Crying Freeman, Total Western, Nid de Guêpe et Quentin Tarantino et Roberto Rodriguez….Le cinéma vivant, le cinéma puissant.
Des puzzles de destin, une violence humaine, du réalisme…Des références…
Et je pourrais continuer des heures……

Parlez-nous de la bibliothèque de Fâches Thumesnil.

Nous vivons à Fâches depuis 07/2007 et ce fut le premier endroit où je nous inscrivis.
Alice est née en 2008, et il va quasi hebdomadairement depuis 2009.
Juliette pareil depuis 2010.
C’est un lieu incontournable pour nous : on les pompes en livres, bd, romans, dvd et cd !
Mes filles y vont pour les animations aussi et j’y ai fait The Atelier d’Ecriture ; c’était en Avril 2013.
5 mardi soir, sous la houlette de Carole Fives (un auteur extra) j’ai bu des litres de café et écris des quantités de pages en peu de temps et à partir de consignes et bases différentes.
Ce sont les réactions et commentaires, les regards étonnés et ahuris de mes collègues d’atelier et de Carole qui m’ont fait m’interroger très sérieusement.
J’ai pondu 5 histoires courtes lors de cet atelier et j’ai eu envie d’écrire une petite histoire de truand à Fâches à partir de l’une d’elles.
Et là le récit s’est développé et a pris une dimension beaucoup plus grande et j’ai réalisé que je ne pourrais pas tenir en 30 ou 40 pages.
Sans eux, je ne vous répondrais pas aujourd’hui.

Vous êtes un fin cuisinier ? Parlez-nous de votre passion.
La cuisine c’est un exutoire, c’est un besoin et un plaisir.
Je cuisine le soir en rentrant pour ma famille et pour me détendre.
Je cuisine quand il y a plus de 2 invités pour m’isoler.
Je cuisine parce je crée. Je pars d’une recette initiale et je la modifie. Ou alors je fais avec ce qu’il me tombe sous la main.
C’est une manière autre de laisser libre court à mon besoin de créativité…mais juste pour mes proches, de manière intime.
Et pendant ce temps mon petit cerveau mouline !

J’ai bien aimé l’histoire du Prince Crapaud, d’où vient cette histoire ?

Ah le Prince Crapaud (énorme sourire) !
A l’origine c’est une « private joke ».
La première fois que nous avons été séparés, ma femme et moi (elle était partie en voyage de classe à Venise, elle est prof d’anglais…je sais où est le rapport : Roméo et Juliette bien évidemment!), quand je me suis retrouvé seul le soir au coucher je l’ai inventé.
Depuis chaque nuit que nous ne passons pas ensemble se solde par un bout de la vie et des aventures épiques et tarabiscotées du Prince Crapaud et de la Reine mère.
Au fil du temps sont venus se greffer d’autres personnages dans la famille royale puisque je brode les histoires sur notre quotidien. Il permet de diluer les inquiétudes et de combler le manque de l’autre.
Il y a un aspect très enfantin dans ce rituel qui met en scène le quotidien sous forme de conte ; il est apaisant et rassurant.

Quelles sont vos musiques préférées ?

Oulla ça c’est encore une horrible question !!!
Mes goûts sont terriblement éclectiques.
Je vais faire des petites cases.
Il y a les chanteurs français à « histoire » : Joe Dassin, Dalida, Aznavour, Brel, Renaud, Saez, ainsi que toute la faune bigarrée de la variété française des années 70 et 80. Ces gens ont su concilier des histoires quotidiennes et une musicalité qui font naître chez moi un sentiment de reconnaissance de ce récit, un partage, une émotion.
Et puis il y a toute ma culture rock ; elle commence avec la fin des années 60 et se perpétue de manière très délétère ; je deviens un vieux con et ne m’intéresse que difficilement aux nouveautés.
En vrac : les Doors, les Pixies, les Chemicals Brothers, Saez, Noir Désir, les Red Hot Chili Peppers, Pink Floyd, Santana, Archive, Buckley, PJ Harvey, Bjork, Rage Against, les Smashing….Très rock au final.
Mais quoi qu’il en soit que ce soient les paroles ou la musique il faut qu’il y ait une réaction épidermique : des images ou un pied qui tape le rythme, une émotion ou des paroles retenues facilement…mais toujours la musique fait naître quelque chose.

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

Je vous ai détesté.
Ça m’a pris des plombes et vous m’avez obligé à faire des tris et des préférences !
Non c’était un bonheur de répondre à vos questions, elles sont intéressantes et m’ont fait m’interroger sur des situations ou éléments qui me taraudent depuis un moment.
Mon mot de la fin ?
Puisse le ciel faire qu’un jour je puisse voir ce que j’ai écrit sur Grand Ecran.
Et surtout encore une fois merci de votre accueil et vivement les Balais 2015.