QUAND LES ANGES TOMBENT DE JACQUES_OLIVIER BOSCO

Trois mots pour identifier ce roman : Action-Emotion-Captivant.

Quand les Anges tombent les lecteurs se lèvent pour dire Encore !

Pour moi, Mr Jacques-olivier Bosco, nous livre son meilleur roman, le roman qu’on aimerait écrire.

Une écriture qui vous prend aux tripes, et une fois terminée, ont ce dit : zut alors, c’est déjà fini !

Une réussite donc. Je suis impatient de lire son prochain !

Pour ceux qui n’ont pas lu sa première interview, cliquez sur ce lien :

http://www.concierge-masque.com/2011/10/13/interview-de-jacques-olivier-bosco-le-crame/

 

Voici un résumé de son roman :

Cinq enfants kidnappés… Un truand impitoyable, Vigo, dit le Noir, condamné à perpète pour le meurtre de gamins qu’il nie farouchement avoir commis… Un avion en provenance de Russie qui par malheur s’écrase sur une prison… Un procès truqué, une vengeance… Un préfet assoiffé de pouvoir qui brouille les cartes, un flic déboussolé au fond du trou, un malfrat corse en rupture de ban, un cheminot alcoolo, un juge en fin de parcours, une avocate opiniâtre, des parents bouleversés mais combatifs… Et leurs cinq mômes bien décidés à survivre et prêts à tout pour s’en sortir tout seuls !

Avant de vous laisser avec l’auteur, qui se dévoile sur le divan du concierge, je vous annonce que la semaine prochaine, nous partons rencontrer le maître du Thriller Québécois. Je vous préviens, cela vaut son pesant d’or.

Je vous souhaite une très bonne lecture noire.

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Bienvenue sur le divan du Concierge. Peux tu nous parler de la création de ton superbe roman « Quand les anges tombent » chez Jigal Edition?

 

Dans le fait d’écrire des polars, ou des fictions en général, il y deux choses, d’abord la manière de raconter une histoire, c’est-à-dire le style d’écriture, la vitesse du récit, ce que j’ai essayé de travailler dans Loupo et ensuite, le fait d’inventer une histoire. Je me suis donc lancé un défi, écrire un polar dense, complexe, aux multiples personnages et ramifications, m’inspirant pour la construction à la fois des romans de Games Of Thrones (chaque chapitre est le prénom d’un personnage) et de la série Engrenage (où plusieurs histoires évoluent en même temps). J’ai donc fait le fameux plan de 150 pages dont parlait Guérif*, et puis ce qu’on appelle la Bible des personnages (leur caractère et les liens qu’ils entretiennent avec les histoires et avec les autres personnages), rien que pour ça presqu’une année de travail. Bon je te passe les détails, mais le roman a mis trois ans avant d’aboutir, dont une année entière de réécriture et de « compressage » pour élaguer au maximum tout en gardant une âme.Sinon, pour la trame, je pensais depuis longtemps à associer l’idée de plusieurs enfants kidnappés agissant indépendamment alors que leurs parents et la police, les recherchent. j’ai commencé à créer les personnages, puis les histoires de chacun, et là, j’ai pris beaucoup de plaisir.(* « Aux Etats Unis un auteur met six mois pour faire un plan de 150 pages avant de commencer à s’attaquer à son roman, alors qu’en France, en six mois et 150 pages, l’auteur a écrit et fini son roman. » François Guerif in Polar)

 

On aurait pu l’intituler « œil pour œil, dent pour dent » non ?

 

Oui, c’est d’ailleurs une des phrases prononcée par le bandit Vigo à la fin du livre, et c’est ce sentiment, à travers l’homme, qui déclenche toute l’histoire (ainsi que ce qu’il se passe dès le premier chapitre mais je préfère laisser la surprise au lecteur). Tout part d’un « sentiment » d’injustice, avec toujours, ce côté paradoxale que j’adore, c’est le gangster qui crie à l’injustice, alors qu’il passe son temps à abuser les autres, et qui y avait-il pour être encore plus vicieux et malin qu’un bandit ? Et bien, à la fois un super flic et un politique, style Préfet corrompu. Il était évident que ce roman n’aurait pu concourir au Prix du Quai des Orfèvre J

 

Parles-nous de Vigo, dit le Noir.

 

Alors il s’agit là aussi d’un personnage complexe. Tu as remarqué que dans mes romans j’aime mettre en scène des gangsters, et aussi, parfois, leur donner un supplément d’âme et une histoire afin de les rendre plus accessible au lecteur. Dans ce roman, il y a à la fois Matéo Rizzo – qui s’associe avec un flic pour retrouver sa fille – et Vigo le Noir. Là encore nous sommes dans le paradoxe, je ne dirais pas que Vigo est un gentil, mais il a trouvé plus méchant que lui, en la personne de la machine policière et judiciaire et à travers une injustice, et comme dans le Cramé, j’explique, à travers sa famille, des bribes de son enfance et de sa vie, la raison pourquoi il a cette haine viscérale en lui, et au final, ses réelles motivations qui l’ont mené à kidnapper ces enfants. Il s’agit de l’un des gros « rebondissement » de la fin, assez violent et sombre, bien sûr.

 

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Que dire des parents combatifs : Nathalie, Elvio, Rollin, Erwan et Tranchant. Des personnages qui marquent !

 

Un des sujets important du livre est le lien maternel et paternel qui lie chaque personnage à son enfant, et sa manière d’appréhender ce lien à partir du moment où il ou elle apprend qu’il ou elle risque de perdre son enfant. J’y glisse mon propre point de vue, mais pas seulement, il y a aussi une peinture de cette relation dans la société d’aujourd’hui selon que l’on soit obnubilé par sa carrière, divorcé, père ou mère seule, marié mais travaillant intensément, ou bien suite à un drame dans le trio familiale. Ces parents sont forcés de faire le point sur cette relation, tout en se mettant en chasse pour retrouver leur enfant, chacun à leur manière. Certain en essayant de comprendre ce qui a pu se passer, d’autre à travers l’action, ou la rédemption, et aussi, quelques-uns, prêts à tout, jusqu’à l’infamie, pour y arriver, et encore le paradoxe, est-ce ceux-là qui aiment le plus leur enfant ? A un moment, il y a une phrase terrible concernant l’un des parents «  il venait de se rendre qu’il l’aimait (sa fille). Comme si, finalement, il s’agissait d’y penser, et ça le bouleversa encore plus. »

 


Il y a énormément d’humanisme dans ce livre. Je trouve que ton écriture s’est renforcée et tu arrives à nous émouvoir.

 

Bien sûr, déjà, imaginez que l’on vous appelle pour vous dire que votre fille, votre fils, vient d’être enlevé, et qu’en plus, l’on vous dise ; c’est votre faute et vous devez réparer ! Quitte à détruire votre vie, et l’amour même qui vous lie à votre enfant. Que cela soit la jeune avocate séparée, qui va devoir se tourner vers le père de sa fille qui l’a déçue, le juge marié, mais sur qui sa femme va faire porter toute la responsabilité, par catharsis, ou bien le cheminot qui vivait seul avec son fils mais le délaissait en pleurant sur son sort, chacun va être pris d’émotion, va se remettre – et remettre cet amour- en question. Il s’agit de prendre des décisions pour la personne que l’on aime, et que l’on a mise au monde, et non plus pour soi. Je parle aussi des rapports entre ces adultes, et des sacrifices qu’ils sont prêts, ou non, à faire les uns avec ou pour, et même, contre les autres. Et puis, j’ai voulu faire revivre des moments d’enfance aux lecteurs, à travers les relations que les plus jeunes de ce livre partagent, la peur, l’amitié, l’amour, et la tristesse de la déception, je pense que cela participe au fait que certains passage du roman soient forts.

 

 

Comment t’es venue l’idée de l’avion qui s’écrase sur une prison… curieux de le savoir.

 

J’ai un secret, je travaille aux Opérations aériennes à Nice, donc je fréquente toute la journée des pilotes et équipages, je pouvais donc imaginer comment une situation peut rapidement déborder dans un endroit confiné telle une cabine « d’appareil nautique » et je voulais que le livre commence comme un voyage en avion «  L’embarquement s’était bien passé », maintenant tu casses un peu la surprise en posant cette question, mais ce n’est pas grave, j’ai réfléchi à la façon de faire évader Vigo, et puis, je me suis dit, l’avantage du roman ( par rapport au cinéma), c’est que c’est l’imaginaire qui parle, alors, pourquoi ne pas faire un truc extraordinaire, inattendu et incroyable ? ;-)

 

 

Je trouve qu’il y a du Audiard dans ton roman, surtout la scène chez Bouboule avec le frigo (pages 125 à 141).

 

Oui, c’est une des particularités du roman, aussi, je trouve, de pouvoir mélanger les styles d’écriture ou d’ambiance en utilisant les situations et les scènes, d’action à émotion, ou même parfois drôles. Tu as aussi remarqué qu’il y a tout un passage en hommage à Léo Mallet – et même à Simenon – avec cette manière d’enquêter d’un des personnages. Pour le côté Audiard, on revient à une des racines du roman noir qui m’a beaucoup marqué, je parle des polars des années soixante-dix et cinquante qui influencent pas mal mon travail (mais aussi les films de Melville, Verneuil et Giovanni). Ce chapitre raconte la rencontre de deux personnages principaux, un flic et un gangster, deux pères qui veulent chacun retrouver leur enfant. Ils vont d’abord se battre (là j’ai imaginé la scène comme dans les western, une bataille à poing nues dans un bar), avant de « travailler » ensemble dans la méfiance, et puis l’amitié naitra, malgré un vieux malaise, un lourd secret, qui les sépare et qu’ils devront, à un moment ou à un autre, résoudre s’il désire vraiment retrouver leurs enfants mais aussi retrouver, chacun, leur humanité.

 

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En ce qui concerne ce roman, as-tu une anecdote à partager avec tes lecteurs ?

 

Et bien, j’avais tellement travaillé les personnages, leur vie, leur relation, leur profession, et tellement, aussi, les histoires dans les histoires, qu’au final, le roman faisait deux fois ce qu’il fait maintenant. Certes, on avait carrément l’adolescence et la jeunesse du Prefet Rollin, comment le Juge était passé d’un premier mariage bourgeois province à un deuxième bobo parisien, et qu’elle avait été la vie d’Elvio avec sa femme à la naissance d’Enzo, et encore plein d’autres choses (la scène de la mort de Wendy Lauterbach faisait quatre pages au départ, pour finir sur une demie) mais cela cassait le rythme, et même, je ne pouvais décidemment pas faire une saga en trois tome. Cependant, j’avais un mal fou à élaguer, pour moi chaque scène était indispensable, j’ai dû confier la lecture à des ami(e)s, de la famille qui avaient l’habitude de beaucoup lire (surtout des thrillers) et qui m’ont aidé. Cela m’a pris une année entière pour compresser le tout. Enfin, ce n’est pas vraiment une anecdote, plutôt du travail d’écriture, mais si tu veux des infos sur le passé de certains personnages, je pourrai te les fournir J

 

 

Le concierge est curieux ! Peux-tu nous parler de tes futurs projets littéraires ?

 

J’aime bien me renouveler, une sorte de quête dans l’écriture du polar (tant que ça reste dans le polar), je travaille donc sur un roman très dur, sombre et onirique à la fois, un exercice de style, un peu comme sur Loupo, avec, cette fois, des états d’âmes un peu plus prononcés, une vision de la société brutale et sombre, puisque je parle des cités mais aussi du passé, de l’après-guerre en Italie, bref un truc plus court que le dernier, un vrai roman noir. Après, je pourrais te parler de projets d’adaptions télé ou cinéma de certains de mes livres qui sont dans le giron de maisons de productions et même de réalisateurs, qui me prennent du temps, mais tout cela est tellement incertain et « gratuit », mais, comme cela reste dans le domaine de la passion, j’essaie, j’essaie.

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Tu as reçu le Prix Littéraire « Coup de Cœur Blues&Polar 2014 » pour « Loupo », raconte-nous cet évènement.

 

Alors là, chose extraordinaire, Loupo justement, un roman noir, urbain, brut, décalé, qui parle de fougue, de jeunesse, de sentiments, a été mon premier livre a se voir décerné un prix, et quel prix, un prix alliant le Blues, la musique,  et le polar ( Gruznamur pourrait t’en parler de ce lien qu’il adore). En plus ce prix est lié à un gros festival en Provence, à Manosque, ou des concerts sont organisés ainsi que des débats et tables rondes pour le publique sous la pinède. Lors de la remise du prix, un journaliste de la Provence a lu un passage de Loupo (celui de son enfance maudite) et il s’est mis à bafouiller, les larmes aux yeux et la gorge serrée, moi-même j’étais en transe (sur scène), le lecteur s’était fait piégé par l’émotion en lisant à voix haute, il n’a pas pu finir le chapitre. Tout le monde était bouleversé, et moi donc ! Je crois, le plus beau moment de ma vie d’auteur, et ensuite, il y a eu la remise du prix, juste avant un super concert de Blues, et attention pour l’anecdocte, Loupo était en concurrence pour le prix avec d’autres polars dont celui de mon ami Hérvé Jourdain, Prix du Quai des Orfèvres cette année, et je l’ai battu ! Alors, si vous aimez le rock, le blues, et l’émotion, vous savez quoi lire prochainement !!

 

 

Quelles sont tes lectures actuelles ?

 

J’adore les polars, donc je suis beaucoup les blogs et essaie de m’acheter les coups de cœurs de certains blogueurs (surtout ceux d’Unwalkers avec qui je me suis trouvé une affinité), donc, alors j’ai lu le Pirrozzi, des romans comme La mauvaise pente, ou Gianni Biondillo «  le matériel du tueur » le meilleur polar que j’ai lu cette année, et aussi j’ai découvert Philipp Kerr que j’adore parce qu’il me rappelle Léo Mallet, avec une écriture plus contemporaine, mais quand même, du grand, du très grand classique. Sinon, en français cette année, le meilleur polar que j’ai lu a été « La faux soyeuse » de Maravellias, au-delà de l’histoire du toxico braqueur, il y a une vraie langue de la rue et porteuse d’émotion, une écriture travaillée et belle, juste noire et poétique comme il faut, une claque. Et aussi, encore la Série Noire, j’ai craqué sur La fille de la pluie, un polar d’ambiance France profonde que ne renieraient pas les années soixante-dix, de toutes façons j’adore tout ce qui sort du balisage habituel (tueur en série ou enquêtes de flic ou de détective genre « avec humour » – je sais écrire -).

 

 

Un enquêteur à la retraite qui s’appelle Burma , un clin d’œil à Nestor Burma ?

 

J’adore cet auteur et j’invite tous ceux qui restent scotchés sur l’apocalyptique adaptation télé de Nestor Burma (un scandale), se ruent sur les bédés de Tardi et carrément sur les livres de Léo Mallet (notamment les fameux « Mystères de Paris », une enquête par arrondissement). Cet enquêteur je l’ai appelé Burma mais cela aurait pu être Maigret, avec ce style d’enquête à l’ancienne ou le flic interroge d’abord une personne qui le mène à une autre, puis à une autre, jusqu’à la résolution de l’affaire. Désabusé, presque brisé par la vie, il fume la pipe et vit seul (avec son gros chat gris) dans son petit pavillon de banlieue et j’ai aimé accompagner ce personnage. Peut-être, un jour, René Burma reviendra enquêter dans un de mes romans ?

 

 

Quelle est l’actualité qui t’énerve en ce moment ?

 

Pffff… Le monde part en couille, ça ne date pas d’hier, et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

 

 

Quel sera ton mot de fin à cette interview ?

 

Merci concierge pour tes trois mots d’introduction de ton mail à propos de Quand les anges tombent ; Action-Emotion-Captivant, c’était mon objectif. Pour moi, c’est le roman idéal pour les vacances, touffu, rythmé, avec du suspens et des émotions, mais surtout, que l’on prenne du plaisir (et de l’envie) à s’y replonger à chaque fois, en plus, il faut au moins une bonne semaine pour en venir à bout, voilà, le polar pour lire l’après-midi, au soleil, couché sur l’herbe, ou dans sur le canapé, le soir, quand il n’y a pas de télé et de cinéma dans le coin, et qu’on veut se « déconnecter ». Et partir, partir dans la fiction et l’aventure, comme je partais gosse en lisant l’Ile au trésor (d’ailleurs il y a un peu de ça aussi, dans ce livre). Merci Richard pour tes encouragements.

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