Interview de Mr Rafael Reig pour son roman Ce qui n’est pas écrit chez Métailié noir

93388363

Bonjour à tous.

Après une interruption de deux semaines, voici une interview de Mr Rafael Reig pour son roman : « Ce qui n’est pas écrit » chez Métailié Edition .

Roman original, surprenant, qui ce lit avec délice et qui vous troublera forcément.

Je vous souhaite une très bonne lecture noire. A la semaine prochaine.

 

 

Bienvenu sur le divan du concierge. Ma première question consiste toujours à demander à l’auteur de nous parler de son enfance et comment est-il venu à écrire des romans ?

 

Mon enfance a probablement été très heureuse, puisque je n’en ai pas de souvenirs. J’ai vécu en Espagne et en Colombie, j’étais un bon garçon joufflu, et dès que j’ai appris à écrire, j’écrivais des romans que je vendais aux copains. C’était des romans mélodramatiques que j’illustrais tout en couleur.

 

Rafael Reig 00

Comment s’est déroulée la construction de votre roman ?

 

La construction d’un roman est pour moi la partie la plus intéressante. Inventer est difficile et laborieux, et souvent on risque de se tromper par de fausses grandes idées. Par contre, la charpenterie ne risque pas de décevoir, elle demande effort et patience, mais tout compte fait cela fonctionne. Dans ce qui n’est pas écrit, j’ai construit un tabouret à trois pieds, qui se relaient pour donner agilité à la lecture : ce qui ce passe dans la montagne, ce que lit la femme et ce qui arrive à la femme quand elle lit.

003

 

Parlez-nous des trois personnages principaux : Carlos, Jorge et Carmen. des personnages difficile à oublier après la lecture.

 

Les trois personnages sont égoïstes et très complaisants avec eux mêmes. Ils justifient toutes leurs erreurs. Aucun n’est capable de se mettre à la place d’un autre, d’abandonner un seul instant son propre point de vu. La tragédie est inévitable, cela est clair. A vrai dire, je les déteste tous les trois, même l’enfant. D’ailleurs, dans la première version du roman, ils mourraient tous ! J’ai vite compris que cela ne pouvait pas être une bonne fin.

 

 

Si je vous dis que les mots Rancœur et frustration émergent de votre roman avec force, que vous avez réussi un thriller psychologique, est ce que l’on sort indemne d’une telle expérience après l’écriture ?

 

Cela m’a fait beaucoup de mal d’imaginer tout cela, c’est normal que le ressentiment, l’égoïsme, l’aveuglement de tous ces personnages, je les aie trouvé en un seul endroit, en moi même. Je suis ce père impossible, cette mère hypocrite, et cet enfant despote.

imgRafael Reig3

 

Comment vous est venue l’idée du manuscrit que lit Carmen ?

 

J’ai une demi-douzaine d’amis à qui j’ai laissé des manuscrits à lire. A chaque fois que je le passe à l’un d’eux, je le relis comme à travers ses yeux : ceci n’a pas dû lui plaire, cela au contraire a dû le faire sourire, etc. Cela m’a donné l’idée de me demander, qu’est-ce lire ? Comment notre lecture est différente; nous lisons ce qui n’est pas écrit.

 

 

Avez-vous une anecdote sur votre roman à  faire partager à vos lecteurs et lectrices de France ?

 

J’ai commencé à écrire un été, j’étais seul avec ma fille dans un village. Comme la petite s’ennuyait, je lui ai demandé de m’aider à dessiner les personnages. Elle s’est amusée, et cela m’a obligé d’inventer des personnages bien plus amusants de ce que j’avais en tête.

 

 

Le concierge est curieux ! Quel sera votre prochain roman à paraître en France ?

sangre_a_borbotones

J’aimerais bien le savoir mon cher concierge. Tu devrais le demander à mon éditeur. Cela dit, j’aimerai qu’on traduise « Sangre a borbotones ».

portada blog SAB

 

Comment écrivez-vous?

 

J’aime me lever tôt, vers 5 heures, et j’écris entre 6 et 9 heures, voire même jusqu’à 10 heures. Habituellement dans la cuisine de la maison, en silence, sans musique. Je suis paresseux, et c’est pour cela que j’aime qu’à midi, tout soit prêt pour que je puisse boire tranquillement une bière.

 

 

Quels sont vos auteurs préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

 

Je suis omnivore et je crois qu’il faut lire tous les jours quelque chose de chaque composant de la « pyramide de lecture », les légumes nutritifs des classiques (comme Tacite), les hydrates des romans contemporains (comme Antonio Orejudo), et, de temps en temps, un hamburger de romans d’espionnage.

antonio-orejudo

 

Je sais que vous êtes libraire.  Quelle est la situation des librairies en Espagne ? Sont-elles en crise comme en France ?

 

En effet, elles sont dans une situation qui inspire la pitié. Nous survivons grâce aux prix fixes. Le problème, je crois, ce n’est pas les librairies mais la culture en général. On fait en sorte que la culture diminue, qu’elle cesse de faire partie de l’enseignement et de la vie quotidienne de chacun.

 

 

J’ai vu que vous aviez fait une autobiographie sur Marilyn Monroe. Pouvez-vous nous en parler ?

 

J’ai écrit un monologue de Marylin, s’adressant à son psychanalyste. Ce n’est pas l’actrice qui m’intéressait, mais la femme, d’âge moyen, à qui j’ai fait dire : je n’ai pas besoin qu’on me comprenne, mais qu’on m’aime.

34638991

 

En me comportant comme un concierge, j’ai découvert que vous aviez un blog : www.hotelkafka.com, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

 

Ce fut une grande expérience, je l’ai maintenant remplacé par un blog de ma librairie. Cela a duré six ans et cela m’a obligé de créer un personnage difficile, moi même. Le type qui s’appelle Rafael et qui sort dans le blog est inventé (comme nous tous), bien que comme l’a dit Antonio Machado : la vérité s’invente aussi.

 

 

Quel est l’actualité nationale ou internationale qui vous énerve aujourd’hui ?

 

L’exploitation, la lutte des classes, les inégalités, en général, le capitalisme criminel dans lequel nous vivons.

 

 

Votre roman « Ce qui n’est pas écrit » a reçu le Prix « Pata Negra » décerné par des libraires. Quelle fut votre réaction par rapport à ce prix littéraire ?

 

Eh bien, disons déjà que ce prix n’est pas économique, mais on m’a remis un jambon de la meilleure qualité (Pata Negra), de façon à ce que ma joie fut immense, cela a bien duré quatre mois, coupant une tranche chaque matin, accompagné d’un verre de vin. Une merveille.

IMGGrande_3_EtiquetaN_PATA

 

Quel sera votre mot de fin à cette interview ?

 

Eh bien, j’aimerai que cela soit le mot « Merci ». Au concierge et à tous ceux qui auront l’amabilité de lire ceci.  

13663685564290