Le chant du converti de Sebastian Rotella chez Liana Levi

C’est Mr Sebastian Rotella aujourd’hui qui se trouve sur le Divan du concierge. Grand reporter, il vit aux États-Unis. Spécialiste des questions de terrorisme international, de crime organisé, de sécurité et d’immigration, il a été finaliste du prix Pulitzer en 2006 pour ses reportages internationaux. Il travaille actuellement pour Pro Publica. En France, Triple Crossing, son premier roman, a été salué par la critique et les libraires et il sort sont deuxième roman  Le chant du converti chez Liana Levi.

Et voici un roman explosif qui nous rapproche de l’actualité, belle réussite et aussi un voyage de l’Argentine à  la Bolivie puis à Paris et aussi en Espagne et même à Bagdad. Vous verrez que les amis d’enfance peuvent vous amener beaucoup d’ennuis. Très fier de partager avec vous cette interview d’un écrivain qu’il faut absolument lire.

9782867467363nVoici un résumé de son roman Le chant du converti :

 Tout recommencer à Buenos Aires… Pour Valentin Pescatore, la vie reprend loin des États-Unis. Mais un soir à l’aéroport, le passé le rattrape: Raymond, son ami d’enfance, un peu gangster, un peu chanteur, lui tombe dessus après dix ans de silence. Ce qu’il vient faire en Argentine, quelle a été sa vie et pourquoi il s’est converti à l’islam, il le lui racontera autour d’un verre. Une rencontre gâchée par un mauvais pressentiment… Peu après, un terrible attentat ravage un quartier de la capitale. Le doute concernant son ami a juste le temps de s’insinuer dans son esprit qu’il est entraîné dans une succession d’événements inattendus. Des jungles boliviennes aux rues de Paris, en passant par l’Espagne et Bagdad, Pescatore se lance dans une enquête qui met en évidence les connexions entre filières de la drogue et réseaux terroristes, et d’autres, plus souterraines, avec les services secrets du monde entier. Au bout du voyage, l’amitié pourrait se révéler un piège mortel…

 

 

 

La semaine prochaine nous partons passer des vacances en Bretagne, bonne lecture et à la semaine prochaine.

 

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment vous êtes venue à écrire des Thrillers ?

 

 ROTELLAJe suis fils d’immigrés italiens et espagnols. J’ai grandi dans le quartier sud de Chicago, un quartier qui incarne la dualité de Chicago : une tradition  d’érudition, d’arts et de culture combinés au crime, à la corruption et aux conflits. En grandissant,  vivre l’expérience d’un fils d’immigrés, et  la diversité ethnique de la ville me fascinaient. Je lisais beaucoup, tout depuis l’Odyssée et Les trois mousquetaires jusqu’aux classiques du polar comme Raymond Chandler, Dashiell Hammett et Eric Ambler. J’ai étudié à l’université du Michigan, travaillé avec le grand auteur et professeur Jim Shepard, et décidé que le journalisme était ce qui combinait le mieux le monde des idées et le monde de la rue. Cela m’a conduit à devenir reporter, puis correspondant étranger, journaliste d’investigation et, pour finir, à écrire des romans policiers avec une dimension internationale.

 

 

 

 

 

Parlez-nous de votre personnage que vous avez crée : Valentin Pescatore, un personnage que l’on ne peut pas oublier après avoir suivi ses aventures.

Le personnage de Pescatore est en constante évolution ; c’est ce que j’aime chez lui. Il avait seulement 25 ans dans Triple crossing, mon premier roman. Maintenant il a la trentaine. Traverser les frontières est naturel chez lui, il est la quintessence du melting-pot américain : sa famille est d’origine italienne, argentine, mexicaine. C’est un gars de Chicago. Il est petit, solide, athlétique, c’est une tête brûlée, il a l’esprit vif  bien qu’il n’ait pas beaucoup d’instruction, et il a un talent inné pour les opérations clandestines. Il a réalisé son rêve de gosse, devenir policier, mais il est fasciné par la culture gangster- et il a tendance à s’attirer des ennuis. Il est éthique et chevaleresque, et, en ce sens, très catholique, bien qu’il ne soit pas versé dans la religion. Il n’est pas du genre action-héro qui se la joue, il a un  charme  authentique et sans prétention que les lecteurs aiment, je pense.  Dans ce roman, il a quitté la police des frontières  et est devenu enquêteur privé en Argentine, le pays d’origine de son père.

 

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Dans votre deuxième roman « Le Chant du Converti », chez Liana Levi Edition, vous êtes en pleine actualité avec un sujet : LE TERRORISME INTERNATIONAL, comment vous est venu l’idée de ce thème ?

 

 

 

J’ai passé des années à couvrir le terrorisme en tant que correspondant en Amérique latine, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Je voulais explorer les dessous du terrorisme et de l’anti-terrorisme avec la liberté et l’autorité que procure un roman : l’expérience de la radicalisation comme moyen pour reconstruire son identité et l’attrait de l’extrémisme et de la culture hors-la-loi ; la mentalité des terroristes et de la police anti-terroriste ; et le monde labyrinthique des informateurs et des espions. Le personnage de Raymond incarne un archétype réaliste de ce milieu: l’agent double né qui séduit systématiquement, qui manipule et trahit,  qui agit simultanément comme gangster, terroriste et informateur. Quand il se fait prendre, il a toujours quelque chose ou quelqu’un à vendre.

 

J’aime bien cette phrase de votre roman : « La criminalité conduit à l’extrémisme, et le trafic de drogue se justifie par le Djihad. C’est le « gangsterrorisme »  Expliquez- nous cette phrase.

ça veut dire que crime et terrorisme convergent, tant d’un point de vue opérationnel que culturel. Souvent des criminels de tradition islamique se radicalisent parce que l’idéologie leur donne un but, et donne à leur vie de violence une dimension glorieuse. Les groupes terroristes s’engagent dans le gangstérisme parce que c’est profitable et parce que la radicalisation a souvent moins à voir avec la religion qu’avec un sens fort d’identité et d’appartenance à un groupe puissant. Un certain nombre de jeunes quittent les banlieues de Paris, Londres ou Bruxelles pour rejoindre le Jihad en Syrie parce qu’ils veulent faire partie du gang le plus puissant et le plus dangereux de la planète.

 

Avez-vous une anecdote sur ce roman à partager avec nous ?

 Ce roman est une expérience unique car il a d’abord été publié en français en septembre (il sera publié en anglais en décembre). Mon premier roman, Triple crossing, est paru  en France un an après sa sortie. Quand je suis arrivé en France pour présenter le livre, j’avais déjà donné des interviews et participé à des évènements littéraires et c’était relativement facile de parler en public. Mais cette fois-ci, j’ai vécu l’expérience unique de parler de mon livre en français d’abord ! Je parle bien le français, mais pas aussi bien que l’espagnol ou l’anglais, aussi était-ce un défi et une expérience stimulants. J’ai reçu un accueil chaleureux des critiques et eu la chance de rencontrer les libraires et lecteurs français en personne au Festival Americade Vincennes. Merci aux lecteurs ! (En français dans le texte).

 

 Parlez-nous de votre premier roman « Triple Crossing » qui vous a fait connaître en France. Le problème de la frontière américano-mexicaine.

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Triple Crossing parle de frontières:géographiques, culturelles, psychologiques, morales. L’histoire se passe à la frontière entre le Mexique et les Etats Unis, qui sépare le tiers-monde et le  monde riche et crée une des juxtapositions les plus dramatiques de la planète. L’action se déplace vers la « triple frontière » où se rencontrent l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, un nœud central global de commerce, de mafias, de complot et même de terrorisme. L’intrigue du roman nous conduit à suivre un jeune agent de la police des frontières américaine, Valentine Pescatore, et un journaliste et activiste pour les droits de l’homme mexicain devenu policier réformiste, Leo Mendez. Ils se croisent, coopèrent et s’opposent pendant une enquête sur un dangereux baron de la drogue mexicain doté de relations dans le monde politique,  une plongée dans des zones frontalières pleines de traîtrise et de surréalisme.

 

 

 

 Comment écrivez-vous ?

 J’écris surtout la nuit, et les week-ends, chez moi dans mon bureau. J’écoute de la musique pendant que j’écris. Et je bois beaucoup d’expressos.

 

Quel sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

Alexandre Dumas, Raymond Chandler, Eric Ambler, Richard Price, Robert Stone, Tom Wolfe, John Steinbeck, Albert Camus, Leonardo Sciascia, Gabriel Garcia Marquez, Mario Vargas Llosa, Don DeLillo, Mike Connelly, Jim Shepard.

En anglais, j’ai lu récemment The drop de Dennis Lehane  et Visitation Street de Ivy Pochoda. En français j’ai lu Arab Jazz, de Karim Miske, et je suis en train de lire Un mensonge explosif, de Christophe Reydi-Gramond. En espagnol, je viens juste de relire une collection de polars du  de l’écrivain argentin Rodolfo Walsh.

 

Parlez-nous de votre métier de grand reporter, à quoi consiste une journée d’un grand reporter ? Est-ce que cela vous aide dans l’écriture de vos romans ?

Je travaille pour ProPublica, qui fait du journalisme d’investigation en profondeur dans l’intérêt public. Nous travaillons en profondeur  sur des projets qui prennent des mois, c’est plus comme écrire un petit livre qu’un article de journal. Mon emploi du temps dépend de l’état d’avancement du projet. Je passe beaucoup de temps en discussions avec mes sources, aux USA ou à l’étranger, souvent des gens qui travaillent dans les forces de l’ordre ou pour des agences de renseignement, ce qui suppose pas mal de repas, de verres, d’écoute et, surtout, de discrétion. Je voyage occasionnellement pour des reportages dans des pays comme le Guatemala  ou l’Inde, ce qui stimule l’adrénaline de l’ancien correspondant à l’étranger que je suis : travailler dans d’autres langues, trouver son chemin sur  des terrains incertains, retrouver des gens, faire la chasse aux documents. Les dernières phases de ces projets sont des phases tourbillonnantes d’écriture, de corrections et de réécriture.

Oui, le journalisme aide la fiction mais je fais la part entre les deux. Quand j’enquête, je ne me demande pas si ces histoires pourraient constituer une bonne matière pour de la fiction. Cela gênerait l’investigation. Mais quand je m’assois pour écrire une fiction sur le crime ou l’espionnage, j’ai un trésor de matière à partir de laquelle travailler et beaucoup d’expérience et de connaissance de la façon dont ces mondes souterrains fonctionnent.

 

Actuellement quelle est l’actualité qui vous énerve ?

L’impunité, que ce soit celle des magnats de Wall Street, des gangsters, des terroristes ou de régimes corrompus qui s’en sortent malgré des crimes monstrueux.

Et aussi la superficialité, l’excès, les préjugés et la négligence d’une grande part du monde  journalistique.

 

Parlez-nous de l’enquête que vous avez fait sur les attentats de Bombay : « Un terroriste parfait ». Ca m’intéresse énormément.

 

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Cette histoire est une étude d’un cas de terrorisme (l’attaque de Bombay en 2008) qui a des implications dans le passé et dans le futur. L’histoire (publiée dans des journaux américains et diffusée sous forme de documentaire à la télé)montre comment des officiers des services secrets du Pakistan, supposé être l’allié de l’Occident et bénéficiaire de milliers de dollars d’aide de la part des USA, ont joué un rôle central dans cette spectaculaire attaque terroriste qui a tué 166 personnes, visant aussi bien des occidentaux  que des indiens, et qui a risqué de provoquer une guerre entre des nations possédant l’arme nucléaire. Ce projet a aussi montré les dysfonctionnements des systèmes antiterroristes occidentaux et indiens qui ont permis à l’attaque d’avoir lieu malgré des avertissements. C’est un problème classique dans un monde moderne où les agences de renseignement sont submergées de données et empêtrées dans la bureaucratie ,et parfois ne réalisent pas qu’elles ont l’information avant qu’il ne soit trop tard. Le projet consistait aussi en un portrait d’un trafiquant de drogue/terroriste/ espion , David Coleman Headley, qui était un conspirateur clé et une des figures les plus intéressantes et dangereuses du terrorisme de l’histoire récente.

 

 

Quelles sont vos passions dans la vie à part le journalisme ?

 

Ma famille, la musique, la lecture, le cinéma et la télévision de qualité, le football, le basketball, la bonne nourriture et le café, la vie citadine, les langues étrangères et les voyages.

 

4f85f210-f653-411f-851b-cbf288999553Si vous aviez été un personnage de roman policier, lequel auriez vous voulu être ? 

Probablement Philip Marlowe. Ou Valentine Pescatore.

 

 

 

 Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 Je n’ai jamais été concierge, mais quand j’étais étudiant à l’université j’ai travaillé l’été comme portier d’un luxueux hôtel de Chicago- ce qui est un métier comparable. Je dis toujours que j’ai autant appris dans la rue devant cet hôtel que pendant les cours à l’université.