La Compassion du Diable de Mr Fabio M.Mitchelli

Aujourd’hui nous avons rendez-vous avec le diable .

Voici pour moi le meilleur roman de Fabio M. Mitchelli, pourquoi je m’avance à le dire ? Tout simplement parce que je trouve qu’avec « La Compassion du Diable » chez Fleur Sauvage Edition , un écrivain vient de naître.

Je ne dis pas que ses autres romans ne sont pas bons, bien aux contraire ! Mais ici son écriture prend une telle force de narration !

Tel un maître luthier qui fabrique son violon avec le meilleur bois, Mitchelli nous propose un roman magistral digne des plus grands auteurs américains .

Intrigue-Passion-Frisson sont les mots clés de ce remarquable thriller que je vous invite absolument à lire .

Voici un résumé de son roman La Compassion du Diable chez Fleur Sauvage Edition :

1963. Une banlieue de Cleveland, dans l’Ohio, aux Etats-Unis. La genèse de toute une série de meurtres non élucidés prend sa source dans l’horreur.

1981. Freddy Lawrence et Victoria Fletcher, officiers de police à la brigade des homicides violents de Cleveland, sont chargés d’une enquête toute singulière : des corps humains gisants dans des barils de plastique bleu sont remontés à la surface par une équipe de botanistes travaillant sur une zone du parc de Cuyahoga Valley.

L’investigation les mènera sur d’effroyables charniers, révélant que les victimes étaient en majeure partie de très jeunes afro-américains de la communauté gay de Cleveland.

Au cours de l’enquête, Freddy et Victoria seront hantés par les fantômes de leur passé. Ils prendront alors conscience à quel point le diable peut être magnanime…

Pourront-ils seulement embrasser leurs démons ? Qui est vraiment « Blake » ? Et vous, seriez-vous capable d’accorder de la compassion au diable jusqu’au point de danser avec lui?

Le cannibale de Cleveland les mènera alors, là où personne n’a encore jamais osé poser les pieds…

 

Avant de vous laisser avec l’auteur, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine, pour un voyage à travers les élections Américaines.

Et n’oubliez pas, bien sûr, l’événement ce samedi 15 novembre à 18h00 : LA REMISE DU PRIX DU BALAI D’OR 2014 à la bibliothèque Parmentier, Paris 11ème.

Je vous souhaite une bonne lecture noire à tous.

 
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Comment t’es venu l’idée d’écrire ce superbe thriller, « La Compassion du Diable », qui est pour moi ton meilleur roman ?

Je ne crois pas que l’on puisse parler « d’idée » pour écrire un roman, ou « d’envie », je crois que nous autres, les écrivains, avons la chance parfois de passer sous cette douche invisible, ce flux d’énergie qui nous traverse, et que j’appelle l’inspiration. Cela dit, il faut être au bon moment au bon endroit ! Ensuite concernant le sujet du roman, il me tient à cœur depuis vingt ans, donc forcément ça aide…

 

Tu quittes la Science-Fiction pour du noir total. Pourquoi ce changement de cap ?

Jusqu’à présent je n’ai jamais vraiment écrit de la SF, mais plutôt du thriller fantastique, enfin, que je qualifierais plutôt de psychologique même. Ceux qui ont lu la « trilogie des verticales » en son entier, pourraient confirmer. Comme je l’ai déjà souligné dans une précédente ITW, j’avais envie de revenir au thriller noir, dans l’esprit de « Tueurs au sommet » qui est un de mes premiers romans. La mécanique de travail aussi m’attire beaucoup dans ce genre, surtout lorsque l’on mêle la réalité et la fiction. La recherche de faits divers ayant existés, la documentation, les témoignages, l’assemblage de tout ce melting-pot m’absorbe énormément et m’immerge totalement. Et au final, c’est ainsi que j’aime travailler. J’aime être surpris, choqué, bouleversé…

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Parles-nous de Jeffrey Dahmer.

Je ne saurais mieux en parler que tout ce qui a déjà été écrit à son sujet, et en même temps je ne pourrais vous conseiller de lire « La compassion du diable », puisque ce n’est pas sa biographie. Ce roman s’inspire juste de l’entité de l’homme, ce qu’il était, ce qu’il a fait. Le roman décrit aussi l’intelligence et, aussi dingue que cela puisse paraître, la « compassion » que pouvait parfois avoir ce type pour ses victimes. Sa psychologie toute particulière en a fait, à mes yeux, l’un des tueurs en série américains des plus singuliers, un mutant de la race de tueurs à laquelle il appartenait. Mais le récit du roman est aussi inspiré d’un tueur américain, originaire de Cleveland dans l’Ohio, beaucoup plus récent mais bien moins médiatique : Anthony Sowell. Anthony Sowell, 51 ans, a été reconnu coupable de multiples « meurtres aggravés » et pourrait être condamné à la peine capitale. En octobre 2009, les corps de 11 femmes avaient été découverts chez lui, à l’intérieur de sa maison ou enterrés dans son jardin, enveloppés dans des sacs poubelle ou des bâches en plastique. Et Sowell était également accusé d’avoir violé plusieurs des victimes.

 

 

Il y a des scènes terribles dans ton roman, je prends un exemple : La scène de la perceuse. On doit sortir marqué après une telle expérience niveau écriture ?

J’irai jusqu’à oser dire que j’ai même pris du plaisir à écrire cette scène. Je m’explique… Cette scène n’étant pas un fait de fiction mais bien un acte de barbarie commis par Jeffrey Dahmer, j’ai dû tout d’abord absorber l’onde de choc lorsque j’étais plongé dans la documentation concernant ses crimes et, lorsque je suis tombé sur cet acte indéfinissable de cruauté, j’ai voulu l’inclure dans le roman car je trouvais qu’elle illustrait à la perfection la folie de Dahmer. Mais une fois la réalité absorbée, c’est ensuite l’imaginaire qui prend le relais lorsque l’on décrit la scène. Donc, oui, j’ai pris plaisir à l’écrire, mais effectivement, lorsque je repense à la réalité, j’en ai encore des frissons et suis marqué par la violence de cet acte…

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Agalmatophilie, fétichisme, hébéphilie, exhibitionnisme, nécrophilie  Dahmer multipliait les déviances…

Dahmer était surtout nécrophile et nécrophage. Ce n’était pas tant par goût de la chair humaine qu’il absorbait quelques « pièces » de ses victimes, mais plutôt pour conserver (selon lui) un bout du corps et de l’âme de son amant défunt. Dahmer passait à l’acte chaque fois que son compagnon du moment voulait le quitter, chaque fois qu’il sentait que la solitude allait le rattraper. Il avait aussi tendance à conserver les ossements et les crânes des victimes de sa folie, afin de toujours communier avec leur esprit…

 

Le 26 juillet 1991, quatre jours après que Dahmer ait été arrêté, Philipp Arreola, le chef de la police de Milwaukee, suspendit (avec solde) les trois agents qui avaient laissé Konerak dans les mains de Dahmer, le 27 mai 1991. Ils furent par la suite réintégrés dans la police, discrètement… C’est incroyable ce que tu relates.

Je pense, cher concierge, que tu fais référence à la scène où l’une des victimes de « Blake » (dans le roman) réussi à s’enfuir de l’appartement et se retrouve dans la rue, complètement hagard, le crâne percé par un foret. Cette scène-là est aussi réelle, ce n’est pas de la fiction. Et effectivement, alertés par les passants horrifiés de voir un jeune homme en sang, à demi-nu sur le trottoir, une patrouille de police providentielle s’était arrêtée. Dahmer s’étant absenté pour effectuer quelques courses, revenait à cet instant-là et s’était adressé aux policiers avec aplomb. Il avait argumenté sur le fait que ce jeune homme était son amant et qu’ils avaient eu une dispute. Les flics avaient alors ri et considéré qu’il s’agissait encore d’une scène de ménage entre homosexuels. Tout en tenant des propos homophobes, ils avaient laissé Dahmer repartir avec son amant, qu’il s’empressa d’étrangler et de démembrer une fois dans l’appartement…

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Comment t’es venu l’idée d’ajouter le personnage d’Anthony Sowell dans ton roman ?

Pour Anthony Sowell, c’était depuis le début de l ‘écriture du roman. Et comme j’avais attaqué la recherche de docs fin 2011, l’affaire Sowell était toute fraîche. J’ai récupéré des bribes de « modus opérandi » sur ce personnage ; comme le fait qu’il ait réellement vécu à Cleveland et qu’il ait perpétré ces horreurs,  le fait qu’il attire ses proies avec de l’alcool ou de l’argent, et qu’il les ensevelisse  dans son propre jardin. Tout avait une similitude avec Dahmer, mis à part la sexualité de l’un et l’autre.

 

As-tu une anecdote à partager avec nous sur ce roman ?

Oui, une anecdote concernant le titre du roman. Ayant attaqué l’écriture de celui-ci en 2012, je n’avais pas encore été pris de court… j’avais opté pour le titre suivant : « Sympathy for the devil », qui littéralement se traduit par « sympathie pour le diable ». Il en était question dans le roman, mais aussi en référence aux nombreux clins d’œil musicaux qui illustrent le récit, et notamment ceux des Rolling Stones. Le problème, c’est qu’en 2013, le roman de Kent Anderson ; « Sympathy for the devil », publié en 1993 dans la collection « La noire » de chez Gallimard, ressurgit en publication poche chez Folio… le choc ! Je ne pouvais donc pas me permettre d’utiliser à nouveau ce titre, par crainte de l’effet itératif que cela aurait pu produire. Considérant que le sujet du roman reposait beaucoup sur les sentiments qu’éprouvent les protagonistes entre eux, j’ai donc décidé de traduire en transformant un peu, pour en faire « La compassion du diable »…

 

A propos de Dahmer, n’as-tu pas peur de glorifier un tel monstre, quand on sait que la justice a détruit son logement pour ne pas qu’il devienne un objet de culte.

« Glorifier » est un bien grand mot. Je ne pense pas rendre hommage à Jeffrey Dahmer dans ce sens. Même si j’évoque le fait qu’un monstre puisse avoir de l’empathie, de la compassion, ressentir des sentiments d’amour, le personnage de mon roman n’en reste pas moins une créature abjecte, et j’abonde dans ce sens dans le récit. Beaucoup d’autres auteurs avant moi ont traité le sujet en mettant en lumière la cruauté de l’individu, et je pose à mon tour cette question : par nos documentaires, les biographies abondantes, les romans que nous écrivons à tour de bras à son sujet, ainsi que les films que nous consacrons à ce genre de personnage, ne glorifions-nous pas déjà l’image d’un personnage familier et presque « sympa » ? C’est pour cette raison que j’ai voulu parler de ce personnage en décrivant les deux faces de l’individu : la face très noire du tueur et sa folie meurtrière, et la face humaine qui lui est propre. Ne dit-on pas « Un monstre sommeille en chacun de nous… » ? Je prétends à mon tour qu’un être humain sommeille en chaque monstre…

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Où en est ton roman « Protocole 424 », et peux-tu nous parler de tes futurs projets littéraires ?

Cette question est une très bonne question très cher concierge car le « Protocole 424 » sera bien publié en France cette fois. Beaucoup ont suivi la naissance et le cheminement éditorial de ce roman et ont été déçus, et j’ai moi-même connu quelques déceptions cuisantes quant à la promesse de sa publication. Le groupe éditorial étranger avec lequel j’avais signé avait acheté les droits, mais il était loin d’imaginer que quelques mois plus tard le projet tomberait à l’eau. Mais actuellement le roman est entre les mains de comités de lecture. Quant aux projets futurs, dans un premier temps, faire en sorte de porter « La compassion du diable » aussi loin que possible, car c’est un roman que j’affectionne et qui souligne ma toute première collaboration avec les éditions Fleur Sauvage. Enfin, sur le plan de l’écriture, il ne reste pas moins que deux manuscrits à reprendre et un projet en cours, en phase de recherche documentaire. Mon prochain thriller sera très noir, et je vous emmènerai en Alaska, au Canada et en Californie…

 

Quelles sont tes lectures actuelles ?

En général, pas de lectures lorsque je suis à cheval sur l’écriture d’un nouveau projet et la sortie d’un roman. Mais comme je n’en suis qu’à la phase documentaire, je me permets de lire en ce moment. J’attaque la lecture de « Les résidents » de Maurice G.Dantec, et ensuite je glisserai vers les deux ouvrages qui viennent clôturer la trilogie de « L’œuvre de sang » de David Lecomte. Ensuite, s’il reste du temps, j’aimerai découvrir l’univers de Ghislain Gilberti dont j’entends beaucoup de bien ! Sinon, je feuillette en permanence, quand le besoin se fait ressentir, en ouvrant le livre au hasard, « Tropique du cancer » de Henri Miller et « les racines du mal » de Maurice G.Dantec.

 

Dans ce dernier roman, il y a énormément de références avec les Rolling Stones, explique-nous.

J’adore les Rolling Stones. C’est un groupe qui a bercé mon adolescence, et dont certaines de leurs chansons me rappellent encore aujourd’hui de très belles choses… ou pas. « Angie » reste la plus représentative à mes yeux. Ensuite, le fait d’avoir illustré quelques scènes du roman avec les titres des Stones, c’est aussi dû à la dynamique de leur musique et à l’envergure des paroles qui collent parfaitement à l’atmosphère du récit. Quoi de mieux que « Sympathy for the devil » pour imager de manière très métaphorique la trame de l’histoire ?

 

Snapshot_20141021 - CopieParles-nous de la maison d’édition Fleur Sauvage, comment c’est passé la rencontre ?

C’est un peu grâce à un chroniqueur de littératures noires, qui commence d’ailleurs à se faire un nom sur la blogosphère, que ceci à pu se réaliser. Il m’a présenté l’éditeur qui n’est autre que David Lecomte, pour un projet littéraire. Nous avons beaucoup discuté, échangé nos points de vue sur divers univers littéraires, et surtout sur ce qu’est devenue la littérature d’aujourd’hui. Bref, je crois qu’un courant est passé. Et aujourd’hui, je suis heureux et fier de représenter les Editions Fleur Sauvage. Je travaille avec des personnes compétentes, une équipe de passionnés qui n’ont qu’un seul but, satisfaire le lecteur avec de belles collections, et de lui faire découvrir une nouvelle vague d’auteurs de littérature noire.

 

Quel sera ton mot de fin de cette interview ?

Je tiens tout d’abord à remercier tous les libraires et les points de ventes qui ont joué le jeu avec « La compassion du diable », pour leur gentillesse, leur accueil et leurs belles mises en place. Merci aux « Selfiteurs » et « Selfiteuses »… ils se reconnaîtront.

Et une fois de plus, merci à toi, ô grand concierge, qui m’ouvre chaque fois les portes de ta loge…