UNE TERRE D’OMBRE de Mr RON RASH chez Seuil Edition

Voici un auteur que j’ai toujours voulu interviewer, tellement j’adore ces romans. Je l’ai découvert avec son premier et superbe roman « Un pied au Paradis » chez Masque Edition. Vous l’aurez reconnu : Mr Ron Rash, bien sûr.

Il nous revient avec « Une Terre d’Ombre » chez Seuil Edition.

 

1916. Les Blue Mountains, au coeur des Appalaches, en Caroline du Nord. Hank Shelton est revenue de la Grande Guerre avec une main en moins, mais avec une détermination sans faille pour faire de sa ferme, au cœur d’un vallon présupposé maudit, un modèle. Sa jeune sœur Laurel, affublée d’une tâche de naissance qui l’a fait passer pour une sorcière, s’occupe des tâches ménagères. Tous deux sont à l’écart de la société rurale de Mars Hill. Mais quand un inconnu, joueur de flûte muet, arrive chez eux, c’est un bouleversement. Plus rien ne sera pareil. Avec Une terre d’ombre, Ron Rash poursuit son étude de mœurs de l’Amérique rurale du XXème siècle, continue à scruter les ondes de la guerre, quelle qu’elle soit, dans la société civile. Splendide peinture noire qui ancre un peu plus cet auteur poète comme une très grande voix de son pays.

Ron Rash est le roi des westerns littéraires post-modernes. Le romancier-poète américain s’inspire autant des auteurs classiques (Thoreau, Fenimore Cooper) que des grands cinéastes du genre (John Ford). La nature omniprésente, la lutte entre le bien et le mal exacerbés : ses romans noir anthracite flirtent avec la tragédie grecque, version yankee. Avec ce petit plus humaniste et ultrapessimiste, qui leur confère une densité peu commune.

Il vient de recevoir Le Grand Prix de littérature pour ce roman et c’est mérité !

Si vous ne l’avez jamais lu, c’est le moment de rattraper votre retard.

 

Avant de vous laisser avec l’interview, je vous rappelle que le samedi 15 Novembre 2014 aura lieu la remise du Prix Littéraire Le Balai D’Or. Si vous êtes sur Paris, je vous donne rendez-vous à la bibliothèque Parmentier, à 18h, Métro Voltaire, pour une soirée super sympa avec un débat avec les 4 lauréats et un buffet conclura la soirée. Vous aurez un compte rendu de l’évènement.

La semaine prochaine nous partons rencontrer le Diable en personne.

Je vous souhaite une bonne lecture noire.

 

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Comment êtes-vous venue à écrire des romans ?

Dans mon enfance, j’adorais lire des romans, j’aimais les histoires en général, alors quand j’ai atteint la vingtaine j’ai décidé de m’y essayer. Au début je n’étais pas très bon, je trouvais mes nouvelles et mes poèmes plus accomplis, mais avec One foot in Eden, j’ai senti que j’avais écrit un bon roman.

 

Parlez-nous de votre vision sur La Caroline du Nord. Qu’aimez-vous de votre Etat ?

La Caroline du Nord, du moins la partie où je vis, est sauvage et belle, montagneuse et très rurale. C’est là que ma famille vit, depuis les années 1700 et je ressens un lien profond avec ce paysage.

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Comment vous est venu l’idée d’écrire « Une terre d’ombre »?

Je ne commence jamais à partir d’une idée, je commence à partir d’une image, et dans ce cas précis c’était l’image d’un jeune homme débraillé en train de jouer d’une flûte en argent.

 

Le sujet principal de votre roman est la Folie guerrière des hommes. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce thème ?

Parce que, malheureusement, c’est une part de la condition humaine. Nous paraissons incapables de transcender ce désir de guerre, où dans le cas des entreprises récentes  des Etats-Unis en Irak, cette folie.

 

Parlez-nous des deux personnages qui m’ont marqué fortement : Laurel et Walter.

J’espère avoir réussi à dépeindre quelque chose de vrai sur notre besoin humain d’amour, de connexion, de courage et de bonté alors que le monde paraît perdu. D’une façon un peu différente, ils sont mes Orphée et Eurydice, bien que j’envisage l’artiste, Walter, quelque peu différemment  du personnage du mythe. Walter, l’artiste, devient artiste seulement à cause de sa peine et de son sentiment de perte, il ou elle est le survivant. Il n’est pas en pièces. Il survit.

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Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en 1914, le Paquebot Vaterland est interné aux États-Unis, et saisi lors de l’entrée en guerre de ces derniers. Parlez-nous  de ce fait que je ne connaissais pas.

C’est un morceau d’Histoire incroyable, et je ne comprends pas qu’il soit si peu connu. La saga du Vaterland ne fonctionnerait pas si je l’avais inventée, la seule chose qui la rende crédible dans un roman est le fait que ce soit une histoire vraie.

 

Si je vous dis que votre roman est aussi une belle histoire d’amour, vous me répondez oui ?

Oui, tout a fait.

 

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur votre roman ?

 

Aucune ne me vient à l’esprit.

 

L’Histoire est toujours très présente dans vos romans. Vous décrivez d’ailleurs la Caroline comme un endroit « hanté ». Comment expliquez-vous cette présence lancinante du passé ?

 

Faulkner a dit que le passé ne meure pas; il n’est même pas passé. Je suis fasciné par le fait que le passé continu à résonner dans le présent, comme des répliques après un tremblement de terre. J’aime lire sur l’Histoire, aussi bien locale que mondiale. J’aime aussi écrire sur le passé pour renverser les certitudes myopes du présent.

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Comment écrivez-vous ?

Le matin est mon moment préféré, mais j’écris souvent l’après-midi aussi, jamais le soir. Comme je voyage beaucoup pour des manifestations littéraires, j’ai appris à écrire presque n’importe où, à l’hôtel, dans les aéroports, etc. Je veux que l’écriture soit une part naturelle de mon rythme quotidien, où que je me trouve.

 

Vous venez de recevoir le Grand prix de Littérature Policière 2014, que ressentez-vous à l’obtention de ce prix ? 

C’est un honneur, qui signifie beaucoup pour moi surtout parce que je l’ai reçu dans votre pays. Les français ont toujours beaucoup soutenu le sud des Etats-Unis. Vous avez reconnu la grandeur de Faulkner bien avant les Etats-Unis.

 

Quels sont vos écrivains préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

Dostoïevski, Melville, Hardy, Giono et Faulkner sont mes romanciers préférés. Shakespeare est mon auteur favori. Je viens de finir le dernier roman du romancier australien Richard Flanagan, il est excellent.un-pied-au-paradis

 

Je vois dans votre biographie que vous êtes poète, qu’aimez-vous dans la poésie ?  Avez-vous un poète préféré ?

J’aime la concision et la sonorité de la poésie, sa connexion intense avec la musique. John Keats est mon poète préféré.

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

Merci à vous, et à votre pays, de votre soutien pour mon travail.