X de Mr Sébastien Teissier chez Nouveau monde Edition

Voici un roman qui m’a énormément plu : X de Mr Sébastien Teissier chez Nouveau monde Edition.

Roman qui est pour moi une vraie réussite, vous plongez dans un univers qui va vous faire frissonner à souhait.

Vous allez voyager dans un labyrinthe de folie, l’auteur a mis la barre très haute pour un premier roman et c’est remarquable.

Ce roman a reçu Le Prix 2014 des bibliothèques et des médiathèques du grand Cognac.

71sKqsVJWjLVoici un résumé de son roman :

Banlieue parisienne, 23h15. Lucas Moriani, agent de la police scientifique, se rend sur une scène de crime. Arrivé sur place, il est seul et éprouve une gêne incompréhensible devant la victime égorgée.

Pourquoi cet agent expérimenté ne parvient-il pas à retrouver sa routine ?  Pourquoi aucun autre policier ne se trouve sur les lieux ? Son téléphone garde la trace de l’appel de l’inspecteur l’ayant envoyé sur place mais le numéro est masqué. Quel est son nom déjà ?

Rapidement, Lucas Moriani réalisera les raisons de son trouble et prendra la mesure de l’horreur qui l’entoure.

Acteur contre son gré d’une grotesque comédie, la vie de l’agent bascule. Ses souvenirs ne correspondent plus à aucune réalité. La démence est-elle la seule explication rationnelle ? Lucas Moriani va enquêter sur la victime et sur lui-même pour décrypter l’énigme la plus complexe de sa carrière. Mais la vérité aura un prix.

La semaine prochaine nous partons rencontrer un auteur Américain fort sympathique.

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

 

Bienvenue sur le divan du Concierge.

 

Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment êtes-vous venu à écrire ce premier roman ? 

Et bien, merci de me recevoir sur votre Divan, cher Concierge. Je m’assois ici ? Bon, alors mon enfance. Je suis né dans le sud de la France, pas très loin de Marseille. J’ai grandi à la campagne. Mon père était électricien et ma mère travaillait à la maison. Ma famille n’était pas très littéraire, seule ma sœur était passionnée de lecture. Je m’y suis mis progressivement dans mon coin au début de mon adolescence. Je dois avouer que je ne m’intéressais pas tant aux histoires qu’à la manière dont elles étaient construites. J’ai toujours aimé décortiquer et aller en profondeur pour comprendre comment quelque chose fonctionne. C’est un trait de caractère très présent chez moi. Je n’ai pas vraiment ressenti le besoin d’écrire avant de m’y mettre. Ce n’est que lorsque j’ai eu le thème de X en tête que j’ai décidé d’utiliser les méthodes que j’avais étudiées il y a des années de cela. Ça a commencé comme un jeu. Je faisais lire les chapitres en cours d’écriture à ma femme et à ma sœur. Elles ont des esprits très retors et je savais que si je parvenais à les berner, c’était gagné.

 

999037_146170215589502_1851347783_nComment vous est venue l’idée d’écrire X ?

Le thème principal m’est venu lors du séquençage de l’ADN d’un malade atteint d’une maladie rare de la peau. Le travail n’était pas vraiment prenant et ne nécessitait pas une attention particulière. Mon esprit a alors un peu vagabondé et j’ai commencé à imaginer les grandes lignes de cette histoire. Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai écrit le premier chapitre d’une traite et l’ai fait lire à ma femme. Je voulais savoir si elle avait une idée de ce qui était arrivé à ce pauvre Lucas. Elle ne voyait pas, j’ai alors continué.

 

Parlez-nous de l’inspecteur Félix Vizzini, personnage qui m’a énormément marqué.

Ah Félix ! Même si je ne le mentionne jamais clairement dans le roman, il est atteint du syndrome d’Asperger qui est une forme d’autisme. Je me suis inspiré en partie de la vie de Daniel Tammet pour créer ce personnage. Il est un des cas les plus incroyables que l’on connaisse. Il est le recordman du nombre Pi et ses capacités sont apparues à la suite d’une crise d’épilepsie qui lui a créé des lésions cérébrales. Lorsque ces lésions se sont soignées, son QI est devenu phénoménal. Lorsque j’ai imaginé les premières lignes de X, Félix était un inspecteur classique, presque un cliché. J’avais besoin d’un policier pour résoudre l’enquête et c’était sa fonction principale. C’est en travaillant les personnages que j’ai eu l’idée d’en faire une sorte d’alter ego de celui qui tire les ficelles de cette intrigue. Je l’ai intégré de plus en plus dans l’histoire jusqu’à ce qu’il devienne presque l’histoire elle-même. J’ai voulu décrire par la même occasion, ce qui se passait dans l’esprit de ces personnes fascinantes qui sont atteintes du syndrome d’Asperger. Généralement, plus nous essayons de comprendre comment fonctionne leur esprit, moins nous y arrivons.

 

Pour construire les personnages principaux, vous vous êtes appuyé sur une troublante et véridique histoire, pouvez-vous nous en parler sans trop dévoiler.

Et bien j’ai déjà mentionné Daniel Tammet qui a été ma source principale d’inspiration mais il y a également des cas de personnes qui possèdent des capacités surprenantes du fait de communications anormales entre les différentes aires cérébrales. Certains voient la musique en couleur alors que d’autres sont capables de réguler leur température consciemment, par exemple. Travaillant également quelques fois sur des maladies génétiques rares, j’ai fait un mélange de plusieurs cas entrainant des anomalies cérébrales pour arriver à la création de certains personnages. C’est un point qui me tenait particulièrement à cœur. Les évènements décrits dans « X » pourraient être perçus comme étant fantastiques mais ils ont tous une explication scientifique sans avoir recours à la magie ou au paranormal. Cela doit venir de ma formation de scientifique mais je suis convaincu que le merveilleux existe sans avoir besoin de tout cela.

 

Votre Thriller est captivant par sa façon de rentrer dans chaque personnage, dans leur vie passée.

Selon moi, la création des personnages est certainement ce qui est le plus important dans une histoire. Ils doivent avoir un passé, une vie propre pour que je puisse parler d’eux et les rendre réels. Leur histoire est ce qui arrive en dernier dans mon processus de création mais c’est certainement la partie qui me demande le plus d’efforts d’imagination, il faut qu’il y ait une connexion émotionnelle avec le lecteur. Ils ne doivent pas juste apparaître pour servir les évènements que l’on décrit, nous devons les sentir et deviner qu’il y a beaucoup plus dans chacun d’eux. C’est essentiel sinon, on n’y croit pas. Je n’hésite pas à changer l’histoire principale pour qu’un personnage semble vivant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je les travaille à la fin, une fois que je connais le déroulement des évènements.

 

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman et à partager avec vos lecteurs ?

Oui, certaines anecdotes racontées dans le livre, notamment pendant l’adolescence du personnage principal, sont parfaitement vraies. J’ai changé les noms,mais j’ai réellement vécu au détail près certains passages que je décris dans le livre.

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Votre Thriller a reçu Le Prix Littéraire Des Bibliothèques et Médiathèques de Grand Cognac 2014, que gardez-vous comme souvenir de cet évènement ?

C’était irréel. Être sélectionné pour un prix dans un tel festival me semblait déjà incroyable. J’y suis allé en me disant que c’était l’occasion où jamais de vivre ça une fois. Je ne pensais sincèrement pas gagner. Je ne l’avais même pas considéré comme une éventualité… Je n’en suis toujours pas revenu.

 

Le Concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?

Il s’appelle « Les Enfants de Prométhée » et… c’est la suite directe de « X ». Il est déjà écrit et je suis actuellement sur le troisième et dernier volet de cette histoire. Je me doute que, vu la fin du roman, vous vous demandez comment il peut bien y avoir une suite. Il va falloir être encore un peu patient mais, sans rien dévoiler de l’histoire, j’avais introduit quelques éléments dans le premier volet que vous avez normalement retenus sans véritablement les intégrer dans l’histoire car vous étiez focalisé sur la trame principale. Oui, la suite était prévue depuis longtemps mais je voulais que le premier volet semble être une histoire complète avec une fin fermée. Vous allez voir que c’est en fait loin d’être le cas et ce, sans avoir besoin de changer un seul élément. Je ne triche pas, la fin est bien celle que vous avez comprise. Ce n’est simplement pas terminé.

 

Comment écrivez-vous ?

J’écris dès que je peux. Je sais que beaucoup d’auteurs s’imposent un rythme. Ce n’est pas mon cas. Je n’ai qu’une seule règle : avoir toujours la sensation de continuer. Je peux faire de longues pauses de plusieurs semaines, je l’ai fait pour « X » et pour « Les enfants de Prométhée », mais à aucun moment je ne veux me demander si je vais continuer. Cela ne doit pas être une option. Quand je dis que j’écris quand je peux, cela signifie que ça peut être n’importe quand. Pour vous donner un exemple, vous vous souvenez de la première fois où nous rencontrons Félix ? J’ai écrit ce passage sur mon téléphone portable parce que j’avais du temps devant moi et pas d’ordinateur sous la main. Mon moment préféré reste quand même le soir, la nuit lorsque tout est calme et qu’aucun élément ne peut venir me déranger… enfin, avec deux enfants, on n’est jamais sûr de rien.

 

Quels sont vos romans préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

PSYIl ne s’agit pas uniquement d’un roman mais d’un duo entre un livre et un film. Je voue une admiration sans limite à Psychose de Robert Bloch ainsi qu’à son adaptation par Hitchcock. Cette histoire utilise la technique que je tente de maitriser pour créer des retournements de situations et la porte à un niveau qui me laisser rêveur.

Pour le reste, je suis très attaché à « Double assassinat dans la rue Morgue », d’Edgar Allan Poe pour la manière dont l’intrigue est posée même si sa résolution m’a légèrement déçu. C’est un peu la même chose avec « Le monstre sur le seuil » de HP Lovecraft.

Je suis assez fan de Science-Fiction même si je suis souvent déçu. Un de mes romans préféré reste « La planète des singes » de Pierre Boule qui n’a jamais été adapté correctement au cinéma à mon avis.

J’aime « Le Horla » de Maupassant, « Des souris et des hommes » de Steinbeck.

Plus récemment, j’ai découvert un auteur qui m’a épaté dans sa manière d’écrire. Il s’agit de Sébastien Lepetit (dit Saint Fromond). Il a un talent d’écriture qui m’a ébloui dans « Barnabé ».

Actuellement, je lis « Salem » de Stephen King.

 

Quelle actualité vous énerve actuellement, vous avez tribune libre.

La manière dont les médias en occident traitent l’Islam en ce moment m’horripile. Oui, il existe des dingues mais non, ils ne sont pas représentatifs de la majorité des musulmans. Je ne comprends pas la volonté évidente qu’il y a en ce moment de vouloir confondre musulman et islamiste. Je vis en permanence entre Singapour, la Malaisie et l’Indonésie (le plus grand pays musulman du monde) et ce que je vois tous les jours est tellement éloigné du monde terrifiant décrit par les médias…

Quel sont vos Films préférés ?

« Psychose » (je vous en ai parlé ou pas ?) de Hitchcock, « Le Parrain » de Coppola, « Blade Runner » de Ridley Scott, « 2001 l’Odysée de l’Espace » de Kubrick, « There will be blood » de Paul Thomas Enderson, « Les Affranchis » et « Les nerfs à vif » de Scorsese.

 

sherlock-holmes-1932-01-gSi vous aviez pu être un personnage de Polar ou Thriller, lequel et pourquoi ?

J’aurais adoré être Sherlock Holmes. Il incarne ce mélange entre puissance intellectuelle pure et détachement du reste de l’Humanité qui en fait un personnage formidable selon moi.

Est-ce que nous verrons un jour un de vos romans se passer à Singapour ?

On me l’a déjà demandé plusieurs fois. Pourquoi pas. En tout cas, je ne serais pas surpris que quelques passages du dernier tome de X s’y déroulent.

 Quel sera votre mot de fin à cet interview ?

Je n’ai jamais été très doué pour conclure. Un énorme merci Concierge pour m’avoir donné cette tribune et surtout pour m’avoir inscrit au Prix du Balai de la Découverte 2015 ! J’en suis vraiment flatté.