interview de Roger J Ellory pour Les Neuf Cercles chez Sonatine Edition

Voici le retour sur la scène du monde littéraire de Mr Roger J Ellory pour son roman «  Les neuf cercles » chez Sonatine Edition.

Et ce fut une claque magistrale! J’ai retrouvé le grand Roger J Ellory qui nous as fait une de ses meilleurs intrigues, du même niveau que son roman « Seul le Silence. »

L’atmosphère de son roman est réussie et ont retrouve sa plume efficace pour nous faire trembler et sa façon de raconter reste une de ses forces majeures.

Une traversée de l’enfer dont vous ne ressortirez pas indemne!

J’en redemande de suite tellement c’est bon!

Voici un résumé de son roman Les Neuf Cercles:

1974. De retour du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg, Mississippi. Une petite ville tranquille jusqu’au jour où l’on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d’une adolescente. La surprise est de taille : celle-ci n’est autre que Nancy Denton, une jeune fille mystérieusement disparue vingt ans plus tôt, dont le corps a été préservé par la boue. L’autopsie révèle que son cœur a disparu, remplacé par un panier contenant la dépouille d’un serpent. Traumatisé par le Vietnam, cette guerre atroce dont « seuls les morts ont vu la fin », John doit à nouveau faire face à l’horreur. Il va ainsi repartir au combat, un combat singulier, cette fois, tant il est vrai qu’un seul corps peut être plus perturbant encore que des centaines. Un combat mené pour une adolescente assassinée et une mère de famille déchirée, un combat contre les secrets et les vérités cachées de sa petite ville tranquille. Si mener une enquête vingt ans après le crime semble une entreprise périlleuse, cela n’est rien à côté de ce qui attend John : une nouvelle traversée des neuf cercles de l’enfer.

La semaine prochaine nous partons au Chili, je vous souhaite de très bonnes lectures noires.

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Bienvenue sur le divan du concierge, comment t’es venu l’idée d’écrire ton roman « les neuf cercles », publié chez Sonatine Edition ?

Et bien, comme pour tous mes romans, le roman ne naît jamais d’une seule idée. D’une certaine manière, il naît d’une collision d’idées, qui se lient entre elles, et ça me fait réfléchir. J’ai écrit des romans sur la peine de mort, sur le Watergate et Richard Nixon, sur la Mafia, sur le Nicaragua, sur les Kennedy, Marilyn Monroe, le Klu Klux Klan, la police de New York, des serial killers, la corruption de la police et des conspirations politiques. Je voulais vraiment écrire un roman sur la guerre, mais en traitant de ses effets et de ses conséquences. Je n’ai jamais participé à une guerre, je n’ai jamais servi dans l’armée, aussi ça n’aurait pas été bien que j’écrive ce roman comme si ça venait d’une expérience vécue.

Créer une histoire se déroulant juste après la guerre du Vietnam, et un personnage hanté par son expérience pendant cette guerre me paraissait être un bonne solution, et c’est ainsi qu’est né John Gaines.  Le super-naturel et l’atmosphère occulte qui imprègnent l’histoire sont un autre aspect du roman. Je me souviens que quand j’ai songé à la possibilité d’écrire ce roman j’ai dit à mon éditeur « Je veux écrire quelque chose qui se situe entre Apocalypse Now et Angel Heart ». C’est ce que j’ai essayé de faire. J’ai essayé d’écrire un roman qui satisfaisait à la fois ma fascination pour le sujet de la guerre et le sujet du vaudou, et c’est ainsi que j’ai écrit The Devil and the River.

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Est-ce que chacun de nous a une part d’ombre ? Car, quand je vois les personnages de ton roman, ils ont tous quelque chose à se reprocher.

 

Je pense que nous avons tous une part d’obscurité, même si je pense que cette obscurité n’est pas notre état naturel et inné. Dans mes romans, je parle d’individus qui peut-être recherchent le pardon et la rédemption pour quelque chose qui appartient à leur passé. Nous avons tous fait des erreurs, des choses que nous regrettons, mais le plus important est d’assumer la responsabilité de ce que nous avons fait, de chercher à réparer les dommages causés, et de passer à autre chose.

Il se peut que mes romans ne soient  rien d’autre qu’une tentative de décrire les gens et la vie d’une façon  réaliste . S’il y a une chose pour laquelle je n’ai que peu d’intérêt dans la fiction, ce sont les personnages irréalistes, le genre de personnage qui a toujours raison, qui ne commet jamais de faute. Je pense que je suis plus réaliste que fantaisiste. Je sais que la vie peut être dure. Je sais qu’il arrive en permanence des choses qui nous poussent à nous demander « mais qu’est-ce que je suis en train de faire ?». Je pense que  j’ai écrit l’opposé d’un roman fantaisiste ; j’essaie d’amener mes personnages à aller vers leur coté le plus obscur et faire avec ce qu’ils y trouvent, plutôt que d’essayer d’ y échapper et prétendre que ça n’existe pas .

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Parle-moi de ton personnage principal : John Gaines. Personnage troublant et tourmenté qui ne peut pas laisser indifférent.

 

Gaines est un homme qui a besoin de routine et d’une structure. Ses expériences à la guerre ont mis sa vie et sa personnalité en pièces. Physiquement, il a survécu à la guerre. Mentalement et émotionnèllement non. Il a intégré la police simplement pour éviter d’avoir à prendre des décisions dans sa routine journalière. Il sait ce qu’il doit porter. Il sait quand il peut manger. Il sait ce qu’il à à faire heure par heure. C’est comme ça qu’il arrive à s’arranger avec ce qui s’est passé pendant la guerre. Il doit trouver quelque chose à quoi s’accrocher, presque comme une ancre émotionnelle, et dans ce cas précis c’est la découverte du corps de cette jeune femme.

Elle était portée disparue depuis 20 ans, et tout le monde s’était convaincu qu’elle avait fugué. Là ils la retrouvent, et apprennent qu’elle n’avait même pas fui la ville, qu’elle a été tuée à proximité de sa propre maison. C’est un grand choc, et il permet de rappeler aux gens que la vie est imprévisible, que parfois ce que l’on croit peut être vrai ou complètement faux. Cela nourrit les doutes et l’angoisse, et donne à tous une raison de se méfier de tout le monde. On se repose alors sur Gaines pour trouver un sens à cette confusion, et ça le remet en questions à tous les niveaux. Il a besoin d’apprendre la vérité, pour cette fille, mais aussi pour lui-même et les gens de Whytesburg.

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93% des victimes d’enlèvement finissent mortes dans les 3 heures qui suivent leur disparition aux USA, c’est un chiffre édifiant.

 

C’est un terrible constat sur la société dans laquelle nous vivons. Il y a aussi, selon des statistiques récentes, plus de 20 000 disparitions non déclarées aux Etats-Unis chaque année. Malheureusement, nous vivons dans une société où nous nous côtoyons sans vraiment comprendre la condition humaine. Nous ne nous comprenons pas nous-mêmes. Nous ne comprenons pas nos concitoyens. Nous n’avons pas de réelle appréciation des raisons pour lesquelles certaines personnes  font certaines choses. Les difficultés auxquelles nous faisons face chaque jour- en tant que race, culture, société, êtres humains – sont dues au fait que nous ne nous comprenons pas nous-même. Si notre compréhension de nous-même était aussi avancée que notre compréhension de la technologie, alors je suis sûr que nous serions dans une bien meilleure situation.

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Il y a une phrase dans ton roman que j’ai trouvé magnifique : « Pour voir si le passé peut de nouveau appartenir au présent…mais c’est comme essayer de joindre la mer et le ciel. On sait qu’ils seront éternellement incompatibles. » Peux-tu nous parler de cette phase ?

 

C’est simplement un commentaire sur le fait que la plupart des gens essaient de rendre leur environnement et leur situation personnelle aussi bons que possible. La plupart des gens ont une bonne idée de la vie qu’ils souhaitent, et des choses qui les rendront heureux. Cela se fonde, dans beaucoup de cas, sur ce qui les a rendus heureux par le passé. S’ils pouvaient seulement rassembler les bonnes pièces de leur passé et les rassembler dans le présent, et laisser toutes les choses négatives derrière eux, alors ils croiraient que leur bonheur est assuré. Malheureusement cela ne peut pas arriver. En vérité, on ne peut trouver le bonheur que dans le futur, et il est dicté presque exclusivement par nos efforts pour rendre les autres heureux.

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Comment t’es venu l’idée de parler de la guerre du Vietnam ? Platon a dit : « seuls les morts voient la fin de la guerre ».

 

J’ai juste eu l’impression qu’après m’être confronté à tant d’icônes de la culture et de l’histoire américaines, il était temps que je me confronte à la guerre du Vietnam. De la même façon que pour les guerres en Irak et en Afghanistan, les raisons que l’on nous donne pour justifier cette guerre, et les raisons réelles ne sont pas les mêmes. Le but de la guerre du Vietnam n’était pas d’arrêter la progression du communisme. J’ai pensé que c’était un sujet sur lequel j’avais des choses à dire, et écrire un roman est la façon dont je dis les choses !

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As-tu une anecdote à partager avec nous sur ton roman ?

 

Et bien, tous les ans je fais quelque chose pour une œuvre de charité en utilisant le nom d’une personne réelle dans un roman. Beaucoup de gens donne de l’argent pour une œuvre spécifique, et celui qui donne le plus d’argent peut choisir un nom qui sera mentionné dans un roman. Dans le dernier livre que j’ai publié en Angleterre (Carnival of Shadows) il y a un personnage qui porte le nom d’un vrai vétéran du Vietnam. Il faisait partie d’une organisation qui a pour but de retrouver les combattants du Vietnam encore portés disparus, dont les corps n’ont jamais été retrouvés ou même, dans certains cas, des hommes encore vivants. Découvrir cette organisation, et apprendre qu’il y avait peut-être encore des hommes en Asie du sud-est qui pensent ne jamais pouvoir rentrer aux Etats-Unis à cause de leurs expériences pendant la guerre est une des raison qui m’ont donné envie d’écrire sur ce sujet.

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Tu nous montres aussi le racisme qui est enraciné au Mississippi et que le Klan est toujours d’actualité.

 

Malheureusement le racisme est bel et bien vivant aux USA. J’étais dans le sud (Floride et Géorgie) il y a quelques années, et j’ai été confronté à des opinions profondément et indiscutablement racistes, pas seulement envers les noirs, mais aussi les juifs, les chinois, et les musulmans. Même si les Etats-Unis se considèrent comme la nation la plus avancée dans le monde, il y a des zones immenses, des états entiers, des cultures entières qui sont encore encore empreints d’un niveau étonnamment haut de sectarisme, de racisme et d’ignorance. Encore une fois, ce sont la propagande, le manque d’éducation, des motivations politiques secrètes et les intérêts en jeu qui génèrent de telles attitudes. Personne ne naît raciste. C’est dû à l’éducation.

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Je crois que tu as eu une bonne nouvelle concernant « A Dark and Broken Heart ». Une future adaptation au Cinéma ?

 

Ah , on verra bien ! Oui, j’ai vendu une option sur ce roman pour un film. Est-ce qu’il se fera, c’est une autre histoire. Je l’espère vraiment, car je pense que c’est un roman très cinématographique et qu’il fonctionnerait bien à l’écran. Le scénariste qui travaille sur le projet est un excellent scénariste, et je suis très optimiste.

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Que lis-tu actuellement ?

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Je suis en train de lire un livre intitulé Crime in Southern Indiana de Franck Bill. Le prochain livre que je vais lire est Any day now de Terry Bisson.

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Quels sont tes futurs projets littéraires ? Le concierge est curieux !

 

Je suis sur le point de finir mon prochain livre pour le Royaume Uni pour 2015. Il s’intitule Mockingbird et c’est un  mystère tout en lenteur qui se situe dans le Texas des années 40 et 70.

 

Dans ton dernier roman une phrase m’a grandement intéressé : tu sais que mon métier est gardien d’immeuble, voici cette phrase : Conjurer un sort en disposant des manches à balai en travers des portes et en nous faisant porter des soies de porc. Explique-nous ça car ça m’intéresse pour le faire !

 

Ah tu es un type marrant ! Et un peu fou aussi ! C’est du vaudou. C’est une croyance surnaturelle haïtienne, occulte, de la magie noire, un sort, une malédiction, appelle ça comme tu veux. Je ne suis pas un sorcier, et que ce genre de chose fonctionne ou pas dépend beaucoup du fait que la personne sur qui tu jettes le sort y croit ou pas. Le pouvoir de l’esprit est très présent ici. Je sais comme les gens peuvent être persuadés qu’ils ont été maudits. Parfois le seul pouvoir qu’un sort possède est le fait qu’on croit qu’il a du pouvoir.

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Où en est ton actualité musicale actuellement ?

 

J’ai presque terminé mon nouveau livre. Je travaille avec deux groupes, tous les deux  liés à ZERO NAVIGATOR ( www.zeronavigator.com ), et j’ai commencé un projet différent avec un groupe que j’ai créé qui s’appelle The whiskey Poets . Ce n’est pas un groupe de rock, mais une sorte de groupe country-blues. Les chansons que j’ai écrites pour The Whiskey Poets sont peut-être plus proches du genre de roman que j’écris. Ce sont des histoires, et la musique est là pour aider à raconter l’histoire. C’est un grand projet, et je suis en train d’enregistrer l’album avec des musiciens vraiment excellents.

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Pour tes lecteurs et lectrices : À quand une visite en France ?

 

Je reviens en France à Draguignan en octobre, puis de nouveau à Brive début novembre, et je vais aussi faire une tournée pour la promotion de mon nouveau roman, Les neuf cercles, en novembre également. Je n’ai pas encore l’itinéraire prévu, mais je suis sûr que j’en serai bientôt informé !

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Quel seras ton mot de fin à cette interview ?

 

Je veux juste dire que pour la sortie d’un nouveau livre, la France est le pays le plus excitant de tous. L’amitié, la générosité, la chaleur des lecteurs français est toujours incroyable, et j’adore voyager en France et rencontrer de nouvelles personnes. Il me tarde que Les neuf cercles sorte en librairie, et j’espère que tout le monde l’appréciera. C’était un livre intéressant à écrire, et il m’a donné la chance d’explorer des sujets que j’avais envie explorer. Je veux aussi te remercier personnellement pour avoir pris le temps de me poser des questions sur ce livre et sur mes œuvres en général. Ton soutien et ton amitié ont toujours été extraordinaires, et j’ai une grande dette envers toi pour ta camaraderie et ta gentillesse. Il me tarde de te revoir. Ça fait trop longtemps, mon ami !

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