Facteurs D’Ombres de Mr Roland Sadaune

Voici pourquoi j’aime interviewer des auteurs, pouvoir connaître leur vie, découvrir des anecdotes et avoir leur vision sur le polar.

Des moments très enrichissants, que je partage avec vous.

Mr Roland Sadaune d’une gentillesse infini ma accordé une très belle interview et revient sur son enfance et sur le monde du polar.

Il nous fera partager sa passion pour la Peinture et nous parlera de ces nombreux romans.

Un auteur du Val d’Oise, la région où j’habite.

Un moment fort que je vous recommande de partager sur vos pages.

Le Blog du Concierge Masqué fait une pause de deux semaines pour cause de Vacances aux Etats Unis.

A Mon retour de très belles interviews d’auteurs anglais, américain, Espagnol et Français sont prévu.

Je vous souhaite de très bonnes lectures noire.

 

1/ merci d’être sur le Divan du concierge, ma première question : Pouvez-vous nous parlez de votre enfance et comment vous êtes venu à écrire des romans ?

 

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Ce Divan me semble confortable, merci Richard. Mon enfance ? Rien d’attrayant ! Huitième et dernier enfant d’une mère polonaise, un frère aîné mort à Dachau, un père militaire puis policier, limogé pour déficience mentale après un acte héroïque, puis gardien au Lido de Paris, puis camelot, puis… Il s’est évertué à virer filles et garçons de la maison, une méthode simple, changer  d’adresse pour emménager dans plus petit, l’enfer à domicile. Je me suis retrouvé en usine à seize ans et à l’hôtel à dix-huit. Les premières visions de films noirs, en compagnie d’une de mes grandes sœurs, remontent à mes douze ans, Thérèse Raquin, Le troisième homme… A cette époque un de mes frères m’a emmené voir un film policier, Cet homme est dangereux, adaptation d’un roman de Peter Cheyney. Ce qui m’a incité à me procurer chez les bouquinistes les autres Série Noire de cet auteur. Ma frénésie de lecture a débuté ainsi. J’ai acheté par la suite les Spécial-Police et, occasionnellement, Un Mystère. Ce qui m’a donné l’envie d’écrire ! J’ai acquis une Underwood d’occasion et entrepris la rédaction d’un roman. Ce qui m’a valu d’être renvoyé de mon hôtel car la machine à écrire était trop bruyante, à six heures du matin, avant de partir au travail. Mon père étant décédé entretemps, j’ai pu rejoindre ma mère et vivre avec elle jusqu’à mon service militaire. Cette période de mon existence englobe dix domiciles, sur les vingt-cinq à ce jour.

 

2/J’ai adoré votre livre Facteurs D’Ombres, toutes ces belle peintures, parlez-nous comment vous est venu cette superbe idée ?

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D’abord je dois préciser que j’ai toujours dessiné. La vingtaine passée, j’ai pris des cours de peinture par correspondance. Je lisais beaucoup de romans policiers, voyais moult films d’action, j’écrivais et peignais d’arrache-pied, sans omettre les quarante-cinq heures d’usine par semaine. Période où j’allais peindre place du Tertre, à Montmartre !… L’idée de ces portraits d’auteurs de polars, peints à l’huile sur toile, s’est imposée à moi suite au constat récurrent que la pratique de plusieurs activités est mal perçue. Quoi, un barbouilleur qui veut écrire ? ! Comment, un plumitif qui veut peindre ? ! Vous êtes par définition nul en tout ! Las de cacher l’une ou l’autre de mes passions, j’ai fini par trouver un biais : réaliser ces portraits de polardeux, ainsi je fusionnais les deux « P », peinture polar, en un. J’ai commencé par une série de treize portraits, ensuite une autre de treize, et enfin une de onze, le tout étalé sur dix ans. J’aurais pu poursuivre à l’infini, de nombreux auteurs m’inspirant, mais ça n’aurait pas eu de sens. Un regret majeur, avoir choisi de ne pas peindre d’auteures, bien que j’avais une jolie liste… Comme je le précise dans ce « Facteurs d’Ombres » :

… transposition figurative aux contours, hélas, trop rugueux pour véhiculer de souples lignes au féminin. Ai-je eu raison ou tort ? Sincère, en tout cas… Voilà, une sorte d’alibi préservant une double activité… L’avantage de tout ceci, c’est de pouvoir aussi lire dans le regard des portraiturés.

 

3/Préface de Mr Claude Mesplède, deux électroniciens qui se rencontre, parlez-moi de cette belle rencontre ?

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Une précision, j’ignore si Claude Mesplède est un passionné d’électronique, pour ma part c’est une erreur d’aiguillage occasionnée par le curé de mon village d’alors qui avait conseillé à ma mère de m’envoyer à l’école centrale d’électronique située à Paris 10e. Etablissement privé qui ne m’a laissé aucun souvenir véritable, si ce n’est que des fenêtres nous apercevions les prostituées arpentant le bitume des rues adjacentes ! Pour revenir à ma rencontre avec Claude M., elle s’est faite à l’occasion de mon adhésion à l’Association 813. Je l’ai côtoyé lors de nombreux festivals polars et j’ai eu le plaisir de manger  à maintes reprises en sa compagnie. Nous avons aimé les mêmes premiers auteurs américains, anglais et français. Il est de bon conseil. J’apprécie sa capacité polardesque, sa vision d’ensemble et aussi sa sérénité, d’ailleurs je pense avoir assez bien réussi son portrait ! Ayant été également membre du bureau de 813, j’ai fait d’autres belles rencontres, notamment aux festivals de Cognac, de la Bastille et du Mans, en y croisant son frère Pierre-Alain. Je suis fier d’avoir l’avantage d’être dans son Dictionnaire des littératures policières paru chez Joseph K.

 

4/ « Sur 724 Apostrophes deux émissions dédié au Polar », que représente pour vous le polar ?

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Ce que le Polar majuscule représente pour moi ? C’est simple, livres et films  confondus, ça a d’abord représenté le bout du tunnel, le phare scintillant d’une adolescence détournée, un remède à la solitude entre l’usine et l’hôtel. Ensuite, adulte, un palliatif à la connerie ambiante, un stimulus via mes propres écrits. Depuis ça s’est amélioré mais, fort heureusement, le genre ne m’a pas quitté, plages de détente entre deux coups de pinceaux. Qu’il soit le moyen de véhiculer des phénomènes sociétaux dans la littérature, certes, mais pour ma part il a d’abord été une bouée de sauvetage… avant toutes considérations. Vrai qu’à l’époque le Polar n’envahissait pas les émissions télé, mais y aurait-il eu de l’audimat pour ce qui était labellisé lecture de gare ? Maintenant qu’il s’est démocratisé, l’invasion de titres et la confusion des genres ne lui permettent intrinsèquement guère plus d’essor. Palette, holster, tiroir-caisse, même… ?

 

5/une anecdote à partager sur votre livre  « Facteurs D’Ombres » à vos lecteurs et lectrices ?

 

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Les anecdotes ne manquent pas. Ces faits n’auraient-ils pas dû être toujours agréables ? Toujours est-il qu’une fois les peintures achevées il m’a fallu pas mal de temps pour rassembler les textes de présentation. J’ignorais que, outre les moments de satisfaction, ça encourrait à des silences, désistements et formes de mépris. Sentiments éprouvés dans le milieu pictural, mais que je ne pensais pas retrouver dans le milieu du polar, enfin… Je saurai grée à ceux qui d’emblée m’ont aidé à la réalisation de cet ouvrage, et suis content d’avoir choisi de disperser gracieusement l’ensemble de ces tableaux, ils vieilliront en toute sécurité. Ayant rédigé quelques présentations d’auteurs, par choix ou obligation, il a été curieux de remercier Wikipédia et les sources Internet, ça frisait l’abstraction ! Didier Daeninckx est le seul représenté derrière un vitrage, je me suis souvenu avoir lu qu’à ses débuts il écrivait dans une chambre de bonne ou un lieu de ce genre. L’anecdote véritablement amusante ? La couleur des yeux étant prépondérante dans un travail de portrait, lorsque j’avais besoin de précision je le demandais à l’intéressé, pas évident d’envoyer un mail : Au fait, tes yeux sont de quelle… ? Bonjour l’éventuelle confusion ! J’ai tenu à terminer ces « Facteurs d’Ombres » par un hommage à ma mère, Anne-Sophie Pallascz.

 

6/J’adore aussi votre Autoportrait Page 77.

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J’ai réalisé une trentaine d’autoportraits à ce jour, non pas par nombrilisme, mais parce que le peintre est alors maître de son modèle. Prendre la pose est souvent pénible, donc, un chevalet et une ou deux glaces et hop, on se reproduit soi-même ! Le petit personnage jaune accroché en permanence à ma blouse est l’ancien badge de l’Association 813 créé par Tardi, j’aime beaucoup…

 

7/Je me rappelle de vous avoir rencontré la première fois à Sannois pour votre roman Auvers D’Oz et sacré cœur d’Oz, parlez-moi de votre passion pour Le Val D’Oise qui ressort dans vos romans.

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Effectivement, ça remonte à plusieurs années, lors de la parution des aventures du capitaine Gildas Ozulé dit capitaine d’Oz… Le Val-d’Oise est représenté dans environ un tiers de mes romans, je connais assez bien ce département pour y avoir eu cinq adresses. L’atmosphère y est omniprésente dans mes livres, sans aller jusqu’à dresser une carte Michelin, j’aime voir mes personnages évoluer en terrain familier. Tous les endroits de l’Hexagone où j’ai peint m’inspirent pour mon écriture. Peut-être que le 95 de mon enfance est privilégié, qui sait ?

 

8/Parlez-moi de « Vu sur le cimetière » chez Ska Edition

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Vu sur le cimetière est une nouvelle parue récemment en numérique chez l’efficace SKA Edition. Il y est question d’un artiste, d’un homme blessé dans ses sentiments, d’épaves de bateaux… Je ne peux dévoiler la chute de ce texte assez barré ! J’aime écrire des nouvelles, j’en ai une bonne soixantaine à mon actif.

 

9/Parlez-moi de « Minna » ma curiosité de concierge est en marche.

 

Minna ? Ah !… Mon trentième roman, à sortir sous peu chez Val-d’Oise Editions. Quand la ville mord. Paris, avec sa démesure et sa précarité. Il me tient à cœur, plus précisément, les deux personnages principaux me touchent énormément. Prenons deux de mes nouvelles, Les gifles de la nuit et Les Ponts du Cœur, mettant en scène, l’une, une jeune et jolie pute nigériane d’un mètre quatre-vingt, et l’autre, un SDF quinquagénaire d’un mètre cinquante-huit, ajoutons plusieurs poignées d’événementiel et servons brûlant, car pas question d’attendre, la trame n’autorisant aucun répit. Trois cent-cinquante-quatre pages d’amour, de tendresse, de violence aussi, chez bourges et laissés pour compte. Du très lourd.

 

10/Comment vous Écrivez ?

 

Je n’ai pas d’instants privilégiés pour écrire. En principe presque tous les jours, du matin au soir, avec des plages pour mes obligations. Feu le peintre Bernard Buffet disait ne pas attendre l’inspiration car il était un besogneux, je suis d’accord avec. Je travaille au stylo papier à portée de chevalet, puis sur l’ordi dans l’espace bureau. Le post-it est, lui, de permanence nuit et jour.

 

11/Quel sont vos romanciers préférés ? Et que lisez-vous actuellement ?

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J’ai beaucoup aimé Chase, Cheyney, McBain, Himes, McCoy, McGivern, Cain, Lay, LeBreton, Amila… J’arrête ! Aujourd’hui j’apprécie Connelly, Ellroy, Mankell, ceux que j’ai eu le bonheur de peindre… Actuellemnt je lis le Bond 007 de William Boyd, Solo. Pour me détendre, je lis également des bios, de Gaulle, Brando, Clinton, Kinski, Eastwood… Je viens de terminer celle de Schwarzenegger, et vais m’attaquer au livre de Valérie T., ne voulant pas rester idiot…

 

12/Quels sont vos chansons préféré ?

 

Mes chanson préférés ? Plutôt mes chanteurs préférés. Plusieurs générations, Brassens, Ferré, Gainsbourg, puis Cohen, Rivers, Bashung, Biollay. Beaucoup de blues, de jazz. Actuellement j’apprécie le CD Places de Lou Doillon.

 

13/Si vous aviez étais un personnage de la littérature policière, quel personnage vous auriez choisi ?

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Un personnage polar ? Sans hésiter le premier que j’ai admiré sur un écran, au cinéma parisien Scala métro Strasbourg-St-Denis : l’agent du FBI Lemuel H.Caution, Lemmy pour les dames, héros de plusieurs romans de Peter Cheyney interprété par Eddie Constantine. Il m’aurait fallu travailler l’accent américain !

 

14/Quel seras votre mot de fin à cette interview ?

Cette interview m’a été extrêmement agréable, avec des questions bien amenées. Preuve, s’il n’en fallait, qu’on peut être concierge-orchestre à la fois masqué, manieur de balai d’or, et aduler la littérature policière. J’espère que sur l’immense paquebot Polar, les passagers seront toujours fervents de lecture sombre, le personnel encore plus attentif aux éditions les plus modestes, le commandant de plus en plus lassé par la surmultiplication de livres « se lisant comme des polars » et que la vigie cessera d’entrevoir à bâbord et tribord autant de « chefs-d’œuvre » menaçant d’expédier les chaloupes par le fond. Merci cher Richard, et longue vie à l’Immeuble Polar.

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