à mains nues de Mme Paola Barbato chez Denoël Edition

Bonjour.

Cette semaine nous partons au bord du lac de Garde, rencontrer Mme Paola Barbato pour son premier roman « A mains nues » chez Denoël Edition.
Et quel roman ! Je serais passé à coté si Mr Christian Laurent ne m’avait pas conseillé de le lire absolument !

Dès la première et jusqu’à la dernière page, nous plongeons dans le noir intense. Nous sommes happé  magistralement !

C’est un très grand roman. Je me suis fait bluffer totalement. C’est une tuerie tout simplement.
Je vous conseille ce roman. Vous ne le lâcherez pas, je vous le garantis !

Voici un résumé du roman :

Davide a eu une enfance choyée et sans histoire. Un soir, lors d’une fête, il est kidnappé et enfermé à l’arrière d’un camion. Tapi dans le noir, un inconnu lui saute dessus et tente de le massacrer. Terrorisé, Davide agit par réflexe et tue son adversaire. Il est alors conduit dans une cave, où il rejoint d’autres prisonniers. Comme lui, ils sont là pour s’entraîner à combattre et intégrer un jour l’élite des tueurs. Abasourdi, Davide comprend que son seul moyen de survie est de tuer. Il remporte chacun de ses combats. Un jour il décide de s’enfuir, mais l’organisation ne l’entend pas de cette oreille…

Naît-on assassin? C’est la question que se pose Davide tout au long du roman lorsqu’il découvre qu’il peut tuer avec ses poings sans le moindre scrupule. Analyse psychologique très fine sur les rapports entre kidnappeur et otage, À mains nues raconte l’éducation par la violence d’un gladiateur des temps modernes.

La semaine prochaine, nous partons assister un avion qui s’écrase sur une prison, je vous souhaite une très bonne lecture noire.

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Pouvez-vous nous parler de votre enfance et comment êtes-vous venu à écrire un roman?

J’ai eu une enfance normale avec deux parents qui aimaient lire et qui m’ont enseigné le plaisir d’un bon livre. Etant très timide, j’ai très vite trouvé dans l’écriture un canal de communication privilégié. Je tenais un journal intime et j’écrivais de nombreuses lettres. A 11 ans j’ai commencé à dessiner des bandes dessinées et quelques années plus tard j’ai écrit des nouvelles, courtes d’abord, puis de plus en plus longues. Mon premier «roman» (évidemment non publiable) je l’ai écrit à 17 ans. Depuis, je n’ai plus jamais arrêté, mais je ne l’ai jamais considéré comme une profession, c’était un plaisir personnel. C’est la mère d’un ami qui m’a convaincu de me proposer aux éditeurs, et en 1997 un recueil  de mes nouvelles a été lu par le rédacteur en chef de « Dylan Dog » et j’ai commencé à écrire des bandes dessinées. Mais je continuais à écrire quoiqu’il en soit même de la prose et à publier des extraits sur mon blog et sur les sites de nouvelles sur internet. Puis, en 2005, j’ai été repérée par un éditeur de la maison d’édition Rizzoli qui en 2006 m’a mise sous contrat.
Comment vous est venue l’idée de votre superbe roman « A mains nues » chez Denoël Edition?

J’aime les métaphores, je pense qu’elles peuvent exprimer au mieux ce que nous vivons au quotidien. J’ai toujours été  intéressée par le thème de la “captivité”, de ces animaux qui sont contraints de grandir dans un environnement qui est anormal et hostile et aussi par les différentes téléréalités dans lesquelles les personnes donnent le pire d’elles-mêmes, alors je me suis demandée comment aurait réagi  un très jeune garçon et donc au tempérament pas encore formé, à une captivité extrême. Ca a été mon point de départ. Ce que je souhaite souligner c’est que parfois tout ce qu’on peut détériorer d’une personne se détériore mais s’il y a un noyau positif, ce noyau se préserve. Davide est un personnage qui a une toute petite part de lui-même intègre jusqu’à la fin. Il FAIT de mauvaises choses mais il SENT toujours et seulement les choses justes.
J’adore les deux personnages principaux : Batiza et Minuto. Parlez moi de ces deux personnages primordiaux.

Je ne peux pas nier mon amour pour Minuto, il n’existe pas de personnage que j’ai créé, qui ait reçu mon amour inconditionnel. Le connaissant bien, sous tous ses angles, (mes romans commencent toujours par la fin, donc le mien a été un travail de montage à l’envers), ça a été un défi dans le fait de vouloir faire de lui un Long John Silver moderne, donc un personnage qui est condamnable, mais dont la matrice humaine est si forte qu’elle nous pousse  à l’aimer de toute façon. Davide / Batiza est son salut, c’est le scintillement d’un petit poisson dans une mer morte. Dans cette histoire, durant un bout de leur chemin, Minuto et Davide se sauvent réciproquement. Ils ont tous deux quelque chose dont l’autre a besoin. Davide l’innocence, Minuto l’expérience, Davide la curiosité et Minuto la solidité. Ce sont un père et un fils idéaux dans un monde idéal. Malheureusement au contraire, tous les deux vivent dans ce monde, et cela fausse tout.

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Naît-on assassin ?

Ca dépend. On naît en mesure de tuer. Pour sauver mes filles est-ce que je tuerais? Sans aucun doute. Pour me sauver moi-même en revanche ? Ca, je ne sais pas. La vie des autres a la valeur que nous lui donnons, les circonstances révèlent ce qu’elle est. Pour autant que nous nous croyons supérieurs nous sommes toujours des animaux et même si il s’est assoupi en nous il y a de l’instinct. C’est ça qui nous guide dans des circonstances extrêmes, et c’est à ce moment, pas avant, que nous découvrons si nous pouvons être des assassins.
Votre roman m’a fait penser à « Fight Club », un film de David Fincher sorti 1999. Je vois bien votre roman adapté au cinéma, non?

Les droits ont été achetés par la maison cinématographique Cattleya pour une co-production internationale. Le réalisateur Stefano SOLLIMA et moi-même avons écrit un scénario. Puis des empêchements dus au grand succès de la série TV « Gomorra » ont ralenti l’élaboration du film mais j’espère bientôt pouvoir le reprendre.


Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman?

Quand j’écris, je me laisse beaucoup transporter. Même si j’invente moi l’histoire, il arrive toujours un moment où je deviens plus lectrice qu’auteur. Et il y a eu un point dans ce roman où j’ai éclaté en sanglots et j’ai appelé une amie -qui lisait l’histoire au fur et à mesure que je l’écrivais  – pour lui dire: «Je l’ai tué! Je l’ai tué! Oh mon dieu, je l’ai tué ! « . C’est un peu ridicule, mais ça m’arrive régulièrement.
Le concierge est curieux ! Pouvez-vous nous parler de votre prochain roman ?

Je suis en train d’écrire une histoire qui a de fortes analogies avec “A mains nues”, même si ça traite d’un sujet totalement différent. Malheureusement en ce moment je n’ai pas d’éditeur, mais ça ne m’empêche pas de continuer à écrire. Pour la deuxième fois le personnage est une femme et cela me permet de m’impliquer davantage et de mettre aussi une certaine distance parce que je ne veux pas trop de moi en elle. J’espère que cette histoire verra le jour tôt ou tard.

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Comment écrivez-vous?

J’ai trois enfants de 7, 3 et 1 an,  le jour il n’y a pas d’autre temps que pour eux. Mon horaire de travail commence vers 22h, j’ai un studio séparé du reste de la maison où j’écris jusqu’à 2-3 heures de la nuit.


Quels sont vos auteurs préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

J’ai aimé et j’aime beaucoup Stephen KING mais il n’y a pas un genre unique que j’aime lire, je lis aussi bien Mario Vargas Llosa à Daniel Pennac, de Niccolò Ammaniti à J.K. Rowling. Je suis omnivore. Ces derniers temps le temps pour les lectures est très réduit e jusqu’au mois dernier en qualité de juré du Prix Gran Guinigi pour l abande-dessinée j’ai lu 300 volumes, principalement Graphic Novel.
Vous êtes Scénariste pour la télévision, ça consiste en quoi exactement ?

J’ai travaillé pour la TV et pour le cinéma mais mon activité principale est scénariste de BD. Un travail complexe qui nécessite de grande mesure et discipline, une excellente gymnastique pour apprendre à mieux gérer le narratif aussi. Actuellement je suis en train d’écrire pour deux séries italiennes, « Dylan Dog » et « Ut ».
Quels sont vos Films préférés ?

Même au cinéma je vois de tout. J’aime les thrillers bien faits, il y en a de moins en moins (magnifique « Prisoners »), mais aussi les comédies ou les films dramatiques. Je suis en train de me passionner aussi pour de nombreuses séries, je me laisse capturer par des personnages bien écrits, qui sont, selon moi, le cœur de chaque récit. Par exemple, même si la série n’est pas exceptionnelle, le Pingouin de « Gotham » est un personnage qui vaut à lui seul de regarder la série.

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Parlez-nous du Lac de Garde que je ne connais pas.

J’ai grandi à Desenzano del Garda, à laquelle je suis très liée, mais à présent je vis à Vérone. Le lac, la présence de l’eau, m’ont beaucoup inspiré. Le lac de Garde est très grand et très calme, pas menaçant. Mais nous savons tous que les courants au centre chaque année recueillent des victimes. C’est un lac qui te demande la plus grande prudence, de ne pas juger les choses à leur aspect.
Si vous deviez associer une musique à votre roman « A mains nues » quelle serait-elle ?

J’ai un disque que j’ai écouté obsessionnellement durant toute l’écriture du roman, et c’est « Life in cartoon motion » de Mika, surtout « Happy ending ». Je sais que c’est une approche bizarre mais vraiment cette musique solaire a fait contraste à mon histoire plus noire.
Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

Je remercie toutes les personnes qui en France parlent de mon roman. Je lis souvent et secrètement les blogs et forums et jusqu’à maintenant j’ai toujours trouvé des mots gentils. Je n’interviens pas, par pudeur, mais je vous dis merci, vraiment, merci du fond du cœur.